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EAN : 9782718607429
215 pages
Galilée (06/09/2007)
4.11/5   9 notes
Résumé :
Frontispice et culispice de Pierre Alechinsky


PRÉSENTATION
« Hier j’ai dit que j’irais peut-être à Alger. Avec une voix distraite, sans couleur : J’irai peut-être à Alger. Je ne peux même pas affirmer l’avoir dit moi-même. C’est plutôt l’autre voix qui a prononcé ces mots comme pour les essayer. J’ai entendu l’hésitation. La probabilité d’aller à Alger m’était si faible. Je n’ai pas dit : j’irai. Je ne sais pas pourquoi j’ai avancé cett... >Voir plus
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Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
Je connais un poète qui est mort dans l'escalier, le jour où il partait dans un pays où il n'était plus plus jamais revenu. Tous ces pays dont on ne revient pas où on ne revient pas où on va revenir où on revient tellement en pensée qu'il est difficile de faire la différence entre aller, ne pas aller, et aller ne pas aller, on passe des années dans la lumière lunaire de l'aéroport. On y est attaché par le pacte le plus antique et le bien moins connu, le pacte d'être un né ou un mort de ce pays. Il n'y a pas d'explication. Il y a un cordon ombilical. C'est une ombre de cordon, un cordon immatériel dont on sent l'effet planté dans le cervelet. Nous sommes des conséquences. Il y a les cellules, dit mon aimé. Moi, je songe à aller à Alger depuis une dizaine d'années. Par précaution j'utilise le verbe " aller". Mes cellules ne suivent pas. Elles font comme si je disais : "retourner". J'attends.
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Le monde est plein de ces dames à hostilité. Elles savent que je ne suis pas une maladie mais elles font comme si elles pouvaient m'attraper. Il y en a toujours une qui dit : Cixous c'est quoi comme pays? Je réponds : c'est allemand. Quand j'étais jeune je disais naïvement : c'est juifkabyle. Maintenant je leur demande pourquoi on ne s'arrête pas à Paris. Une des femmes s'écarte et pince fortement des lèvres. Une des femmes me répond finalement, avec réticence. Elle est dans l'eau qui est la mer elle-même infinie, dans laquelle nagent des chats et des chiens grands comme des dés à coudre. Elle me dit la vérité. On ne sait pas si on va arriver. Quoi ?! Elle me dit : vous entendez ? J'entends : la coque de la Ville craque. C'est une question d'heures. J'en suis stupéfaite. On va couler ? Tout à l'heure. Amère je me dis que si je n'avais pas franchi la première ligne du front je n'aurais même pas su que nous allions à la fin du monde, ces dames m'auraient pris ma mort. Que faire ? Le bateau est en discussion m'apprend la dame. Litige avec le gouvernement américain. On pourrait venir nous secourir en hélicoptère. C'est loin cette mer et on perd du temps avec des gouvernements. Les informés ont pris un avocat. Mais j'ai des amis dis-je. J'ai un ami avocat. Nous sommes sur le même bateau quand même. Cette idée les fait rire. Je me sens deux fois impuissante, de la situation et de l'hostilité. La pincée me fait une gueule terrible. Évidemment elle me hait encore plus d'avoir été privée d'une petite satisfaction friande : moi, si elle avait réussi, j'aurais coulé tout autrement. Alors je tente une sortie : " ce n'est pas le moment d'avoir des antipathies", dis-je. Quand il y a guerre, par principe je ne lâche pas, je vais jusqu'au bout vers la paix. Surtout si c'est encore une fois la fin du monde. Quand il n'y a plus rien à faire, il n'y a plus de terre, il y a la mer, il n'y a plus de mer, il y a le naufrage, moi je cherche un dé de raison dans l'océan. "Quelle est la cause?" dis-je. C'est à la pire que je m'adresse. Elle pincée dit : "Les croissants." "Les croissants !?" Voilà une réponse. Il y a donc une cause. Il y a deux minutes j'avais l'espérance de confondre l'injustice. Là j'étais mat. Fin. Coupable. Une culpabilité interloquée m'a saisie. Comment rejeter une accusation si extraordinaire. Si inattendue. Si précise. Il y a des croissants contre moi. Je reste interdite. Je n'ose pas nier. Prenais-je trop de croissants ? La semaine dernière ? Dans le passé ?
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Il fut un temps. Ce temps je le sais d'un savoir désaffecté. J'ai voulu arriver en Algérie, il aurait peut-être mieux valu moi que j'y atteigne, mais c'était impossible. Si bien que j'ai atteint l'impossibilité et cela sans l'avoir calculé.(...) "Atteindre l'impossibilité" n'est ni un but, ni une possibilité, c'est une impossibilité délivrée en notre absence. Ai-je jamais cru, espéré, décrocher le faîte du désir ? (...) il se peut qu'ai couvé en moi l'ombre d'une sensation de vanité, une de ces formes furtives de pressentiment que l'on chasse d'un souffle(...) Ces retropressentiments de fatalité, je leur ai accordé une importance décisive en 1993, l'année où je n'ai plus réussi à faire obstacle à l'entrée de la Chose Algérie dans mes livres. Reconnaître que je n'avais jamais crû arriver un jour en Algérie, en vérité, et tenter de m'approcher de la Chose par les puissants moyens de la littérature, les deux faits se sont produits à la même époque.
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(...) A chaque pas on s'enfonce, les mots pivotent, à commencer par le mot Algérie (...) C'est parce que "Je suis née en Algérie" J'hésitai. C'est un fait. Devais je le classer à droite? ou à gauche? Naturellement, chacun la sienne, il y a des millions d'Algéries. Que je sois née en Algérie c'est un fait d'un certain point de vue incontestable. Je ne nierai jamais être née en Algérie. Toutefois il suffit que je dises ces mots "Je suis née en Algérie" pour éprouver un léger décollement de mon être, comme une sensation de contrebande, et même un soupçon de roman (...) Chaque fois que je fais ma déclaration je m'étonne. Ce n'est pourtant qu'un fait probable. Et pourtant en moi se lève une légère incrédulité. C'est mon statut de spectre qui traverse mon crâne et décolle sous son effleurement toutes les modalités d'y croire.
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J'ai une crainte d'aller en Algérie et de manquer l'Algérie en y allant de pas l'y trouver et donc de commencer à l'avoir perdue, (...) si je la manquais ce serait ma faute naturellement, j'aurais commis un excès soit de précipitation soit de lenteur soit de calculs de pressentiments(...)
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Videos de Hélène Cixous (23) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Hélène Cixous
« On écrit toujours avec une main coupée »
Selon Hélène Cixous, l'écriture ne renvoie pas à un statut ni à une profession, mais à un acte : aussi écrit-elle en collaboration avec les voix qui l'habitent et la traversent. Dans cette perspective on peut à bon droit reprendre la formule par laquelle elle titre une séance de son séminaire : « On écrit toujours avec une main coupée». Ces ouvrages nous confrontent en effet au mouvement même de la vie et de la mort, à la joute entre Eros et Thanatos, au commerce des vivants et des morts. Ils équivalent à bien des égards à « sentir, penser, écrire avec les fantômes ». D'autant qu'à travers eux se déploie un continuel et profond questionnement : qui parle, qui écrit quand « j »'écrit ? On comprend dès lors que, dans ces conditions, Hélène Cixous soutienne : « Transformer sa pensée en poème, parce que c'est cela écrire ».
Première table ronde : - M. Marc Goldschmit, Directeur de programme au Collège international de philosophie : « Derrida, l'écriture, la littérature » ;
- Mme Marie-Claude Bergouignan, PR émérite, ancienne VP de l'université de Bordeaux IV: "Hélène Cixous et la cause des femmes" ;
- Mme Céline Largier-Vié, MCF Paris 3 : « 'Une présence incalculable' : l'Allemagne d'Hélène Cixous ».
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2654738/helene-cixous-mdeilmm-parole-de-taupe
Note de musique : © mollat Sous-titres générés automatiquement en français par YouTube.
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