AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontres

Mathilde Montier (Traducteur)
EAN : 9791036000928
176 pages
L'Atalante (21/10/2021)
4.07/5   80 notes
Résumé :
Macon, Géorgie. 1925.
Au sein du Ku Klux Klan, « sorcier » n’est pas qu’un titre : recourant à la magie noire, D. W. Griffith et Thomas Dixon ont fait de Naissance d’une nation un sortilège visant à moissonner les âmes pour invoquer des puissances maléfiques. Face au Klan et ses membres, peu à peu possédés par des monstres qui s’abreuvent de leur haine, se dressent des femmes extraordinaires.

Prix Nebula 2020 et Locus 2021
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (27) Voir plus Ajouter une critique
4,07

sur 80 notes

Kirzy
  20 décembre 2021
P. Djèlí Clark a l'audace d'affranchir le genre fantasy de ses horizons et cadres habituels, loin de son décor médiéval familier. Pourquoi ne pas choisir comme héroïne une jeune femme noire en Georgie sudiste en 1922 ? le Ku Klux Klan est en marche à Macon et dans cette foule humaine encapuchonnée se cachent de vrais monstres nommés Ku Kluxes menant bataille en leur nom. le film La Naissance d'une nation ( 1915, D.W.Griffith ) a attisé les haines, renforçant leur pouvoir et insufflant assez de haine pour convoquer l'assaut apocalyptique de la Grande Cyclope. Maryse et son bataillon de choc entièrement féminin sont prêts à mener le combat.
Le procédé consistant à rendre concret littéralement une situation historique épouvantable, à tordre et mêler la violence raciale à l'horreur surnaturelle n'est pas nouveau. Récemment il y a eu Lovecraft Country ( de Matt Ruff, également sur la thématique du Klan et de la ségrégation ), le film Get out ( de Jordan Peele, sur le racisme contemporain ) ou encore Notre part de nuit ( de Mariana Enriquez, sur la torture durant la dictature argentine de Videla ). Ce qui est très impressionnant avec ce roman, c'est comment il réussit en seulement 160 pages à créer un univers totalement abouti et crédible qui vous embarque totalement.
La maitrise de l'auteur est assez fascinante, convoquant un wagon de références tout azimut, sans que le cocktail ne soit indigeste ou artificiel. La synthèse est au contraire extrêmement brillante et développe une alchimie très originale. Les créatures infernales du Klan évoquent très nettement l'horrifique lovecraftien avec notamment l'entité monstrueuse de la Grande cyclope très cthulhuesque, tout en rappelant le body horror des films de Cronemberg ou Guillermo del Toro. La culture gullah-geechee ( culture très à part des Afro-Américains des plaines de Georgie ayant conservé un mysticisme, une gastronomie, une langue créole et une médecine aux forts traits africains ) infuse tout le récit, tout comme le folklore des anciens esclaves avec les ring shouts ( rituel religieux pratiqué en cercle, dans un mouvement et un rythme qui s'accélèrent jusqu'à l'épuisement ). Et puis, il y a cette incroyable épée de Maryse, qui, contrairement à la Stormbringer d'Elric le Nécromancien ( Michael Moorcock ) boit les âmes de ses adversaires pour lui redonner vigueur, utilise la force des esprits des anciens esclaves en colère, capable de surgir du néant au creux de sa paume impatiente.
La lecture est revigorante, survitaminée aux scènes d'action et aux sensations fortes tout en proposant une réflexion pertinente sur l'histoire des Etats-Unis et les failles de son présent. J'ai adoré suivre les badass gouailleuses chasseuses de monstres Maryse, Salie et Chef, bras armés de Nana Jean, experte en potion root magic, vieille âme entourée de haints ( esprits ) prenant la forme de trois tantines ( trois Parques ? ) et chef de la résistance au Klan. Cette adhésion est renforcée par un formidable travail sur l'écriture, P. Djèlí Clark recourant au créole gullah de façon très immersive. le travail de traduction de Mathilde Montier est remarquable pour rendre ce langage dialectal accessible tout en respectant son authenticité, ses couleurs et son rythme.
Excitant et brillant !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10710
Yvan_T
  19 février 2022
N'étant pas du tout fan du genre fantasy, il faut de solides arguments pour parvenir à m'en faire lire un. Prix Nebula du meilleur roman court 2020, prix Locus du meilleur roman court 2021 et finaliste du prix Hugo 2021, « Ring Shout » avait de quoi titiller ma curiosité, surtout qu'il mettait en scènes trois jeunes femmes noires bien décidées à botter le cul du Ku Klux Klan.
« Ring Shout » se déroule en effet en 1922, au moment où les rangs du Ku Klux Klan ne cessent de grossir suite à la sortie du film « Naissance d'une Nation », produit et réalisé par D. W. Griffith en 1915. A Macon, en Géorgie, un petit groupe de résistants mené par Nana Jean, une vieille Gullah, compte cependant leur donner du fil à retordre. Planquées sur un toit, Maryse, Sadie et Chef ont d'ailleurs décidé de tendre un piège à trois de ces monstres qui participent à un défilé du Ku Klux Klan …
J'ai beaucoup aimé le point de départ de ce roman, qui consiste à restituer toute la monstruosité du Ku Klux Klan en transposant cette réalité historique nauséabonde des années 20 dans un univers mêlant fantasy, science-fiction et horreur. Les klanistes ne sont en effet pas seulement constitués de fidèles éblouis par cette idéologie extrémiste, mais comptent parmi eux également quelques véritables monstres nommés Ku Kluxes, des créatures diaboliques et surnaturelles se nourrissant de haine. Ce procédé permettant de donner vie à la monstruosité du Ku Klux Klan fonctionne à merveille !
J'ai également beaucoup aimé le côté très féministe de ce récit porté par des femmes. de Nana Jean, qui fait office de chef de la résistance, à l'irrésistible trio de chasseuses de démons, composé de Sadie, fine gâchette munie de sa Winchester, Chef, l'experte en explosifs, et Maryse Boudreaux, la narratrice pourvue d'une épée magique, les héroïnes de P. Djèlí Clark réduisent leurs homologues masculins de l'époque à des rôles de figurants.
Je dois également souligner le fait que P. Djèlí Clark parvient à créer un univers totalement abouti et parfaitement cohérant en seulement 160 pages, tout en insufflant beaucoup de rythme grâce à de nombreuses scènes d'action. J'ai même adhéré à la plupart des codes du genre fantasy que l'auteur transpose avec brio dans cette Amérique des années 20, allant de l'élue vouée à vaincre le Mal à cette épée magique qui se nourrie de la souffrance et de la colère des âmes des anciens esclaves noirs. J'ai par contre plus de mal avec les « facilités » inhérente au genre, qui consiste à sortir plusieurs lapins blancs du chapeau de l'auteur afin de multiplier les rebondissements. Si les monstres Ku Klux passaient encore, j'ai eu plus de mal à digérer la Grande Cyclope et les Docteurs de la Nuit qui s'invitent à la bataille finale… Faut y aller à petites doses avec moi !
Finalement, malgré le travail de traduction aussi délicat qu'exemplaire de Mathilde Montier, j'ai tout de même eu du mal avec les passages recourant à ce dialecte gullah, issu de cette communauté afro-américaine de Géorgie. Si la réalité et le langage partent en sucette en même temps, je me retrouve totalement perdu !
Bref, n'étant pas du tout adepte du genre, ce roman est tout de même parvenu à me divertir et à me tenir en haleine de la première à la dernière page. S'il ne me laissera pas un souvenir impérissable, je retiendrai tout même le message principal qu'il véhicule : il n'est jamais bon de nourrir la haine !
Lien : https://brusselsboy.wordpres..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          970
CasusBelli
  18 février 2022
Je suis tombé sur ce titre à l'occasion de l'une de mes veilles sur Babelio, quelques billets enthousiastes et le fait qu'il avait obtenu les prix Locus et Nebula m'ont décidé à tenter l'expérience d'autant que ce livre était disponible à ma bibliothèque numérique.
L'idée de départ était plutôt intéressante, combiner littérature fantasy et vingtième siècle dans une uchronie revisitant le sud de l'Amérique et un contexte de ségrégation avec un Klu Klux Klan dominateur et redoutable car dirigé par de puissants sorciers.
P. Djèlí Clark va opter pour une narration particulière, essentiellement exprimée en "patois" plus ou moins digeste, parfois à la limite de la compréhension (Nana Jean) et inconfortable le plus souvent, voire pénible à la longue. L'auteur heureusement nous propose une introduction explicative bienvenue sur cet aspect, ce qui m'aura incité à l'indulgence.
Bon, je ne vais pas tourner autour du pot, j'ai été globalement déçu. le contexte est à peine développé de même que la psychologie des personnages, on rentre vite dans l'action pour ne plus en sortir ou presque, c'est trash et gore, on ne fait pas dans la finesse.
Côté scénario c'est faible, plutôt confus et le plus souvent outrancier, les combats et confrontations s'enchaînent sans souci de crédibilité jusqu'à un final délirant.
Heureusement il s'agit d'un format court, une novella de 144 pages au format numérique.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          6330
JustAWord
  08 novembre 2021
Pour son troisième ouvrage traduit en français chez L'Atalante, nul doute que l'américain P. Djèlí Clark va faire parler de lui. Après les djinns, c'est à d'autres créatures bien plus malfaisantes que s'intéresse l'auteur dans Ring Shout, prix Nebula et Locus 2021. Grâce une traduction remarquable signée Mathilde Montier, remontons le temps pour prendre le mal à la racine en découvrant que le Ku Klux Klan est encore plus terrible qu'on ne le pensait !
Une histoire américaine
Nous sommes en 1922 dans la petite ville américaine de Macon en Géorgie. Sur un toit, une embuscade se prépare en marge d'un défilé du Ku Klux Klan. Maryse, Sadie et Chef ont décidé de tendre un piège au klanistes…en laissant un carcasse de chien bien en évidence dans la ruelle d'en face !
Alors qu'ils approchent du cadavre, les trois silhouettes révèlent leur vraie nature de Ku Kluxes, des monstres échappés de l'Enfer qui n'ont qu'un but : tuer les Noirs et consommer le reste.
Dans Ring Shout, P. Djèlí Clark a une idée géniale : prendre la monstruosité du Ku Klux Klan et son idéologie raciste au pied de la lettre. Pour cela, l'américain imagine que les klanistes ont ouvert la porte à des entités surnaturelles qui se nourrissent de la haine et qui les font muter au-delà de tout espoir de rédemption. Grâce au film de propagande raciste « Naissance d'une Nation », le Klan et ses démons gagnent du terrain.
Mais en face, la résistance s'organise autour de Nana Jean et des siens, regroupant les Noirs qui veulent rendre les coups et qui savent la vraie nature de la menace qui pèse sur leur pays et sur le monde.
C'est au cours de cette novella de 170 pages que P. Djèlí Clark va se servir de cette idée de départ pour analyser les racines du mal qui ronge l'Amérique raciste tout en observant la chose par le prisme des opprimés en prenant Maryse, une jeune Noire américaine dont la famille a été sauvagement tuée par le Klan alors qu'elle n'avait que dix-huit ans, comme narratrice.
Un choix qui n'a rien d'anodin et qui va, finalement, transcender le récit final.
Melting-pot de genres
Pourtant, avant de revenir sur l'idéologie exploitée par Ring Shout, arrêtons-nous d'abord sur son univers. P. Djèlí Clark offre au lecteur une fantasy inattendue qui reprend tous les codes du genre pour les transposer dans l'Amérique des années 20. de l'élue au terrible champion ennemi, de la bataille rangée finale à la débauche de pouvoirs magiques, de l'épée sacrée aux haints (version Gullah-geechee des esprits, fantômes et autres démons), tout y est même la langue inventée (ou presque) avec le gullah-geeche, dialecte issu d'une communauté afro-américaine particulière de Géorgie et de Caroline du Sud.
En moins de 200 pages, l'américain transporte le lecteur dans un univers complet au potentiel en suspens à l'issue de l'histoire. Mieux encore, P. Djèlí Clark se fiche bien des barrières et va allègrement brasser les genres.
Le lecteur attentif repérera ainsi des allusions à des univers parallèles (voire même un multivers), à du voyage temporel et, bien évidemment à de l'horreur en veux tu en voilà !
Car si cette fantasy foisonnante enchante, elle terrifie aussi par la ménagerie qu'elle apporte avec elle, du terrifiant Ku Klux aux Docteurs de la Nuit cousins de jeu de Pinhead en passant par les Tantines, sorcières inhumaines et intemporelles aux traits malaisants. P. Djèlí Clark injecte du body-horror dans sa fantasy, la saupoudre de science-fiction et tout ça dans un seul et unique but : capturer l'horreur du réel.
Menace universelle
Revenons maintenant sur le propos même de Ring Shout, à savoir la réflexion autour du racisme en Amérique et, plus précisément, les raisons de l'existence du Klan. L'américain, même s'il utilise le prisme du fantastique, n'oublie jamais de préciser l'origine humaine des klanistes qui servent de chair à possédés pour les démons de l'autre côté. Et si leur éradication et le caractère impitoyable de la vengeance qui s'abat sur eux ne font aucun doute quant à leur légitimité, P. Djèlí Clark s'interroge pourtant à travers les yeux de ses héroïnes. Des héroïnes magnifiques qui ont souffert : Maryse et sa famille massacrée, Cordelia “Chef” Lawrence ancienne Harlem Hellfighters qui souffre encore de la Grande Guerre ou encore Sadie et son grand-père assassiné.
En axant son récit sur des femmes, P. Djèlí Clark montrent leur courage et leur ténacité qui n'a rien à envier à leurs homologues masculins de l'époque.
Il permet aussi, et surtout, de se plonger dans les sentiments et les émotions de son héroïne, Maryse, la fameuse « élue » de la prophétie…mais de quel camp ? En imaginant que les démons se nourrissent de la Haine et que celle-ci fascine un tas d'êtres surnaturels, l'américain met également en garde : même si les raisons semblent justes, la Haine mène au précipice, et cela peu importe votre couleur de peau. Maryse doit donc combattre sur deux fronts pour aider les siens, ce qui rend Ring Shout d'autant plus nuancé et intéressant, montrant bien qu'une vengeance aveugle vous transforme en monstre à votre tour, même avec les meilleures intentions du monde.
Comme le dit si bien le Proverbe : « L'Enfer est pavé de bonnes intentions…»
Fantasy brillante et enragée, Ring Shout retrouve pourtant toute sa nuance quand il parle de la haine et de ce qu'elle fait aux hommes.
P. Djèlí Clark impressionne par sa maitrise absolue des genres et des parts d'ombres de l'Histoire américaine, transformant ce qui aurait pu être une banale fantasy horrifique de plus en un récit intense, émouvant et intelligent.
Lien : https://justaword.fr/ring-sh..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          321
boudicca
  06 février 2022
Après les excellents « Tambours du dieu noir » (suivi de « L'étrange affaire du djinn du Caire ») et « Le mystère du tramway hanté », Phenderson Djeli Clark nous offre avec « Ring shout » une novella très réussie dans laquelle on retrouve tous les ingrédients qui font le charme de cet auteur que les éditions l'Atalante ont décidément été fort inspirées de traduire. Après la Nouvelle-Orléans et le Caire, direction le sud des États-Unis en 1922, quelques années seulement après la sortie du film « Naissance d'une nation » de D. W. Griffith. Véritable succès au cinéma, l'oeuvre promeut une sorte de roman national américain idéalisé et fait ouvertement l'apologie de la suprématie blanche, au point qu'elle participera à un regain de vigueur du Ku Klux Klan à cette période. Les populations noires sont évidemment les premières victimes de cette résurgence et des actes de terrorisme perpétrés en toute impunité par les membres du clan. Ce que très peu parmi eux savent, en revanche, c'est qu'un petit nombre de ces suprémacistes ne sont pas des humains ordinaires mais des créatures de toute évidence non terrestres et qui se nourrissent de la haine et de la colère que traînent dans leur sillage ces illuminés. Maryse, elle, est parfaitement au fait de la double nature de ces « Ku Kluxes » qu'elle combat sans relâche depuis le massacre de sa famille. Armée d'une épée magique et entourée de deux autres redoutables guerrières, l'une vétérante de la Première Guerre mondiale, l'autre véritable pro de la gachette, la jeune femme traque inlassablement ces monstres qui semblent toujours plus nombreux. Et la situation n'est pas prête de s'améliorer avec l'annonce de la sortie d'un second volet à « Naissance d'une nation », film visiblement destiné à servir de couverture à l'arrivée d'une nouvelle entité encore plus terrible que celles que Maryse à jusque là du affronter.
Longue d'un peu moins de deux cent pages, la novella de P. Djeli Clark se dévore et ravit tant par la qualité de son écriture et de sa réflexion que par le soin apporté aux personnages, mais aussi par l'équilibre que l'auteur a su préserver entre une ambiance presque crépusculaire et un humour irrésistible. Comme dans « Les tambours du dieu noir », l'auteur met en avant des personnages afro-américains dont la culture et les pratiques spirituelles s'inspirent de celles des esclaves originaires d'Afrique de l'Ouest et apportées aux États-Unis lors de la traite. La culture gullah-geechee (qui concerne des Afro-Américains vivant sur les côtes de Caroline du Sud) est particulièrement mise en avant, que ce soit à travers la mise en scène de ces « ring shout », une pratique rituelle particulièrement populaire à base de danse et de chants, mais aussi grâce à des extraits d'entretiens avec d'anciens esclaves témoignant du caractère émancipateur et contestataire de ces rituels. Comme dans « Les tambours du dieu noir », on retrouve aussi un gros travail réalisé sur la langue puisque le texte est écrit, dans sa version originale, majoritairement en anglais vernaculaire afro-américain, avec quelques passages en créole afro-américain gullah-geechee. La diversité de ces langages est admirablement rendue par la traduction et, si certains passages sont peut-être un peu plus ardus à déchiffrer, l'auteur souligne non sans humour dans son avant-propos que « pour des amateurs et amatrices de littérature de l'imaginaire, habitués à côtoyer des langues fictives telles que l'elfique ou le klingon, une once de dialecte afro-américain et de créole ne devrait pas poser de problème. » Bien que plutôt osé, le pari de P. Djeli Clark est donc un franc succès et confère au récit un charme supplémentaire tout en renforçant l'immersion du lecteur dans cette Amérique profondément dérangeante.
Parmi les nombreux éléments qui constituent la « marque de fabrique » de l'auteur figure la place prépondérante accordée aux femmes, et cette novella ne fait pas exception. Djeli Clark nous offre un trio d'héroïnes marquantes et qui dégagent énormément de force, et ce en dépit (ou sans doute plutôt à cause) des épreuves traumatisantes qu'elles ont pu subir dès leur plus jeune âge (les tranchées, le massacre d'une famille…). L'alchimie qui règne entre ces trois protagonistes est indéniable et communicative, si bien qu'on s'attache immédiatement à ces guerrières des temps modernes dont on admire la combativité mais pour lesquelles on ne peut s'empêcher de trembler. Les monstres auxquels nos héroïnes ont affaire sont quant à eux convaincants, qu'il s'agisse des « simples » suprémacistes ou de ces créatures venues d'ailleurs. Les références à Lovecraft et ses Grands Anciens sont évidentes et utilisées astucieusement pour instaurer un climat d'horreur de plus en plus oppressant. On pense aussi, un peu, à China Mieville et à ses créatures toutes plus perturbantes les unes que les autres tant les descriptions fournies ici des Docteurs de la Nuit ou encore des Ku Kluxes sont effrayantes. L'auteur n'hésite également pas à mettre en scène de façon assez trash des déformations ou tortures corporelles, autant de scènes qui participent elles aussi à renforcer cette atmosphère étouffante mais qui peuvent mettre très mal à l'aise. En dépit de cette noirceur incontestable et de la tension permanente qui met à rude épreuve les nerfs du lecteur, on se prend aussi à rire franchement à la lecture de certains dialogues remarquablement bien écrits et qui dédramatisent temporairement la situation. le personnage de Sadie est sans doute le plus drôle de tous, avec son franc-parler et son mélange de cynisme et de candeur qui donne lieu à des échanges mémorables avec ses camarades tour à tour attendries ou atterrées.
Avec « Ring shout » P. Djeli Clark continue de s'affirmer comme une voix incontournable des littératures de l'imaginaire outre-atlantique. de part ses thématiques, leur traitement résolument politique, le travail réalisé sur la langue et surtout la qualité de ses personnage, ses novellas méritent incontestablement le détour. A noter que les éditions l'Atalante ont annoncé la parution ce mois-ci du premier roman de l'auteur se situant de le même univers que ses affaires égyptiennes : « Maître des djinns ».
Lien : https://lebibliocosme.fr/202..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          150


critiques presse (2)
Syfantasy   30 mars 2022
Ring Shout est une capsule étrange, envoûtante, rafraîchissante et horrifique qui plaira aux lecteurs audacieux, grâce à une traduction qui fait honneur à la culture afro-américaine !
Lire la critique sur le site : Syfantasy
Elbakin.net   23 février 2022
Ring Shout mélange brillamment les topoï de la fantasy épique que l’on aime avec une discussion engagée sur la haine et l’opposition raciale. Tour à tout conteur et narrateur, P. Djèlí Clark livre ici une excellente histoire, servie par un trio féminin qui vous restera longtemps en tête. C’est maitrisé de bout en bout, nuancé et émotionnellement fort.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
JustAWordJustAWord   08 novembre 2021
Connais-tu la théorie des humeurs, transmise autrefois par les Hamites d’Égypte aux Grecs et aux Romains ? Elle édicte que chacun des fluides corporels humains préside à un principe. Le sang pour la vie ; la bile jaune, siège de la violence ; la bile noire, source de mélancolie ; le phlegme, de l’apathie. J’ai idée qu’une des humeurs manque à l’appel. Ce que les hommes nomment la haine. Toi et moi en avons trop vu pour nier son existence.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100
AderuAderu   17 octobre 2021
Notre Klan à nous, celui de 1922, il se fiche bien de se planquer.
Des hommes, des femmes et même des bèbes. Ils baguenaudent là-dehors, tout sourires, comme si qu'ils partaient en pique-nique du dimanche. Ils allument tout plein de feux d'artifice - feux de Bengale, pétards à mèche, fusées et d'autres qui font un bruit de canons. Une fanfare rivalise avec ce tapage et tout le monde en bas, parole, frappe dans ses mains un temps sur deux. Entre les cabrioles et les drapeaux qui s'agitent, on en oublierait presque que c'est des monstres.
Sauf que, moi, les monstres, je les chasse. Et je sais en reconnaître quand j'en vois. (17)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
AderuAderu   23 octobre 2021
Criaillements, rires et cognements de tambours, plaintes, éclats de voix et hululements, chants, percussions et longs gémissement soutenus. Une collection de souvenirs innombrables, des tombes aquatiques de l'Atlantique aux rizières boueuses et aux plantations de coton, des ténèbres suffocante des mines d'or aux vapeurs écœurante de sucre bouilli qui rongent hommes et femmes, les broient entre des mâchoires faites de fouets, de chaînes et de fers, comme autant d'instruments d'asservissement et de ruine. Emportée dans ce maelström, je chante avec eux, épanchant ma propre douleur. (146)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
boudiccaboudicca   30 janvier 2022
 -Croyez qu’y a des Nègues là d’où qu’y viennent ?
-Sadie ! je l’interromps, mes minces réserves de patience épuisées. Dieu sait combien de fois j’tai dit d’arrêter de prononcer ce mot-là. Au moins en ma présence.
La mulâtre lève tellement les yeux aux ciel que je m’étonne de ne pas la voir tomber endormie.
-Qu’est-c’est que tu m’charres, Maryse ? J’mets toujours la majuscule à mes Nègues.
Je la fusille du regard.
-Qu’esse ça change ?
Elle a le toupet de me toiser comme si j’étais simple d’esprit.
-Passqu’avec la majuscule y’a du respect.
-Et comment qu’on sait, nous, si tu mets un N majuscule ou minuscule ? intervient Chef en venant à ma rescousse.
Sadie nous dévisage à présent toutes les deux, à croire qu’on connaît pas que deux plus deux font quatre.
-Pourquoi ça que j’dirais nègue en minuscule ? C’est insultant !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
LenocherdeslivresLenocherdeslivres   29 novembre 2021
Il nous incombe de sauver ces simples d'esprit de leur aveuglement, comme un père se doit de régir ses enfants et son foyer - c'est à coups de fouet que nous ramènerons la vermine dans le droit chemin !
Commenter  J’apprécie          30

Video de P. Djèlí Clark (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de P. Djèlí Clark
À quelques jours de Noël, nous vous proposons un petit tour des différents rayons de Dialogues, pour découvrir les derniers coups de coeur des libraires.
Bibliographie : - Fantastique Gustave Doré, d'Alix Paré et Valérie Sueur-Hermel (éd. Chêne) https://www.librairiedialogues.fr/livre/19864091-fantastique-gustave-dore-alix-pare-valerie-sueur-hermel-editions-du-chene
- le Grand vide, Léa Murawiec (éd. 2024) https://www.librairiedialogues.fr/livre/18955347-le-grand-vide-lea-murawiec-editions-2024
- A Boy called Christmas, de Matt Haig (éd. Canongate books) https://www.librairiedialogues.fr/livre/20203157-a-boy-called-christmas-matt-haig-olf-s-a
- Carte de Recouvrance, de l'association Coucou Recou https://www.librairiedialogues.fr/livre/20378859-carte-de-recouvrance-collectif
- American Rust, de Philipp Meier (éd. Albin Michel) https://www.librairiedialogues.fr/livre/19855869-american-rust-roman-philipp-meyer-albin-michel
- Quatre Poires, d'Anjela Duval (éd. Coop Breizh) https://www.librairiedialogues.fr/livre/20131705-quatre-poires-peder-berenn-anjela-duval-coop-breizh
- le Futur, à peu de choses près (Usbek & Rica) https://www.librairiedialogues.fr/livre/19587020-le-futur-a-peu-de-choses-pres--usbek-rica-collectifs-hoebeke
- Ring Shout, de P. Djèlí Clark (éd. Atalante) https://www.librairiedialogues.fr/livre/19675459-ring-shout-cantique-rituel-djeli-p-clark-atalante
- La Fantastique aventure des montagnes gelées, d'Emily Hawkins (éd. La Martinière jeunesse) https://www.librairiedialogues.fr/livre/19773240-la-fantastique-aventure-des-montagnes-gelees-emily-hawkins-la-martiniere-jeunesse
+ Lire la suite
autres livres classés : ku klux klanVoir plus
Notre sélection Imaginaire Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Ce film d'horreur et d'épouvante est (aussi) un roman

Jack Torrance, gardien d'un hôtel fermé l'hiver, sa femme et son fils Danny s'apprêtent à vivre de longs mois de solitude. Ce film réalisé en 1980 par Stanley Kubrick avec Jack NIcholson et Shelley Duvall est adapté d'un roman de Stephen King publié en 1977

Le silence des agneaux
Psychose
Shinning
La nuit du chasseur
Les diaboliques
Rosemary's Baby
Frankenstein
The thing
La mouche
Les Yeux sans visage

10 questions
824 lecteurs ont répondu
Thèmes : cinema , horreur , epouvanteCréer un quiz sur ce livre