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Critique de Pois0n


Pois0n
  25 septembre 2017
(Critique faite après relecture en VO, plusieurs années après deux lectures VF)

Jonathan Strange & Mr Norrell, c'est l'exemple même de ces bouquins que l'on adore, que l'on déteste, voire les deux à la fois mais qui ne peuvent laisser indifférent. C'est aussi un énorme pavé qui, autant le dire tout de suite, s'avère assez indigeste et ce, aussi bien en VF qu'en VO (naturellement, c'est encore pire en VO, avec les tournures de phrases désuètes et le niveau relativement soutenu).

Indigeste non pas à cause du style (sur ce point, il n'y a rien à reprocher à Susanna Clarke: oui, tout est très maniéré, mais le ton est de fait parfaitement adapté au cadre du roman) mais à cause de l'histoire elle-même. Ce qui, au début, donne l'impression d'être lent à démarrer ne démarre en fin de compte jamais. Pendant 1006 pages (édition Bloomsbury poche), il ne se passe... pas grand-chose. Et lorsqu'il se passe quelque chose, les évènements sont noyés entre des tartines entières de blabla qui atténuent énormément l'impact de ce qui est raconté. Jamais la guerre n'aura paru aussi ennuyeuse! le rythme est de surcroît d'une lenteur pachydermique (le récit s'étalant tout de même sur dix ans) et plombé à la fois par de nombreuses descriptions parfois utiles, plus souvent superflues; et de très nombreuses notes de bas de page, s'étalant parfois sur plusieurs pages (!) et prenant de temps à autre plus de place sur celles-ci que le texte principal (!!). Cependant, contrairement aux descriptions parfois fastidieuses, ces notes apportent énormément au récit. Certes dispensables en elles-mêmes, ce sont pourtant bien elles qui permettent d'apprécier toute la richesse de l'univers imaginé par l'auteure, véritables mini-histoires dans l'histoire. Car s'il y a bien une chose que l'on remarque dans Jonathan Strange & Mr Norrell, c'est l'impact constant du passé sur les faits et gestes des personnages. A chaque page ou presque, il y est fait référence, et à chaque référence, on a l'explication correspondante.

Reste que l'on se fait royalement ch*** pendant 960 pages, avant que tout ce "pas grand-chose" ne commence enfin à prendre sens. Que tout ce que l'on a lu jusque-là trouve une place logique et que l'on comprenne que Susanna Clarke avait prévu d'en arriver là *depuis le tout début*. Certes, le chemin aura été fastidieux. Mais l'effet est là: l'air de rien, étape par étape, l'auteure (ou plutôt un certain personnage) a placé ses pions afin que chacun soit à la place qui lui est due lors du grand final. Et ça marche.
Dommage qu'il faille vraiment s'accrocher pour en profiter. Jonathan Strange & Mr Norrell, c'est ce roman qu'il faut résister à abandonner en cours de route et ce, à de nombreuses reprises. Vous n'aimez pas les cliffhangers de fin de chapitre? Moi non plus. Mais ici, on en vient à regretter qu'il n'y en ait pas, que RIEN ne nous pousse à poursuivre la lecture si ce n'est notre volonté d'en voir le bout.

Verdict, Jonathan Strange & Mr Norrell est un paradoxe. Un roman vraiment pénible sur la forme, mais absolument génial sur le fond. Oui, c'est longuet, oui, ce n'est pas très mouvementé, mais ça a un charme fou et c'est blindé de détails. En dépit de la lecture fastidieuse, on en ressort avec une impression globalement positive. A condition d'avoir tenu jusqu'à la fin...
Difficile donc de l'encenser, au moins autant qu'il est impossible de le descendre. Il ne s'agit pas d'un mauvais roman, loin de là. D'un bon, peut-être, sauf si l'on considère qu'un bon roman se doit de posséder un côté addictif, ce que Jonathan Strange & Mr Norrell n'a pas. S'il y a bien un livre au sujet duquel on ne pourra pas jeter la pierre à celles et ceux qui auront jeté l'éponge (et seront donc passés à côté du truc), c'est bien celui-là.
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