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ISBN : 1095086375
Éditeur : Inculte éditions (04/01/2017)

Note moyenne : 3.89/5 (sur 14 notes)
Résumé :
A travers la figure de l'aventurier et naturaliste russe Nikolaï Miklouho-Maclay, premier homme blanc à avoir vécu au contact des papous de Nouvelle-Guinée, Claro livre un nouveau roman dans lequel biographie et autobiographie se mêlent. Au terme de ces étonnants allers-retours Claro questionne la machine romanesque. Sous ses coups de boutoir, la figure de l'auteur vacille et tombe de son piédestal.
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
LucienRaphmaj
  11 février 2017
« On entre dans un mort comme dans un moulin » écrivait Sartre, biographe de cet Idiot de la famille qu'était Flaubert. Pourtant quand il est question avec Claro d'un homme mystérieux comme Nicolaï Mikloukho-Maklai (1846-1888), proto-ethnologue des Papous, l'incarnation se complique. Se complique d'un mirage et d'un dédoublement.
Donc, croyez-moi, ne me croyez pas, peu importe, puisque toute vie racontée n'est qu'un violent processus de défiguration.
Quelle idiotie, quelle famille ? Les questions de Sartre sont épuisées, et ce qui aurait dû être le récit d'aventure « hors du charnier natal » n'est rien que la débâcle toute célinienne de l'aventure, du projet, pour l'écrivain comme pour son sujet.
Je le livre ainsi au lecteur, entre deux hontes bues. À ce dernier de s'en saisir et d'en faire, si bon lui semble, un personnage susceptible d'enrichir ses rêves préoccupés. Je ne suis ni le four ni le moulin.
Ni le four, ni le moulin. Au lecteur de fictionner, d'imaginer autrement à partir des traces, des odeurs, des images que produit la prose puissante de Claro. Ce mouvement est bien sûr celui qui hante la littérature depuis sa période moderne, celui qui brise le récit en mille morceaux où se reflètent tous les possibles. A cet égard, on mentionnera la très belle « Maison des épreuves » que Claro a justement traduit récemment, et l'appel du surréalisme de Breton contre la description romanesque, en faveur du récit poétique et de la vie réinventée :
Prends le temps, murmure en moi l'ersatz de narrateur soucieux de ne pas trop bâcler ce décor pourtant plus vite planté ici qu'un simple bulbe. Soigne, décore. Embaume ou aère. Décris l'âcre et peins l'amer. Aménage des marges. Coiffe des têtes. Fais tourner des têtes. Tranche les têtes. Pinaille. Protège. Vérifie les ourlets. Souligne l'horizon. Atténue les reliefs. Renforce les perspectives. Ici une pincée de joie. Là un soupçon d'inquiétude. Plisse les tentures. Rapproche les sièges. Commente sans commenter. Retape. Répare. Distille l'allusif. Insère une échappée."
Le livre pourrait se lire comme une psychobiographie, puisque nous alternons entre chapitre de confessions analytiques du narrateur en train d'écrire la biographie de Nicolaï Mikloukho-Maklai, et chapitre à la troisième personne restituant des bribes des tribulations de cet explorateur. Mais tous deux se rejoignent dans un psychonaufrage, sur une recherche désespérée de lignes de fuites « hors du charnier natal » (famille, patrie, identité), s'incarnant en deux direction opposées : l'un cherchant dans un ailleurs tropical sa destinée, l'autre, creusant jusqu'à l'os son intériorité par l'écriture. le livre nous livre au vertige de cette psychanalyse existentielle face à la mauvaise foi assumée et à la nausée de l'écriture (ce qui sauvait Roquentin, ce qui déporte ici le narrateur).
« Immobile en feu, ai-je écrit ailleurs, faute de mieux. Je n'écris pas pour me connaître. J'écris toujours, je crois, pour me déprendre. Me déprendre de quoi ? L'écriture, telle que je la conçois, me permet justement de ne pas m'attarder sur la nature indélicate de ce dont je me déprends, et qui est sans doute moi moins l'écriture. Stop ! Un instant ! Telle que je la conçois ?! Allons, nous n'en sommes plus là. C'est souvent l'écriture qui me conçoit, me déçoit et m'assoit, me pense et me dirige, me bouscule et m'égare, m'entrave et m'élance.
Partout l'ironie et la poésie s'insinue. Entreprise de "défiguration" disait Claro au départ, on peut y entendre quelque chose de Foucault dans cette volonté de disparaître : "Plus d'un, comme moi sans doute, écrivent pour n'avoir plus de visage. Ne me demandez pas qui je suis et ne me dites pas de rester le même : c'est une morale d'état-civil ; elle régit nos papiers. Qu'elle nous laisse libre quand il s'agit d'écrire." Je n'est pas un autre. La « revisitation » n'amène aucune illumination. La vraie vie n'est pas ailleurs, ni ici, d'ailleurs. Penser, écrire, est comme mouvement vers un dehors désoeuvrant (Blanchot), un ailleurs problématique (il faut écouter la conférence de François Jullien à cet égard).
L'incarnation dans l'écriture, le mouvement même d'écriture est ce qui reste, mais ne sauve pas, car tout se perd, tout fait naufrage. Même le miroir que Nicolaï Mikloukho-Maklai offrait à l'écrivain se fissure, un nid de frelons s'y niche, menace, le brise. On ne s'échappe pas malgré tous les exils, intérieurs ou extérieurs, malgré les voyages, l'écriture, la lecture, la drogue – « misérable miracle » selon Michaux.
« Décidément, l'être au bouillie, bouillie tiède, il ne tient pas la route, un désastre l'habite et le trémousse qui l'empêche de coaguler. S'il durcit, il se fendille aussitôt, puis éclate, se répand, se disperse. »
Alors Nicolaï Mikloukho-Maklai ? Sa destinée se perd pour nous dans le vague du lointain, des anecdotes, des lettres jamais reçues, histoire donc de fantôme :
« En nous, sachez-le, trépignent et s'agitent des êtres dont nous n'avons pas la moindre idée, car ils échappent aux idées, qu'ils mâchent et recrachent comme des abricots pas mûrs. Ces êtres n'ont ni corps ni esprit, ne sont ni pierre ni eau, ni bois ni feu – ce sont des fantômes, enfants de nos songes et mensonges, auxquels nous commettons l'imprudence de confier nos projets. »
« le récit ? plus de récit » écrivait Blanchot dans La folie du jour. Pourtant bien sûr une partie de nous continuera toujours de rêver à s'échapper du charnier natal, à retrouver du récit. Si Nicolaï Mikloukho-Maklai est appelé par les Papous « l'homme de la Lune » (kaaram-tamo), cette appellation ne peut que rappeler que cette même dénomination, "homme de la lune", est utilisée pour désigner le personnage principal, Axel Heyst, dans le ténébreux roman Victoire de Conrad. Même ratés ces conquérants continuent de fasciner.

Lien : https://lucienraphmaj.wordpr..
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Antoine_Libraire
  04 avril 2017
c'est un livre puissant que je vous présente aujourd'hui.
Déjà, regardez cette magnifique couverture. Les éditions Inculte savent mettre en valeur leurs livres.
Je l'avoue humblement, « hors du charnier natal » est le premier livre de Claro que je lis, malgré la production de l'auteur, qui n'en est pas à son coup d'essai.
Sans le savoir, j'avais lu des traductions du monsieur, notamment « waiting period » de Hubert Selby Jr. Mais aucun de ces livres à lui. Est-ce qu'une traduction est une oeuvre aussi ? Je serais tenté de dire oui, mais ne m'étant jamais frotté à l'exercice (pour cause, je ne parle aucune autre langue), je me garde de l'affirmer.
« Hors du charnier natal » est un livre qui secoue. Premièrement parce qu'il se distingue très largement de la production habituelle de livre présente sur mes tables de libraire.
Ensuite parce que, quelque soit le livre que l'on croit ouvrir, nous sommes percuté par une écriture exigeante et poétique qui nous entraîne ailleurs.
Pas de carte pour guider dans les contrés subtilement parcourues par l'auteur. Se laisser glisser, pas grand-chose d'autre à faire. Ou plutôt si. Car le livre exige du lecteur. Sans que celui ci sache bien quoi.
Sans repère, sans sol stable sous les pieds, au bord du cratère qui, on le sent, n'en a pas fini avec des prétentions éruptives.
Biographie, fiction, auto-fiction, essai littéraire, introspection ??? Les clés du langage, comme autant de manière de forcer les serrures de la littérature. le narrateur nous entraîne à une vitesse folle derrière Nicolaï Mikloukho-Maklai, ethnologue (l'est il seulement, lui qui ne finit aucune étude?), qui se perd en Nouvelle-Guinée, devenant divinité pour une tribu perplexe. Mais l'anthropophage n'est pas le « sauvage ». le narrateur seul éventre et écorche son sujet.
Mais de quel sujet s'agit il au juste. Cet ethnologue disparu, l'auteur lui même ? L'écriture ?
Le narrateur n'a de cesse durant le voyage de s'en prendre à lui même, au fait même d'écrire, moquant les « facilités » (les guillemets doivent en faire partie) qu'il s'autorise pour mieux s'en prendre à elles.
Et c'est un duel à trois qui se déplie (Deleuze, es tu là?) entre l'auteur, son sujet et l'écriture qui les maintient, contrains, en lien. L'autofiction prend le pas sur la biographie, puis inversement.
Clairement, je n'ai pas capté toutes les références présentes dans le livre, et si certaines me sont apparues, je suis bien conscient d'en avoir loupé plein.
« Hors du charnier natal » est le livre le plus compliqué que j'ai eu à chroniquer depuis la naissance de ce blog. J'ai aimé. Mais le verbe aimer est inadéquat.
J'y ai retrouvé ce qui m'avait bousculé chez William S. Burroughs, ce décorticage de la langue, la démonstration que la littérature peut être plus qu'un récit. La langue y est malaxée, la poésie y est âpre et revêche.
« Un livre ! J'aurais juré autrefois que cet objet pouvait passer, ombre aidant, pour un piédestal. Mais c'est là bien entendu une vision tout juste digne d'un benêt. Un livre n'est rien de plus qu'une trappe, située quelque part en soi. C'est aujourd'hui Nikolaï que j'y jette, mais il n'est pas sûr que ce soit lui qui s'y brisera les reins. »
Pour moi, une vrai découverte. J'ai hâte de relire Claro.
Lien : https://bonnesfeuillesetmauv..
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Charybde2
  06 janvier 2017
Au coeur de la quête de l'autre en nous, le langage.
Sur mon blog : https://charybde2.wordpress.com/2017/01/06/note-de-lecture-hors-du-charnier-natal-claro/
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EcureuilBibliophile
  21 juillet 2018
étonnant ce mélange de biographie d'un russe partant se déifier (s'enterrer ?) à l'autre bout du monde et de l'auto fiction. Je ne m'y attendais pas, mais j'ai adoré l'écriture de Claro
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loudarsan
  15 février 2017
Chronique complète ici : http://www.undernierlivre.net/hors-du-charnier-natal-claro/
Larves et imagos, oiseaux marins estropiés, éponges et coraux, fleurs jaillies du fumier [...] Dans ce Charnier natal, où les trappes ouvertes par l'écriture sont oubliettes et passages, les images, les associations d'idées incongrues et déroutantes, sourdent en une puissance taurine et délicate, dans ce double mouvement qui excave et élève, fidèle aux obsessions de l'écrivain immobile et en feu. [...]
Lien : http://www.undernierlivre.ne..
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critiques presse (2)
Actualitte   03 août 2017
Comment d’ailleurs accède-t-on à soi, puisque je est un autre ? Un chemin de réponse peut se trouver dans Hors du charnier natal, roman discret de Claro, mais qui, j’en suis certain, restera.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LeMonde   10 mars 2017
En racontant (peut-être) la vie de Nikolaï Mikloukho-Maklaï, ethnologue précurseur, l’écrivain démantèle (sûrement) le mécanisme de la fiction jusque dans ses moindres rouages.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
rkhettaouirkhettaoui   29 janvier 2017
En nous somnole un autre. Un inconnu au teint cireux, apparemment inerte, qui semble attendre l’affriolant baiser d’une allumette. S’il sourit, ce ne peut être que sous l’effet d’une lente combustion, celle des rêves qui l’embaument. Nous évitons de penser à lui un peu comme nos aïeux évitaient de penser au sexe, c’est-à-dire avec un zèle alarmant. Nous le supposons susceptible, ombrageux, à l’affût. Mais aussi : curieux de tout, surtout de nous, et encore plus de nos failles. Sur les tréteaux de notre petite mythologie d’opérette, on voit luire ses dents de charbon et ses yeux de cannibale, on sent remuer son échine souple et on perçoit sa parole rongée. Il nous suffit de l’imaginer nous aborder pour que tout notre être aspire à un destin d’asticot.
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rkhettaouirkhettaoui   29 janvier 2017
Faut-il être fat pour s’imaginer qu’en écrivant un livre on fera autre chose que soulever des couvercles, des couvercles posés non sur d’odorantes marmites, mais à même le terreau moite où ça germe, où ça se rebiffe. Une fois de plus, dans mon imprudence, je redresse le capot de l’ordinateur et, comme dans Kiss me Deadly, ce film de gangsters et d’uranium enrichi, l’éblouissante fureur de l’innommé m’affole de ses mortels UV. S’aveugler exige du doigté, c’est une évidence.
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rkhettaouirkhettaoui   29 janvier 2017
Les hommes qui tombent ont la mémoire bancale. Leur mémoire, je le sens bien, tombe elle aussi, et plus vite qu’eux-mêmes, comme pour leur indiquer le chemin, la méthode, et dans les plis de l’oubli ils apprennent à leur insu qu’eux aussi laisseront de vagues traces, mais hélas invisibles aux yeux, et sans doute aux cœurs, des traces que leurs successeurs piétineront sans penser à mal, comme des coquillages qui de toute façon ne survivront pas à la prochaine marée.
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rkhettaouirkhettaoui   29 janvier 2017
Si la Russie est une apocalypse au repos, alors Nikolaï Mikloukho-Maklaï en est l’ange ignoré. Ce qu’on sait de lui est consigné dans des livres, or les livres, comme les hommes, finissent tous par boire la boue ou épouser les flammes. Du scribe, j’ai l’échine docile et l’œil stupide ; mon tempérament m’invite à confondre la suie déposée sur la vitre avec l’espèce de nuit qui s’agite au-dehors. Toute proie a son ombre, dit-on – autant mêler l’une et l’autre.
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rkhettaouirkhettaoui   29 janvier 2017
Les femmes de ma famille, elles, sont plus résistantes, elles préfèrent trébucher, se fouler, boiter, affaire de discrétion, ça fait moins d’ombre aux hommes encore en vie qui se racontent leurs histoires de dégringolades en dégustant leur godet d’arsenic.
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