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EAN : 9782070417766
336 pages
Éditeur : Gallimard (04/10/2000)

Note moyenne : 3.85/5 (sur 24 notes)
Résumé :
« De L'Oiseau noir dans le soleil levant, Claudel disait "qu'il forme diptyque avec Connaissance de l'Est". Sans doute songeait-il surtout, en rapprochant ces deux textes, à leur "sujet", à cette double découverte de l'Orient qui leur donne en effet une apparente unité. De l'un à l'autre des passages se font ; le Japon est au cœur de Connaissance de l'Est avec les poèmes qui évoquent le voyage de 1898 et les souvenirs de Chine affleurent aisément dans L'Oiseau noir.... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
indelebilevagabonde
  29 décembre 2016
Il était temps de m'y replonger le temps d'une petite halte : direction la Chine, allons façon Claudel « faire connaissance », découvrir les paysages avec une certaine sensualité , tour à tour sous forme de descriptions ou de petits récits qui doivent faire sens et s'offrent au regard. La typologie est éclairante à ce propos, les blancs et longueurs contrôlés tout en gardant leur impétuosité…
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
AlainDAlainD   12 novembre 2015
LE BANYAN

Le banyan tire.

Ce géant ici, comme son frère de l’Inde, ne va pas ressaisir la terre avec ses mains, mais, se dressant d’un tour d’épaule, il emporte au ciel ses racines comme des paquets de chaînes. À peine le tronc s’est-il élevé de quelques pieds au-dessus du sol qu’il écarte laborieusement ses membres, comme un bras qui tire avant le faisceau de cordes qu’il a empoigné. D’un lent allongement le monstre qui hale se tend et travaille dans toutes les attitudes de l’effort, si dur que la rude écorce éclate et que les muscles lui sortent de la peau. Ce sont des poussées droites, des flexions et des arcs-boutements, des torsions de reins et d’épaules, des détentes de jarret, des jeux de cric et de levier, des bras qui, en se dressant et en s’abaissant, semblent enlever le corps de ses jointures élastiques. C’est un nœud de pythons, c’est une hydre qui de la terre tenace s’arrache avec acharnement. On dirait que le banyan lève un poids de la profondeur et le maintient de la machine de ses membres tendus.
Honoré de l’humble tribu, il est, à la porte des villages, le patriarche revêtu d’un feuillage ténébreux. On a, à son pied, installé un fourneau à offrandes, et dans son cœur même et l’écartement de ses branches, un autel, une poupée de pierre. Lui, témoin de tout le lieu, possesseur du sol qu’il enserre du peuple de ses racines, demeure, et, où que son ombre se tourne, soit qu’il reste seul avec les enfants, soit qu’à l’heure où tout le village se réunit sous l’avancement tortueux de ses bois les rayons roses de la lune passant au travers des ouvertures de sa voûte illuminent d’un dos d’or le conciliabule, le colosse, selon la seconde à ses siècles ajoutée, persévère dans l’effort imperceptible.
Quelque part la mythologie honora les héros qui ont distribué l’eau à la région, et, arrachant un grand roc, délivré la bouche obstruée de la fontaine. Je vois debout dans le Banyan un Hercule végétal, immobile dans le monument de son labeur avec majesté. Ne serait-ce pas lui, le monstre enchaîné, qui vainc l’avare résistance de la terre, par qui la source sourd et déborde, et l’herbe pousse au loin, et l’eau est maintenue à son niveau dans la rizière ? Il tire.
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JacobBenayouneJacobBenayoune   13 novembre 2013
Arrivant de l’horizon, notre navire est confronté par le quai du Monde, et la planète émergée déploie devant nous son immense architecture. Au matin décoré d’une grosse étoile, montant à la passerelle, à mes yeux l’apparition toute bleue de la Terre. Pour défendre le Soleil contre la poursuite de l’Océan ébranlé, le Continent établit le profond ouvrage de ses fortifications ; les brèches s’ouvrent sur l’heureuse campagne. Et longtemps, dans le plein jour, nous longeons la frontière de l’autre monde. Animé par le souffle alizé, notre navire file et bondit sur l’abîme élastique où il appuie de toute sa lourdeur. Je suis pris à l’Azur, j’y suis collé comme un tonneau. Captif de l’infini, pendu à l’intersection du Ciel, je vois au-dessous de moi toute la Terre sombre se développer comme une carte, le Monde énorme et humble. La séparation est irrémédiable ; toutes choses me sont lointaines, et seule la vision m’y rattache. Il ne me sera point accordé de fixer mon pied sur le sol inébranlable, de construire de mes mains une demeure de pierre et de bois, de manger en paix les aliments cuits sur le foyer domestique. Bientôt nous retournerons notre proue vers cela qu’aucune rive ne barre, et sous le formidable appareil de la voilure, notre avancement au milieu de l’éternité monstrueuse n’est plus marqué que par nos feux de position.
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indelebilevagabondeindelebilevagabonde   29 décembre 2016
« TRISTESSE DE L’EAU

Il est une conception dans la joie, je le veux, il est une vision dans le rire. Mais ce mélange de béatitude et d’amertume que comporte l’acte de la création, pour que tu le comprennes, ami, à cette heure où s’ouvre une sombre saison, je t’expliquerai la tristesse de l’eau.

Du ciel choit ou de la paupière déborde une larme identique.

Ne pense point de ta mélancolie accuser la nuée, ni ce voile de l’averse obscure. Ferme les yeux, écoute ! la pluie tombe.

Ni la monotonie de ce bruit assidu ne suffit à l’explication.

C’est l’ennui d’un deuil qui porte en lui-même sa cause, c’est l’embesognement de l’amour, c’est la peine dans le travail. Les cieux pleurent sur la terre qu’ils fécondent. Et ce n’est point surtout l’automne et la chute future du fruit dont elles nourrissent la graine qui tire ces larmes de la nue hivernale. La douleur est l’été et dans la fleur de la vie l’épanouissement de la mort.

Au moment que s’achève cette heure qui précède Midi, comme je descends dans ce vallon qu’emplit la rumeur de fontaines diverses, je m’arrête ravi par le chagrin. Que ces eaux sont copieuses ! et si les larmes comme le sang ont en nous une source perpétuelle, l’oreille à ce chœur liquide de voix abondantes ou grêles, qu’il est rafraîchissant d’y assortir toutes les nuances de sa peine ! Il n’est passion qui ne puisse vous emprunter ses larmes, fontaines ! et bien qu’à la mienne suffise l’éclat de cette goutte unique qui de très haut dans la vasque s’abat sur l’image de la lune, je n’aurai pas en vain pour maints après-midi appris à connaître ta retraite, val chagrin.

Me voici dans la plaine. Au seuil de cette cabane où, dans l’obscurité intérieure, luit le cierge allumé pour quelque fête rustique, un homme assis tient dans sa main une cymbale poussiéreuse. Il pleut immensément ; et j’entends seul, au milieu de la solitude mouillée, un cri d’oie. »
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coco4649coco4649   29 avril 2018
Le cocotier


Extrait 1

  TOUT arbre chez nous se tient debout comme un
homme, mais immobile ; enfonçant ses racines dans
la terre, il demeure les bras étendus. Ici, le sacré banyan
ne s’exhausse point unique : des fils en pendent par où
il retourne chercher le sein de la terre, semblable à un
temple qui s’engendre lui-même. Mais c’est du cocotier
seulement que je vais parler.
  Il n’a point de branches ; au sommet de sa tige, il
érige une touffe de palmes.
  La palme est l’insigne du triomphe, elle qui, aérienne,
amplification de la cime, s’élançant, s’élargissant dans
la lumière où elle joue, succombe au poids de sa
liberté. Par le jour chaud et le long midi, le cocotier
ouvre, écarte ses palmes dans une extase heureuse, et
au point où elles se séparent et divergent, comme des
crânes d’enfants s’appliquent les têtes grosses et vertes
des cocos. C’est ainsi que le cocotier fait le geste de
montrer son cœur. Car les palmes inférieures, tandis qu’il
s’ouvre jusqu’au fond, se tiennent affaissées et pendantes,
et celles du milieu s’écartent de chaque côté tant qu’elles
peuvent, et celles du haut, relevées comme quelqu’un
qui ne sait que faire de ses mains ou comme un homme
qui montre qu’il s’est rendu, font lentement un signe.
La hampe n’est point faite d’un bois inflexible, mais
annelée et, comme une herbe, souple et longue, elle est
docile au rêve de la terre, soit qu’elle se porte vers le
soleil, soit que, sur les fleuves rapides et terreux où
au-dessus de la mer et du ciel, elle incline sa touffe
énorme.

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JacobBenayouneJacobBenayoune   13 novembre 2013
LE RIZ

C’est la dent que nous mettons à la terre même avec le fer que nous y plantons, et déjà notre pain y mange à la façon dont nous allons le manger. Le soleil chez nous dans le froid Nord, qu’il mette la main à la pâte ; c’est lui qui mûrit notre champ, comme c’est le feu tout à nu qui cuit notre galette et qui rôtit notre viande. Nous ouvrons d’un soc fort dans la terre solide la raie où naît la croûte que nous coupons de notre couteau et que nous broyons entre nos mâchoires
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Vidéo de Paul Claudel
Grâce à des archives sonores exceptionnelles, la série Entendre le théâtre explore en 7 épisodes l'évolution des sons et des voix qui ont marqué le théâtre français du 20e siècle.Autour du Soulier de satin de Paul Claudel, oeuvre exceptionnellement longue et multiforme, cet épisode permet de suivre l'évolution de la diction et de la voix scénique dans la deuxième moitié du 20e siècle. Pascal Lécroart, professeur de littérature du 20e siècle à l'université de Franche-Comté, y montre comment Claudel a repensé en poète et en technicien la voix « parlée » du théâtre.La série Entendre le théâtre accompagne le lancement du site pédagogique http://classes.bnf.fr/echo/ fruit d'un partenariat entre le CNRS, le département des Arts du spectacle et le service des Éditions Multimédias de la BnF.
+ Lire la suite
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