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EAN : 9782070418039
111 pages
Gallimard (04/12/2002)
3.38/5   165 notes
Résumé :
« D'un signe, mon collègue me fait comprendre qu'il est encore trop tôt, qu'il vaut mieux attendre encore si nous voulons avoir une chance. Les hyènes que nous sommes ne sont jamais pressées. Elles tournent des heures autour de leur proie en attendant qu'elle faiblisse et se couche. C'est pourquoi nous ne présentons notre demande que lorsque le client est allé au bout, tout au bout de son chemin. C'est quand il est bien tendre, comme dit mon collègue, qu'il faut bon... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (33) Voir plus Ajouter une critique
3,38

sur 165 notes
Voici un livre très court, noir , pessimiste, fulgurant, lu d'une traite.
Il conte le dégoût d'un homme blessé, au bord de l'effondrement, qui refuse avec force de léguer à sa petite fille âgée de vingt- et un mois, un monde qu'il juge déshumanisé !

Le narrateur, jeune veuf, " psychologue "dans un hôpital est en fait baptisé du nom de "hyène " , surnom donné dans le petit cercle où il exerce ........
En fait , il est chargé , avec un collègue qui ne brille pas par sa finesse, d'annoncer aux familles la mort d'un proche lors d'un accident et d'obtenir leur accord : "une demande particulière " afin de prélever sur leurs corps de multiples organes nécessaires à la vie d'autres personnes ........
Il déteste ce nom qui lui fait mal jour et nuit.
Son métier le dégoûte ainsi que la bêtise et la haine de son collègue, la vulgarité et la superficialité de ses contemporains.
Il porte un regard sans complaisance sur les lâchetés et les impostures de cette société , son indifférence glacée.
Bouleversé par l'attitude d'une mére qui vient d'apprendre la mort de sa fille , il comprend peu à peu qu'il ne peut abandonner son enfant , fragile et innocent .Tout au long , diatribe ironique et désabusée, le lecteur retiendra les dernières phrases d'une infinie douceur et les images d'amour et de tendresse dédiées à sa fille !
Ce roman fort et poignant , ce cri de détresse d'un homme qui se libère, au style fluide, nous plongeant dans l'univers des dons d'organe, sans complaisance, sans cynisme et voyeurisme porte, au final , des paroles d'espoir et de rédemption.........
Je connais Philippe-Claudel, Lorrain, rencontré plusieurs fois lors de conférences à propos de ses oeuvres.
J'avais acheté ce petit livre en poche, et oublié de le lire, bien rangé dans ma bibliothèque.

J'aime beaucoup cet auteur éclectique !
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« Nous sommes des hyènes. C'est le surnom que l'on nous a donné dans le petit cercle où nous exerçons. Je déteste ce nom. Il me fait mal jour et nuit. Notre tâche consiste à préparer les familles dont un des membres vient de décéder à accepter une demande particulière. Nous leur apprenons sa mort et dans le même temps ou presque nous tentons d'obtenir l'autorisation de prélever sur son corps de multiples organes. »
Le narrateur travaille dans un service hospitalier très particulier : il est chargé d'essayer d'obtenir des autorisations de prélèvement d'organes sur des personnes décédées afin que ceux-ci puissent être greffés sur des malades à qui ils vont offrir une seconde vie.
Oui mais voilà : quelqu'un vient de mourir, et l'on imagine bien la difficulté qui consiste à enchaîner l'annonce de la mort d'un proche et la question du don.
Cette demande peut sembler incongrue, voire déplacée : comment oser bousculer ainsi une famille ébranlée par la perte d'un être cher ?
Et pourtant elle est essentielle !
Plus de 20 000 malades en France sont en attente de greffe, et chaque année, 900 décèdent faute de greffon.
La loi est simple : il vous suffit d'informer vos proches de votre volonté de donner vos organes. Pensez-y : là où vous serez ils ne vous serviront plus à rien, alors qu'ils peuvent changer la vie de plusieurs personnes, chaque donneur sauvant en moyenne trois vies.
Moi, j'aime cette idée de se dire qu'à sa mort on peut sauver des vies.
Mais, revenons à nos moutons... ou plutôt à notre livre.

Voilà une lecture à déconseiller en cas de déprime : le personnage principal est désabusé, amer et cynique.
Dans un texte fulgurant qui s'apparente à un long cri de rage et de douleur, il hurle son désespoir et son dégoût de la société contemporaine... l'envie de tout abandonner est proche.
Seul fil, ténu mais vital, qui le retient encore : sa fille de vingt-et-un mois à qui ces mots s'adressent. Mais l'amour d'un père, veuf inconsolable, suffira-t-il à le sauver ? : "Que ta petite main est belle mais trop petite il me semble pour retenir la mienne."

Quelle force dans ce roman d'à peine un peu plus d'une centaine de pages !
Un texte percutant et plein d'humanité, un des premiers écrits de Philippe Claudel qui démontre déjà tout son talent d'écrivain.
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Je ne crois pas que je peux être réellement objective avec les livres de Philippe Claudel car j'apprécie bien trop cet auteur. Une fois de plus il nous offre là un formidable roman, mais une histoire très sombre. A lire!
Lien : http://araucaria.20six.fr
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Le métier du narrateur est d'annoncer à des inconnus qu'un de leurs proches est décédé et de demander la permission de prélever les organes du défunt. Face à la souffrance rencontrée au quotidien, le narrateur pourrait être blindé contre le chagrin, mais quand le deuil le frappe, il est aussi démuni que les autres humains. « Elle est morte, et moi je suis à peine vivant, il me semble. Je continue un peu seulement. » (p. 27) Son récit est une adresse à sa fille de vingt et un mois, bébé magnifique qui ne connaîtra jamais sa mère et dont le père n'est plus qu'une ombre. « Que je souffre de descendre dans la vie. […] Ta mère en partant m'a emmené à demi avec elle. Que ta petite main est belle mais trop petite il me semble pour retenir la mienne. » (p. 35) Sans cesse blessé par l'horreur du monde, écoeuré par la joie tarifée qu'annoncent des affiches d'artistes comiques, révolté par sa propre lâcheté, il voudrait lâcher prise, abandonner. « Que peuvent tes sommeils et tes rires face à cela ? Ma petite, ma trop petite. (p. 82) Abandonner son travail, abandonner son existence. Mais a-t-il le droit, ce veuf inconsolé, de tout abandonner ?

Dans les romans de Philippe Claudel, il n'est pas besoin d'être un héros pour être un personnage. L'insignifiance et la misère sont suffisantes pour fonder une identité et l'héroïsme réside sans aucun doute dans le courage d'affronter le quotidien. La mort, Philippe Claudel sait en parler. Dans Meuse l'oubli, il évoquait déjà l'errance d'un veuf face à la rivière. Avec quelle sensibilité il pose des mots sur la peine, avec quelle délicatesse il met à nu les coeurs déchirés. Poète du deuil, ignorant du pathos qui ancre la mort dans le sinistre, il libère l'incommensurable tristesse du dernier vivant et la sublime en une expression pure des sentiments. « J'ai inventé un art de l'oubli à mon seul usage. » (p. 69) Et c'est bien cela le deuil, une expérience unique qui consiste à se réapproprier l'existence désertée par un être cher. En quelque 110 pages percutantes et éblouissantes, Philippe Claudel nous touche au coeur et fait frémir les replis de nos mémoires blessées. Ne le sont-elles pas toutes, blessées ?
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Claudel Philippe, "J'abandonne", Balland, 2000 (ISBN 978-2-7158-1312-0)

Lu pratiquement d'une seule traite : fulgurant.
Un récit mené par le narrateur à la première personne "je", mais mélangeant constamment trois strates. En italiques, la narration d'une situation professionnelle difficile, puisque le narrateur est une "hyène" officiant en compagnie d'un collègue : "Notre tâche consiste à préparer les familles dont un des membres vient de décéder à accepter une demande particulière. Nous leur apprenons sa mort et dans le même temps ou presque nous tentons d'obtenir l'autorisation de prélever sur son corps de multiples organes". Cette fois, les voilà confrontés à une mère dont la fille de 17 ans vient d'être tuée par une voiture en plein Paris.

En caractères usuels se mélangent deux autres strates. L'une relate les propos imaginaires que le narrateur tient en esprit à sa fille de 21 mois, qui vient de venir au monde en provoquant le décès de sa mère ; cette narration se mélange avec l'autre strate, celle dans laquelle il tente de justifier le fait de mettre au monde un enfant dans cette société, la nôtre, tombée aussi bas dans la vulgarité insondable et la violence endémique, incarnée le plus souvent dans ses altercations avec son collègue ou ses échanges avec la baby-sitter clouée dans ses préjugés de "jeune fille libérée branchée".

J'ai vu de mes yeux vu les affiches auxquelles l'auteur fait allusion au début du récit, arborant ce slogan "Bigard met le paquet", je suis tout autant que lui resté interloqué par cette "pornographie de la bêtise" autorisée (par quelles instances ?) à s'étaler copieusement sur les murs du métro, sur les flancs des autobus, sur bon nombre d'autres supports publicitaires. J'entends dans le RER ou le métro parler (hurler) dans leurs téléphones portables tous ces jeunes gens "libérés" et "branchés", bardé(-e)s de piercing et de tatouages, usant de ce pitoyable langage d'une pauvreté affligeante, si bien retranscrit ici. J'ai été, moi aussi, surpris une fois, en sortant de mon travail, par l'une de ces randonnées à roller autorisée à traverser le centre de Paris, gigantesque serpentin guidé par des individus asexués, fier(-e)s de se montrer ainsi engoncés dans des combinaisons stéréotypées moulant leurs formes acquises à grands coups de séances en "fit-ness" clubs et "bronzing centre". Comme tous les joyeux habitants de la noble région d'Ile de France (l'une des plus riches du monde), je vois quotidiennement ces mendiantes tsiganes lourdement enjuponnées quêtant en utilisant un enfant endormi traversant leurs bras, affalées dans les couloirs nauséabonds du métro. Plus souvent que l'auteur, sans doute, puisque travaillant dans le 93, je côtoie ces autres jeunes-femmes volontairement enfouies dans leurs voiles noirs, dissimulant jusqu'à leur regard. J'ai lu dans la presse bon chic bon genre ("le Monde" en est le fleuron) les déclarations aussi imbéciles que lénifiantes de nos philosophes à la BHL au sujet de la guerre en ex-Yougoslavie, la relation des altercations entre "supporteurs" dans les stades de foot ou encore le meurtre de Corinne Caillaux. J'ai connu l'époque où le "spoutnik" fut vécu comme un miracle de la science en marche et j'ai alimenté mes enfants avec les albums de "Petit ours brun".

Ô ces coïncidences ! Ce matin, sur le siège du RER, j'ai trouvé, abandonné là par une lectrice qui venait de descendre de la rame, un numéro de la revue "Voici" (édité par Prisma Presse, du groupe Gruner+Jahr), l'un des fleurons de la vulgarité, de la bêtise, de l'ignominie de la presse dite féminine actuelle. Que des femmes lisent ces torchons les salissant elles-mêmes en dit long sur la déchéance morale de nos sociétés...

Force m'est cependant d'admettre que je participe moi-même à ce phénomène : pour ne prendre qu'un exemple, j'ai acheté ce récit de Philippe Claudel dans un de ces sinistres hypermarchés Leclerc incluant un "point culture" qui signe la mort de la petite librairie installée non loin de là…

Un livre sur notre époque, avec en plus le style et l'écriture de Philippe Claudel…
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Citations et extraits (28) Voir plus Ajouter une citation
J'ai inventé un art de l'oubli à mon seul usage. J'ai déchiré chaque minute des souvenirs tandis que tu dormais, tandis que tu riais, comme autant de petits papiers inutiles qui encombraient ma mémoire. Sur chacun de ces petits papiers, j'ai écrit une minute de la vie de ta mère, une seconde, ou bien un sourire, une fausse colère, un regard, un baiser, une caresse, un mot. J'ai écrit tout cela avec une patience qui m'a coûté un effort infini, et j'ai déchiré moi-même ces lambeaux de vie, afin de ne plus souffrir, afin de faire disparaître en moi son visage, comme j’ai fait disparaître dans l’appartement toutes les photographies, les vêtements, les objets qu’elle avait achetés, touchés, ainsi que les meubles qu’elle avait connus.
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L'affiche que j'ai vu dans le métro est une publicité pour un spectacle. Celui qui met le paquet est un comique que j'ai entendu il y a quelques semaines dans une émission de télévision tandis que je te donnais ton dessert. Il y parlait de son goût pour la "salope sauvage" qu'il trouvait bien meilleure que la "salope d'élevage" et prévenait le public qu'il fallait se méfier, bien regarder, sentir surtout, car la "salope sauvage" a un sacré fumet tandis que la "salope d'élevage" n'a qu'un parfum frelaté, ne gigote pas assez, n'a pas la gorge suffisamment profonde, se fatigue vite.
Le public dans le studio d'enregistrement riait aux larmes. Tous ces gens étaient heureux de passer à la télévision et avaient mis leurs habits du dimanche. Le moment était enregistré par d'infinis magnétoscopes et la cassette repasserait pendant des années, lors de soirées nostalgiques et de fêtes familiales. Les femmes riaient aussi, sans se demander dans quelle catégorie le comique les plaçait, "salope sauvage" ou "salope d'élevage".
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"Nous ne savons plus oú ranger les guerres . Nous manquons de tiroirs.Notre mémoire est une fosse oú s'entassent bien trop de cadavres. Elle déborde de corps sans vie.Nous les consommons par génocides entiers à mesure que les journaux nous les apportent , et puis nous les mélangeons, nous touillons le tout, nous les confondons, ce qui est plus efficace que la chaux vive."
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Je ne peux plus faire un métier qui me met sans cesse face à l'annonce de la mort. Un métier qui me force à partager l'intimité la plus secrète des êtres humains, celle de la douleur. Je suis depuis des années le contemplateur des larmes. Les larmes rongent une peau plus vite que du papier abrasif, rougissent les yeux, sillonnent les joues jusqu'à les rendre, en une heure ou deux, meurtries et entaillées, jusqu'à bouffir les traits et leur donner une laideur poignante. Je ne peux plus passer mes journées dans les larmes des autres et mes nuits dans les miennes.
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J'ai inventé un art de l'oubli à mon seul usage.J'ai déchiré chaque minute des souvenirs comme autant de petits papiers inutiles qui encombraient ma mémoire.Sur chacun d'eux, j'ai écrit une minute de nos vies, une seconde, ou bien un sourire, une fausse colère, un regard, un baiser,une caresse, un mot.J'ai écrit tout cela avec une patience qui m'a coûté un effort infini, et j'ai déchiré moi-même ces lambeaux de vie, afin de ne plus souffrir, afin de faire disparaître en moi son visage.
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