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EAN : 9782253115540
183 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (29/08/2007)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 4.13/5 (sur 3532 notes)
Résumé :
Quatrième de couverture:
C'est un vieil homme debout à l'arrière d'un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh. Il est seul désormais à savoir qu'il s'appelle ainsi. Debout à la poupe du bateau, il voit s'éloigner son pays,celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras l'enfant dort. Le pays s'éloigne, devient infiniment petit, et Monsieur Linh le... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (560) Voir plus Ajouter une critique
mesrives
  01 février 2016
Juste quelques mots pour marquer cette belle découverte.
Et oui, je suis un peu en retard, beaucoup m'ont précédé mais mieux vaut tard que jamais...
Une terre qui s'éloigne, un bateau, une valise, un homme....un très vieil homme, Monsieur Linh.
Philippe Claudel nous livre le récit d'un exil, de tous les exils, la douleur de quitter un pays, de tous les pays en guerre ou pas, la peur et la frayeur devant un monde différent, la découverte d'un pays sans odeur et sans saveur.
Depuis son départ, Monsieur Linh serre contre son coeur et son corps son seul trésor, sa fleur de lotus, qu'il espère voir s'épanouir: Sang diû ou Matin doux, sa petite fille rescapée de quelques semaines.
Et puis au détour d'une rue, une surprise, une lueur d'espoir: Monsieur Bark débarque ...
Un texte court, intense et touchant.
Une chute percutante...
Un plaisir à lire et à faire partager.

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LydiaB
  26 novembre 2012
Envoûtée... Je suis envoûtée par l'écriture de Philippe Claudel qui est capable de s'adapter selon les thèmes choisis. Je viens de finir son roman dystopique, L'Enquête, et j'ai l'impression, avec La Petite fille de Monsieur Linh, d'avoir affaire à un autre auteur. Quelle prouesse ! Ici, le style est concis et sous une fausse simplicité se cache une histoire poignante.

Je ne résumerai pas le livre, la quatrième de couverture le fait très bien et est là pour ça. Mais attendez-vous quand même à une surprise de taille à la toute fin (à la dernière page pour être précise). Parce que tout le talent de Philippe Claudel, c'est de nous faire découvrir l'histoire non pas à travers la voix de Monsieur Linh - ce n'est pas le narrateur - mais à travers ses yeux . de ce fait, le lecteur est happé par cette magnifique histoire de l'exil, du déracinement, de l'amitié qui naît dans le nouveau pays avec M. Bark. Il souffre mimétiquement, aurait envie de venir à la rescousse de ce pauvre homme dont la seule préoccupation est sa petite fille, Sang diû. Oui mais voilà... c'est justement parce qu'on est envahi par tous ces sentiments qui se bousculent au fur et à mesure de la lecture qu'on passe à côté de certains détails qui ont une importance capitale... Mais je n'en dis pas plus... Il faut lire le livre !

Et dire que j'aurais pu passer à côté d'un tel auteur si une amie, qui se reconnaîtra, ne m'avait pas engagée fortement à le lire ! Quel beau gâchis cela aurait été !
Lien : http://www.lydiabonnaventure..
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Eric76
  07 juillet 2018
« Qu'est donc que la vie humaine, sinon un collier de blessures que l'on passe autour de son cou ? »
Monsieur Linh et Monsieur Bark en savent quelque chose ! Deux âmes solitaires, deux âmes meurtries, pleines d'amertumes et d'afflictions ; deux hommes au bout du rouleau, deux vieux, avec leurs « morceaux de songes et de souvenirs » qui survivent dans leurs têtes et disparaitront avec eux.
Le premier vient de la lointaine et luxuriante Asie. C'est la guerre qui l'a arraché à son pays, au village de ses aïeux, à tout ce qui faisait sa vie, pour le jeter brutalement dans une grande ville occidentale bruyante, froide et grise. Sa petite fille l'accompagne dans cet immense désastre. Sang-Diû ou Matin doux, adorable bébé si calme, si discret, demeure toujours lové entre les bras de Monsieur Linh. Et quand il s'agit de le protéger, le frêle et fragile vieillard retrouve la force et la rudesse du tigre.
Le deuxième est un de ses occidentaux qui rend tellement perplexe Monsieur Linh. le « gros homme », comme il le nomme, vit avec les ombres du passé et se suicide doucement en fumant cigarettes sur cigarettes.
Ils se rencontrent en étant assis sur le même banc, ce banc qui deviendra pour ces deux déracinés malmenés par la vie leur lieu de rencontre, leur havre de paix. Ils se parlent sans se comprendre et c'est bien mieux ainsi. Au moins sont-ils sûrs que leurs mots ne blessent pas, qu'ils ne se disent pas ce qu'ils ne veulent pas entendre, qu'ils n'exhument pas cruellement des moments insupportables de leur passé. Une belle et vraie amitié va naître entre eux, une amitié qui illumine et réchauffe les coeurs blessés.
L'exil et le déracinement ; l'aigreur, la grande solitude, et le souvenir des êtres aimés à jamais disparus ; mais aussi la dignité, le respect de l'autre, la bienveillance, et peut-être de nouvelles espérances ; tout cela raconté dans un style plein de retenue, de tendresse et de naïveté. Quelle belle histoire !

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marina53
  02 juin 2014
Le bateau quitte définitivement le pays. A bord, des dizaines de personnes comme Monsieur Linh regardent avec tristesse la terre s'éloigner. Cette maudite guerre lui aura décidément tout pris, son fils et sa femme, sa liberté, ses rizières et elle aura détruit son village et par là-même l'espoir d'y mourir en paix. Sa petite fille, Sang diû, âgée de 3 mois, tendrement serrée contre lui est tout ce qui lui reste. Pour elle, il ne veut pas baisser les bras et veut lui offrir une vie convenable et décente. C'est à l'arrière du bateau pour profiter le plus longtemps possible de la vue de ses terres qu'il passera la plupart du voyage qui dure des jours entiers. Et c'est dans une ville grise, froide et triste qu'il débarque, une ville sans saveur et sans odeur. Il sera logé dans un dortoir avec d'autres réfugiés. le confort n'y est pas, les autres familles font du bruit, les hommes jouent au mah-jong, les enfants turbulents courent partout mais les femmes lui apportent de quoi manger. Mais, surtout, Monsieur Linh est avec sa petite-fille qu'il ne quitte jamais. Il n'osera pas sortir dans les premiers jours et passera ses journées seul au dortoir. Il se décide un jour de prendre l'air, ne serait-ce que pour la petite. Il ne connaît pas ce pays, ni cette ville aux rues sinueuses et encore moins la langue. Mais, qu'importe, il va rencontrer ce jour-là, sur un banc, un vieil homme dont il ne comprend pas les paroles mais il aime le son de sa voix, à la fois chaleureuse et mélancolique...
Philippe Claudel, tout comme Monsieur Linh avec sa petite fille, nous berce avec ses mots. Cette amitié improbable entre deux hommes que tout semble séparer est juste incroyable et tendre à souhait. Seule la solitude et la perte de ses racines pour l'un et sa femme pour l'autre font que seuls les regards et le ton de la voix peuvent rapprocher. le langage du coeur prend ici tout son sens. L'auteur nous raconte à travers Monsieur Linh son exil forcé, le nouveau pays à conquérir, ses rencontres et ses amitiés naissantes. Monsieur Linh est un homme bon, juste, au grand coeur et terriblement protecteur envers sa petite fille qu'il ne peut lâcher. L'écriture de Philippe Claudel est à la fois tragique, épurée et sensible ce qui rend ce petit roman touchant, sincère et attendrissant.
La petite fille de Monsieur Linh n'attend plus que vous...
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qmike549
  30 avril 2021
A cause de la guerre, on peut perdre sa raison de vivre …Partir, quitter son pays, c'est une grande douleur….Les personnes ne savent pas si elles reviendront un jour…Parfois, elles ne pourront jamais revoir leurs parents, leurs amis, le pays où elles ont grandi...L'auteur Philippe Claudel nous propose de suivre les péripéties de Monsieur Linh …Une histoire est simple, belle et poignante, humaine comme le malheur et l'accablement……
« La petite fille de Monsieur Linh » est déracinement…exil forcé…abandon..

« La petite fille de Monsieur Linh » est un petit village dévasté par la guerre. cette guerre fait rage dans le pays...depuis des années déjà. …
La rizière n'était plus qu'un trou immense et clapotant….avec un côté cratère….un cadavre…un buffle éventré….le corps de son épouse….et plus…beaucoup plus loin…le corps de son fils….la petite….elle avait les yeux grands ouverts…..emmaillotée…indemne !...
« La petite fille de Monsieur Linh » est nourrisson de six semaines….ses parents l'avait appelé « Sang diû »…il l'avait appelé ainsi…..Sang diû….puis…ils étaient morts….
« La petite fille de Monsieur Linh » est Linh : un vieil homme ….un vieillard….il avait pris l'enfant…l'enfant est sage….c'est une fille…
« La petite fille de Monsieur Linh » est une fuite en avant…Il faut partir coûte que coûte…debout à la poupe du bateau…il voit s'éloigner son pays…celui de ses ancêtres…celui de ses morts….tandis que dans ses bras…dort l'enfant…le pays s'éloigne…Monsieur Linh…le regarde…le regarde longtemps disparaître….
« La petite fille de Monsieur Linh » est la peur….Il n'ose pas avouer…qu'il a peur de sortir….peur des autres…peur d'aller dans cette ville inconnue…peur de ce pays inconnu….peur de croiser des hommes…peur du visage des femmes…peur de cette langue qui ne comprend pas….Rien ne ressemble à ce qu'il connaît….
Toutes ces femmes….tous ces hommes…Monsieur Linh n'en a jamais vu autant….Il y avait si peu d'habitants…au village…son village….c'est comme venir au monde….une seconde fois !....
Et que dire ce nouveau pays…Il ne sent rien…rien de familier…rien de doux…il n'y a pas non plus, l'odeur de la mer….rien…
Et que dire ces tous ces gens inconnus…qui n'arrêtent pas de courir….ils sont si pressés…pressés d'y arriver…mais arriver où…je vous le demande…courir tous les jours…après quoi….arriver à l'heure au boulot…arriver à temps en grande surface…courir après le train…courir après le métro….courir après la mort ….
La vie passe si vite…et tous ces gens qui ne profitent pas du moment présent…ce moment qui dans l'heure aura disparu…ce moment qui ne reviendra plus…..A méditer !
« La petite fille de Monsieur Linh » est une étrange et très émouvante rencontre entre deux hommes ne parlant pas la même langue…
Les hasards d'une promenade lui font rencontrer monsieur Bark avec qui il va partager un morceau de banc public…Vous venez souvent ici ?....Moi je viens presque tous les jours….cela me rappelle des souvenirs…..
Une belle poupée que vous avez-là…Comment s'appelle-t-elle ?....Moi…mon nom est Bark…Linh ne comprend pas les sens des mots !...mais il fait bonne figure….
Monsieur Bark est un bavard…je parle…je parle…avec ma femme on devait partir…oh non…pas loin…partir à la retraite. Une retraite bien méritée…comme on dit maintenant …une retraite ordinaire quoi !....une petite retraite !...
D'ailleurs, on a tous des grands projets pour la retraite….puis……..une fois…en retraite…tous ces projets….peuvent attendre…ils restent des projets…pourquoi les rendre réalité….ils ne seraient plus projets…..A quoi bon s'embêter…Et puis, à la retraite…autant profiter…..le temps passe si vite….
Il lui restait un an…..mais attention….pas question pour elle d'abandonner son manège…le manège….celui qui fait rêver les enfants….et parfois fait pleurer les adultes…non pas question d'abandonner son manège…elle voulait trouver quelqu'un pour le reprendre…..tous ces souvenirs d'une épouse en allée depuis maintenant si longtemps…..
« La petite fille de Monsieur Linh » est Une histoire d'amitié hors normes entre deux étrangers….des miracles se produisent parfois….c'est ça aussi l'existence…de l'or…des rires…des rencontres…et…peut-être de nouveau…l'espoir…
« La petite fille de Monsieur Linh » est un style épuré…une écriture poétique…des mots justes…des mots doux…des phrases sublimes…
Ce récit est surprenant…Pourquoi… L'auteur ne cite pas volontairement…ni les dates, ni les périodes, ni les noms des pays concernés…ni les noms des villes…ni les appellations des rues….ou des endroits….
Ce récit n'a pas de cadre spatio-temporel….Au lecteur de décider…..de deviner quand…comment… où se passent les actions….tout est délicatement suggéré !.....
Nous vivons le récit uniquement à travers le point de vue de Monsieur Linh…..ce réfugié de guerre qui a perdu presque toute sa famille….le lecteur peut supposer imaginer deviner le lieu de réception….peut-être la New-York…pourquoi pas…peut-être ailleurs….pourquoi pas !....
Tout au long de lecteur du récit, le lecteur est aux côtés de Monsieur Linh…le lecteur est solidaire de l'angoisse…de la peur souvenirs….de Monsieur Linh….Le lecteur partage une grande complicité avec cet homme dans sa découverte du monde qui l'entoure…..
Vous l'avez déjà compris…ce roman de Philippe Claudel est plus que émouvant…poignant….il est bouleversant ….
« La petite fille de Monsieur Linh » est une immense découverte…un immense coup de coeur….

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Citations et extraits (249) Voir plus Ajouter une citation
Eric76Eric76   30 juin 2018
Les deux amis s'en vont. Ils descendent le chemin qui se coule dans la forêt. Le jour est d'une beauté sans égale. L'air embaume la terre humide et la fleur de frangipanier. Les mousses ressemblent à des coussins brodés de jade et les bambous frémissent des bruissements de mille oiseaux. Monsieur Linh marche en tête. Souvent il se retourne vers son ami et lui indique d'un mot ou d'un geste une racine susceptible de le faire trébucher, ou bien une branche qui pourrait le blesser.
La forêt cède la place à la plaine. Les deux hommes s'arrêtent à sa lisière et leurs regards embrassent l'étendue verte qui tout au loin s'épanche vers le bleu tremblant de la mer.
Dans les rizières, les femmes en chantant repiquent les jeunes pousses de riz. Leurs pieds disparaissent dans la mare chaude et boueuse. Des buffles méditent, la tête basse, tandis que des pique-boeufs paradent sur leurs dos en ébouriffant leurs plumes blanches. Des enfants tentent d'attraper des grenouilles en poussant de grands cris et en frappant l'eau avec des baguettes de saule. Dans le vent léger, les hirondelles écrivent d'invisibles poésies.
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AproposdelivresAproposdelivres   22 août 2009
C’est un vieil homme debout à l’arrière d’un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh. Il est seul à savoir qu’il s’appelle ainsi car tous ceux qui le savaient sont morts autour de lui.

Debout à la poupe du bateau, il voit s’éloigner son pays, celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras l’enfant dort. Le pays s’éloigne, devient infiniment petit, et Monsieur Linh le regarde disparaître à l’horizon, pendant des heures, malgré le vent qui souffle et le chahute comme une marionnette.

Le voyage dure longtemps. Des jours et des jours. Et tout ce temps, le vieil homme le passe à l’arrière du bateau, les yeux dans le sillage blanc qui finit par s’unir au ciel, à fouiller le lointain pour y chercher encore les rivages anéantis.

Quand on veut le faire entrer dans sa cabine, il se laisse guider sans rien dire, mais on le retrouve un peu plus tard, sur le pont arrière, une main tenant le bastingage, l’autre serrant l’enfant, la petite valise de cuir bouilli posée à ses pieds.

Une sangle entoure la valise afin qu’elle ne puisse pas s’ouvrir, comme si à l’intérieur se trouvaient des biens précieux. En vérité, elle ne contient que des vêtements usagés, une photographie que la lumière du soleil a presque entièrement effacée, et un sac de toile dans lequel le vieil homme a glissé une poignée de terre. C’est là tout ce qu’il a pu emporter. Et l’enfant bien sûr.

L’enfant est sage. C’est une fille. Elle avait six semaines lorsque Monsieur Linh est monté à bord avec un nombre infini d’autres gens semblables à lui, des hommes et des femmes qui ont tout perdu, que l’on a regroupés à la hâte et qui se sont laissé faire.

Six semaines. C’est le temps que dure le voyage. Si bien que lorsque le bateau arrive à destination, la petite fille a déjà doublé le temps de sa vie. Quant au vieil homme, il a l’impression d’avoir vieilli d’un siècle.

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Eric76Eric76   01 juillet 2018
Les mets sont disposés sur des assiettes et dans des bols. Il y a une soupe aux liserons d'eau et à la citronnelle, des crevettes sautées à l'ail, un crabe farci, des nouilles aux légumes, du porc à la sauce aigre-douce, des beignets de banane et des gâteaux de riz gluant. C'est un véritable festin. Toutes les nourritures répandent dans la maison leurs parfums délicieux de coriandre fraiche, de cannelle, de gingembre, de légumes, de caramel. Monsieur Linh encourage son ami à goûter ces mets et lui-même se sert copieusement, reprenant plusieurs fois de chaque plat. Voilà une éternité qu'il n'avait pas pris autant de plaisir à manger. Il verse à son ami de petits verres d'alcool de riz. Tous deux boivent et mangent, et se sourient. Par les fenêtres de la pièce, on voit les rizières et la lumière du soleil qui étincelle dans l'eau.
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Eric76Eric76   24 juin 2018
C'est un vieil homme debout à l'arrière d'un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh. Il est seul à savoir qu'il s'appelle ainsi car tous ceux qui le savaient sont morts autour de lui.
Debout à la poupe du bateau, il voit s'éloigner son pays, celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras l'enfant dort. Le pays s'éloigne, devient infiniment petit, et monsieur Linh le regarde disparaître à l'horizon, pendant des heures, malgré le vent qui souffle et le chahute comme une marionnette.
Le voyage dure longtemps. Des jours et des jours. Et tout ce temps, le vieil homme le passe à l'arrière du bateau, les yeux dans le sillage blanc qui finit par s'unir au ciel, à fouiller le lointain pour y chercher encore les rivages anéantis.
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YggdrasilaYggdrasila   04 avril 2010
Une voiture les emmène dans les rues qu'il n'a jamais vues. C'est la première fois que Monsieur Linh monte dans une voiture. Il est effrayé. Il se blottit dans l'angle du siège, presse sa petite fille contre lui. Elle ne paraît pas inquiète. Sa belle robe brille sous les reflets du jour. Pourquoi la voiture va-elle aussi vite ? A quoi cela sert-il ? Monsieur Linh se souvient du rythme des charrettes tirées par les buffles, du long et souple balancement, qui fait parfois dormir, parfois rêver, et du paysage qui change avec une lenteur précieuse, une lenteur qui permet de regarder vraiment le monde, les champs, les forêts, les rivières, et de parler avec ceux que l'on croise, d'entendre leurs voix, d'échanger des nouvelles. La voiture est comme un coffre jeté d'un pont. On y étouffe. On y entend rien d'autre qu'un sourd et inquiétant rugissement. Le paysage tourbillonne au-dehors. On ne peut rien en saisir. On a l'impression qu'on va s'écraser bientôt.
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Vidéo de Philippe Claudel
// EN DIRECT // AUTOUR DU LIVRE TOUS TÉMOINS DE NAJAH ALBUKAI Avec Najah Albukai, Philippe Claudel, Nancy Huston, Laurent Gaudé, Jérôme Godeau, Bernard Lavilliers, Farouk Mardam-Bey & Wajdi Mouawad Musique : Dominique Mahut (percussions), Najah Albukai (guitare et oud), Nancy Huston (piano) Mise en scène de Wajdi Mouawad Lecture, musique & projection des dessins
Soirée à l'occasion des dix ans de la révolution pacifique syrienne et en collaboration avec l'exposition des dessins de prison de Najah Albukai, dessinateur syrien, à la galerie Fait et Cause, par l'association Pour Que l'Esprit Vive.
Lorsque, en août 2018, Libération consacrait cinq pages aux dessins de Najah Albukai, incarcéré et torturé par le régime syrien, Sarah Moon, Michel Christolhomme et Béatrice Soulé ont ressenti le besoin de partager leur sidération devant la violence de ces dessins autant que devant le talent de l'artiste. Et la nécessité que cette oeuvre soit exposée, éditée et accompagnée. Ils ont donc sollicité des auteurs pour écrire librement en résonance avec l'émotion suscitée par ces dessins, témoigner contre l'horreur et évoquer les dérives nées d'une révolution à l'origine totalement pacifique. Car la Syrie est devenue la métaphore de ce que Farouk Mardam-Bey appelle la syrianisation du monde.
Lectures des textes de Santiago Alba Rico, Mohamed Berrada, Laurent Gaudé, Philippe Claudel, Jérôme Godeau, Nancy Huston, Farouk Mardam-Bey, James Noël, Wajdi Mouawad
Pour poursuivre la soirée, rendez-vous à 20h30 sur la chaîne YouTube et la page Facebook du Mucem pour leur événement “Syrie. Mémoire vivante”, un débat accompagné en lecture et musique par le duo Catherine Vincent & Mohamed al Rashi. Avec Sana Yazigi (fondatrice du site Mémoire créative de la révolution syrienne), Agnès Levallois (spécialiste du Moyen-Orient et des questions méditerranéennes) et Yves Aubin de la Messuzière (diplomate, expert du monde arabe). Plus d'infos https://www.mucem.org/programme/syrie-memoire-vivante
À lire – Tous témoins, dessins de Najah Albukai accompagnés de textes d'une vingtaine d'écrivains, sous la direction éditoriale de Farouk Mardam-Bey, co-édité par Actes Sud et l'association Pour Que l'Esprit Vive et la galerie Fait et Cause, Actes Sud, 2021.
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