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EAN : 9782290039540
283 pages
Éditeur : J'ai Lu (11/04/2012)

Note moyenne : 3.16/5 (sur 16 notes)
Résumé :
Des soldats romains, perdus dans forêt de Teutobourg après la défaite du même nom, tombent sur une zone très étrange, où ils croisent des tribus de créatures humaines, mais monstrueuses. Même la végétation, à la fois différente et familière, semble se moquer d’eux. Et puis ils découvrent une construction pyramidale telle qu’ils n’en ont jamais vu. Les Egyptiens eux-mêmes seraient incapables d’un tel travail de précision, et pour ce que les Romains en savent, ces der... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
boudicca
  28 juin 2013
9 après J.-C. Trois légions commandées par le général Varus pénètrent dans les forêts de Germanie afin d'y asservir les peuplades « barbares » résistant encore à l'expansion de Rome. Trois légions qui ne reviendront jamais, massacrées par les Germains menés par Arminius qui infligea là aux Romains l'une des défaites les plus marquantes de toute leur histoire. C'est à cette bataille de Teutobourg que Fabien Clavel a choisi de consacrer « Furor », roman original mêlant curieusement histoire antique et science-fiction. Car dans cette sombre forêt germanique, les Romains en viennent à tomber par hasard sur un mystérieux édifice : une pyramide enfouie telle qu'ils n'en ont jamais vu et à laquelle on prête de bien étranges pouvoirs. Quatre protagonistes se succèdent (toujours dans le même ordre) à la narration : Longinus, vénateur romain, Marcus, centurion vétéran, Caius Pontius, tribun passionné de poésie, et enfin Flavia, prostituée germaine asservie par les Romains. Chacun bénéficie d'une personnalité fouillée et attachante à laquelle l'auteur nous familiarise par le biais de passages à la première personne isolés du reste du récit par leur forme italique et leur absence totale de ponctuation. le choix est, certes, discutable et parfois déstabilisant mais a au moins le mérite de faire bien saisir au lecteur la confusion et la peur ressenties par chacun des protagonistes.
Les deux premiers tiers du roman raviront sans aucun doute les amateurs d'histoire, et notamment d'histoire militaire, tant les détails concernant les formations tactiques, les stratégies, l'armement, les grades... témoignent de la rigueur et de l'abondance des recherches de Fabien Clavel. La dernière partie du roman, en revanche, bascule complètement dans le domaine de la science-fiction, transition bien amenée mais néanmoins assez rude. Même ici, le lecteur parvient cela dit aisément à ressentir la formation classique de l'auteur qui multiplie au fil du récit les références mythologiques et historiques, et nous offre à plusieurs reprises des vers tirés des oeuvres de grands poètes antiques tels Virgile, Ovide, Catulle... Il s'agit cependant à mon sens de la partie la plus faible du roman, l'action ayant tendance à s'y faire plus lente et les ressentis des personnages un peu moins captivants. de même, la fin m'a légèrement déçue car n'offrant aucune véritable réponse : quant bien même le lecteur aura vite compris la nature de cette étrange pyramide, il aurait été intéressant d'avoir davantage d'explication concernant sa présence dans cette Germanie du Ier siècle. Fabien Clavel se rattrape cela dit en ouvrant de nouvelles perspectives pour ses personnages, perspectives qui ne manqueront pas de ravir les passionnés de l'Antiquité.
« Furor » se révèle au final un roman original qui séduira aussi bien les amateurs d'histoire ancienne que de SF, même si les éléments relatifs à ce domaine m'ont parue un peu moins maîtrisés. Fabien Clavel est décidément un auteur aux multiples facettes que je me fais toujours un plaisir de lire, quel que soit le genre auquel il se consacre.
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UnKaPart
  01 juin 2017
Nous sommes dans la 762e année depuis la fondation de Rome. Soit en l'an 9 après Jésus-Christ (mais à l'époque, il en est encore à jouer à l'équivalent antique des Playmobil, un peu léger pour fonder son propre calendrier).
Fabianus Clavellus Furorator nous embarque au fin fond des tréfonds de la Germanie, dans la forêt de Teutoburg.
La bataille de Teutoburg fait partie de ces roustes monumentales que la machine de guerre romaine s'offre à l'occasion. La Trebbia (-218), le lac Trasimène (-217), Cannes (-216), Carrhes (-53), quand les Romains perdent, ils ne font pas les choses à moitié : les effectifs dégagent par pleines légions.
Pas la première défaite de Rome, une des plus retentissantes, cela dit. Moitié par les pertes (20 à 25000 tués), moitié parce qu'elle porte un coup d'arrêt au rêve d'une grande Germanie romaine jusqu'à l'Elbe, moitié parce qu'une peignée infligée par des “barbares” c'est la honte pour l'aigle “invincible”. Soit trois moitiés, normal pour un affrontement qui sort du lot. Teutoburg entre aussi dans les cas particuliers. A la différence de celles citées supra, il ne s'agit pas d'une bataille rangée. Sinon les Romains auraient plié les Germains. Des mecs tout nus contre des fantassins lourds en rase campagne, pas besoin d'être haruspice niveau 50 pour prédire le résultat…
La première moitié de Furor s'attache à décrire la progression de l'armée romaine à travers la sylve touffue jusqu'à l'embuscade fatale. Les Germains, pas bêtes, ont bien compris que le meilleur moyen de déglinguer une armée supérieure en nombre, en matériel et en organisation, c'était de lui tomber dessus pendant qu'elle se déplace. Une armée en marche est tributaire du terrain comme pas permis, étirée, vulnérable sur les flancs, pas préparée, enchepée par les civils (portefaix, esclaves, prostituées…) et le train de bagages. Un jackpot sur pattes pour un embuscadeur audacieux. A Teutoburg, en plus, la colonne romaine doit avancer sur une bande de terre étroite, prise entre des marais et des collines boisées. Autant dire, zéro marge pour manoeuvrer et se déployer. Pour ne rien gâcher, le climat se joint à la fête : il pleut. Tu vas me dire que les puissantes légions romaines arrêtées par la pluie, ça ne fait pas très sérieux. Pour les armées antiques et médiévales, crois-moi, la pluie constitue un ennemi redoutable (cf. Crécy en 1346 et Azincourt en 1415). Si tu as joué au premier Age of Empires, tu sais ce qu'un pauvre arbre est capable d'infliger à une belle formation, alors une averse… Je te laisse imaginer le poids d'un bouclier en bois gonflé par la flotte. Et qui dit pluie dit boue, les légionnaires portent des sandales pas des Rangers. Un détail ? Je rappelle qu'on parle d'infanterie lourde, au propre comme au figuré. Les soldats s'enfoncent et dérapent pendant que les Germains à oilpé leur tombent dessus en virevoltant comme des patineurs.
Cette première moitié très historique atteint un niveau de documentation exceptionnel. Précis, rigoureux, riche dans ses références. le Clavel maîtrise la question, s'appuyant aussi bien sur les auteurs anciens que sur les historiens et romanciers contemporains.
Bon, après, pour un néophyte en civilisation romaine, la masse d'informations à ingurgiter paraîtra énorme. Mais rien d'indigeste. Clavel parvient à transmettre sans ennuyer. Oui, tu risques de passer pas mal de temps avec une encyclopédie ou un dico à portée de main pour vérifier le sens de tel ou tel terme. Tu peux aussi faire sans, l'essentiel se trouve dans le bouquin. Par exemple, si tu ignores le détail des grades dans l'armée romaine, tu as toujours l'option de jeter un oeil à la page dédiée sur Wikipedia, mais ce détour te sortira du texte. Ou tu t'en fous de connaître les attributions précises d'un tribun angusticlave et tu captes assez vite où se situent les personnages dans la hiérarchie qui va du troufion aux officiers supérieurs.
Clavel sait quoi dire pour rendre son propos compréhensible sans se perdre en exposés ennuyeux ou érudits. Ainsi, quand les légionnaires construisent un camp pour la nuit, on ne subit pas la description exhaustive du bousin, de la via machina qui croise la via trucmuchia avant de déboucher sur la porta tsointsoinis. Aucun intérêt. Comme en plus le récit passe par les yeux de personnages qui sont pour l'essentiel des militaires, une telle description n'aurait aucun sens. Ils connaissent l'agencement d'un camp, pourquoi s'attarderaient-ils sur le sujet ?
Première partie très historique, très très historique même. Mais pas que. Certes, la pyramide mystérieuse évoquée en quatrième semble lointaine. Et alors ? On y arrivera bien assez vite.
Clavel joue de la lenteur… enfin, lenteur, non… C'est plutôt qu'il prend le temps d'installer les personnages. Les quatre qui racontent (Longinus, Marcus, Caius Pontius, Flavia) et une foultitude qui gravitent autour. Il met aussi en place une ambiance. Celle de la forêt de Teutoburg, pesante, sombre, hostile. On retrouve un schéma connu, nature versus civilisation. Les Romains grenouillent loin du soleil italien, des voies pavées, des monuments grandioses de l'Urbs. Il y a quelque chose du “bon sauvage” chez les Oxiones qui habitent (végètent ?) dans les profondeurs boisées. En même temps, Clavel ne s'arrête pas à une opposition simpliste. Les Germains d'Arminius n'ont rien d'indigènes débonnaires. Pas plus que les Romains ne se montrent tellement civilisés d'ailleurs. L'instauration de la Pax Romana dans l'empire coûte cher à tout le monde. “On défonce, on occupe, on administre”, en un mot la pacification (sic). Les deux camps se livrent aux pires atrocités : esclavage, pillage, massacres, torture… Les scènes de combat du bien nommé Furor valent les ouvertures de Gladiator et Il faut sauver le soldat Ryan.
Sur ce versant, Furor lorgne du côté du récit de guerre. On pense aux affrontements dans la jungle oppressante IRL (Indochine, Vietnam), en littérature (La ligne rouge de James Jones), au cinéma (Apocalypse Now). Certains paragraphes pleins de pluie et de boue font écho aux témoignages de Poilus pataugeant dans la gadoue quatorzedixhuitième. Une guerre sale. Pas qu'il en existe des propres, mais pendant cette campagne de soumission de la Germanie, il n'est pas question de se contenter de défaire l'ennemi en armes en mode bataille => reddition => paix => occupation => la vie continue. Non, on crame les villages, on dézingue les civils, bref on pratique la politique de l'anéantissement pour montrer aux tribus turbulentes qui est le patron. Rien d'épique là-dedans.
Le cheminement des personnages suit la même trajectoire. Pas très glorieux, ce sont tous des rescapés/fuyards de l'armée romaine : trois légionnaires, deux officiers, deux affranchis et une prostituée. D'après une note en fin de roman, leur évolution épouse celle de la tragédie romaine chez Sénèque – dolor, furor, scelus nefas – telle que théorisée par Florence Dupont dans Les monstres de Sénèque. Je ne suis pas spécialiste de Sénèque, en tout cas, le propos de Clavel colle à son idée de départ. de mon côté, j'ai surtout pensé à Au coeur des ténèbres/Apocalypse Now, ainsi qu'à Aguirre, la colère de Dieu.
Où est la SF là-dedans ? Il y a bien un mot latin en -us qui me vient...
Elle est très diffuse dans cette première partie. Une mystérieuse pyramide sur laquelle les Romains ne s'attardent pas. Des autochtones difformes, des animaux infectés. Point.
De quoi crier à l'arnaque ? Possible, là, ça dépend des attentes de chacun. de mon point de vue, reléguer la pyramide à l'arrière-plan permet d'en créer une, justement, d'attente. le lecteur a le temps d'échafauder des hypothèses : vaisseau extraterrestre (parce qu'on sait depuis Stargate que la pyramide est la forme aérodynamique optimale), vestige d'une ancienne civilisation avancée (Atlantes ?), artefact venu du futur ou d'un univers parallèle ?...
On le devine assez vite, même sans l'indice – ou le spoiler – de la couv' Nouveaux Millénaires (la couv' version J'ai Lu laisse davantage de suspens). Un mystère qui ne sera pas complètement résolu en fin d'ouvrage. D'un côté, ça peut frustrer. D'un autre, je ne vois pas comment des Romains, avec leurs connaissances et leurs croyances de l'époque, auraient pu aboutir à une explication de A à Z de la chose sans un grossier deus ex machina. Je ne vais pas m'étaler sur le sujet de la pyramide, sinon tu vas perdre le plaisir de la découverte.
Je trouve le traitement de Clavel très intéressant. Jamais il ne sort du cadre antique (sauf la pyramide, bien sûr). Pour le lecteur contemporain, Furor appartient au genre SF. Mais un Romain, lui, baigne dans la fantasy. le monde antique est rempli de dieux, de mythes, de prodiges, de créatures fabuleuses... Les monstres existent. La preuve avec les Oxiones difformes, qui ne peuvent que conforter les Romains dans leur univers mental.
Rien de plus normal que la clique envisage la pyramide d'abord comme un tombeau (ils connaissent les pyramides d'Egypte), puis comme un temple (c'est pas comme si dans l'Antiquité 99 bâtiments grandioses sur 100 étaient voués à une divinité). Normal aussi que jamais ils ne se disent “tiens, si ça se trouve, c'est peut-être un genre de véhicule volant venu des étoiles”. L'hypothèse serait anachronique, hors du cadre référentiel des personnages. Leurs questions et suppositions restent bien de leur temps, étayées par le recours aux best-sellers et aux grands penseurs, historiens, géographes ou poètes de l'époque (Virgile, Ovide, Vitruve...).
Là, j'applaudis Clavel qui a su penser religion/fantasy comme un Romain pendant toute cette partie... en n'oubliant pas de disséminer les indices SF pour le lecteur du XXIe siècle.
Après, comme je disais, le procédé empêche de révéler la totalité des tenants et aboutissants et on reste un peu sur sa faim à la fin. Mais c'est bien mené tout le long et assez audacieux pour que la critique demeure minime. Les hypothèses pour boucler les explications ne sont de toute façon pas légion (un comble pour une histoire avec des Romains).
Autre point qui peut déstabiliser, la forme, je pense aux monologues intérieurs des personnages. Quand un personnage parle dans sa tête, il le fait sans majuscule ni ponctuation. Intéressant mais... Si ce parti-pris retranscrit à merveille la pensée fulgurante qui enchaîne sans s'arrêter, il a dans mon cas abouti à l'effet inverse. Déformation professionnelle du correcteur peut-être, je lisais ces passages à deux à l'heure en restituant les ponctuations manquantes. Et le drame, c'est qu'il y en a beaucoup.
Au début, cette forme est déstabilisante. Au bout de quelques pages, on s'habitue. Mais assez vite, le volume des réflexions – soit un bon tiers du bouquin – rend la lecture assez usante. Je pense qu'il aurait fallu utiliser une forme plus classique dans les moments où les personnages ont le temps de se poser trente secondes pour réfléchir, et limiter la version staccato aux situations d'urgence (combat, poursuite).
C'est vraiment le seul aspect du bouquin auquel j'ai eu du mal à accrocher (ce qui ne l'empêche pas d'être à la base un choix narratif intéressant).
A l'arrivée, j'ai trouvé mon compte avec ce mélange original de genres, quelque part entre histoire, SF et mythologie. Furor est un roman ambitieux et audacieux, on ne pourra pas reprocher à Fabien Clavel d'avoir choisi la facilité tant sur le fond que la forme. Et ça fonctionne.
Lien : https://unkapart.fr/furor-fa..
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Oliv
  02 juin 2013
Quiconque s'intéresse à l'antiquité romaine a entendu parler du désastre de Varus, lorsque trois légions d'Auguste furent anéanties par les barbares dans les forêts de Germanie. Cet épisode fascinant sert de base à "Furor" de Fabien Clavel. L'auteur est un latiniste distingué et a, notamment avec "Le châtiment des flèches", démontré sa maîtrise du récit historique mâtiné de fantasy. Ici c'est la science-fiction qui s'invite aux temps du Haut-Empire...
Par l'alternance de chapitres n'excédant pas quelques pages, on suit successivement quatre personnages, représentant chacun un acteur essentiel de l'armée romaine en campagne : le troufion de base, le centurion, le tribun, la prostituée. La narration, nerveuse, constituée de phrases généralement courtes, convient à merveille au récit d'une bataille qui est en réalité une gigantesque embuscade débouchant sur un massacre, au cours de laquelle le salut ne viendra que de la fuite. Moins évidente est l'insertion régulière de passages en italique privés de ponctuation, figurant le flot de pensées des différents protagonistes. le procédé peut au premier abord paraître rebutant pour le lecteur. Passé un petit temps d'adaptation, l'effet est pourtant réussi, l'audace de l'auteur paye. On est vraiment embarqué dans l'aventure, emporté à la fois par l'action (souvent d'une extrême violence, la guerre étant représentée sans fard, dans tout ce qu'elle a de moins glorieux, de plus révoltant) et par les personnages eux-mêmes, dont les angoisses, les souvenirs, les questionnements face à l'inconnu et l'indicible, sont ainsi livrés de manière brute, sans aucun filtre.
Après lecture, on pourra s'interroger sur le type de public visé par l'auteur. L'ouvrage est paru dans une collection de science-fiction mais le récit est largement dominé par l'élément historique. Les amateurs d'histoire antique et militaire seront comblés par la première partie, irréprochable reconstitution d'une bataille s'étant déroulée il y a deux mille ans ; en revanche ils risquent dans le dernier tiers de patauger comme un légionnaire pris dans les marécages germains... À l'inverse, les lecteurs de science-fiction purs et durs trouveront le temps long en attendant que les armées du premier siècle cèdent le pas à quelque chose de plus familier pour eux ; et même là, ils seront peut-être déçus par le manque d'explications rationnelles, les protagonistes romains ne pouvant comprendre une technologie futuriste qu'à travers le prisme d'une intervention divine.
"Furor" n'est sans doute pas un chef-d'oeuvre de la fiction historique, ni un incontournable de la science-fiction. Mais pour qui est capable d'en apprécier les qualités il s'agit assurément d'un très bon roman, ce qui n'est déjà pas si mal.
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Pat0212
  15 mai 2018
Voici un livre dont il faudrait lire la post face avant le texte. En effet, elle nous donne des clés de compréhension qui ouvre une perspective différente. Malheureusement je ne me suis aperçue de cela qu'à la fin du livre.
Fabien Clavel nous entraîne dans la Germanie que l'armée romaine tente de conquérir au début de notre ère. César a commencé la conquête mais n'a jamais pu dépasser la vallée du Rhin. Auguste décide de continuer son oeuvre et envoie le général Varus avec trois légions pour créer une grande province germaine. Rome craint beaucoup les Germains et espère les « romaniser » pour mieux neutraliser cet ennemi imprévisible.
Le roman se passe en 9 de notre ère et est divisé en deux parties. Longinus, un soldat préposé à la chasse poursuit un lièvre dans une forêt épaisse. C'est l'automne, il pleut, il fait froid et l'ambiance est franchement à la déprime. le lièvre est aveugle et le soldat finit par l'attraper. En le poursuivant, il découvre un village qui abrite des personnes à l'aspect hideux et monstrueux mais totalement désarmées et pacifiques. Longinus croit avoir découvert un peuple qui vit encore à l'Age d'or et qui aurait trouvé refuge dans cette forêt. Il hésite à faire part de sa découverte à Fabricius son chef, sachant que ce dernier massacrera sans pitié les habitants du village. Mais l'officier est un homme violent qui malmène ses soldats et Longinus n'ose pas lui mentir.
Comme il s'y attendait, la troupe de Fabricius massacre les villageois et trouve une pyramide noire à côté du village. Les officiers ne comprennent pas ce qu'une pyramide peut bien faire au fond d'une forêt de Germanie, mais ne cherchent pas à savoir de quoi il retourne.
Nous faisons aussi connaissance de Flavia, une jeune Germaine enlevée alors qu'elle était enfant et réduite en esclavage sexuelle pour les soldats. Elle essaie de se souvenir de son enfance et de son pays qu'elle traverse sans l'avoir choisi.
Arminius, un Germain chef des troupes auxiliaires que Varus croit avoir soumis se retourne contre les Romains et leur tend une embuscade. Il massacre les civils et les soldats sans pitié. Nous assistons à la terrible bataille de Teutobourg où les Romains sont anéantis.
La première partie nous permet de connaître les principaux personnages du roman. Elle est surtout consacrée aux récits de batailles et de massacres. Les personnages sont historiques pour la plupart et l'histoire sans doute assez proche de ce qu'a dû être la réalité de cette bataille. Clavel enseigne le latin et connaît son sujet.
La deuxième partie devient plus fantastique, Longinus, Flavia, le centurion Marcus et Caius Pontius, un officier supérieur ont réussi à échapper aux massacres, mais la route d'Aliso est coupée, ils décident donc d'aller se réfugier dans la fameuse pyramide noire.
J'attendais beaucoup de ce roman et j'ai été un peu déçue. La quatrième de couverture, ainsi que la présentation de l'éditeur laissait espérer un roman fantasy, mais ce n'est pas le cas. Il y a très peu de fantastique, aucune magie et tous les monstres sont des humains. Il s'agit plutôt d'un roman historique, même s'il y a une uchronie dans l'exploration de la pyramide. Les éléments réalistes sont très convaincants, on sent qu'on a affaire à un auteur qui connaît son sujet, mais les quelques éléments fantastiques et uchroniques ne sont pas convaincants du tout.
Mais ce qui m'a le plus dérangée, c'est le choix de langage fait par l'auteur. Il emploie un mélange de français, de latin et surtout de latin francisé qui m'a franchement déplu. Par exemple Varus est qualifié d'impérateur pour Imperator, j'aurais préféré qu'il utilise la traduction de ce terme, qui est général en chef. Imperator est devenu empereur dans notre langue, les mécanismes d'évolution du bas latin dans les différentes langues romanes sont bien connus et ce latin francisé m'a beaucoup déplu. Tout comme le fait d'employer la forme latine des noms de lieu, on nous parle de Roma, des forêts de Germania ou de l'armée du Rhénus. Clavel a aussi écrit quelques phrases qui ne veulent absolument rien dire pour inventer un argot militaire romain (et semi-francisé) ce qui donne un dialogue totalement incompréhensible entre deux soldats. Son roman aurait gagné en puissance d'être écrit complètement en français et de préférence en bon français.
La moitié du livre est consacrée aux faits et gestes des personnages et l'autre moitié à leurs pensées. Comme les humains dans la réalité, les personnages de Clavel ne cessent de penser. Ce qui est gênant et même très gênant, c'est que l'auteur écrit leurs pensées en italique sans aucune ponctuation. Il peut y avoir des paragraphes entiers en italique et sans ponctuation, ce qui ralentit la lecture. Parfois on ne sait comment séparer deux phrases, ce qui fait varier le sens des pensées en question, sans compter que c'est lassant d'avoir des paragraphes entiers de ce style.
La deuxième partie du livre qui tourne autour de la pyramide n'est pas convaincante du tout, on ne sait pas si on a franchi une sorte de porte temporelle qui débouche sur notre époque ou si les anciens Germains connaissaient déjà la physique nucléaire, ce qui est quand même assez peu probable. Durant cette exploration, Caius Pontius pense beaucoup et cite de nombreux poèmes, mais comme c'est seulement à la dernière page que j'ai compris qui il est en réalité, je regrette de ne pas avoir été plus attentive à ses pensées. L'idéal serait de relire le récit de la pyramide à la lumière de cette connaissance, mais le roman ne m'a pas assez passionnée pour que je le fasse.
Dans l'ensemble c'est un roman plutôt décevant, car présenté comme de la fantasy. Il y a aussi trop de scène de batailles sanglantes et jusqu'au bout j'ai espéré en vain y trouver une dimension moins terre à terre. Toutefois la chute est inattendue et vraiment excellente.

Lien : https://patpolar48361071.wor..
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Gwelan
  08 décembre 2013
Une légion Romaine face à l'hostilité de leurs ennemi mais surtout d'une nature hostile qui les entoure. La Forêt ! Une forêt effrayante par la taille de ses arbres et l'épaisseur de la végétation. Une forêt germaine qui peut conduire aux pires fantasmes.
Que peut cette pauvre légion mal grès ses armes et son entrainement ? Rien.
Son entrainement ne sert pas à grand chose dans ces conditions de terrain.
Que va-t-il rester quatre personnes et un chien. Quatre personnes qui représentent la hiérarchie de cette légion. du tribun à l'esclave utilisée comme prostituée.
Ces quatre là vont devoir survivre dans ce milieu hostile, ils vont essayer de se réfugier auprès d'une pyramide autour de laquelle vivait une tribu qu'ils ont décimée lors de leur passage. Il va falloir se cacher et apprendre à vivre ensemble.
Et puis ils trouvent cette pyramide mystérieuse. Ils pénètrent dans ses entrailles et là commence un nouvelle aventure.
J'ai aimé le fait que nous ne suivions pas seulement cette aventure de par la narration de l'auteur mais aussi à travers le ressentis de chaque personnage.
On assiste, petit à petit a l'évolution de leur personnalités devant le danger et l'incompréhensible
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
boudiccaboudicca   23 juin 2013
Le légat Caecina ne quitte pas son imperateur des yeux. Sans doute sait-il aussi quels secrets mystérieux cette forêt renferme. C'est ici que repose les mânes de l'Alouette, la Ve Légion, que les Sicambres ont massacrée jadis. Ils ont volé leur aigle, comble de l'humiliation. Plus tard, Drusus, le propre père de Germanicus, y a subi l'assaut des Marses révoltés. Et puis, honte suprême, il y a eu le désastre de Varus, dont le nom se murmure plutôt qu'il ne se dit, comme si l'on craignait que les Cherusques ne surgissent de nouveau des profondeurs des bois de Teutoburgium.
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okkaokka   05 août 2020
p.202-3
si seulement nous étions des statues nous n’aurions pas tous ces problèmes et la vie serait plus simple il nous suffirait d’être et non de conquérir chaque jour notre nourriture et d’en rejeter les déchets par l’autre bout nous n’aurions plus à courir après le sein chaud des femmes
tout vient de là l’homme est un animal qui se rêve statue
il voudrait la sérénité impassible du marbre quand son corps ne fait que suer saigner éjaculer nous suintons et ces enfers humides qui nous enferment sont bien les nôtres nous sommes ces chagrins liquides en voie d’écoulement
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OlivOliv   02 juin 2013
Le tribun soupire, il tente de déchiffrer les écritures à moitié rongées par le temps.
"Il y a deux mots que je comprends : plutonium et uranium. Ce sont sans doute des accusatifs archaïques pour désigner nos dieux Pluto et Uranus. Cela confirme mon hypothèse : nous sommes face à du latin très ancien, peut-être de l'époque d'Aeneas ou de Romulus."
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okkaokka   05 août 2020
p.41-2.
Je les observe à certains moments cette passivité m’étonne qu’est-ce qui fait que j’obéis à cet homme que nous obéissons alors que nous sommes plus nombreuses il y a peut-être dix prostituées dans ce charriot il serait si facile d’égorger Marcus de prendre son glaive au moment où il jouit de se glisser derrière lui
mais nous n’en faisons rien
la honte monte en moi parallèlement au plaisir que j’éprouve après les premiers instants de sécheresse douloureuse je baisse la tête pour ne plus voir mes semblables elles ne doivent pas deviner sur mon visage la moindre trace de jouissance
Flavia a courbé la nuque. Le centurion halète un court instant, se raidit, soupire. Le temps d’une seconde, son visage ridé se relâche. Tout aussitôt, il reprend son masque de dureté.
il se retire s’éloigne je sens la fraîcheur passer sur mon ventre quand je me retourne il a déjà sauté de la voiture et remis son casque il ne me reste plus qu’à essuyer l’humidité qui me coule entre les cuisses je ne regarde pas mes compagnes de voyage pas une ne m’aidera
La femme rajuste lentement sa robe. Elle se couche sur le dos, près de l’ouverture, les yeux levés vers le ciel absent. Sa tête oscille à chaque soubresaut.
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okkaokka   05 août 2020
p.140.
je me souviens de la façon dont les hommes parlent de la guerre autour du feu ils n’évoquent jamais ces atrocités qui semblent s’engendrer réciproquement sans que rien ne viennent enrayer leur propagation
à présent il m’est impossible de rejoindre mon peuple quand bien même je serais née chérusque ou marse ou bructère
je ne suis pas romaine non plus mais je préfère être du côté des vaincus car les vainqueurs me font horreur
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Vidéo de Fabien Clavel
En 2018, Libretto fête ses 20 ans ! Une bonne occasion pour revenir avec son Directeur éditorial sur l'histoire de cette maison d'édition emblématique. Dans cette vidéo, il nous fait (re)découvrir les littératures de l'imaginaire à travers une sélection de titres incontournables.
0:37 Melmoth, de Charles R. Mathurin 1:15 Vathek, de William Beckford 1:38 Le Cavalier suédois, de Leo Perutz 2:20 La Source au bout du monde, de William Morris 3:12 Feuillets de cuivre, de Fabien Clavel 4:23 Les Aventures du chevalier Jaufré
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