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ISBN : 2221111710
Éditeur : Robert Laffont (22/07/2008)

Note moyenne : 3.89/5 (sur 129 notes)
Résumé :
Au printemps de 1939, dans ce village du vignoble du Jura, on a vu arriver un réfugié espagnol : Pablo. C'est un homme brisé par la guerre, qui semble avoir perdu même le courage de vivre. Dans la ferme où il est placé, il s'efforce seulement de faire correctement son travail.
Le fils est parti pour la guerre, le père est mort ; Pablo reste seul avec la femme, une fille simple d'esprit et un vieux journalier. Il s'est attaché à cette terre qui lui a redonné l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
raton-liseur
  06 octobre 2013
Bernard Clavel, c'est pour moi l'humanisme à hauteur d'homme, l'humanisme du quotidien que j'ai découvert adolescente dans le roman Miséréré puis dans le petit opuscule le Massacre des Innocents. J'avais envie d'un livre facile à lire, reposant, et quand je suis tombée sur ce livre dans une des rares librairies où je peux trouver des livres en français, je me suis dit, pourquoi pas. Les livres d'occasion portent bien leur nom, on tombe sur des livres auxquels on n'avait pas pensé, dont on n'a même parfois jamais entendu parler et on se dit « tiens, pourquoi pas ? », l'occasion fait le larron. Et un roman de Bernard Clavel me semblait pouvoir être ce livre facile et reposant que je cherchais, c'est-à-dire une histoire basée sur une pensée simple et exaltante, sans être naïve (voilà à gros traits mon idée des livres reposants…).
J'étais curieuse de voir ce que Bernard Clavel dirait sur le Jura, sa région d'origine. Et me voilà donc plongée par inadvertance dans la vie d'un petit village de basse montagne, alors que la Seconde Guerre Mondiale débute. Les descriptions du paysage et du travail de la terre traversent le livre, lui donnant un rythme relativement lent, voire immobile, qui se marie bien avec le sujet et cette vie qui s'égraine comme un cycle au rythme des saisons et du travail qui emplit tout entier et ne laisse pas le temps à la pensée d'errer et de torturer. Je me suis demandée, avec un petit sourire interrogateur, ce que le précédent propriétaire de ce livre, s'il était mexicain, avait bien pu penser de la description du vin jaune et de sa consommation presque religieuse, en tout cas ritualisée, et s'il avait vraiment cru que cela existait, des vins que l'on boit avec des noix et du comté, ou s'il a cru à une affabulation de l'auteur...
Alors voilà cette histoire, celle d'un Espagnol, appelé de manière presque anonyme Pablo, archétype des Espagnols ayant fui leur pays après la défaite de 1936, parce qu'il était du mauvais côté de l'idéologie. Après quelques années dans les camps en France (une réalité que je ne soupçonnais pas et que j'ai découverte récemment dans la bande dessinée L'Art de voler d'Antonio Altarriba), le voilà envoyé comme ouvrier agricole dans une ferme du Jura. Lui le citadin marqué de façon indélébile par la guerre dans son pays se met peu à peu à aimer cette terre, à la comprendre, à s'y couler. le travail physique et la fatigue qui l'accompagne l'empêchent de penser et lui évitent de ruminer les souvenirs qui ne l'ont pas quitté depuis sa fuite et depuis la fin de la guerre. Reprend-t-il goût à la vie comme le proclame la quatrième de couverture, je n'en suis pour ma part pas sûre, mais il apprend à remplir ses jours, à les utiliser, faisant du travail agricole un anesthésiant plus qu'un pansement : « Il savait qu'il n'aimerait plus jamais. Il avait aimé Mariana. Il avait aimé l'enfant qu'elle portait dans son ventre et que la mort avait pris en même temps qu'elle. Maintenant, il n'était plus question d'aimer. Pablo vivait. Il acceptait de vivre, c'était tout. Et il vivait ici parce que le hasard l'avait fait échouer ici. Il s'y trouvait bien. Il ne souffrait ni du froid ni de la faim et la fatigue était devenue pour lui une alliée. Il le savait. Il tenait à elle comme un malade tient au médicament qui calme sa souffrance. » (p. 149, Chapitre 15, Première partie).
Mais la guerre, qui pourtant semblait passer loin de ce petit village en marge de tout, le rattrape, et se pose alors la question de reprendre les armes. Pacifisme, lassitude, lâcheté, chacun donnera le nom qu'il souhaite à l'attitude de Pablo, mais l'on sent un peu de Giono dans cet homme venu du Sud, dans son attitude face à la guerre, lui qui en a vu une en face. Et il se remémore un camarade, « un de ceux qui avaient été tués près de Madrid, au moment où beaucoup avaient vraiment compris ce qui se passait. C'était un homme d'une cinquantaine d'années qui répétait toujours : « Il n'y a qu'une vraie raison de se battre, une seule ; c'est l'espoir que la guerre qu'on fait sera la dernière. Seulement, une fois qu'on sait qu'il n'y aura pas de dernière, qu'une guerre en prépare une autre, alors là… » (p. 394-395, Chapitre 49, Sixième partie).
J'ai beaucoup aimé les deux premiers tiers du livre, là la terre est un personnage aussi important que Pablo lui-même. La fin du livre, depuis l'irruption de la guerre dans le quotidien de Pablo jusqu'à la chute finale m'a par contre semblée moins convaincante, un peu bâclée même pour tout dire, alors que c'est probablement là que Clavel veut mettre l'essentiel de son message pacifiste, et où il fait vivre à Pablo des scènes que lui-même a vécu pendant la guerre et qui ont forgé sa conviction de pacifiste.
Le livre demeure tout de même intéressant, sans être de trop haut vol, juste ce qu'il me fallait de réflexion et de simplicité. Peut-être devrais-je lire plus souvent Bernard Clavel, sans attendre de le découvrir par surprise au détour d'une pile de livres sentant la poussière chez un bouquiniste branché de la Calle Álvaro Obregón !
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pandaroux
  09 octobre 2016
Pablo est un réfugié espagnol, victime d'une guerre civile en Espagne. Il arrive en France avec son ami Enrique, pour y être vendangeur.
Pablo est un être torturé, il est torturé par la mort de sa femme et de son enfant à naître, victimes innocentes.
Il est hanté par ses images, le travail de la terre va lui permettre de se reconstruire, il va y découvrir un métier, l'amour de la terre, une famille d'adoption.
Mais en France, la guerre aussi rôde et les Allemands arrivent.
Joli roman de Bernard Clavel. Il m'a ému par le personnage qui au fond est un être tendre et qui ne demande une chose, celle de vivre et de vivre au près de ceux qui l'aiment.
Petit aperçu de la France de la guerre : les petits villages n'y ont pas tous échappé, l'invasion des allemands n' a pas été la même partout, le ressenti de la guerre n' a pas été aussi été le même partout. Mais la guerre fait des dégâts au coeur et à l'esprit, à l'image de Pablo qui lui n'a pas se battre aux côté des maquisards.
Le livre a été lu dans le cadre du club pioche dans ma pal.
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unjeunelecteur
  27 juillet 2018
Faut-il défendre son pays sous n'importe quelle condition ou mieux ne faut-il pas chercher la paix en ces moments d'horreurs et de cruautés ? Voilà la thématique du roman. Plongé dans un décor agricole dans le Jura, on apprend peu à peu à connaître Pablo, un mystérieux étranger venu d'Espagne qui vient de sortir de la guerre civile. A son arrivé, il est encore accompagné d'Henrique qui semble posséder un esprit revanchard vis-à-vis de sa fuite du régime de Franco à l'inverse du personnage principale qui parait plus calme, courageux mais qui a perdu le gout de la vie. Au fil du roman, on découvre que pour Pablo, la guerre représente un véritable traumatisme notamment par l'image de la mort symbolisé par le portrait sa femme (assassinée) qui refait surface dans ses pensées les plus noires notamment la nuit ou lorsqu'il se retrouve seul. Homme meurtri, voir dans certains passages, terrifié ; son destin ne tient plus qu'à un fil. Cependant le travail de vigneron, terriblement éprouvant, lui permet de lui donner la force nécessaire pour continuité à vivre. En effet il arrive à retrouver le sommeil et se reconstruit à travers son travail dans ces plaines et ses couchers de soleils qui lui apporte une certaine paisibilité. Mais une succession d'épisodes dérègle l'harmonie que Pablo essayé tant bien que mal a installé autour de son âme. C'est ainsi que s'enchaine : la mort du patron, l'arrivée des allemands dans la région (retour de l'idée de guerre), le retour inattendu d'Henrique, son entré dans un maquis puis la décision du fils Pierre décidant la vente du domaine que Pablo/Germaine/Clopinau agrandissaient peu à peu. Finalement Pablo se retrouvera quelque peu abandonné, mais détient désormais en lui la sagesse d'un homme qui a su ignorer et délaissé la guerre, malgré en avoir douté par quelques moments par sa position personnelle vis-à-vis d'elle (y dans le bon camp ? Laisse-t-il les autres se faire tuer à sa place ?). Il ne peut alors accepter de se battre pour des causes qui ne peut maitriser et ne veut plus défier la mort, tout en comprenant que la folie humaine n'a pas de limite comme déjà évoqué par un ancien compagnon de guerre : « Il n'y a qu'une vraie raison de se battre, une seule ; c'est l'espoir que la guerre qu'on fait sera la dernière. Seulement, une fois qu'on sait qu'il n'y aura pas de dernière, qu'une guerre en prépare une autre, alors là… ».
Le livre apporte alors une réflexion sur la guerre dans un registre humaniste en montrant que la paix est la seule solution a apportés à tous les désastres du monde, plutôt que refouler sa haine afin d'obtenir sa vengeance personnelle. Elle permettra alors de ne plus redouter la mort et de trouver une place dans le monde.
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andreepierrette
  20 mai 2014
l'Espagnol de Bernard Clavel : Je viens de relire ce beau roman de Bernard Clavel :
Pablo, réfugié espagnol à la sortie d'un camp de prisonniers est embauché comme ouvrier agricole dans une ferme du Jura. Il a vécu un drame, traumatisé par la guerre, il a perdu le goût de vivre.
Homme de la ville, il ne connait rien à la terre. Avec l'aide d'un vieil ouvrier , il apprendra à revivre.avec la nature, le travail, les animaux.
On s'attache à son parcours avec émotion.
On retrouve ici tout le talent de B.Clavel, son humanité, la description de la nature, des saisons, la précision des portraits des personnages.
De belles critiques de lecteurs de Babelio, complêteront ce petit descriptif. Un beau livre d'une écriture claire et simple.
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garanemsa
  09 avril 2016
Pablo et Enrique, deux réfugiés espagnols, sortis des camps de prisonniers, atterrissent après une longue marche d'ailleurs, dans une ferme viticole surtout, Pablo va rester, bien qu'il n'y connaisse rien à la terre, à la vigne, à la nature, il est aussi hanté par les horreurs qu'ils a vues et a subies pendant la guerre
Enrique part, veut continuer le combat.
C'est grâce à un vieil ouvrier agricole que Pablo va découvrir la nature, les animaux, la vigne, la ferme, ce dur labeur, il va tout faire pour y arriver bien qu'il vienne de la ville, ce sera dur mais le résultat sera magnifique
Un livre bien dans la lignée de l'auteur, on y retrouve, le drame, l'humanité, la nature, et cette petite touche qui fait de ses livres qu'ils soient si attachant.
Pablo et Enrique, deux réfugiés espagnols, sortis des camps de prisonniers, atterrissent après une longue marche d'ailleurs, dans une ferme viticole surtout, Pablo va rester, bien qu'il n'y connaisse rien à la terre, à la vigne, à la nature, il est aussi hanté par les horreurs qu'ils a vues et a subies pendant la guerre
Enrique part, veut continuer le combat.
C'est grâce à un vieil ouvrier agricole que Pablo va découvrir la nature, les animaux, la vigne, la ferme, ce dur labeur, il va tout faire pour y arriver bien qu'il vienne de la ville, ce sera dur mais le résultat sera magnifique
Un livre bien dans la lignée de l'auteur, on y retrouve, le drame, l'humanité, la nature, et cette petite touche qui fait de ses livres qu'ils soient si attachant.

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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
FanatikFanatik   03 mars 2013
Un roman simple, écrit avec patience et douceur. Comme à chaque fois l'auteur saisit la nature, la décrit, la fait vivre pour montrer à tout un chacun ce qu'elle cache de plus simple et finalement de plus beau. Mené tranquillement, avec justesse et précision. C'est l'histoire simple d'un homme qui fuit la guerre, que la nature aide à rétablir, à retrouver une vie, à oublier un monde qui n'est plus le sien au moins pour un temps. C'est cette nature sage et violente, mais toujours constante qui l'aide à se reconstruire petit à petit. C'est simplement un roman de Clavel comme personne d'autre ne réussit à en écrire.
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raton-liseurraton-liseur   06 octobre 2013
Il aimait à l’entendre parler de la terre. D’abord, ce qu’il disait était utile, et puis il y avait le plaisir. Le vieux ne savait guère parler que de la terre, mais, au moins, il en parlait bien. Les mots lui venaient comme une eau claire qui sort d’un rocher. Parfois, il arrivait même à Pablo de l’entendre sans plus faire attention à ce qu’il disait. C’était comme une musique venue d’entre terre et nuit, d’entre ciel et vent. Pablo se laissait aller à rêver, et il se disait que c’était le jour finissant qui l’accompagnait, en lui racontant des histoires. (p. 278, Chapitre 33, Troisième partie).
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Martin1972Martin1972   03 mai 2016
Le vieux ne savait guère parler que de la terre, mais, au moins, il en parlait bien. Les mots lui venaient comme une eau claire qui sort d’un rocher.
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andreepierretteandreepierrette   21 mai 2014
Un jour qu'i labourait un mauvais terrain où s'agrippaient encore de nombreuses racines de pommiers mal arrachés, Pablo s'énerva plus qu'il ne l'avait jamais fait. Il lâcha les mancherons et se mit à insulter la terre en frappant du pied la souche que le roc venait de mettre à jour. La charrue versa et le vieux qui menait la Noire par la bride, s'arrêta. Il laissa passer la colère de Pablo, puis s'approchant de lui, il dit :

Tu vois , ça ne sert à rien et c'est courir un gros risque de faire ça. Si la Noire était une mauvaise bête elle pouvait s'emballer et se blesser.
Pablo s'approcha de la jument et caressa son encolure toute humide de sueur.
Si elle s'était blessée à cause de moi, dit-il, je m'en serais voulu toute ma vie.
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raton-liseurraton-liseur   06 octobre 2013
Il savait qu’il n’aimerait plus jamais. Il avait aimé Mariana. Il avait aimé l’enfant qu’elle portait dans son ventre et que la mort avait pris en même temps qu’elle. Maintenant, il n’était plus question d’aimer. Pablo vivait. Il acceptait de vivre, c’était tout. Et il vivait ici parce que le hasard l’avait fait échouer ici. Il s’y trouvait bien. Il ne souffrait ni du froid ni de la faim et la fatigue était devenue pour lui une alliée. Il le savait. Il tenait à elle comme un malade tient au médicament qui calme sa souffrance. (p. 149, Chapitre 15, Première partie).
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