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EAN : 9782246825708
400 pages
Grasset (06/04/2022)
4.12/5   8 notes
Résumé :
C’est l’été à Paris. Certains marchent d’un pas léger dans ce paradis de pierre et d’histoire. D’autres espèrent l’oubli ou la rédemption, sous le soleil éclatant. Et tous croient au destin. D’une chambre d’hôpital au Parc Monceau, des allées feutrées d’un ministère à la Colline du crack, d’un commissariat au Conservatoire, les distances sont comme effacées par le fleuve...

Max est sorti de prison. Il retrouve peu à peu ses sensations d’homme libre, ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Max, la Bête et la prison

Pour son second roman Pauline Clavière a choisi de redonner du service à Max Nedelec, désormais sorti de prison. Mais est-il un homme libre pour autant? Son passé carcéral va venir le hanter, de plus en plus menaçant pour lui et ses proches. Un roman âpre, douloureux et sans concessions.

Pauline Clavière n'en a pas fini avec la prison et avec Max Nedelec. Dans «Laissez-nous la nuit», son premier roman, elle suivait les pas d'un petit patron victime d'une justice aveugle nommé Max Nedelec. Ce dernier se retrouvait en prison où il subissait les dures lois de cet univers impitoyable.
Cette fois, on le retrouve sa peine purgée, au moment où il est à nouveau convoqué par la justice. Une demande qui l'inquiète, même s'il n'a rien à se reprocher, car il sait que tout peut déraper à chaque moment. En fait son cas intéresse les politiques chargés d'une réforme carcérale et qui aimeraient recueillir son témoignage pour étayer son opinion sur l'état des maisons d'arrêt. "La nourriture, les cellules, le personnel, la direction. Ils passent tout au peigne fin." Une mission que n'accueille pas de gaîté de coeur Michel Vigneau, responsable de la prison, au centre d'un fait divers qui commence à faire couler beaucoup d'encre:
Prison : enquêtes sur la mort de deux détenus
passée sous silence
Au cours d'un incendie survenu dans une cellule début janvier, les prisonniers ont dû être évacués des derniers étages de la prison. Durant l'évacuation, un des détenus a été sauvagement assassiné et l'individu logé dans la cellule d'où semble s'être déclenché le feu n'a pas survécu.
Les deux hommes ont trouvé la mort à quelques minutes d'intervalle, dans des circonstances troublantes.
Lui qui a toujours pris un soin particulier à ce que la prison ne s'invite pas au sein de sa famille aimerait préserver sa femme Caroline et sa fille Chloé du scandale qui s'annonce. Une fébrilité partagée par le commissaire Matthias Mallory et son équipe, par les avocats impliqués dans ces dossiers et par le ministère qui entend mener à bien la réforme sans faire de vagues.
Aussi quand il s'avère que Laure Tardieu, conseillère Afrique au Quai d'Orsay partage la couche de Max, les cercles médiatico-politiques sont aux abois. Car "la plus brillante analyste et connaisseuse de la région" peut leur mettre des bâtons dans les roues. D'autant qu'autour de Max gravitent d'anciens codétenus. D'abord les amis, Marcos Ferreira, hospitalisé pour un cancer et Ilan, un jeune homme réfugié syrien qu'il accepte d'héberger chez lui. Puis les toxiques Redouane Bouta, Julian Mandini et Mohammed El Ouazidi. "La bête c'était eux, une bête à trois têtes. La prison était leur territoire, la violence leur mode d'action."
C'est durant le mois de juillet 2018, quand la France devenait championne du monde de foot pour la seconde fois, que Pauline Clavière situe son roman, qu'elle va faire se heurter la liesse populaire aux faits d'hiver sordides. le choc n'en est que plus violent. Avec force détails qui cernent parfaitement la psychologie des personnages, elle nous démontre qu'on n'en a jamais vraiment fini avec la prison, que tous ceux qui s'y frottent sont marqués à vie. Il faut alors une incroyable force de caractère pour se libérer de ses chaînes, pour gagner les paradis.


Lien : https://collectiondelivres.w..
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Max Nedelec est sorti de prison après une longue année passée derrière les barreaux. L'occasion pour le quinquagénaire de renouer avec une vie normale, de retrouver Mélodie, sa fille ; Laure, la femme dont il est amoureux ; Gino, son neveu. de débuter dans un nouvel emploi, d'entamer ce fameux travail de réinsertion. Mais comment oublier cette période si sombre de sa vie ? Elle a laissé des traces indélébiles, d'autant que certains événements vont venir perturber son quotidien et le replonger dans ce qu'il aimerait fuir et oublier.

Quel plaisir de retrouver les personnages rencontrés dans le premier roman de Pauline Clavière, Laissez-nous la nuit. Chacun d'entre eux est arrivé à une nouvelle étape de sa vie et l'auteure entremêle dans ce nouvel opus les fils de leurs destins. On croise ainsi des anciens co-détenus de Max ainsi que ses proches dont les histoires parallèles finissent par tisser la trame d'un récit choral très prenant.

L'ensemble est sans contexte moins sombre que le premier volet qui se déroulait en prison et en montrait toute l'inhumanité. Il y a plus d'espoir et un peu moins de noirceur dans ce nouvel ouvrage même si Pauline Clavière dénonce une nouvelle fois ici les dysfonctionnements du milieu carcéral. Elle démontre ici toute la difficulté à retrouver une vie dite normale après le traumatisme de l'enfermement, à renouer les fils d'une vie qui s'est délitée et à faire face aux fantômes qui sont restés accrochés.

Il émane de ce récit une certaine tendresse et une pointe d'optimisme, présents dès ce joli titre, Les Paradis gagnés, et qui ne se démentiront pas tout au long du roman malgré les événements qui arriveront.

On pourra aussi noter chez Pauline Clavière le soin particulier qu'elle met à donner vie à ses personnages secondaires comme aux principaux dans ce récit qu'elle maîtrise parfaitement.
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Cinq mois que les portes se sont refermées derrière lui...cinq mois que l'Ecrou 29 312B n'est plus...et que Max, cinquantenaire, a retrouvé son identité après une plongée d'un an dans les ténèbres pour s'être quelque peu "arrangé" avec la comptabilité de l'entreprise familiale qu'il voulait sauver d'une faillite annoncée.

Mais suffit-il de purger sa peine pour recouvrer la liberté et "reprendre le cours de sa vie" ? Une évidence sur le papier...beaucoup moins dans la réalité de la jungle urbaine et sociale dans laquelle Max se retrouve lâché, en lutte permanente avec ses angoisses et ses fantômes du passé, sans oublier les menaces, elles, bien réelles, qui rôdent.

Car, il n'y a pas que Max qui est sorti... il y a aussi "La Bête", bien décidée à prendre sa revanche sur la vie.
Mais aussi Max, son codétenu, qui lutte pour sa survie dans une chambre d'hôpital, Ilan le réfugié qui cherche les siens, Laure, sa compagne, bien décidée à se libérer d'un passé qui l'emprisonne. Et tous les (ses) autres, fragilisés mais toujours debout.

Mais il y en a pourtant un qui ne le restera pas longtemps debout : le rouleau compresseur de la réforme du monde carcéral est en marche : des têtes doivent tomber. Et elles tomberont. Au ras du sol même....Lui qui, de son bureau au dernier étage "régnait" sur ses prisonniers, ne sera pas épargné par la puissance destructrice de la prison.

Finalement tous prisonniers...tous en lutte...tous aux aguets...tous écorchés... tous espèrent retrouver enfin leurs Paradis perdus, mais jamais oubliés.

"Laissez-nous la nuit" dont ce roman est la suite fut l'un des mes deux coups de coeur lecture de 2020. J'étais donc assurée d'en lire la suite le moment venu. Et je ne suis pas déçue. Quel plaisir de retrouver, Max, personnage principal attachant, comme le sont tous les autres personnages, chose rare.

Je ne sais pas si Max parviendra à atteindre ses Paradis gagnés...mais soyez assurée, chère Pauline, que c'est avec un immense plaisir que j'ai retrouvé votre plume si intense et gracieuse à la fois
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Avec ce deuxième roman, Pauline Clavière confirme ce que Laissez-nous la nuit avait révélé : un talent d'écrivaine et qui plus est une écrivaine engagée.
On retrouve avec un vrai plaisir les personnages du premier livre, mais ce deuxième opus est bien plus qu'une suite.
L'intrigue est forte, s'élargit, gravitant entre policier et drame social. Elle se construit comme un puzzle dont les pièces s'assemblent progressivement, laissant le lecteur découvrir les interactions subtiles entre les personnages.
Et Pauline donne de la profondeur et de la complexité à ses personnages, de l'ambiguïté lorsque nécessaire, mais toujours avec humanité.
Certains, seconds rôles de Laissez-nous la nuit passent avec bonheur sur le devant de la scène et parmi les nouveaux venus, le directeur de prison Vigneau et le commissaire Mallory sont particulièrement intéressants et bien travaillés.
Le style de Pauline s'affirme, avec des changements de point de vue constants qui rendent l'écriture vive, cinématographique, souvent caméra à l'épaule et je trouve chère Pauline, que vos deux livres feraient des films formidables !
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critiques presse (1)
Elle
01 août 2022
Pauline Clavière maîtrise admirablement son récit, frôlant les tragédies, pour nous offrir un dénouement surprenant et lumineux. Les paradis ne sont définitivement pas perdus.
Lire la critique sur le site : Elle
Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
(Les premières pages du livre)
GOÛTER COMME ON SE SAOULE À LA DISPARITION D’UN MONDE
Youkoub est mort. Ilan a vu la matière couler de sa bouche. Son âme en fuite.
Un grand spasme a soulevé sa poitrine du sol, aimantée par le ciel.
Comme Jésus.
Ilan est allé une seule fois dans une chapelle avec son père quand il était enfant à Damas et se souvient du gigantesque tableau qui l’avait effrayé. La croix avec les clous où ils avaient accroché Dieu. Ils avaient voulu tuer Dieu. Cela, il ne le comprenait pas.

Tout ça vient encombrer un peu plus sa mémoire. Il revoit les yeux de Youkoub chercher le ciel, juste avant de partir. Ses mains qui l’enserrent, racines surgies de son corps déjà terreux. Quand il a levé les paupières, il était trop tard, Youkoub mourait.
Ilan reste devant le cadavre aux muscles tétanisés. Le contour de toutes choses s’évanouit.
Et l’image de son père, de nouveau, danse devant lui. Ce jour-là, il lui a raconté, face au tableau dans la chapelle Saint-Paul de Damas, qu’il existait d’autres religions que la leur. Qu’il devait savoir que certaines personnes ont d’autres croyances, d’autres dieux.

Dans le babillement de la ville, le doux éclat du regard de son père vient le sortir de sa rêverie, s’intensifiant, jusqu’à devenir une lumière vive. Ilan sent son souffle chaud et l’odeur de sa barbe au jasmin. Il entend le bruit des charrettes et les sabots des ânes frappant le sol.

Allez, bouge mon gars, ça sert à rien de regarder ton copain. Il reviendra plus ! rugit un type au visage adipeux, balayant l’espace de sa main droite.

Ilan s’éloigne de la tente et bascule en arrière, heurté par les policiers portant la civière venue enlever le corps de Youkoub.
La poitrine de Youkoub, c’était comme le tableau où l’on voyait le Dieu des chrétiens, dans la même position, avec de grands rayons de lumière qui semblaient le hisser on ne sait où. C’était un tableau avec de jolies couleurs. Le bleu de la nuit surtout.
Après trois tentatives, les types ont finalement réussi à placer le corps sur leur brancard. Il est mal mis. Recroquevillé. Son visage tourné sur le côté et ses yeux même pas fermés.

Les autres les regardent passer. Pas un ne s’émeut. Juste Malek, débarqué de Libye, sur le même bateau que Youkoub. Mais les autres, Somaliens, Érythréens, Égyptiens, ils s’en tapent.

Youkoub est mort. Ça fera une bouche en moins. Il était devenu bruyant la nuit quand il chassait sa came, il lançait des cris déchirants. Pareils à ceux de la prison, quand ils enfermaient les gars au mitard.

Oublier.

Encore un camé ! Pas de doute ! Regarde-moi ces yeux ! Les flics se frayent un chemin entre les tentes, les formes molles et les excréments.

Ça se trouve c’est son copain qui l’a supprimé ? avance le plus jeune. L’a pas l’air serein, il ajoute en regardant une dernière fois Ilan, prostré à quelques mètres.

Penses-tu ! C’est la came ! La meurtrière, c’est toujours la même ici.

Ils enjambent les corps étendus. Rien ne bouge. À une dizaine de mètres un bénévole leur fait signe. Il baisse la tête avant de se lancer dans un laïus, comme quoi depuis la fermeture du centre de premier accueil, ils ne savent plus comment faire. Ces gens affluent toujours plus nombreux et pas assez de tentes, pas assez de nourriture.
Les associations se démènent, mais on ne peut pas faire de miracles, vous comprenez ? interpelle le jeune homme. La mairie nous laisse tomber. La porte de la Chapelle, c’est devenu la nouvelle jungle et personne ne semble s’en préoccuper.
Au début, les dealers distribuent la came gratis aux migrants et une fois qu’ils les tiennent, ils augmentent le tarif. Cinq balles le caillou, c’est pas cher ! Deux mille galériens entassés sur le seul nord-est de la ville ! Ça choque personne ? On va droit dans le mur ! Ces gens ne vont pas s’évaporer. Et il en débarque toujours plus !

Le récit a jeté un froid. Tout le monde sait que le camp ne peut pas être plus mal situé. La cartographie des enfers. La Colline, un genre de place forte de la drogue. Une pente de quelques centaines de mètres édifiée sur une ancienne déchetterie, où les dealers et les camés viennent faire leurs affaires. Évacuée des dizaines de fois, chaque fois reprise.

Au loin, à quelques centaines de mètres, les bénévoles s’affairent. Il est 8 heures et la file s’étire. Ils distribuent du café, du thé, quelques baguettes, de quoi tenir. Rien d’autre. La nuit a été longue. Déjà les premiers camés descendent de la Colline telle une armée en déroute. Ils invectivent les migrants, les bousculent, cherchent le contact, provoquent. Chaque matin c’est la même scène. Si les Égyptiens les laissent passer, les Somaliens les repoussent, les mecs tombent sur le sol comme des fruits gâtés tendant leurs mains décharnées à l’attention des autres, debout dans la file, qui au mieux les ignorent. Et le temps passe ainsi, dans le dix-huitième arrondissement de Paris, sur ce grand terrain vague entre le boulevard Ney et la Colline, la misère mendiant la misère.

Ils ont embarqué Youkoub. Ilan ne le connaissait pas depuis longtemps. Une semaine à peine. Mais il l’aimait bien. Il était paysan en Libye. Touareg aussi. C’est ce qu’il a eu le temps de lui dire. Il avait été enrôlé de force dans l’armée et avait dû s’enfuir après sa désertion.

Ilan attend son tour, comme tous les matins depuis des semaines. Il a vu faire les zombies. Lui aussi, il pourrait devenir une de ces créatures, s’il n’y prend pas garde. Son cerveau marche bien, il est jeune, plus vigilant, mais faut quitter cet endroit maudit. Rester ici, c’est devenir comme eux. Sans même s’en apercevoir.
Partir. Mais pour aller où ? Il faut chercher, demander aux bénévoles, aux gens autour s’ils ont vu un petit vieux chétif à la barbe assez longue et des yeux de félin. Une djellaba vert amande et le sourire, toujours. Un bonnet aussi, trouvé en chemin. Avec lui, un homme plus jeune, grand. C’est Amin, le frère d’Ilan. Des cheveux coupés très court et des yeux aux longs cils, comme lui. Il porte toujours le même T-shirt rouge, celui de l’équipe nationale de Syrie, avec inscrit dessus, en lettres blanches, le nom du capitaine Firas Al-Khatib ! Le roi Firas !
Pour Amin, Firas est un mythe. Une histoire qu’il porte fièrement sur son dos et qui lui rappelle qui il est. Un Syrien. Un battant. Firas a eu le courage d’assumer ses convictions face au régime d’Assad. Il est parti. Comme lui.
Qu’est-ce qu’il a pu lui rebattre les oreilles avec ses histoires de football. Ilan adorait écouter son frère s’emballer. Surtout pendant les longues nuits de marche, et les journées passées planqués. Il riait aussi d’entendre leur père s’exaspérer de la passion d’Amin.
À cet instant, Ilan donnerait n’importe quoi pour voir apparaître, dans la foule entassée sous le pont de l’échangeur A1, le maillot de Firas Al-Khatib. Il le suivrait n’importe où. Où qu’il aille, jusqu’en Turquie ou en Chine. Il se sent prêt à tout recommencer. Les semaines de marche, les pleurs, les reproches, le désespoir. Même la peur. Pourvu qu’il se présente de nouveau devant lui, avec, caché derrière son grand dos de supporter, le sourire de son père.
Ils croyaient avoir débarqué à Calais. C’est ce qu’on leur a dit avant de les disperser dans des centres grillagés dont Ilan s’est échappé. Mais ici, pas de mer, juste la ville et cette marée humaine aussi sombre que les eaux qu’ils ont traversées.
Il a couru longtemps dans la nuit entre les hurlements de la ville et les yeux aveuglants des voitures. Il s’est perdu, loin d’eux. Au matin, on l’a embarqué. On l’a accusé de vol, d’agressions, d’usurpation d’identité. Mais quelle identité ? Il est lui-même, fils de Mohammed Ben Ousa et Lila Ben Ousa, frère d’Amin Ben Ousa et de ses sœurs, disparues. Elles sont en Turquie avec leur tante. Avant de quitter la Syrie, ils ont voulu les retrouver puis, il a fallu changer de plan. On a changé leurs plans.
Il est midi. Il fait chaud. Il a dû renoncer à la file pour la nourriture. Plus rien, ils ont dit. « Reviens demain. » Ilan s’est assis, attend. Pense à eux. À sa soif. Il sent ses pieds se dérober, comme avant, quand il était là-bas.
La prison est en lui, se nourrit de sa peur, s’épanouit à son contact, dans ce décor métallique, presque le même, comme une répétition.
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Cette odeur, elle la reconnaîtrait entre mille. Ce mélange de poubelles des restaurants à deux sous et de pots d’échappement. Place Clichy. Toujours la même. Un capharnaüm de klaxons, d’insultes, de freins qui grincent, de piétons qui se heurtent avec, au centre, la station du métro d’où l’on sort comme projeté dans une arène. Un élan, avant de piler net devant le feu passé au vert. Rien n’a changé.
Le cinéma, le boulevard des Batignolles qui file tout droit, ses arbres feuillus, la promesse d’une promenade avec, au bout, un peu de paix sous l’intimité bourgeoise du parc Monceau. La place Clichy est toujours apparue à Laure comme un sas, une douane, une frontière entre deux mondes. Le dix-huitième arrondissement finissant, la naissance du dix-septième. Un carrefour plus qu’une place. Un hall. On ne s’y arrête pas, on transite.
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Laure avait 17 ans quand son père découvrit qu’elle était une enfant illégitime. Une bâtarde. C’était d’elle qu’il parlait. Elle qu’il avait élevée, aimée jusqu’à l’adoration. C’est ce qu’elle pensait. Mais le cœur des hommes recèle des mystères qui les conduisent parfois à l’irréparable. Le père de Laure joua sa tragédie avec plus de ferveur que de raison et les condamna tous les trois. Son ego ayant embrassé l’éternité, le roi mourut, comme il l’avait annoncé, sans jamais revoir la bâtarde. Fin de l’histoire.
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Faut que je me sorte de là. Le sang circule de nouveau dans mes jambes. Je tente de retrouver mes médocs, dans la poche intérieure de ma veste. Calme-toi Max. Respire. Je sens mes vertèbres qui se décollent une à une et la foule autour qui se presse. L’air brasse des odeurs contraires. Une alarme, un sifflet régulier, automatique, retentit. Les portes s’ouvrent avec fracas. La foule se précipite et les voilà partis, gobés par la Bête.
Une inspiration, profonde. Cinq secondes. Expiration.
 
Eh, t’as pas un pétard mon frère ?
Le faux caïd, encore. Je prends de l’élan en me balançant du fond du siège. Un vertige. Je tente de mettre un pied devant l’autre. Méthodiquement. Dans le paquet abîmé, je retrouve un cachet que je gobe sec. Saleté d’effets secondaires. Des semaines que ça dure. Je n’aurais pas dû arrêter si vite. Ils le disent sur la boîte : voir un médecin. Mais pas le temps. Pas envie. Faut juste tout couper.
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Le spectacle est usé, déjà vu cent fois, pourtant, il laisse le spectateur le cœur lourd d’autre chose. L’esprit enlacé par une mélancolie oppressante. Tandis que la ville au-dehors s’agite avec frénésie, que les gens vivent et courent, l’Ennui vous saisit à la gorge. Plusieurs fois, je me suis laissé prendre. Goûter, comme on se saoule, à la disparition d’un monde.
Montmartre me fait cet effet. Les touristes y viennent du monde entier admirer le Sacré-Cœur, regarder les peintres esquisser les mauvaises caricatures qui les laissent au soir les poches pleines et l’âme abîmée. Ceux qui sont restés savent que leur règne est révolu. Qu’ils sont les pantins aux costumes froissés d’une époque morte depuis longtemps. Ils jouent cette triste farce pour les guides, les photos, les fantasmes d’humains en manque de rêves.
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À l'occasion de la parution de son roman "Les Paradis gagnés" (Grasset), Pauline Clavière s'est confiée sur ses habitudes de lecture et d'écriture.
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