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Critique de Trollibi


Trollibi
  14 novembre 2021
En 2045, dans un monde qui s'est pratiquement effondré (misère, pénurie de carburant, exode vers des villes surpeuplées, pollution, violence…), la seule solution que l'humanité ait trouvé pour s'évader, c'est l'OASIS : une réalité virtuelle aux possibilités et aux mondes infinis, conçue par un programmateur de génie, James Halliday. Sous les traits d'un avatar et gratuitement, chacun peut choisir de devenir quelqu'un d'autre, aller à l'école, avoir un métier, poursuivre des quêtes… le jour où James Halliday meurt, il lance une quête inédite dans son testament virtuel : celui ou celle qui découvrira l'oeuf dissimulé quelque part dans l'immensité qu'est OASIS héritera de toute sa fortune et prendra le contrôle du monde virtuel. Pour cela, il faut trouver trois clés qui ouvrent trois portails. Wade Owen Watts, alias Parzival est orphelin, il vit avec sa tante dans une caravane surpeuplée, au sein d'une pile de caravanes parmi d'autres piles. Sans hésiter et pour fuir sa vie misérable, il devient « chassoeuf » : sans relâche, il cherche à résoudre la première énigme qui le conduira à la première clé. Sa vie va basculer le jour où il arrive au bout de cinq ans…

J'ai été totalement captivée par « Ready Player One » ! L'intrigue est incroyablement dynamique, rythmée, addictive. Impossible de décrocher ! Je me suis retrouvée plongée dans la « quête de l'oeuf de Pâques d'Halliday » comme si je la suivais moi-même au travers des yeux de Wade et on s'attache d'ailleurs très vite à Wade/Parzival et à ses amis virtuel Aech et Art3mis. Peut-être ai-je pu réellement m'immerger dans cette ambiance un peu particulière parce que, à une époque pas si lointaine que ça, j'ai moi-même pas mal joué à un célèbre jeu en ligne (que les initiés repèreront aisément dans le nom du personnage principal). L'univers du roman, du jeu, de la quête constituent un véritable monument à la culture geek, à la musique, aux films des années 80, à l'univers des gamers, des consoles de jeux et des tout premiers ordinateurs. Ernest Cline maîtrise à la perfection son sujet et, bien que j'avoue avoir pas mal de lacunes de ce côté-là, cela n'a absolument pas été un frein à ma lecture.

On pourrait s'arrêter sur cette lecture de surface, Ready Player One » serait alors un très bon roman mêlant aventure et science-fiction dans un univers de gamers. Mais au-delà de l'aspect divertissant, Ernest Cline nous propose un roman d'anticipation sur les dérives de la réalité virtuelle.

« Depuis quelques mois, j'avais fini par ne voir en ce dispositif que ce qu'il était : un gadget destiné à tromper mes sens pour me permettre de vivre dans un monde qui n'existait pas. Chaque composant n'était autre qu'un barreau de la cellule dans laquelle je m'étais enfermé de mon plein gré.
Alors que je me tenais là, sous les néons sinistres de mon minuscule studio, je ne pouvais ignorer la vérité. Dans la vraie vie, je n'étais qu'un ermite asocial, un reclus, un geek au teint pâle obsédé par la culture pop, un agoraphobe qui vivait confiné, sans véritable amis, famille ni autre relation humaine authentique. Je n'étais qu'une de ces âmes tristes, perdues et solitaires qui gâchaient leur vie en la consacrant à un vulgaire jeu vidéo.
Mais pas dans l'OASIS. Là-bas, j'étais le grand Parzival, chassoeuf célèbre dans le monde entier. (…) J'étais devenu une légende. Non, un dieu. » (p.224)

Qui n'a jamais eu envie de se plonger dans une réalité différente, plus merveilleuse, plus fantastique pour fuir le réel bien trop triste ou s'évader un instant ? D'être quelqu'un d'autre, avec des pouvoirs exceptionnels ? C'est grisant ! On tisse même des liens avec d'autres joueurs sans savoir qui se cache derrière l'avatar. Et parfois, on en oublie même qu'on a une vie réelle à côté du jeu… Se pose alors la question de savoir où se situe la frontière, si ténue parfois, entre le réel et le virtuel. Comment poser des limites pour ne pas basculer totalement d'un côté et vivre hors de la réalité ? Quand les deux sont étroitement liés, comment faire la part des choses ? Et quand, en plus, à la clé d'une quête virtuelle, vous pouvez devenir réellement richissime, cela paraît totalement impossible… Dans notre monde actuel où l'on parle d'effondrement et d'urgence sociale et climatique, où le virtuel prend de plus en plus de place dans nos vies, où toutes les communications sont devenues numériques, où le télétravail prend de plus en plus de place, où nous avons accès de manière presque illimitée à l'information tout en étant pourtant totalement désinformés, où nous sommes en quelques clics directement connecté au monde entier, où nous avons beaucoup de contacts en ligne et parfois si peu de temps pour partager de vrais moments avec nos familles et nos amis, comment ne pas se dire que nous nous dirigeons tout doucement vers un monde comme celui dans lequel vit Wade ? Il y a matière à réfléchir…

Je compte bien poursuivre l'aventure en regardant le film, juste pour me replonger encore un peu dans l'univers créé avec brio par Ernest Cline tout en méditant cette citation : « Aussi terrifiante et pénible que soit la réalité, c'est aussi le seul endroit où l'on puisse trouver le bonheur, car la réalité est réelle » (p.396)
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