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Critique de Ledraveur


Ledraveur
  06 mai 2020
Ce petit livre est sobre en son volume, mais dense dans son contenu et sa portée en profondeur ; il est constitué de deux parties bien différentes ; l'originelle de 1996 traitant d'une hypothèse sur “l'art paléolithique”, suivie d'un ajout de 2001 d'une disputation polémique.
J.Clottes et D. Lewis-Williams nous proposent une perspective culturelle de l'origine de l'humanité, de « l'Homme moderne », dans un faisceau d'indices cohérents, structurés et multimillénaires, mais encore vivants, et une cosmologie en relation avec les flux internes du système nerveux humain. Ainsi la “grotte”** est le lieu de la représentation symbolique du “voyage intérieur” vers l'univers des états de consciences modifiés donnant accès à une “révélation” ou une “connaissance multidimensionnelle” peu accessible en état de veille du quotidien pragmatique avec ses contraintes.
Cet ouvrage nous parle d'une “vision” où l'Humain développe une perception non séparée de ce qui l'entoure, un flux en mouvement dans lequel il est immergé*.
« Contrairement à une opinion répandue, il nous est plus facile de connaître les expériences religieuses des gens du Paléolithique supérieur que de nombreux autres aspects de leur vie. » (p. 14)
Envisagés donc dans une perspective neuropsychologique d'expériences de la conscience, ces “ancêtres” du Paléolithique supérieur nous apparaissent finalement très proches, du moins si l'on fait l'effort de revenir à l'essentiel de notre humanité en nous, en nous dépouillant de tout le superflu du bagage de névroses encombrants de nos sociétés urbaines contemporaines, ce qui pour certaines personnes aujourd'hui est peut-être devenu inaccessible !?
Quoi qu'il en soit, cet essai nous renvoie à notre cosmologie intérieure : « explorer le cosmos, c'est aussi explorer les univers spirituels » (p. 31)
Car il n'y a jamais eu « d'homme des cavernes », ce mythe péjoratif est né de notre civilisation d'orgueil ! Ces lieux étaient des “lieux privilégiés” au même titre que les “temples” et autres “églises/cathédrales” plus proche historiquement de nos époques, mais de même sens.
« Nous disons simplement qu'à cette époque et dans ces régions, les humains se sont mis à faire un usage délibéré de leur continuum commun d'états de conscience altérée. Grâce à cette exploitation, certains purent se prévaloir de connaissances et de dons spéciaux qui leur assuraient sans doute distinction et statut supérieur. Lorsque la société telle que nous la connaissons a pris naissance, une façon de concevoir la “réalité” et un certain cadre ont vu le jour. Ce cadre a en partie survécu au déclin du chamanisme dans certaines parties du monde. Finalement, il a imprimé sa marque à ce que l'on appelle les « grandes religions ». Elles postulent toujours un monde inférieur et un monde supérieur, des visions les concernant et des personnages extraordinaires qui, de façon symbolique ou réelle, se déplacent entre ces mondes. Nous n'avons pas échappé aux concepts du Paléolithique supérieur. »
(p. 133)
De l'Aurignacien de Chauvet ou de la Grotte de Baume-Latrone, en passant par le Gravettien de Pech Merle et Cosquer, au Magdalénien de Niaux, Lascaux, Grotte d'Altamira, les sociétés de “chasseurs-collecteurs” et de « l'art des cavernes et des abris » (ou art pariétal paléolithique) qui couvre toute l'Europe, de l'Andalousie à l'Oural, nous devons essayer d'appréhender que celui-ci s'est développé au moins pendant vingt-cinq mille ans, soit plus de douze fois la durée du christianisme ! Les maillons de cette chaîne qui couvre des distances et des périodes aussi considérables, sont relativement peu nombreux. On connaît actuellement environ trois cent cinquante sites. Cela correspond à un seul site pour trois ou quatre générations à l'échelle de l'Europe. Il est évident, pour que les traditions puissent se transmettre, que le nombre réel devait être largement supérieur : il a dû y avoir des milliers de sites, qui ne se sont pas conservés ou n'ont pas été découverts. Ces “ancêtres chasseurs-collecteurs”, nos ancêtres, représentaient une réelle « civilisation », dont nous avons hérité, et que nous avons bien maltraitée, nous les descendants, dans notre arrogance incommensurable envers les populations qui les représentent encore malgré tous les génocides invraisemblables !
“La sagesse ne peut pas entrer dans un esprit méchant, et science sans conscience n'est que ruine de l'âme.” extrait de « Pantagruel » Rabelais - 1532
Ceci nous introduit donc à la seconde partie de cet essai, où effectivement il nous est rendu compte de disputations de la part de ceux qui nous semblent être, au-delà de notre propre “ignorance” du sujet, des chiffonniers âpres sur leur propre “territoire d'ignorance” !
APRÈS LES CHAMANES, POLÉMIQUE ET RÉPONSES
RÉACTIONS IRRATIONNELLES
Parmi les réactions à notre ouvrage, trois types d'attitudes peu compatibles avec une saine méthode d'analyse scientifique se distinguent :
— ignorer délibérément les solutions proposées ;
— utiliser l'indignation, les sarcasmes, voire les insultes ;
— dénaturer et caricaturer les idées exprimées.
(p. 154)
« Mais dans tous les cas, c'est par rapport à l'oeuvre de Leroi-Gourhan que chacun a été contraint de se situer » (Demoule, 1997).
Ces affirmations sont stupéfiantes, car le registre choisi, et même le vocabulaire, n'est plus celui de la science, mais celui de la religion ! Leroi-Gourhan est présenté comme le fondateur d'une secte — ou d'une foi nouvelle. Les trois voies citées, présentées comme les seules possibles, sont celles :
— des “disciples”, révérencieux à l'égard du maître ;
— des exégètes, pères de l'Église et autres théologiens qui précisent la doctrine ;
— enfin, des hérétiques qui la récusent.
Il n'est pas étonnant, après cela, que ceux qui sont perçus comme faisant partie de ces derniers soient traités avec tant de virulence et de passion. Dans ce cas, le réflexe du conservatisme joue vis-à-vis de toutes les atteintes, fussent-elles imaginaires, à la doctrine établie une fois pour toutes.
(p. 174)

Ainsi nous devons bien nous résoudre et considérer que le fanatisme sectaire est une tare qui afflige décidément tous les milieux, sans exception !
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*Lorsque j'ai commencé à lire les récits écrits de la tradition navajo et d'autres traditions amérindiennes, j'ai eu le plus grand mal à reconnaître parmi les personnages ceux qui étaient physiquement et essentiellement humains et ceux qui ne l'étaient pas. Peu à peu, cependant, je me suis rendu compte que la distinction ne devait pas nécessairement être faite selon des critères propres à notre mode de pensée occidental. La relation entre l'humain et le non-humain dans les narrations navajos est bien vue par Luckert, qui introduit le terme de « flux préhumain » et explique comment il doit être compris. Cette expression, écrit-il, « se réfère à la parenté originelle de l'homme et de toutes les créatures du monde vivant, et au lien qui existe entre tous les êtres animés ». Dans le monde malléable « des temps mythiques préhumains, tous les êtres vivants existaient en état de flux, avec des formes extérieures interchangeables ». le monde des créatures animées comprenait « tout ce qui se déplace dans l'air et dans le ciel, sur la terre, sous la terre et dans la mer ». Même les dieux faisaient partie de ce monde et de sa population bigarrée d'êtres vivants n'ayant pas encore de forme stable.
(https://www.babelio.com/livres/Zolbrod-Le-livre-des-Indiens-Navajos/476954#critiques)

p. 450 ; note 19.
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Films/documentaires en référence au sujet abordé à voir :
— « Les enfants de Cro-Magnon » © 2019 - Jean Clottes (Conservateur du Patrimoine), Marc Groenen (professeur de préhistoire), Olga Spaey (histotienne de l'art/archéologue), Hubert Reeves (astrophysicien), Catherine Schwab (Conservatrice du Patrimoine)
— « Quand Homo sapiens, faisait son cinéma » © 2015 - Marc Azéma
— « La grotte des rêves perdus » © 2010 - Jean Clottes, J.-M. Geneste, Norbert Aujoulat, Valérie Feruglio, Marc Azéma ...
— «  Grands maîtres de la préhistoire » “Le génie magdalénien” © 2009 - Jean-Michel Geneste
— « Hommes et Dieux des Cavernes » “Messages de l'ère glaciaire” © 2008 - Jean Clottes, Norbert Aujoulat, Michel Lorblanchet, Gerhard Bosinski
— « Lascaux, le ciel des premiers hommes » © 2007 Chantal Jègues-Wolkiewiez
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** livre en forme de compte rendu scientifique à consulter sur les effets d'une claustration volontaire en grotte ...
« Hors du temps » ; Michel Siffre - éditions René Julliard © 1963
//www.babelio.com/livres/Siffre-Hors-du-temps/865596/critiques/1170359
Lien : http://www.versautrechose.fr/
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