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ISBN : 2234076862
Éditeur : Stock (21/08/2019)

Note moyenne : 2.82/5 (sur 17 notes)
Résumé :
Longtemps, je ne sus quasiment rien de Paol hormis ces quelques bribes arrachées.

« Sous le régime de Vichy, une lettre de dénonciation aura suffi. Début septembre 1943, Paol, un ex-officier colonial, est arrêté par la Gestapo dans un village du Finistère. Motif : “inconnu”. Il sera conduit à la prison de Brest, incarcéré avec les “terroristes”, interrogé. Puis ce sera l’engrenage des camps nazis, en France et en Allemagne. Rien ne pourra l’en faire r... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
hcdahlem
  26 août 2019
Sur les pas de Paol
En creusant l'histoire familiale, celle de son père et surtout celle de son grand-père, Jean-Luc Coatalem nous offre son roman le plus personnel, mais revient aussi sur les conflits du siècle écoulé.
Commençons par dire quelques mots du titre du nouveau roman de Jean-Luc Coatalem. Dans La part du fils, il est en effet question d'un fils, le narrateur derrière lequel l'auteur ne se cache nullement, cherchant à découvrir qui était vraiment Pierre, son taiseux de père. Mais le récit va au-delà de cette génération et s'attarde encore davantage sur la part de Paol, le grand-père. D'où le titre de cette chronique et les premières pages, qui nous livrent en guise d'introduction, les éléments biographiques connus: «Paol est né en 1894, à Brest. Il vient d'une famille finistérienne où les hommes sont généralement employés à l'Arsenal, la base militaire et navale. Il a fait la Première Guerre. Il a épousé Jeanne. Trois enfants, Lucie, Ronan et Pierre, mon père. Officier de réserve, il a été muté en Indochine, dont il est rentré en 1930. Dans le civil, il a travaillé ensuite pour une imprimerie et dans une entreprise de construction. Puis, comme la plupart des Français, il a été mobilisé de nouveau, en 1939, au grade de lieutenant. Je ne l'ai pas connu. Parti trop tôt, trop vite, comme si le destin l'avait pressé. Mais il nous reste sa Bretagne à lui qui est devenue la nôtre.»
C'est à partir de ces indices que la quête va pouvoir commencer et nous réserver, comme dans les meilleurs romans policiers, quelques fausses pistes et quelques avancées remarquables, accompagnées d'émotions à intensité variable. Car remuer le passé n'est pas sans risques, d'autant que la vérité peut se cacher derrière bien des non-dits ou être à géométrie variable. Alors ne vaut-il pas mieux se taire?
C'est le choix qu'a fait Pierre: «Tout juste nous aura-t-il lâché un peu de son enfance saccagée, la morsure des dimanches pensionnaires, la veilleuse bleue des dortoirs au-dessus des cauchemars, l'odeur humide des préaux, cette dévastation initiale que le temps n'entama pas. Il lui avait fallu être ce fils courageux qui dut porter le poids de l'absence sur ses épaules, grandir quand même, et que les heures de la Libération ne libéreront pas, creusé par ce gouffre, au final le constituant, sans soupçonner que sa souffrance serait un jour, pour moi, son ainé, un appel.»
Après les bribes d'informations soutirées presque contre son gré à ce père, il faut élargir le champ des recherches, se rendre aux archives, chercher dans les dossiers, recouper des informations souvent parcellaires. Et quelquefois se contenter de l'histoire des autres, compagnons de régiment, de tranchée ou de captivité, qui ont cheminé aux côtés de Paol.
Jean-Luc Coatalem a compris que cette communauté de destin soude les hommes et que tous ceux qui se sortent de conflits aussi meurtriers que le fut la Grande Guerre se forgent une «opinion sur la peur, la mort, et entre les deux, ce qu'est la viande humaine sous un déluge de fer ou dans les volutes de l'ypérite.» Avant d'ajouter, fataliste: «Une histoire banale de soldat français. Paol n'a que vingt-cinq ans, Paol a déjà mille ans.» Et passer d'une guerre à l'autre, dont il ne reviendra pas.
Si j'ai beaucoup aimé suivre le voyage qu'effectue l'auteur sur les pas de ses aînés, c'est parce qu'il ne nous cache rien de ses tâtonnements, de ses doutes, de ses interrogations, obligé de concéder que «plus les choses se ramifiaient, plus elles se complexifiaient. Un témoignage venait en contredire un autre, les dates ne se recoupaient plus, il manquait des pièces et des interactions. Tout aurait-il été embrouillé? A qui s'adresser? Il aura beau faire, aller jusqu'à Buchenwald et Bergen-Belsen, le puzzle restera incomplet.
Mais ici ce n'est pas la résolution de l'énigme qui compte, c'est le chemin emprunté. Cette tentative de ramener à la lumière le destin d'un homme oublié, de «tenter de nouer ce dialogue singulier avec lui». Ce beau roman – plein de fureur et de pudeur – y parvient avec talent.

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sylvaine
  15 août 2019
La part du fils Jean-Luc Coatalem Stock. Août 2019
#LaPartDuFils #NetGalleyFrance
"Dans ce pays de vents et de landes, on ne parle pas du malheur. Des années après, j'irai, moi, à la recherche de cet homme qui fut mon grand-père. Comme à sa rencontre. Et ce que je ne trouverai pas, de la bouche des derniers témoins ou dans les registres des archives, je l'inventerai. Pour qu'il revive. "
Presqu'île de Crozon, en face de Brest, juillet 1943 un homme est arrêté par la Gestapo. Cet Homme c'est Paol Coatalem, le grand-père de Jean-Luc. Il ne reviendra pas.
Le silence fait le deuil ou le deuil est fait de silence, une seule chose est sure le choc a été brutal, Pierre le fils de Paol et le père de Jean-Luc s'est muré dans le silence.
Jean-Luc veut savoir, comprendre le pourquoi, le comment, qui était cet homme dont il descend. le chemin sera long quasi obsessionnel, la route le mènera des côtes bretonnes à Compiègne puis en Allemagne ... Une route douloureuse mais indispensable à celui qui veut savoir. Connaitre mieux ce grand-père trop tôt disparu n'est-ce pas à la fois lui rendre la place qu'il n'a jamais cessé d'occuper et en même temps apprendre qui l'on est d'où l'on vient ?
Un texte fort et émouvant. Mêlant faits avérés et fiction Jean-Luc Coatalem retrace la vie de ces nombreux hommes et femmes qui, un jour , ont pris ces trains pour nulle part.
Merci aux éditions Stock pour ce partage.
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thepretender
  14 septembre 2019
Voilà un livre comme je les aime, pudique et frémissant, profond et sans afféterie.
Breton, fils, neveu et petit-fils de militaires reconvertis dans le civil, l'auteur n'a jamais entendu parler de son grand-père Paol. Ni son père Pierre, un Finistérien taiseux, ni sa grand-mère Jeanne, n'ont jamais accepté de lui raconter les circonstances de l'arrestation de Paol, un jour de 1943, par les SS.
Remonter le fil du temps pour comprendre ce que furent les derniers moments de la vie son grand-père, c'est en même temps tenter de découvrir qui est réellement son père, lequel s'est toujours refusé à mener la quête par lui-même. C'est aussi découvrir pourquoi son oncle Ronan a choisi une existence d'aventures à la limite de la légalité, membre des Forces Françaises Libres devenu légionnaire, puis sympathisant actif de l'OAS. Les deux frères se sont éloignés l'un de l'autre, condamnés volontairement au silence, portant le poids douloureux de l'absence paternelle.
4ème de couv.
« Longtemps, je ne sus quasiment rien de Paol hormis ces quelques bribes arrachées. Sous le régime de Vichy, une lettre de dénonciation aura suffi. Début septembre 1943, Paol, un ex-officier colonial, est arrêté par la Gestapo dans un village du Finistère. Motif : “inconnu”. Il sera conduit à la prison de Brest, incarcéré avec les “terroristes”, interrogé. Puis ce sera l'engrenage des camps nazis, en France et en Allemagne. Rien ne pourra l'en faire revenir. Un silence pèsera longtemps sur la famille. Dans ce pays de vents et de landes, on ne parle pas du malheur. Des années après, j'irai, moi, à la recherche de cet homme qui fut mon grand-père. Comme à sa rencontre. Et ce que je ne trouverai pas, de la bouche des derniers témoins ou dans les registres des archives, je l'inventerai. Pour qu'il revive. »
On revient toujours vers ses racines. Nombreux sont ceux qui refusent de connaître ceux qui les ont précédés et dont pourtant ils sont issus. On ne veut pas savoir, on préfère oublier, enterrer une seconde fois. le silence est une malédiction dont les descendants font les frais. Car il arrive fréquemment qu'une plaie familiale finisse par faire béance une ou deux générations plus tard.
Le chemin qui conduit l'auteur depuis le Finistère jusqu'au camp de concentration Dora, c'est celui qui autorise son grand-père Paol à advenir vraiment, à reprendre sa place dans la lignée, à le laisser reposer en paix grâce à une pierre rapportée d'Allemagne et déposée comme témoignage sur le Menez-Hom qu'il affectionnait.
Paol, c'est un homme du dix-neuvième siècle, droit et fidèle à ses idéaux ; il traverse la tragédie des tranchées, fonde une famille à Brest puis part quelques années en Indochine, y gagnant plus d'argent que s'il était resté en France. C'est une quête obstinée que mène son petit-fils un siècle plus tard, quasi obsessionnelle ; cela a le don d'agacer son père, renvoyé malgré lui à son propre déni par l'entêtement de son fils qui veut, coûte que coûte, connaître la vérité. le parcours de Paol vers son agonie passe par Compiègne, avant de filer outre-Rhin, dans ce camp inhumain où le fameux V2 était construit. Jean-Luc Coatalem nous rappelle à l'occasion que le V2, fusée de 13 tonnes qui avait pour objectif d'emporter une charge explosive de 800 kg à une distance de 300 kilomètres, a préfiguré les recherches de la NASA et la conquête de l'espace par les Américains, peu regardant quant aux scientifiques nazis accueillis dans leurs rangs après la 2nde guerre mondiale.
Afin de densifier et aérer son travail austère d'enquête, avec ses avancées et ses culs-de-sac, Jean-Luc Coatalem mêle habilement des instants de fiction à la recherche de ses origines ; il imagine ce qu'a pu être la vie de son grand-père, de son père et de son oncle ; il la recrée parfois : que serait-il advenu si, au lieu de rentrer en France après son séjour indochinois, il avait préféré faire venir femme et enfants auprès de lui ? Sa destinée aurait sans doute été moins cruelle, même après la décolonisation de la péninsule. Il aurait peut-être perdu de l'argent, mais aurait vu grandir ses enfants et petits-enfants.
J'ai vraiment beaucoup aimé ce livre. Jean-Luc Coatalem nous délivre sans pathos inutile ses questionnements, ses peurs, ses tâtonnements. Avec énormément de pudeur et d'amour, il retrace une de ces destinées parmi des millions d'autres, qui prirent un jour le train de l'inhumanité et n'en revinrent jamais. Paol, qui avait déjà connu les affres terrifiantes de la 1ère guerre mondiale, a « simplement » été salement et lâchement dénoncé par un Alsacien qu'il avait licencié, trouvant son comportement pire que celui des Allemands.
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Killing79
  09 septembre 2019
J'ai eu la chance de côtoyer Jean-Luc Coatalem lors de ma participation au jury du Prix Orange du Livre 2019. C'est un homme accessible et drôle avec qui j'ai eu plaisir à échanger. Alors, lorsque j'ai vu son nom apparaître dans les prévisions de la rentrée littéraire, je me suis dit que j'allais pouvoir rencontrer l'écrivain.
Pour son nouvel opus, il se penche sur le destin de son grand-père. Celui-ci a vu sa vie déroutée par un acte de dénonciation lors de la seconde guerre mondiale. Même s'il ne l'a pas connu, l'auteur ressent une envie viscérale de connaître la vérité sur son aïeul. Il se lance alors dans une enquête. Face au silence de sa famille et au manque d'informations à sa disposition, il va devoir voyager et creuser les archives afin de réunir les pièces du puzzle. Dans le sillage de son investigation, il va aussi récolter des éléments sur le destin de son père et son oncle. Il va ainsi pouvoir reconstituer la toile complète de son héritage familial.
Autant prévenir, ce texte n'est pas destiné à tout le monde, tant la plume est exigeante et le vocabulaire érudit. Je vous conseille donc de le lire au calme pour appréhender au mieux la beauté du verbe. La construction est complexe et on s'égare parfois, mais le talent de l'auteur reprend toujours les rênes.
On sent bien que cette quête est importante aux yeux de Jean-Luc Coatalem et qu'il y a mis beaucoup de lui-même. Même si je pense que ce genre de texte personnel sert plus l'auteur que le lecteur, j'ai pris un réel plaisir à découvrir cette belle écriture au service d'une histoire familiale tourmentée et romanesque. Je suis ravi d'avoir enfin mis une plume sur un visage et je partirai dorénavant à la recherche de ces autres écrits, pour voir ce qu'il est capable de faire avec d'autres sujets.
Lien : http://leslivresdek79.com/20..
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Squirelito
  03 septembre 2019
« C'est un petit pas pour l'homme, un pas de géant pour l'humanité ». 21 juillet 1969
L'humanité… versus l'inhumanité.
De 1943 à 1945, seront fabriqués les V2, des missiles qui devaient révolutionner la guerre et dont l'armée nazie avait grand besoin. L'un des principaux ingénieurs développe un programme et la fabrication est effectuée par des déportés dans l'enfer impitoyable de Dora, des conditions de vie qui feront des V2 une arme plus destructrice par leur fabrication que par leur utilisation. L'un des ingénieurs responsables de ce programme létal s'appelle Wernher von Braun. Après s'être rendu aux alliés en mai 1945, il s'envole aux Etats-Unis quelques mois plus tard, et, devient l'un des pionniers de la conquête spatiale américaine, il sera, d'ailleurs, naturalisé en 1955. L'un des pères du 21 juillet 1969 est un nazi notoire, responsable de centaines de morts au camp de Dora.
Dora, d'comme Dora. Là, où a été déporté Paol, le grand-père de Jean-Luc Coatalem qui livre sa part dans un récit déchirant, mais également cathartique, sur cet aïeul disparu trop tôt dans le camp de Bergen-Belsen le 12 mai 1944.
Kergat. L'océan et son infini. L'immensité et ses espoirs. Mais aussi les vents contraires, les vents mauvais venus d'Est et qui vont souffler sur l'Europe dans les années 30 pour se transformer en une tornade destructrice quelques années plus tard ; une noirceur totale avec une grande faucheuse n'ayant aucune pitié pour le commun des mortels… et agitée par des mortels.
Au sein de cette géhenne belliqueuse, l'horreur va supplanter l'horreur avec son lot de crimes, de tortures… et de délations, délations qui arpentent les places, les rues, les ruelles… par vengeance, par jalousie. Paol en sera une victime en ce 1er septembre 1943, emmené sans ménagement par la Gestapo. de Brest, il passe à Compiègne, puis le 20 octobre, affaibli par les privations, les interrogatoires, les coups et autres maltraitances, c'est le départ vers l'Hadès final : Buchenwald, Dora, Bergen-Belsen.
Disparition. Silence. Silence de mort. Deuil inachevé…
Un récit romancé mais qui relate la pérégrination d'un petit-fils pour retrouver une trace de son grand-père dans le dédale de la deuxième guerre mondiale. Un grand-père qu'il n'a jamais connu et même peu entendu parler, son père s'étant enfermé dans le silence du souvenir.
Qui était Paol, né en 1894 ? Un combattant, un homme qui ne reculait devant rien. Il a connu quatre ans de guerre dans les tranchées, le corps à corps, la faim ; se battre dans la boue entouré de rats et de cadavres, parfois ceux de ses compagnons les plus proches. Puis, l'Indochine où il aurait peut-être mieux valu rester même si « le pays ne lui appartenait pas » et enfin le retour en Bretagne où il coulait des jours plus tranquilles en travaillant dans le civil même si la vie l'avait déjà fouetté en lui prenant un de ses enfants. Il restait ses deux fils mais l'un partira en Angleterre combattre et mènera une vie assourdissante, tant, que l'on pourrait croire en un personnage de roman. Et pourtant.
Et puis, il y a le dernier, Pierre qui grandira sans son père, seul avec sa mère Jeanne. Parce qu'il y a cette délation qui va conduire Paol dans un tourbillon mortuaire…
Face à cette tragédie universelle, mais également personnelle pour l'auteur, la narration cogne à chaque mot. Des phrases brèves, certaines elliptiques pour mieux signifier l'absence ou le désastre du parcours du déporté. le train de la déportation où déjà il faut résister, lutter contre le néant qui frappe mais un néant qui fait mal, qui serre, oppresse, humilie. Puis les camps, avec leurs administrations, leurs règlements, leurs cerbères avec tout le raffinement de la torture, des sévices, des crimes indéfinissables… Et le camp de Dora… là où « la conquête spatiale a commencé » selon la phrase de Robert Carrière, rescapé de ce camp créé en 1943 pour la fabrication des V2. Une galerie minière creusée par les déportés pour cacher la production des missiles et qui a été l'une des machines infernales du III° Reich broyant des milliers de vie.
En alternance, le lecteur découvre quelques passages plus légers sur les années asiatiques du grand-père mais aussi du père et du petit-fils. Une chevauchée lointaine comme des respirations nécessaires, celles qu'offrent les grands espaces, les territoires lointains et la référence surprise à Henry Jean-Marie Levet… comme une carte postale lancée depuis Bénarès…
La suite de l'histoire, on ne peut la raconter car elle se lit directement ; elle se lit pour comprendre combien le journaliste a eu envie d'en savoir plus sur cet inconnu dont les gènes sont en lui, pour comprendre le gigantesque travail de recherches effectué, pour comprendre les périodes de trouble, d'effarement mais aussi de retrouvailles par les archives et les mots posés sur des feuilles de papier. Réaliser également que Paol n'était pas seul, des milliers d'humains ont subi le même sort. Au nom d'une idéologie sans nom.
Depuis un crépuscule Jean-Luc Coatalem a semé vers l'aube des lumières des petits cailloux pour retrouver la trace de celui qui est « mort pour la France », pour colmater une douleur qui paraissait inénarrable, pour tendre la main vers l'invisible. Peut-être également pour colmater la souffrance de l'âme et quoi de mieux que la psyché de l'écrit. Parce qu'elle libère, parce qu'elle se partage. Et semer cette mémoire qui ne doit pas s'effacer et même être marquée, comme une pierre de Dora déposée sur la montagne de Menez-Hom…

Lien : https://squirelito.blogspot...
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critiques presse (3)
Liberation   19 septembre 2019
Coatalem dit avoir voulu redonner «sa dimension humaine» à son grand-père, c’est tout le contraire, plus il essaie de le décrire, plus le personnage s’échappe. Reste la magie de l’écriture qui agit comme un long lamento pour vous déposer, exsangue, sur la grève.
Lire la critique sur le site : Liberation
LeFigaro   05 septembre 2019
Dans son dernier ouvrage, Jean-Luc Coatalem chante comme personne l’héroïsme discret, la peine des hommes et la Bretagne.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LaCroix   30 août 2019
Dans ce texte magnifique dont on voudrait retenir chaque phrase, Jean-Luc Coatalem dénoue une histoire familiale ancrée en Bretagne et en Indochine, marquée par la disparition d’un grand-père mort en déportation.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
Jean-DanielJean-Daniel   17 septembre 2019
Longtemps, je ne sus quasiment rien de Paol hormis ces quelques bribes arrachées. Elles menaient toutes au gouffre de l’Allemagne nazie. Pareils à ces mandarins subalternes de la Chine ancienne, qui ne devaient pas souiller de leurs lèvres le nom illustre de l’empereur, nous laissions du vide entre nos mots dès qu’il s’agissait de lui. Certains paysages et ce prénom feraient défaut ; il y avait des trous dans nos cartes géographiques, dans les itinéraires, les faits. La douleur n’était jamais sujet.
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ArthoreArthore   08 septembre 2019
La vérité d'un homme peut être aussi sa souffrance. Mais même si elle était insoluble, insécable, jamais partagée, elle pesait sur moi par contrecoup. Ce poids de mémoire close étit devenu le mien. J'en restais meurtri, dépossedé de ma propre histoire. Qu'aurais-je pu faire sinon la remonter, l'éclaircir et la remonter? Écrire comme un travail de deuil. Une effraction et une floraison. Une respiration entre deux apnées.
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hcdahlemhcdahlem   26 août 2019
Sur la table, ce bouddha en jade, de même qu’un modèle réduit de la fusée d’Hergé achetée à Bruxelles, damier blanc et rouge, imitée d’une fusée V2 nazie, allaient servir de presse-papiers pour le courrier ou la documentation à éplucher. Si, comme tout le monde, je menais une vie normale dans la journée, je me réservais chaque matin une heure d'investigations, nourrissant des cahiers et établissant des fiches sur du bristol, limier lancé sur les traces de Paol, en chasse. Il était devenu ma figure centrale. Que pouvais-je faire de plus nécessaire que de le ramener à la lumière? Et tenter de nouer ce dialogue singulier avec lui…
Pour autant, plus les choses se ramifiaient, plus elles se complexifiaient. Un témoignage venait en contredire un autre, les dates ne se recoupaient plus, il manquait des pièces et des interactions. Tout aurait-il été embrouillé? A qui s’adresser? M’égarant dans la fourmilière des réseaux et des mouvements, des sous-groupes et des cellules, manquant d’interlocuteurs, le puzzle restait incomplet. Hormis ce que nous en répétions de manière automatique – résistant, déporté, mort en Allemagne –, je ne trouvais pas grand-chose de concret sur cet homme ordinaire…
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hcdahlemhcdahlem   26 août 2019
INCIPIT
C’est un canot de quatre mètres cinquante, dont ils ont hissé la voile rouge, une brise les pousse au large, le père et les fils.
C’est un mois de juillet sur la presqu’île de Crozon, elle a une forme de dragon, nous l’appelons familièrement Kergat.
C’est un été comme les autres, ils font d’invraisemblables balades à pied au fil des falaises, dépassant la pointe à l’à-pic du fort, pour longer les anses aux fougères jusqu’au cap aux Mouettes ou bien, à l’inverse, ils empruntent le chemin des douaniers pour se baigner sur les plages de l’est, ils rejoindront plus tard Lucie, la grande sœur, et Jeanne, la maman, sur le front de mer de la station où ils louent à l’année une maisonnette derrière les quais, Kergat est à peine à une heure de Brest, c’est un second chez-eux, Kergat est à nous.
C’est un jour tranquille, l’Iroise montre ses verts durs et ses bleus tendres que l’onde fait gonfler, l’air sent bon, il n’y a pas foule, juste quelques automobiles place de l’église ou devant l’hôtel des Sables, sa façade d’établissement thermal, et dans la verdure ces quelques villas assoupies, elles ont fière allure avec leurs bow-windows et leurs vérandas, un côté Daphné Du Maurier un peu figé.
C’est un été sur la péninsule armoricaine, qu’importe qu’il pleuve, qu’il vente, les éclaircies sont généreuses, ils se baigneront dans la darse ou ils iront explorer pour la centième fois la grotte Absinthe qu’il faut forcer avec le flux pour rejoindre ses entrailles, un théâtre de reflets qui s’ouvre sur trente mètres de large, là aussi voilà un secret, le secret des falaises, il règne dans cette cavité une semi-obscurité, l’eau y est fraîche, les voix résonnent, les respirations font de la buée entre les parois, et alors que leurs jambes ne sont plus que des pointillés mobiles, ils ont la sensation d’être immergés dans l’instant même, pris dans le miel des photons et des reflets, autant dire l’éternité, l’éternité de Kergat…
C’est une Bretagne qui ne changera pas, un pays d’enfance, où il y aura toujours la flottille des bateaux, les cageots de maquereaux sur le môle, parfois un couple d’espadons et une fratrie de pieuvres emmêlées, la forêt des pins, ces criques qu’il faut atteindre en se laissant glisser par une corde, une baie où l’été lui-même vient se reposer, immuable, en même temps qu’eux, dans cette presqu’île qui est comme une île, et ces cinq-là sont à part sur la broderie des landes, presque intouchables, du moins le croient-ils jusqu’au début de la guerre, avant que ne viennent les heures acérées, les heures mauvaises, celles qui blessent et tuent. En attendant, ils clignent des yeux dans le soleil.
Paol est né en 1894, à Brest. Il vient d’une famille finistérienne où les hommes sont généralement employés à l’Arsenal, la base militaire et navale. Il a fait la Première Guerre. Il a épousé Jeanne. Trois enfants, Lucie, Ronan et Pierre, mon père. Officier de réserve, il a été muté en Indochine, dont il est rentré en 1930. Dans le civil, il a travaillé ensuite pour une imprimerie et dans une entreprise de construction. Puis, comme la plupart des Français, il a été mobilisé de nouveau, en 1939, au grade de lieutenant.
Je ne l’ai pas connu. Parti trop tôt, trop vite, comme si le destin l’avait pressé. Mais il nous reste sa Bretagne à lui qui est devenue la nôtre.
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hcdahlemhcdahlem   26 août 2019
Désormais, Paol est un ennemi du Reich, un indésirable. On lui a retiré ses papiers, ses lacets, sa ceinture. Sur la paillasse, il ne cesse de recomposer les derniers instants, son cerveau ayant tout enregistré, il voit enfin la scène, y traquant en vain quelque chose, un indice : les pas dans la cour, la sonnerie, son nom prononcé derrière la porte, les sbires qui se ruent, cette narcose vénéneuse filtrant de partout, avec lui au milieu, en accéléré entre les plans ralentis, c’était son cœur qui battait fort, il est ceinturé dans la Citroën, la portière claque, il traverse le bourg, croise une section de soldats allemands en colonne, et puis deux gars au seuil d’une ferme, un copain sur son vélo au croisement, un autre plus âgé qui guette par la fenêtre en angle du café d’Ys, tout le village sera au courant, la voiture descend jusqu’à l’Aulne pour franchir le pont, le bruit du moteur coupe en deux les champs et les futaies en attaquant une nouvelle côte, il a un mal de tête atroce, sa main est insensible comme du marbre, et le ruban d’asphalte par la lunette arrière est devenu sa vie débobinée tant les virages se répètent et s’évanouissent, il n’y a pas de héros, il doit oublier le réseau, ils vont si vite, un accident serait préférable à ce qui l’attend, et après le dernier croisement le panneau fléché « BREST » lui oppresse soudain la poitrine et l’affole…
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Videos de Jean-Luc Coatalem (23) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean-Luc Coatalem
Jean-Luc Coatalem vous présente son ouvrage "La part du fils" aux éditions Stock. Rentrée littéraire Août 2019. Parution le 21/08.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2338939/jean-luc-coatalem-la-part-du-fils
Notes de musique : Youtube Audio Library
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