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ISBN : 2253073849
Éditeur : Le Livre de Poche (09/05/2019)

Note moyenne : 3.38/5 (sur 30 notes)
Résumé :
Mai 1919. Victor Segalen est retrouvé mort, couché dans un petit bois, au cœur du Finistère. Partant du mystère qui entoure la mort de Segalen, suicide ? accident ?, Jean-Luc Coatalem suit les empreintes de l’écrivain-voyageur, breton, comme lui, Brestois, aussi. Militaire, marin et poète, auteur d’une œuvre labyrinthique que, de son vivant, personne n’aura soupçonnée.
En 1903, Segalen pélerine sur les traces de Gauguin, aux îles Marquises. En 1905, à Djibo... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
Erik35
  11 janvier 2018
L'HOMME QUI CHERCHAIT LES LICORNES...
Avant d'entamer quoi que ce soit ici, je tiens à remercier très chaleureusement Soazcongar sans laquelle je n'aurais sans doute jamais pris le temps de lire ce très joli texte de Jean-Luc Coatalem et qui a eu la gentillesse parfaitement inattendue de m'offrir son exemplaire. Grâce lui en soit rendue !
«Je ne prétends point être là, ni survenir à l'improviste, ni paraître en habit et chair, ni gouverner par le poids visible de ma personne ,
Ni répondre aux censeurs, de ma voix ; aux rebelles, d'un oeil implacable ; aux ministres fautifs, d'un geste qui suspendrait les têtes à mes ongles.
Je règne par l'étonnant pouvoir de l'absence. Mes deux cent soixante-dix palais tramés entre eux de galeries opaques s'emplissent seulement de mes traces alternées.
Et des musiques jouent en l'honneur de mon ombre ; des officiers saluent mon siège vide ; mes femmes apprécient mieux l'honneur des nuits où je ne daigne pas.
Égal aux Génies qu'on ne peut récuser puisqu'invisibles, - nulle arme ni poison ne saura venir où m'atteindre.»
Ainsi s'exprimait Victor Segalen dans l'une de ses plus belles "Stèles", l'une des plus complexes aussi sans nul doute, nommée par lui d'un épigraphe signifiant "Éloge de l'invisible". Ce Royaume de l'invisible, du merveilleux, ces lieux où règnent Empereurs mythiques et animaux fabuleux - Dragons anciens, bien sûr, mais aussi ces si étranges et mystiques licornes - le brestois l'aura probablement cherché toute sa vie durant. L'aurait-il découvert par une grise journée de mai 1919 - le 21 ? le 23 ? Nous ne le saurons jamais avec exactitude -, lui dont le corps sans vie, «étendu, son manteau plié sous sa tête, les yeux lavés de pluie, grands ouverts» dans cette antique forêt du Huelgoat, - possible trace éparse de la légendaire Brocéliande -, fut retrouvé sur ce belvédère où sa femme Yvonne et lui se retrouvèrent parfois pour lire et faire l'amour, cette petite avancée sur-plongeant le "gouffre", cet invraisemblable chaos de pierres énormes qui fait aujourd'hui la joie des touristes et du promeneur.
C'est à partir de cette mort mystérieuse, possiblement codée, accidentelle selon les autorités de l'époque, suicidaire à en croire ses fidèles, ses proches que le grand voyageur Jean-Luc Coatalem déroule les pas d'une bien étrange recherche biographique au cours de laquelle le lecteur croisera tout aussi bien André Breton et quelques uns de ses amis, le "Pape" du surréalisme ayant toujours éprouvé grande estime pour l'oeuvre complexe, difficile, riche et belle de cet écrivain, poète, essayiste, arpenteur, médecin, militaire, sinologue, archéologue, musicien, esthète, intellectuel et, enfin, ou peut-être surtout, rêveur de génie ; mais aussi le grand poète - complètement et si injustement oublié - Saint-Pol Roux, que ses pas amèneront du côté de l'aride presqu'île de Crozon et que l'on croise ici ; c'est encore Gauguin qu'il aurait presque pu rencontrer du temps où il se trouvait en Polynésie tandis que le peintre se mourrait sur son îlot, n'étaient les hasards contraires de l'existence, Gauguin dont la découverte de l'oeuvre lui causa un choc esthétique inouï ; c'est encore Paul Claudel, un ami sincère mais pesant avec son catholicisme triomphant dont vil n'avait que faire, lui, converti à une sorte de paganisme personnel ; impossible de ne pas signaler d'autres noms aujourd'hui oubliés bien que du premier cercle des fidèles : Augusto Gilbert de Voisin, écrivain à succès aujourd'hui presque totalement oublié, dont les subsides quasiment inépuisables permettront à Segalen de monter de rocambolesques quoi que fort sérieuses expéditions et de s'adonner à son goût pour l'archéologie dans cette Chine éternelle presque entièrement méconnue, y compris des chinois eux-mêmes ; c'est aussi Jean Lartigue pour lequel vous éprouvez une amitié si forte, si complice qu'elle laissera planer à jamais un doux soupçon d'ambiguïté amoureuse ; c'est, bien entendu, Maurice Roy, ce fascinant jeune homme tant intégré dans la société chinoise de Pékin qu'il passerait presque pour un autochtone, qui permettra d'enrichir tant le chinois que l'imaginaire de Segalen, fait de magie, de chimères, d'Empereurs empoisonnés et de concubines innombrables, au point qu'il lui suggérera l'un de ses meilleurs textes, sinon le meilleur, l'inclassable Simon Leys ; Il y aura aussi son épouse Yvonne, fidèle par-dessus tout, malgré les infidélités, de toutes sortes ; il y aura cette longue et douloureusement fantasmagorique pratique de la "Fumée d'opium", que vous aviez en commun avec nombre de vos relations dont celle de Claude Farrère ; il y eut aussi les ombres tutélaires et bienveillantes de Nietzsche - votre «philosophe de chevet" explique Coatalem -, de Rémy de Gourmont - latiniste, écrivain et essayiste aujourd'hui trop oublié mais qui marqua de son empreinte toute une génération d'écrivains et de poètes - , de Rimbaud, un modèle inépuisable sur les pas duquel vous irez à l'occasion d'une longue escale dans la Corne de l'Afrique, de Shakespeare dont il ne se séparait plus, de son Hamlet surtout, en ces dernières lugubres journées... et de tant d'autres qu'il serait vain de citer in extenso mais qui importèrent au cours de sa "vita brevis"...
Mais Jean-Luc Coatalem ne s'arrête pas seulement à cette succession de noms, de faits, avérés, déjà longuement mentionnés, expliqués, compilés à l'occasion d'autres biographies souvent fort savantes de l'auteur des Immémoriaux, voire de thèses pointues, fastidieuses, inestimables, incontournables sans doute. Il ne peut s'empêcher, lui aussi breton de Brest, de "Brest même" pour être parfaitement précis, voyageur impénitent, amoureux des ailleurs et, plus particulièrement, de cette Polynésie où Segalen fit, pour ainsi dire, ses premières armes en tant qu'écrivain mais où il découvrit et réfléchit, avec une tension, un à propos très annonciateurs des réflexions contemporaines sur l'exotisme, sur l'autre dans ses différences culturelles, religieuses, artistiques, sociales, ce qui fait que nous sommes tous humains d'une même planète, aussi.
Ainsi, plus qu'à une véritable biographie nous emmenant, de manière plus traditionnelle, d'une naissance à une mort, moins encore de ces lourdes et fastidieuses, énormes biographies "à l'américaine" ou l'on apprend parfois jusqu'aux détails les plus inutilement triviaux, c'est à un essai entremêlant savamment et délicatement biographie et autobiographie que l'auteur de "La Consolation des voyages" nous convie. Il ne dit d'ailleurs pas autre chose dans un entretien accordé à Babelio : «Je voulais écrire une sorte de livre hybride qui est à la fois une évocation biographique et un parcours dans la vie de Victor Segalen». de fait, la forme peut surprendre, décevoir peut-être, à qui s'attendait à tout découvrir de ce grand poète un peu trop oublié, même en Bretagne, y compris des étudiants de Brest qui traînent leurs guêtres sur les bancs de cette université qui porte son nom... Il faut alors seulement se laisser bercer par cette plume emprunte d'une douce nostalgie et d'un amour commun pour cet ailleurs jamais parfaitement assouvi, possiblement inassouvissable, car comme le rappelle avec poésie le titre de ce bel ouvrage, Mes pas vont ailleurs pourrait être le mot d'ordre de tout vrai voyageur - lequel n'a décidément pas grand chose à faire avec le consommateur touriste -.
Bien entendu, l'exercice connait ses propres limites. Celle de laisser à la porte le lecteur n'ayant qu'une connaissance faible de l'oeuvre de Victor Segalen, voire qui le découvre à cette occasion, ou même celle de Jean-Luc Coatalem, ce qui est cependant moins indispensable car alors les éléments autobiographiques de l'ouvrage peuvent passer pour des moments de respiration interne à ce dernier, des moments de pause, de mise en perspective à l'aune d'un regard contemporain porté sur un être et une oeuvre qui sonne son siècle et quelque, désormais. Avec ces étrangetés que peuvent avoir les souvenir d'un inconnu qui se raconte et que l'on découvre. La mise en scène de l'altérité.
Mes pas vont ailleurs débutent par cette bizarre mort - où Coatalem pense découvrir une véritable mise en scène des derniers instants de Segalen. Un peu à la manière d'une enquête policière, très largement contingentée par le terrain (que le romancier connait bien, tant leurs parcours ont pu se croiser à plusieurs décennies de distance, de la Bretagne originelle - il faut prendre le temps de lire ces troublantes et justes évocations de Brest ou de Huelgoat, saisissantes de vérité... Pour qui connait ces lieux - à la Chine et au Pacifique), l'auteur de "Je suis dans les mers du sud" (qui évoque Gauguin, autre point commun) déroule sans ordre apparent - ce qui peut désarçonner - les moments les plus essentiels de cette vie digne d'un roman. Afin d'aller chercher au fond de cet intense moment créatif, d'un imaginaire abyssal et lumineux à la fois, que Victor Segalen rédigea, tel un immense rhizome, en une quinzaine d'année à peine, Coatalem déroule, déplie, aplani mais sans jamais essayer d'amidonner, de défroisser cette carte vénérable d'un continent large et inaccoutumé. Et comme toute enquête, celle-ci débute par un cadavre et se termine, faisceau d'indices après faisceau d'indice, par l'exposé des hypothèses les plus plausibles concernant cette fin plus concentrique qu'excentrique, mais sans que rien puisse désormais jamais être résolu.
Le résultat, c'est cet essai hybride, ce texte parfois fulgurant, parfois énigmatique, prenant ici le risque d'une certaine répétition, là du flou important, qui manquera parfois d'un peu de densité, du moins de détails ou d'approfondissement, mais c'est là le parti pris fort respectable de l'auteur.
Servi par ce style amoureusement mélancolique et langoureux par instants, délicat toujours, amoureux lorsque c'est indispensable, à la manière d'une longue, très longue adresse envoyée à travers les limbes du temps à un poète révéré, porté en soi - et sur soi, au sens propre - depuis les années de formation, Jean-Luc Coatalem sert-là un livre délicieux, à part (comme tous ses textes, d'ailleurs), poursuivant ainsi sa longue pérégrination à travers le grand mystère humain du monde. Chacun cherche sa Licorne...
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isabelleisapure
  09 juin 2018

J'étais très curieuse de connaître la vie de Victor Ségalen, poète aux multiples facettes dont je dois avouer que je savais bien peu de chose.
J'ai découvert sous la plume de Jean-Luc Coatalem un personnage hors norme et totalement fascinant.
Bien qu' un peu déroutée dans la première partie par une foultitude de citations, dates et autres informations qui m'ont obligé à un regain d'attention et à prendre quelques notes au passage, je me suis petit à petit laissée transporter.
J'ai aimé l'écriture élégante de l'auteur, j'ai lu de belles descriptions sur Brest en particulier. La longueur des phrases ne m'a pas gênée.
J'ai également apprécié le mode de narration choisie par l'auteur. En employant le « vous » pour présenter son personnage, il créait à mon sens une certaine proximité entre lui et son sujet, mais également avec le lecteur, qui en devient ainsi le témoin direct.
J'ai regretté par contre le manque de linéarité dans la relation des évènements.
Je me suis quelque peu perdus, mes pas ont parfois eu du mal à se mettre dans ceux de Ségalen, tantôt en Chine, tantôt en Polynésie, pour un retour dans la forêt de Huelgoat en passant par Brest.
Mis à part ce léger bémol, j'ai lu un livre passionnant, parfaitement documenté et qui m'a donné une grande envie de faire plus ample connaissance avec Ségalen.
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Fransoaz
  24 octobre 2017
« Qui êtes-vous, Victor Segalen ? Et pourquoi, depuis si longtemps, me hantez-vous ? » ainsi s'exprime Jean Luc Coatelem dans le livre qu'il consacre à cet érudit breton. Je pourrai, à mon tour, interpeller l'auteur en lui demandant de m'éclairer sur cet obscur écrivain/archéologue/voyageur/médecin/militaire, qui a laissé, dans Brest et ses environs, au Huelgoat et dans ses chaos, la trace d'un homme atypique et fascinant.
Ce n'est pas la bibliographie chronologique de l'homme qui intéresse Jean Luc Coatelem mais plutôt les motivations, les modes de vie, les passions, la part mystérieuse et aussi l'impact de cet homme sur le monde actuel.
Victor Segalen a voyagé en Chine à plusieurs reprises. A dos de cheval, l'archéologue a sillonné les grands espaces à la recherche de traces, monuments, statues de civilisations anciennes, tout en faisant preuve d'une belle acuité intuitive. Cet homme est un savant boulimique qui donne un rythme effréné à sa vie: voyager, découvrir, photographier, dessiner, explorer, écrire sans arrêts.
Jean Luc Coatelem a suivi cet homme au Huelgoat, à Brest, en Chine et aussi à Papeete là où Victor Segalen espérait rencontrer Gauguin. L'auteur s'adresse à lui directement et multiplie les apartés de l'admirateur passionné. Ce ne fut pas facile pour moi de m'insérer dans cette relation duelle, fusionnelle. Ignorante de la vie et de l'oeuvre de l'un ou de l'autre je suis souvent restée en marge du chemin tracé, en deçà de cet éloge à l'homme admiré. J'ai cependant aimé me laisser bercer par la prose de l'auteur que j'ai trouvé rare et précieuse. Malgré presque trois cent pages décrivant l'homme, la part sombre, ambivalente et obscure de Victor Segalen est à peine érodée.
Merci à Babelio pour la découverte.
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Herve-Lionel
  20 janvier 2018
La Feuille Volante n° 1208
Mes pas vont ailleursJean-Luc Coatalem – Stock. (Prix Fémina essai 2017)
Qui se souvient de Victor Ségalen (1878-1919), médecin breton de la marine, globe-trotteur, explorateur, homme de culture, archéologue mais surtout poète, mort à 41 ans d'un mal mystérieux, d'une façon étrange dans une forêt légendaire pleine de souvenirs personnels de ce vieux pays celte qui était le sien ? Sans forfanterie de ma part, il n'était pas pour moi vraiment un étranger et je connaissais son nom, un peu de sa vie et de son oeuvre. Certes le monde universitaire lui a rendu hommage, notamment à Bordeaux et à Brest, mais il me semble qu'il reste encore un étranger dans son propre pays et peut-être aussi au sein même du monde des Lettres qui le bouda un peu de son vivant.
J'avoue que j'ai été un peu surpris, mais pas déçu, par cet ouvrage. Je m'attendais à une biographie plus ou moins romancée de cet écrivain qui pour moi reste un être fascinant, ce qui aurait été une manière de le faire connaître davantage du grand public mais j'ai lu par moment, un texte où il est souvent question de Gauguin qu'il manqua de peu aux Marquises, et... de Jean-Luc Coatalem, de l'approche qu'il a eue du travail et de la vie de son écrivain favori dont il dit qu'il est son « compagnon secret ». Il s'adresse d'ailleurs directement à lui, avec une certaine déférence, dans une sorte de lettre posthume qu'il lui adresserait. le titre qu'il lui emprunte évoque évidemment le voyage et Ségalen fut un voyageur que sa seule qualité de médecin de la marine ne saurait justifier. L'ailleurs reste la marque d'une recherche pas forcément couronnée de succès dans la vie du poète. J'ai toujours eu l'impression que cela débouchait sur une impasse parce que sa démarche était d'une autre nature et ressemblait plus à une quête de quelque chose. Il la mena dans l'exploration d'un imaginaire intime autant dans la pratique du voyage, la curiosité de la Chine et de la Polynésie, la douceur des femmes autant que dans la fumée d'opium, tout cela et d'autres choses encore nourrissant son extraordinaire esprit créatif et curieux. La mort prématurée d'un être humain, surtout s'il est jeune, a toujours pour moi des relents de gâchis. Dans le cas de Ségalen qui souffrit tout au long de sa vie d'une sorte de dépression chronique qui donnait de lui l'image d'un être étranger à ce monde, ce fut particulièrement le cas, lui qui mit un terme à ses voyages et à sa vie.
Le personnage de Victor Ségalen est surprenant, marin qui n'aime pas la mer, militaire qui n'est guère passionné par l'armée et peut-être même par la promotion, médecin, certes compétent mais qui profite de ses voyages outre-mer que lui permettent son métier pour faire de l'archéologie, homme de culture et écrivain qui de son vivant a peu publié… Je note également les relations ambiguës, à la fin de sa vie, entre lui, Hélène, sa maîtresse, et Yvonne, son épouse, une sorte de relation à trois, consentie et consacrée jusqu'au bout par une correspondance en termes différents comme étaient différentes ces deux femmes et ce qu'elles représentaient pour lui. Leur présence à ses côtés n'a apparemment pas suffi à guérir cette neurasthénie qui a peut-être précipité sa mort, tant celle-ci pose question. Ce livre qui n'est pas un roman, qui commence et se termine par le décès de Ségalen, s'achève pourtant de la même manière avec cette évocation de la nature sauvage et mystérieuse, l'ombre de ce « dormeur du val » cher à Rimbaud que je n'ai pas pu ne pas voir dans la dernière image qu'il donne de lui, la compagnie d'Hamlet... Il y a certes plusieurs lectures de ce trépas, comme un passage d'un monde à un autre, une métamorphose peut-être, mais, en contre-point, il me semble qu'existe cette sorte d'apaisement, la quête de l'inconnu « pour trouver du nouveau » comme l'aurait dit Baudelaire, une manière d'affirmer une dernière fois sa liberté face à la camarde, cette liberté qui a baigné toute sa vie et qui a accompagné sa recherche sans doute vaine, son inhumation presque à la sauvette après falsification de son bulletin de décès, sorte de dernière manière de tirer sa révérence à ce monde qui l'a déçu.
J'ai fort apprécié ce document sur Victor Ségalen. Il a éclairé les connaissances éparses que j'avais de l'écrivain et de l'homme. C'est, pour moi, une invite à aborder son oeuvre d'une manière différente. le style de Coatalem est évidemment somptueux, poétique et sait transmettre pour son lecteur le résultat d'une recherche très documentée et passionnante. Même s'il a voulu faire « un livre hybride » sur cet écrivain voyageur qui arpenta la géographie ultramarine qui avait été celle de Gauguin aux Marquises, de Rimbaud en Afrique, de Loti en Polynésie, sur ses amitiés littéraires variées, ses voyages lointains et ses amours,cela reste une introduction exceptionnelle et bienvenue à l'oeuvre de Victor Ségalen, un extraordinaire personnage à la fois romantique et secret .
© Hervé GAUTIER – Janvier 2018. [http://hervegautier.e-monsite.com]
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spleen
  09 octobre 2017
De Victor Segalen, je connaissais bien peu de choses jusqu'à présent  . Homme illustre vraisemblablement puisque l'université de ma bonne ville de Bordeaux portait son nom .
Donc j'ai entamé ce roman toute guillerette d'ajouter un nouvel élément à ma culture lacunaire ... Mais si j'attendais une biographie , je suis bien déçue car cet ouvrage n'est pas L Histoire de de Victor Segalen pour les Nuls ... et Monsieur Coatalem qui a une plume fort élégante va d'abord sur ses pas à lui en passant par André Breton ... et en suivant le périple de Victor Segalen sur les traces de  Gauguin et Rimbaud ;
Il s'adresse directement à son sujet , ce qui donne  un long monologue parfois indigeste dont le lecteur se sent exclu , j'ai eu, par moment et surtout au début du livre, l'impression d'écouter une oraison funèbre , c'est dire !
Bien difficile de s'y retrouver, on pioche de temps en temps un fragment de vie de cet homme , breton d'origine, médecin, poète, aventurier, qui a sillonné la Polynésie puis la Chine, passionné par l'inconnu , grand fumeur d'opium et ressentant un besoin vital de s'éloigner de sa femme et d'une vie française morose . 
Le livre est articulé sur le mystère de sa mort : accident ou suicide dans la forêt de Huelgoat en Bretagne où il aimait retrouvé la quiétude .
Même si j'ai avancé un peu dans ma connaissance de Victor Segalen , ce roman ne donne pas toutes les clés du personnage et n'incite que peu à découvrir son oeuvre ce qui est peut-être dommage !
Je remercie Masse Critique et les Editions Stock même si finalement ma lecture n'a pas atteint son but ...
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critiques presse (2)
LeFigaro   21 septembre 2017
Explorateur, médecin militaire, romancier et poète mort à 41 ans, Victor Segalen est une figure mystérieuse de la littérature française. Jean-Luc Coatalem lui consacre un livre fraternel et inspiré.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LaCroix   15 septembre 2017
Dans une belle et précise évocation de Victor Segalen, Jean-Luc Coatalem interroge le mystère et la nécessité de l’ailleurs.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Citations et extraits (28) Voir plus Ajouter une citation
somsom   15 septembre 2019
p. 210 le peuple souverain est beaucoup moins intéressant qu’une grande cour princière d’autrefois.
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somsom   15 septembre 2019
p. 24 Vous rêvez beaucoup et lisez autant pour échapper à cette vie étriquée, toute tracée, cet ennui poisseux qui empoissonne.
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Erik35Erik35   15 janvier 2018
Vous avez eu froid, très froid. Affolé, votre coeur tapait comme un tambour. Comme un appel. Le ciel pesait de tout son poids. Vous avez bu ce qu'il y avait dans le gobelet, sucé la dernière orange du pique-nique, puis, à demi allongé, fini par lâcher la rampe des instants, et c'est alors que vous avez cru percevoir quelque chose, un frôlement, un feulement, un bris de branches, petites notes fragiles et discontinues, une forme se hissant sur le tertre. Du secours ? Non, cette fois, personne de ce bas monde, mais la licorne, la licorne de jadis aux grandes ailes duveteuses, celle au fin sourire, qui venait de son pas ample pour adouber son chevalier. Auriez-vous la force de sauter sur son dos musculeux, de serrer les jambes derrière ses ailes, d'aller avec le vent ?
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Erik35Erik35   10 janvier 2018
Le vent fait bruisser les arbres, les agite - ils dansent et tanguent. Vous relevez la tête en souvenir du marcheur surmené que vous avez été. Mais l'ascension s'est suspendue ; vous ne redescendrez jamais au camp de base. «Présence... Absence», répétiez-vous dans une ultime lettre. Voilà, enfin, la licorne au regard diffracté qui s'en revient entre les hêtres. elle vous sourit et vous lui souriez, en retour, c'est l'instant des évidences. Vous lui tenez si fermement la crinière que vous ne savez plus si cette amie du vent vous précède, vous suit ou cous accompagne. Alors la pluie bretonne délave vos yeux gris et morts.
+ Lire la suite
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fanfanouche24fanfanouche24   07 septembre 2017
Vous n'êtes pas d'un naturel liant. vous ne jouerez au bridge avec personne. Vous ne commenterez pas l'actualité des journaux avec quiconque- les étudiants chinois qui se soulèvent à Pékin, les répercussions de l'assassinat du révolutionnaire Zapata au Mexique, les affrontements entre syndicalistes et forces de police à Paris, auxquels vous êtes indifférent. Vous vous montrez très poli mais en tenant toujours les autres à distance
. Vous affichez et revendiquez votre solitude. L'entourage la respecte. Tout juste quarante et un ans et ce mélange extraordinaire chez vous, sur votre visage comme dans votre allure, d'homme mûr et d'enfant. Fébrile et très fatigué. (p. 11)
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Videos de Jean-Luc Coatalem (23) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean-Luc Coatalem
Jean-Luc Coatalem vous présente son ouvrage "La part du fils" aux éditions Stock. Rentrée littéraire Août 2019. Parution le 21/08.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2338939/jean-luc-coatalem-la-part-du-fils
Notes de musique : Youtube Audio Library
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