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Critique de GeorgesSmiley


GeorgesSmiley
  04 septembre 2019
Les Trotter de Bienvenue au Club reprennent du service. D'un enterrement à un autre en passant par un divorce, de 2010 à 2018, ils sont les témoins d'une décennie entamée dans l'allégresse des Jeux Olympiques et qui se termine dans le feuilleton de la sortie de l'U.E, toujours annoncée, souvent programmée et toujours repoussée. Les thèmes ont quelque chose à voir avec le deuil et le divorce : la nostalgie des années de jeunesse, le sentiment de déclassement, la colère, d'un côté. En face, la mondialisation heureuse et l'incompréhension, un tantinet méprisante. Tout pour une fracture.
C'est un roman très agréable à lire même s'il est bien loin, par exemple, de Expo 58 et de sa joyeuse et insouciante facétie. Autre époque !
Les personnages principaux ont pris presque quarante ans, certains ne reconnaissent plus leur pays, leur ville, d'autres s'en accommodent mais la nostalgie n'est jamais bien loin. Il y a bien un moment lumineux, superbement décrit : la cérémonie d'ouverture des Jeux de Londres, en 2012. Somptueux événement culturel, très fédérateur, qui fit taire pour trois semaines tout ce qui divisait, irritait, opposait. Mais, on sait, en Angleterre ou sur le Continent, qu'un analgésique ne guérit rien et que son effet est de courte durée. Restent donc les maux de la société britannique, soigneusement décrits :
L'inanité des politiciens, leur imprévoyance, leur gestion à la petite semaine. Leur incapacité, sinon à résoudre les problèmes, à réduire les fractures.
Il y a la rage de ceux ne supportent plus le poids croissant des minorités et la moralisation permanente du politiquement correct, couplé au mépris hautain, de ceux qui entendent bien l'imposer partout et tout le temps.
Il y a aussi le sentiment de déclassement, de pertes de repères, de nostalgie de ceux dont la jeunesse s'est envolée, l'insolence de la génération des « millenials » prompte à trancher, décréter et à se servir des réseaux sociaux pour imposer ses certitudes quitte à recourir au harcèlement. Les médias perpétuellement en quête d'audimat et prêts à tordre déclarations, informations et opinions pour créer de la sensation et caresser les minorités dans le bon sens.
Tout cela n'empêche pas nos personnages d'aimer ou de se déchirer, de réussir ou pas, de rêver, de réfléchir, de vivre. Heureusement, car l'auteur n'a pas trouvé le plus petit début de commencement de solution pour réduire la fracture. Personne ne peut lui en faire le reproche. Ce qui est possible pour ses personnages, qui se séparent à cause du Brexit, ne l'est pas pour les deux parties du peuple britannique qui, bien que déjà divorcées, restent contraintes de faire chambre commune. L'impatience des uns, les tentatives de remise en cause de la décision par les autres, n'augurent rien de bon.
Par la diversité de ses personnages, par des dialogues éclairants et des mises en situation convaincantes, il réussit, avec talent et pertinence, le tour de force d'évoquer ces tensions et ces rancoeurs, d'une façon assez subtile (la modération anglaise) pour ne pas avoir à s'aliéner une partie de ses lecteurs, qu'ils soient « Leave » ou « Remain ». Oubliez les éditorialistes et autres « décrypteurs de l'actualité » (il y a un personnage de ce type dans le roman), lisez le Coeur de l'Angleterre, vous comprendrez tout et passerez, en plus, un excellent moment.

Merci Lecteurs.com #Explorateursrentréelittéraire
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