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Critiques sur Le coeur de l'Angleterre (78)
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coincescheznous
  02 décembre 2019
Jonathan Coe est l'une des grandes plumes contemporaines du Royaume Uni. Lauréat de nombreux prix, il a connu un succès international grâce à son quatrième livre : le Testament à l'anglaise.

« Tout est politique », voilà un aphorisme qui va comme un gant à son dernier roman le coeur de l'Angleterre, paru en septembre dernier. Roman du Brexit, il raconte à travers une chronique douce-amère le quotidien de Benjamin Trotter et de ses proches de 2010 à nos jours chez nos amis d'Outre-Manche.

Les amateurs de Jonathan Coe (dont je fais partie) connaissent déjà bien une partie des personnages du livre. Ils étaient les héros de deux récits parus il y a une quinzaine d'années (Bienvenue au Club et le Cercle fermé). Ils racontaient la jeunesse de Benjamin et les années Thatcher, puis sa vie d'adulte sous Tony Blair. L'idée de ces deux volumes consistaient à mêler la grande à la petite histoire, l'intime d'une existence aux grands mouvements de l'Histoire du pays. Voilà donc notre auteur qui reprend ce procédé et ses héros pour ausculter de 2010 à nos jours ce qu'ils sont devenus la cinquantaine entamée dans une Angleterre en pleine crise existentielle. Si le diptyque s'est transformé en triptyque, je précise néanmoins que ce dernier volume peut se lire sans connaître les autres. Comme dans les précédents tomes, les politiques en prennent pour leur grade, au premier rang desquels David Cameron – minable calculateur politique jouant à l'apprenti sorcier. Mais la plume de Coe n'épargne personne. Ni Theresa May, ni Boris Johnson, ni Jeremy Corbyn.

Mais au-delà du regard terrible posé sur la classe politique du pays, son cynisme et sa veulerie, c'est au malaise qui attaque ses habitants que Coe s'intéresse le plus. Il décrit une classe moyenne perdue dans un monde qui change trop vite. Elle n'a plus de repères, elle se sent reléguée, attaquée. Elle a peur de l'étranger, de la crise, du terrorisme, des migrants… Coe montre merveilleusement comment ces angoisses se heurtent au politiquement correct et à la bien-pensance des élites mondialisées. L'auteur décrit alors l'amertume de n'être jamais écouté, jamais entendu et le retour sur soi que cela engendre. le malaise social prend une telle ampleur qu'il s'immisce dans le quotidien. Il fait se séparer des couples, entache les aspirations à l'intégration, crée de la division au sein du voisinage le plus proche, au sein de la famille même. Il est comme une tumeur qui grossit et infecte toutes les relations humaines. le Brexit n'en est finalement que son incarnation politique, comme peut l'être Salvini en Italie, le Front National en France, Trump aux Etats-Unis….

L'entreprise de Coe est ambitieuse et plutôt réussie. Mais tout cela manque de la fantaisie et de la cocasserie dont l'auteur sait pourtant faire preuve, comme dans le Testament à l'anglaise, la Maison du Sommeil ou plus récemment l'excellent La Vie très privée de Monsieur Sim. Dit autrement, aussi intéressante soit-elle, cette chronique triste et désabusée d'une Angleterre également triste et désabusée manque un peu de sel. de plus, d'un point de vue plus méta, on peut s'interroger sur la justesse du procédé. Tout est-il vraiment politique ? L'intime peut-il se faire cannibaliser à ce point par les grands débats de société qui nous entourent ? Je n'en suis pas sûr personnellement et j'ai trouvé que le trait était un peu trop forcé, même si réalisé avec une indéniable dextérité.

Quoi qu'il en soit, petite satisfaction de franchouillard face aux drames de la perfide Albion, c'est de France que vient la lumière par deux fois dans ce roman brillant, mais peut-être un peu fade et forcé.

Tom la Patate
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jg69
  24 octobre 2019
Le récit commence en avril 2010, Benjamin Trotter, 55 ans, s'est retiré dans un moulin, il essaye de terminer l'écriture de son roman et s'occupe de son père, récemment veuf, et farouche partisan de la sortie de l'Angleterre de l'Europe. Benjamin quant à lui s'intéresse peu à la politique. Sa nièce Sophie, brillante universitaire historienne d'art a épousé Ian, un homme aux idées politiques diamétralement opposées aux siennes. le meilleur ami de Benjamin, Doug, est un journaliste politique de gauche dont la fille Coriandre va adopter des positions extrêmes en participant à des émeutes qui ravageront le pays en 2011.

Après une grave crise financière dans cette société dominée par la finance, la coalition Nick Clegg/David Cameron arrive au pouvoir marquant la rupture du vieux système de l'alternance. Une politique d'austérité féroce aboutira aux émeutes de 2011. Les Jeux Olympiques de juillet 2012 à Londres vont provoquer un élan de ferveur patriotique au sein de la nation britannique mais les élections législatives de mai 2015 porteront au pouvoir le conservateur Cameron dont le programme prévoyait un référendum sur l'UE pour calmer la frange eurosceptique de son parti, un pari très risqué qui débouchera sur le Brexit.

Dans ce roman Jonathan Coe mêle des histoires individuelles et l'histoire collective de la dernière décennie en Angleterre, de 2010 à l'après Brexit. Il met ses personnages dans des situations en lien avec les problématiques du moment de l'Angleterre, comme l'homophobie, la xénophobie, le racisme, la montée du nationalisme, le déclin de l'industrie britannique, les difficultés de la classe moyenne, la montée du nationalisme, le politiquement correct qui met à mal le maintien de certaines traditions essentielles aux yeux de certains britanniques... Avec un regard très aiguisé et sans concession, un humour délicieux et une ironie mordante, il dresse un saisissant portrait de la société britannique depuis 2010 et montre de façon très cohérente l'enchaînement qui a mené les britanniques à la situation qu'on connaît.
Le tout est à la fois très romanesque et historique. Certains passages sont jouissifs, comme celui qui relate les réactions des britanniques découvrant la cérémonie d'ouverture des JO qui retraçait l'histoire de leur pays, le passage où Benjamin retrouve Jennifer, une jeune femme avec qui il a eu une liaison près de 40 ans plus tôt est jubilatoire, sans parler des dialogues croustillants entre Doug et le responsable de la communication du premier ministre lors de leurs tête à tête secrets. Avec son humour si british Jonathan Coe n'hésite pas à égratigner au passage le milieu des politiques, des écrivains et de l'édition.
Ce roman empreint d'humour et de mélancolie est une fresque historique passionnante, c'est un roman très riche sur le Brexit. Les 560 pages s'avalent avec délice et j'ai très envie de lire les ouvrages précédents de cet auteur que je n'avais jamais lu. Même s'il reprend ici les personnages de ses précédents livres il n'est absolument pas nécessaire de les avoir lus pour se régaler avec celui-ci.
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RedIzaBzh
  15 octobre 2019
Je pensais le lire tranquillement, petit à petit, sur mon week-end de 3 jours, mais je l'ai dévoré ! Même si ça commence à faire un bout de temps que j'ai lu les deux premiers, je n'ai pas eu de gros problème pour me remettre dans le clan Potter et cie.
Par contre, je n'aurais jamais cru que les jardineries auraient autant d'importance en Grande-Bretagne, ni que la situation des Britanniques me rappellerait autant celle de pas mal de Français... Même si je ne suis pas d'accord avec la comparaison établie par J. Coe pendant une interview entre le Brexit et les Gilets jaunes : les Gilets sont plus contre Macron que contre l'Europe, me semble-t-il.
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aimylitHK
  16 septembre 2019
Nous retrouvons la famille Trotter qui évolue en même temps que son pays au gré des aléas de la vie quotidienne et de l'histoire politique de l'Angleterre de 2010 à 2018.
Toute une décennie qui passe par la cohabitation, les émeutes de 2011, la liesse des Jeux Olympiques et bien sur le référendum qui amène au Brexit.

Lorsque nous reprenons le cours de la vie des Trotter, Benjamin vit depuis quelques mois dans un moulin, il ne travaille plus et tente de devenir écrivain. Sa conscience politique mettra beaucoup de temps à s'éveiller, ce n'est pas quelque chose qui l'intéresse, mais lorsque la question de quitter l'Europe va se poser, son intérêt va rapidement évoluer.
Pendant ce temps sa soeur Loïs vit toujours à York où elle est bibliothécaire, sans être vraiment séparée de son mari elle ne vit pas dans la même ville que lui, toujours obsédée par ses vieux démons, à savoir l'attentat dans un Pub où elle était présente à la fin des années 70 avec son amoureux de l'époque.
Sa fille Sophie est universitaire, spécialisée dans l'histoire de l'Art, elle va enfin rencontrer quelqu'un mais les divergences politiques sont parfois cruelles dans un couple.
Et puis il y a Doug le vieux copain d'école de Benjamin, un journaliste politique reconnu et qui régulièrement rencontre Nigel le responsable de la communication du 10 Downing Street, leurs échanges réguliers sont assez bien vus et plutôt amusants vu de l'extérieur.

De nombreux autres personnages apportent une vision plus précise sur la société et l'on se rend compte que les magouilles politiques et la langue de bois sont décidément les mêmes quelque soit le pays.
La vision des hommes politiques et de la politique en général est assez critique et parfois sarcastique mais comment en vouloir à nos personnages !
L'approche du référendum augmente les tensions, les discussions, et même au sein des familles et des couples les désaccords se font de plus en plus ressentir, et on voit très bien comment les politiques et les gens du "peuple" n'ont pas la même lecture des évènements ni les mêmes attentes.
Et puis il y a ceux qui cherchent à profiter de toutes situations... ceux qui n'ont aucun scrupule et ne pensent qu'à leurs propres bénéfices.

Bref un roman passionnant qui se dévore grâce à la fluidité de l'écriture, et une excellente traduction.


Lien : https://enviedepartagerlesli..
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viduite
  29 juillet 2019
Autopsie d'une colère populaire et du déchirement d'un pays. Jonathan Coe poursuit avec le coeur de l'Angleterre sa radioscopie de sa nation, de ses manipulations populistes et de la rancoeur instrumentalisée ayant mené aux Brexit. Si son ironie, sa tendresse distanciée fait encore mouche, le poids sociologique de ce roman accroché au contemporain rend le projet de Jonathan Coe parfois un rien théorique.
Lien : https://viduite.wordpress.co..
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Christophe_bj
  01 avril 2019
Incroyablement ennuyeux.J’ai du mal à concevoir que ce soit le même auteur qui a écrit What A Carve Up! Plus ça va, plus je suis déçu par les romans de Jonathan Coe, qui a décidément perdu tout son talent au fil du temps. Les personnages, bien trop nombreux, n’ont aucune consistance. L’intrigue est d’une extrême platitude. Même son humour n’est plus drôle. L’arrière-plan politico-social est beaucoup trop présent alors qu’auparavant Coe savait justement bien doser ce rapport entre l’intrigue et l’arrière-plan. Je sauverai juste l’épisode de la croisière et le sentiment du temps qui passe, de la vieillesse inéluctable.
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Melcleon
  01 décembre 2019
Le Brexit vu de l'intérieur : on pourrait ainsi résumer le sujet de ce livre. Ce serait drastiquement réducteur mais c'est bien l'arrière-plan quasi omniprésent du roman, qui relate les événements vécus, entre 2010 et 2018, par une dizaine de personnages plus ou moins liés à Benjamin Trotter : son père, sa soeur, sa nièce, ses amis anciens étudiants comme lui d'une école huppée de Birmingham. le coeur de l'Angleterre, il est là, géographiquement parlant, mais on peut aussi entendre le mot "coeur" du titre français au sens de "siège des sentiments", voire des opinions politiques. Benjamin, tout juste la cinquantaine au début du roman, jeune retraité après avoir exercé à Londres un métier rémunérateur sinon passionnant, vient de s'installer dans un moulin au bord de la Severn, retrouvant sa région natale où il compte meubler sa solitude en achevant la rédaction de la somme entreprise depuis des années. En 2010, il n'est pas encore question de Brexit mais les "eurosceptiques" sont déjà nombreux en Angleterre, qui depuis toujours balance entre Europe et Amérique du Nord. Benjamin n'a pas d'avis tranché sur la question, contrairement à son père, à sa nièce, à son ami Douglas, journaliste, commentateur politique. Tout au long du roman, qui suit un déroulement chronologique, on assiste aux effets souvent dévastateurs, y compris à l'échelon individuel, des divergences idéologiques qui s'exacerbent entre les pro-Européens et les anti, puis les partisans du "Remain" et ceux du "Leave", ces derniers ayant théoriquement gagné la partie à l'issue du référendum sur la sortie de l'Union.
Jonathan Coe pourrait bien être condamné à écrire une suite, tout aussi passionnante, n'en doutons pas, à ce roman au vu des rebondissements à venir dans le psychodrame que vit son pays depuis trois ans...
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liberliber
  31 octobre 2019
Dans « Bienvenue au club » (2002), Jonathan Coe se penchait sur les années 1970 qui ont vu le passage du Welfare State au libéralisme débridé de Thatcher. Quatre ans plus tard, « Le cercle fermé » s'attardait sur la période Blair. Dans « Le coeur de l'Angleterre », on retrouve des personnages campés dans ce qui devait être un diptyque. Mais la tentation était trop forte de leur
faire vivre la période pré et post-Brexit pour mieux souligner combien les individus ont été marqués par cette fracture qui a divisé le pays et combien l'hystérie s'est substituée au flegme légendaire des British. Comment en est-on arrivé à cette crispation autour des thèmes de l'immigration, du rejet de l'autre, de la peur du déclin social ? « Tout s'était petit à petit délité avec le résultat des élections de 1979 » pense Benjamin, la cinquantaine, reconverti dans l'écriture et qui regrette avec nostalgie l'Angleterre du consensus. Sophie, sa nièce, qui a consacré sa thèse aux portraits des écrivains noirs du 19ème siècle par leurs contemporains, n'a pas connu cette époque peut-être un brin fantasmée. Comme la plupart des intellectuels, elle prône le cosmopolitisme, l'ouverture et le « Remain ». Ses convictions sont telles qu'elle se pose la question suivante : peut-on continuer d'aimer quelqu'un, en l'occurrence son mari, qui est favorable au Brexit, avec toutes les positions étriquées, de repli sur soi et de victimisation qui en découlent ? Que reste-t-il d'un pays désindustrialisé où la finance est reine qui ne retrouve sa grandeur et sa cohésion qu'au moment de la cérémonie d'ouverture des JO de 2012, un modèle d'autosatisfaction et d'humour ? Un an plus tôt, des émeutes visant tous les symboles de la mondialisation avaient éclaté dans les grandes villes du territoire.
Pendant que les simples citoyens se débattent avec leurs problèmes, les politiques « gèrent » le pays avec le plus grand cynisme et une bêtise abyssale, la palme revenant à David Cameron. Sans oublier l'inénarrable Boris Johnson qui a délibérément menti au peuple britannique.
Par la voix de ses personnages, tous épatants, Jonathan Coe offre une analyse fine du processus qui a amené la victoire du Brexit. Mais la bataille n'est pas terminée. On aimerait que les Anglais se ressaisissent et qu'ils cessent de considérer que leurs malheurs sont le fait des étrangers et de l'Europe.

EXTRAIT
Les gens vont voter comme ils votent toujours, c'est-à-dire avec leurs tripes. Cette campagne va se gagner avec des slogans, des accroches, à l'instinct et à l'émotion. Sans parler des préjugés que, soit dit en passant, Farage et ses dingos folklos savent très bien activer.
Lien : http://papivore.net/litterat..
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Sak71
  12 septembre 2019
Ce roman contemporain moyennement ambitieux, se lit facilement, et reflète assez bien le cataclysme du Brexit vu de l'intérieur, ses enjeux multiples et son avenir très incertain.
L’écriture n’est pas dingue et les personnages restent assez caricaturaux, le tout est assez oubliable.
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KTDeval
  01 septembre 2019
L'intérêt de ce livre, à mon avis ,est surtout documentaire: il nous décrit bien les Midlands, Birmingham et les mentalités aussi bien de cette région que celle des Londoniens aisés ou cultivés. Il décrypte les choix politiques et explique bien comment l'Angleterre en est venue à voter "Leave"(à une courte majorité) . mais si on lit régulièrement les medias, on savait déjà cela.
La qualité proprement littéraire du roman m'a déçue.
Intrigue un peu ténue et floue ,avec trop de personnages, si bien que l'attention se déplace de l'un à l'autre sans vraiment accrocher. Ces personnages sont plutôt mal traités; le personnage le plus"fouillé" me semble être Sophie, suivie de Benjamin. Mais même ce dernier ,tout comme les autres personnages, est moins un être vivant que l' incarnation de la mélancolie de l'homme vieillissant qui a raté sa vie. Les autres sont des stéréotypes et Nigel est carrément invraisemblable et ridicule!
Je n'aime pas l'humour de J. Coe, qui pousse l'absurdité jusqu'au grotesque et à la vulgarité: ça ne me fait même pas sourire.
Deux ou trois scènes ahurissantes.. ou des séquences bien trop longues(ex:les jeux olympiques)
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