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Critique de motspourmots


Il est fort, le bougre ! C'est souvent ce que je me dis lorsque je referme un roman de Jonathan Coe, de plus en plus admirative qu'il réussisse cette prouesse sur la durée (écrire un bon roman quelques écrivains l'ont fait, mais en écrire autant de très bons c'est plus rare). Un jour je prendrai le temps de les relire tous depuis Testament à l'anglaise, ce sera un peu comme la Comédie humaine (la comparaison n'est ni vaine ni fortuite). Chez Coe aussi on retrouve des personnages d'un roman à l'autre, on a l'impression d'une vaste toile en train de se peindre. Il a déclaré récemment dans une interview qu'il rêvait d'écrire un grand roman qui rassemblerait à peu près tous les personnages de ses précédents livres : autant dire que j'attends ça avec impatience.

Mais revenons à ce Royaume désuni, piquante saga d'une famille dont le destin se confond avec celui de la Grande-Bretagne et que l'auteur met en scène à travers sept grands moments de l'Histoire du pays et du monde. Les fidèles lecteurs se souviennent sans doute de ce moment d'anthologie du Coeur de l'Angleterre lorsque l'auteur photographiait son pays rassemblé devant des écrans de télévision au moment de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Londres en 2012. On retrouve un peu cette mécanique qui permet de zoomer en utilisant les temps forts censés rassembler les citoyens (depuis l'Armistice de 1945 jusqu'aux cérémonies de commémoration de son 75ème anniversaire, en passant par un couronnement, des funérailles ou la coupe du monde de football en 1966), et c'est une idée qui est magistralement mise en musique par le maestro Jonathan Coe. D'abord parce qu'il sait mieux que personne donner vie à des personnages qu'on a l'impression, à peine rencontrés, d'avoir toujours connus (ce qui est vrai si on a lu Expo 58 ou La pluie avant qu'elle tombe, et les fins observateurs noteront que la référence à James Bond tout au long du livre n'a rien de fortuit ni d'inhabituel), des personnages qu'il nourrit et auxquels il fait porter en toute légèreté et avec un naturel confondant les points de vue qui permettent d'éclairer les grands sujets sociétaux des dernières décennies. Il fouille, cherche à comprendre comment le Royaume-Uni en est arrivé là et n'hésite pas pour cela à expliciter les relations Franco-Britanniques - voire la mondialisation - à l'aune de la "guerre du chocolat", ce qui nous vaut une formidable démonstration d'ironie aussi mordante que tendre ayant pour cadre une réunion au Parlement européen. Mais la force de l'auteur est de parvenir à entremêler les enjeux politiques et intimes lorsqu'il est question de différences, du rapport à l'autre et de visions d'avenir. Bournville, banlieue de Birmingham et siège historique de Cadbury devient ainsi un terrain d'observation idéal de l'Angleterre et des Anglais face au reste du monde.

Le résultat est formidable. Impeccablement construit, ce roman enchante par ses choix narratifs, ses clins d'oeil (oui, décidément il faudra tous les relire), son habileté à jouer des noeuds de crispation. Il dégage une certaine mélancolie en puisant dans l'essence de ce qui fait l'Angleterre et que l'on n'a pas envie de perdre ; en faisant aussi référence à l'expérience intime de l'auteur. Si l'humour est bien présent, sa férocité est tempérée par une réelle empathie pour les fragiles individus malmenés par le tourbillon de la vie, si indécis au moment du choix et tellement anxieux face aux changements.

En conclusion je n'ai qu'une chose à dire : s'il vous plaît M. Coe, encore !


Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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