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Catherine Lauga du Plessis (Traducteur)
EAN : 9782020562331
272 pages
Seuil (01/10/2002)
3.96/5   897 notes
Résumé :
Âgé de 52 ans et deux fois divorcé, David Lurie enseigne à l'université du Cap. Encore jeune de corps et de coeur, ce Don Juan du campus se laisser aller à un dernier élan de désir, d'amour peut-être, avec une jeune étudiante. Mais l'aventure tourne mal. Convaincu de harcèlement sexuel, David Lurie démissionne.
Réfugié auprès de sa fille Lucy, dans une ferme isolée, il tente de retrouver un sens au seul lien qui compte encore à ses yeux. Mais les temps ont ch... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (129) Voir plus Ajouter une critique
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sur 897 notes
Je découvre Coetzee et j'aime. Beaucoup de vraisemblance dans ce livre. David Lurie enseigne à l'Université du Cap. Il lui arrive bien de succomber à la tentation pour s'accoupler avec quelque élève qui lui confère une certaine suprématie et il en use. Est-ce mal ? Est-ce bien ? Des escapades qui durent peu jusque là, c'est-à-dire, jusqu'à la dernière. Celle-ci, il ne sait pas comment la conclure, il n'en a plus la maîtrise et il se perd. C'est la passion qui l'emporte, le désir qui commande à la raison. Puis, sans qu'il sache bien pourquoi Mélanie l'accuse. Elle porte plainte contre lui. Un conseil d'administration se charge de recueillir son témoignage en exigeant de lui qu'il se soumette, qu'il fasse des excuses publiques, et même qu'il exprime son repentir... Mais David refuse. Fierté ? Roublardise ? Dignité ? Il s'accuse ! Oui ! il est coupable et le revendique haut et fort mais il ne veut pas s'excuser. Non ! Il ne se livrera pas à cet exercice d'exprimer ses regrets publiquement et de se confondre en excuses, même s'il perd son poste, même s'il perd ses droits, son salaire... David estime que ses agissements relèvent de la sphère privée, même si Mélanie a 20 ans et lui 52. Il revendique son droit au plaisir, au désir, même s'il est vieux, même s'il n'est plus un prétendant au renouvellement de l'espèce, à moins que d'être châtré comme il dit et que la force d'attraction s'éteigne et le libère, enfin !
C'est après, tout ce désordre administratif qu'il part chez sa fille, Lucy, pour se ressourcer, se réfugier dans une ferme isolée, une petite exploitation qu'elle partage avec Pétrus, l'Africain. le désordre et le désert affectif qui l'habite le poussent à se surpasser dans son rôle de père tandis que Lucy est une femme émancipée, forte et fort différente de l'image que son père a construite inconsciemment pour elle, sur son devenir de femme et quand elle est à la campagne ce qu'il est à la ville. Puis, c'est l'agression. Trois hommes s'introduisent dans la ferme et contre toute attente Lucy reste passive. Elle refuse de porter les faits réels à la connaissance de la police. Il se creuse alors un fossé entre le père et la fille. Lucy n'entend pas ses recommandations. Non ! Elle ne quittera pas la ferme, même si une blanche européenne n'a pas en ces lieux d'après la colonisation, un régime de faveur. Elle, ce qu'elle veut, c'est se fondre dans le paysage, avec ses productions de légumes, ses fleurs et ses chiens. C'est ici qu'elle veut vivre. David est déconcerté. Pourtant, sans y trouver d'explication plausible, il se découvre peu à peu une sensibilité envers les animaux. Et même auprès de Bev, une femme de sa génération qui gère une sorte de S.P.A, du moins ce qu'il en reste après un passé florissant. Une femme que tout d'abord il trouve moche et que la compassion exaspère, envers ces animaux, ceux-là même qu'elle est amenée à euthanasier, parce qu'ils sont trop nombreux, parce qu'il faut bien que quelqu'un le fasse. Puis, il y a ces deux moutons, des moutons qu'il voudrait voir paître au loin, bien plus loin, les deux caraculs que Pétrus destinent au festin lors d'une fête prochaine. Des moutons qu'il mangerait bien à condition qu'ils soient anonymes et dont il boudera l'assiettée. Une fête à laquelle se rend un des agresseurs. Un agresseur que Lucy se résoudra à ne pas poursuivre cependant puisqu'il fait partie de la famille de Pétrus. Pétrus qui se propose de la prendre sous son aile et même plus, de la marier, tandis qu'il a déjà deux femmes. Et Lucy qui confie à son père son intention d'accepter sa protection. Et son père, sidéré ! Et David qui se libère du dernier lien, ce chien qu'il aime, un chien qui l'aime aussi et qui le suit partout, celui au postérieur atrophié et que personne ne voudra adopter, le mélomane, celui qui l'entend jouer et soliloquer avec Byron.
– « Tu ne veux pas lui donner encore une semaine » lui dit Bev.
– « Non ! » Il doit se libérer pour demain. Demain qui renaît de ses cendres, demain qui le porte vers sa descendance....
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« Nous n'enfermons rien d'autre en prison qu'une partie de nous-mêmes, comme d'autres abandonnent sur le bord de la route leurs souvenirs encombrants ou leurs chiens en disgrâce... »
Jean-Pierre Guéno - Paroles de détenus

Disgrâce est ma première incursion dans l'univers littéraire de J. M. Coetzee.
Comment vous écrire le pitch de ce livre en quelques mots essentiels. Mais surtout, comment aussi vous mettre en valeur le sens de ce roman, - un roman à la fois beau, sombre et très complexe, ces questionnements, ces errances, ce qu'il en reste après...
Âgé de cinquante-deux ans, deux fois marié et deux fois divorcé, David Lurie enseigne à l'université du Cap. Comment vous le décrire ? C'est un vieux beau qui le sait, qui connaît son charme sur son environnement. À quoi tient-il, ce charme qui opère encore mais peut-être plus tout à fait, -et en particulier sur ses étudiantes ? Il est beau, érudit, intelligent, possède un charisme qui touche quand il parle en public. Profitant de son statut d'enseignant, il tente d'en usurper des droits au-delà du champ légal. Sans doute par ailleurs, a-t-il jusqu'ici sur le plan sexuel, un succès qui le rassure ? Il est conscient de son pouvoir de séduction et cela pourrait même en faire une sorte de prédateur sexuel auprès des jeunes populations qu'il côtoie. Sauf que...
Tout va bien jusqu'à cette aventure avec l'une de ses étudiantes, pas vraiment consentante. Ce n'est pas tout à fait un viol mais ce n'est pas non plus un consentement mutuel. Convaincu de harcèlement sexuel, David Lurie démissionne même s'il conteste les faits.
Suite à cette démission, il rejoint sa fille qui gère une ferme en pleine brousse africaine. Il va vivre un changement d'ambiance et un choc des cultures dans ce milieu presque sauvage où la nature reprend ses droits, loin du milieu intellectuel du Cap.
Sa fille va être confrontée à un drame qui va trouver une résonance auprès de celui-ci, l'affectant lui et sa fille...
Cet événement sera le catalyseur d'une remise en question de sa vie et le début d'une chute progressive.
Nous sommes ici en Afrique du Sud, dans la période post-apartheid. Je me suis demandé si cela avait de l'importance dans le récit tant les thèmes sont multiples et entremêlés, mais oui avec le recul je pense que oui forcément. On pourrait même se poser la question : ce roman est-il une peinture sociale de l'Afrique du Sud post-apartheid ?
Disgrâce, c'est avant tout la chute d'un homme, une caricature d'un personnage qui est une sorte de Casanova vieillissant, fini, celui d'un autre monde, c'est un homme qui trébuche, s'accroche aux derniers lambeaux de sa vie, à l'image qu'il a de la représentation de sa vie masculine, de l'existence. C'est touchant et pathétique.
J'y ai vu un roman qui questionne l'intime d'un homme. Dans un texte épuré, J. M. Coetzee explore ici les thèmes de la faute, de la culpabilité, de l'injustice, de la rédemption. Mais pourquoi pas aussi celui du désir masculin et de la violence sous-tendue.
Le thème du mal est majeur et chacun lira ce récit avec sa propre histoire, religieuse ou pas. le thème de l'éthique aussi.
Les questions raciales s'entremêlent dans la toile de fond de ce récit, dans une Afrique du Sud post-apartheid.
Questionnant l'intime, le roman invite forcément à l'universel, à chaque instant, à partir d'une noirceur lumineuse, questionnant la progressive déchéance d'un homme plus ou moins résigné face à ce qui lui arrive.
Comment absoudre ce sentiment de culpabilité qui peut naître à la faveur du chaos d'une vie, ce qu'il en résulte ?
Lisant ce roman, je ne sais pas pourquoi, j'ai pensé à Philip Roth, plus ironique, moins pessimiste que J. M. Coetzee.
Les personnages vont-ils se détacher de ce qui leur arrive, sont-ils en capacité de prendre l'ascendant sur leurs existences ? Retrouver la grâce perdue ?
Disgrâce est aussi le roman de la résignation nécessaire et c'est cet apprentissage que fait le personnage principal.
S'agissant des personnages du roman, - du moins certains d'entre eux, je fus de ceux-là. Je fus de ceux-là en dépit du côté crépusculaire du roman.
Pour tout cela, j'ai adoré ce roman et j'ai aimé vous en parler. J'ai adoré l'écriture de J. M. Coetzee, sa manière de manier et bousculer les personnages, les faire vivre, nous faire aussi les heurter avec nos propres représentations...
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Désespérée, un peu désespérante, mais assurément juste et intéressante... voilà comment j'ai trouvé la Disgrâce de JM Coetzee.

L'histoire commence comme l'histoire universelle d'un homme vieillissant et vaguement paumé, avant de devenir l'histoire spécifique de l'Afrique du Sud post-apartheid, celle des remords, des vengeances et surtout des souffrances. Mais, au-delà des tribulations de David Lurie avec son étudiante sexy, sa fille New-Age traumatisée, les voyous noirs ou les paysans ploucs blancs, ce livre m'a plu par ses thèmes et son écriture.

Car ce livre parle des désillusions, des injustices, des problèmes de société, des animaux, de la mauvaise conscience, du racisme, de Byron, de l'hypocrisie, du sexe, de l'amitié, des relations familiales, de la rédemption. Tout ça en posant des questions plutôt qu'en donnant des réponses, et avec un style désabusé et poussif correspondant parfaitement à l'état d'esprit du héros.

Je n'ai pas forcément tout compris au roman, je n'ai assurément pas compris le mode de pensée de David Lurie, mais j'ai compris avec ce roman pourquoi Coetzee avait obtenu le prix Nobel. Challenge Nobel 15/15.
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Faut-il un malheur pour abandonner ses mauvaises habitudes, ses vieux réflexes, modifier sa mentalité, changer de vie à défaut de pouvoir changer de peau..? On aimerait, bien évidemment, le cas échéant, pouvoir y arriver parce que touchés par la grâce, alors qu'en réalité ce sont, hélas, nos «disgrâces» qui la plupart du temps semblent ouvrir la voie aux véritables transformations...

David Lurie pensait, quant à lui, avoir réussi à régler sa vie comme du papier à musique. Tout compte fait, «à l'aune dont on mesure le bonheur», il se croyait provisoirement «heureux».
Vraiment ?
Lurie, 52 ans, est enseignant à l'Université du Cap. Suite à une restructuration interne, il s'était vu à contrecoeur reléguer de la chaire de langues modernes qu'il occupait auparavant vers un département et un poste sans aucun intérêt pour lui, en tant que «professeur associé en communication». Auteur frustré de trois essais «passés inaperçus dans le monde universitaire», sa carrière académique ronronne entre un vague projet constamment différé d'écriture d'un opéra de chambre inspiré d'un épisode de la vie de Lord Byron («Byron en Italie») et la carotte encore une peu verte d'une retraite paisible dans quelques années.

Marié et divorcé deux fois, ex-homme-à-femmes au magnétisme sexuel sur lequel il avait pu compter à chaque occasion par le passé, avant de constater un beau jour que «le pouvoir de son charme l'avait abandonné», ses besoins affectifs et sexuels sont assouvis par une liaison avec une call-girl dont il est depuis quelque temps aux abonnés fidèles («1h30 tous les jeudis après-midi»). Cependant, à partir d'un concours de circonstances anodin, absorbé malgré lui et malgré tout le bon sens dont il se croyait pourvu, par l'idée de sortir leurs rapports de l'anonymat implicite à ce type de transaction, David se met à enquêter sur sa vie. Devenu trop envahissant et pressant aux yeux de cette femme, qui tient quant à elle à garder une barrière infranchissable entre sa vie professionnelle et sa vie familiale, celle-ci lui signifie brusquement un terme définitif à leurs rapports tarifés.

L'arrêt brutal de cette relation amoureuse aseptisée, lâchant dans la nature un démon de midi désormais délesté de toutes chaînes, conduira notre héros à sa «disgrâce». Tombé dans un véritable imbroglio érotico-amoureux impliquant une de ses élèves qu'il aura réussi à séduire grâce à son rôle et à son statut plutôt qu'à - tel qu'il aurait bien aimé pouvoir l'attribuer- des attraits irrésistibles résiduels ayant pu subsister chez lui, la jeune femme en question, apparemment consentante au départ (?), à ses yeux en tout cas, finit cependant par estimer avoir été abusée sexuellement par lui et par le dénoncer publiquement. David Lurie, de son côté, refusant inexplicablement, vis-à-vis de son entourage et de ses collègues, de fournir la moindre justification à ses actes, se récusant surtout à tout procès disciplinaire interne, décide de plaider coupable et se retrouve bientôt démis de ses fonctions.

Ni particulièrement sympathique, ni franchement antipathique, comme c'est souvent le cas avec les personnages au centre des récits de Coetzee, mâle hétérosexuel blanc vieillissant lambda, représentant d'une espèce qui se verrait en l'espace de quelques années sérieusement menacée d'émasculation ontologique par la peur des assauts dévastateurs d'un «Metoo», entre autres, David Lurie ne semblait visiblement pas, à l'aube du nouveau millénium, réaliser encore à quel point l'avènement d'un nouvel ordre, à la fois sur le plan moral et sociétal, entraînant par la même occasion une polarisation croissante entre individus et groupes d'appartenances différentes, pourrait avoir des conséquences directes et dramatiques sur sa vie personnelle jusque-là solidement balisée. Un ordre nouveau surgissant à ce moment-là et auquel l'impact représenté par les années Sida et la violence exponentielle d'un ultralibéralisme économique décomplexé auront probablement contribué à faire émerger.

Cette grosse déconfiture subie par le personnage au début du roman constituera en quelque sorte le paradigme à partir duquel une série d'évènements présentant une analogie possible, directe ou indirectement, avec cette disgrâce inaugurale va être déployée par l'auteur. Point de départ d'un récit dont la simplicité n'est qu'apparente, la narration s'y révèlera néanmoins toujours limpide, très incisive et réaliste, attelée surtout aux faits et à leur enchaînement, composée d'instantanés, de scènes et de dialogues dans lesquels, comme d'habitude chez l'auteur, chaque détail est révélateur, chaque mot semble avoir sa juste place et où rien ne paraît accessoire ou gratuit.

Suite donc au scandale et à la perte de son travail, David cherche un refuge provisoire auprès de Lucy, sa fille. Lucy, de son côté, mène une existence aux antipodes de celle de son père, néo-rurale et alternative, cohérente avec ses valeurs anti-bourgeoises et écologiques. Depuis le départ de sa compagne, elle vit seule dans une vielle ferme qu'elle tient à bout de bras, grâce notamment à son fort caractère et à la force inamovible de ses convictions personnelles. Installée dans une zone reculée dans les hautes terres du Cap-Oriental, dans une région particulièrement éprouvée sur le plan historique par des conflits violents entre les anciens colonisateurs et le peuple autochtone Xhosa, et où dans le cadre de la politique d'apartheid, le gouvernement sud-africain avait créé en 1959 deux bantoustans à l'intention de ceux-ci, une tension importante entre les deux principales communautés raciales, malgré la fin de l'apartheid, y subsisterait toujours de manière assez palpable, prête à s'embraser à la moindre étincelle. Une violence qui se manifestera de manière spectaculaire pendant le séjour de David, à laquelle Lucy et son père devront directement faire face, mais que la jeune femme voudra passer sous silence, préférant à son tour pâtir des traumatismes provoqués par cet épisode déplorable, par ailleurs lourd de sens pour son avenir à elle, au lieu de chercher à se défendre ouvertement contre ses agresseurs.

Témoin actif de ce qui arrive à sa fille, entre les deux les rôles d'une certaine manière s'échangeront, s'inverseront, les disgrâces se feront miroir l'une de l'autre, les interrogations et les incompréhensions aussi, les reproches entre père et fille, entre deux générations, entre deux visions du monde, entre deux manières d'envisager une reconstruction possible de soi-même s'affronteront et s'accumuleront sans qu'aucun des deux ne puisse véritablement prendre le dessus sur l'autre.

L'on a parfois le sentiment que ce qui arrive aux personnages de Coetzee, leurs réactions ou absence de réactions, ne sert pas simplement à illustrer un propos quelconque, philosophique, moral ou existentiel, à extraire un sens en particulier au détriment d'autres, voire à essayer d'établir une hiérarchie parmi ces derniers. Leurs attitudes ne sont d'ailleurs pas toujours susceptibles d'être interprétées de manière univoque. Voilà peut-être ce qu'il faut retenir avant tout de cette prose sagace et subtilement subversive. Voilà peut-être ce que ses personnages eux-mêmes devraient en fin compte apprendre de ce qui leur tombe dessus, y compris de leurs disgrâces, et qu'ils refusaient au départ d'entendre. «Tu peux penser ce que tu veux -rappelle une Lucy excédée à son père- mais les réalités sont là».

La prose de Coetzee aspirerait-elle à une sorte d'extra-lucidité qui consisterait avant tout à pointer différentes possibilités envisageables aux problématiques soulevées par l'existence, sans qu'aucune soit exclue, suggérant au contraire des symétries possibles entre elles, des liens et des résonnances multiples entre des éléments en apparence indépendants ou disparates, ici, en l'occurrence, entre les domaines du public et du privé, entre histoire collective et individuelle, entre violences infligées et violences subies, entre «crimes du passé» et «souffrance dans le présent», entre disgrâces à expier et l'élaboration possible d'un projet viable d'avenir ?

Une dizaine d'années se sont écoulées depuis la fin officielle de l'apartheid, cinq depuis l'élection de Nelson Mandela à la présidence de l'Afrique du Sud (1994) – emblème s'il en est de la normalisation qu'ont censé avoir connu les relations interraciales dans le pays -, au moment où paraît le roman.

La publication de «Disgrâce» déclencherait néanmoins quelque chose d'absolument imprévisible pour son auteur, et qu'on pourrait très bien imaginer comme relevant d'une symétrie de plus, complémentaire à celles développées dans son roman, confirmant en même temps l'extrême pertinence de son propos : la mise au ban de l'écrivain lui-même par une partie considérable de l'opinion dans son pays, puis, quelque temps après sa «disgrâce» à lui, son départ volontaire et son installation définitive à l'étranger, en Australie, où J.M. Coetzee vit depuis 2002 et dont il finirait par acquérir la nationalité en 2006.

«Il n'est bon bruit que d'homme banni» (François Villon)

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« Un changement en prépare un autre » (Nicolas Machiavel)


« Disgrâce » est un roman de J.M. Coetzee, publié en 1999, qui raconte l'histoire de David Lurie, un professeur universitaire sud-africain qui est renvoyé de son poste après avoir eu une relation avec une étudiante. Il se retire alors dans une ferme isolée où il vit avec sa fille Lucy, qui est violée par des hommes initialement non identifiés.


Le roman explore les thèmes de la culpabilité, de la rédemption et de la race en Afrique du Sud post-apartheid.


J.M. Coetzee est un écrivain et professeur sud-africain, né en 1940. Il est considéré comme l'un des écrivains les plus importants de l'Afrique australe et a remporté de nombreux prix pour ses oeuvres, notamment le Prix Nobel de littérature en 2003. Il est connu pour son style épuré et pour son exploration des thèmes sociaux et politiques de l'Afrique du Sud.


Disgrâce est un roman poignant et profond de J.M. Coetzee qui aborde des thèmes tels que la culpabilité, la rédemption et la race en Afrique du Sud post-apartheid.


Dans « Disgrâce », il utilise un style simple, mais efficace pour décrire les événements et les personnages, créant ainsi une atmosphère de tension et de désolation. le personnage principal, David Lurie, est complexe et humain, et le lecteur est entraîné dans son parcours personnel, de la culpabilité à la rédemption. le personnage de sa fille, Lucy, est également bien décrit, elle est indépendante et forte, malgré les événements tragiques qui lui arrivent.


Le roman aborde aussi des sujets importants tels que la responsabilité personnelle face à l'injustice et les conséquences de l'histoire sur les individus. Coetzee utilise par ailleurs des motifs tels que la nature pour renforcer l'atmosphère de désolation et de désintégration qui accompagne les personnages dans leur parcours.


Le personnage de sa fille, Lucy, est pareillement bien décrit, elle est indépendante et forte, malgré les événements tragiques qui lui arrivent.


Le roman aborde enfin des sujets importants tels que la responsabilité personnelle face à l'injustice et les conséquences de l'histoire sur les individus.


Ce qui est remarquable chez l'auteur, plus particulièrement s'agissant de la situation de l'Afrique du Sud et de l'Apartheid, est la neutralité de l'auteur face aux évènements ; Coetzee, comme toujours dans ses romans, se borne à décrire les situations telles qu'elles sont sans faire preuve d'acte militant. Et qu'apprenons-nous, lorsque David Lury refuse de reconnaitre sa responsabilité face aux accusations émises davantage par l'entourage de l'étudiante que par celle-ci ? La certitude, qu'il n'a commis aucun acte illégal. Les reproches qui lui sont adressés, dans la nouvelle société sud-africaine, sont d'avoir pris certaines libertés avec la morale. Pour David, qui est un homme de bien, cette accusation n'est pas concevable et admissible. Elle est est le signe d'une dérive extrême d'une société revancharde. Il se considère comme une victime de la politique de l'université et de la société en général, qui sont devenues trop puritaines et trop promptes à condamner les relations entre professeurs et étudiants. Il se sent persécuté et injustement accusé.


Mais il est vrai, aussi, que David Lurie est aveugle à ses propres actions et à leurs conséquences sur les autres. Il a une vision très égocentrique de la situation et ne peut comprendre comment il est la cause de la douleur de l'étudiante. Il se considère comme un artiste et une personne cultivée, il est inapte à comprendre à quel point ses actions ont pu être mal perçues.
À sa décharge, Lurie est en proie à des troubles psychologiques tels que la dépression et la solitude, qui l'empêchent de voir clairement les choses et de prendre ses responsabilités. Il vieillit mal, et se sent rejeté par la société.


La finesse de l'analyse du roman, dont certaines scènes manquent, parfois, d'un peu de rythme - il s'agit d'un défaut des qualités de l'oeuvre - peut désarçonner certains lecteurs, à l'exemple de celle du viol de sa fille Lucy, laquelle, au premier abord, pourrait sembler difficile à lire du fait d'une écriture très psychologique et précise, sollicitant une lecture soutenue.


Mais, « Disgrâce », est un roman puissant qui offre une vision profonde et complexe de l'Afrique du Sud post-apartheid. J.M Coetzee manie avec brio le style, il est écrit d'une manière simple, mais avec une efficacité qui rend l'histoire encore plus percutante.


Bref, je recommande sans réserve, la lecture de ce roman puissant et émouvant Il est écrit avec une grande maîtrise de la langue et offre une plongée profonde dans les pensées et les émotions des personnages. Il donne aussi un aperçu pertinent sur la société sud-africaine contemporaine. C'est une oeuvre remarquable et riche.


Bonne lecture.


Michel.



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Citations et extraits (108) Voir plus Ajouter une citation
"Je ne pense pas que le concept du bouc émissaire soit celui qui convienne le mieux, dit-il prudemment. La pratique du bouc émissaire a marché tant u'elle avait le soutien du pouvoir religieux. On mettait les péchés de la cité sur le dos du bouc : on le mettait hors les murs, et la cité se trouvait purifiée. Cela marchait parce que chacun savait décoder le rite, y compris les dieux. Et puis, les dieux sont morts, et tout d'un coup il a fallu purifier la cité sans l'aide des dieux. Il fallait des actes, pas du symbolisme. C'est alors qu'est né le censeur, au sens que les Romains donnaient au terme. Le mot d'ordre devint alors la surveillance - la surveillance de chacun par tous. La purge a remplacé la purgation."
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Il y a des risques à posséder quoi que ce soit : une voiture, une paire de chaussures, un paquet de cigarettes. Il n'y en a pas assez pour tout le monde, pas assez de chaussures, pas assez de voitures, pas assez de cigarettes. Trop de gens, pas assez de choses. Et ce qu'il y a doit circuler pour que tout un chacun ait l'occasion de connaître le bonheur le temps d'une journée. C'est la théorie. Tiens-t'en à la théorie et à ce qu'elle a de réconfortant. Il ne s'agit pas de méchanceté humaine, mais d'un grand système de circulation des biens, avec lequel la pitié et la terreur n'ont rien à voir.
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Il continue à enseigner parce que cela lui donne de quoi vivre; et aussi parce que c'est une leçon d'humilité, cela lui fait comprendre la place qui est la sienne dans le monde.(...)c'est celui qui enseigne qui apprend la plus âpre des leçons, alors que ceux qui sont là pour apprendre quelque chose n'apprennent rien du tout.
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Quand tu étais petite, et que nous habitions encore à Kenilworth, les voisins avaient un chien (...). Dès qu'il y avait une chienne dans le voisinage, il s'excitait, on ne pouvait plus le tenir, et ses maîtres (...) le battaient.
On peut punir un chien, me semble-t-il, s'il désobéit ou, par exemple, se fait les dents sur une pantoufle. Un chien verra la justice de la punition : il mange une pantoufle, on le bat. Mais le désir, c'est une autre histoire. Aucun animal ne verra de justice à se faire punir pour obéir à ses instincts.
- Alors il faut permettre aux mâles d'obéir à leurs instincts sans les contenir. C'est ça la morale ?
- Non, ce n'est pas ça la morale. Ce qu'il y avait d'ignoble dans le spectacle de Kenilworth, c'est que le pauvre chien s'était mis à haïr sa propre nature. Il n'était plus nécessaire de le battre. Il était prêt à se punir lui-même. A ce stade, il aurait mieux valu l'abattre.


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Il y a des risques à posséder quoi que ce soit : une voiture, une paire de chaussures, un paquet de cigarettes. Il n'y en a pas assez pour tout le monde, pas assez de chaussures, pas assez de voitures, pas assez de cigarettes. Trop de gens, pas assez de choses. Et ce qu'il y a doit circuler pour que tout un chacun ait l'occasion de connaître le bonheur le temps d'une journée. C'est la théorie. Tiens-t'en à la théorie et à ce qu'elle a de réconfortant. Il ne s'agit pas de méchanceté humaine, mais d'un grand système de circulation des biens, avec lequel la pitié et la terreur n'ont rien à voir.
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Quel écrivain sud-africain a reçu le prix Nobel de littérature en 2003 mais fait partie du club très fermé de ceux qui ne donnent jamais d'interview ? Dommage car c'est un génie !
« Disgrâce » de J. M. Coetzee, c'est à lire en poche chez Points.
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