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Sophie Mayoux (Traducteur)
EAN : 9782020404563
256 pages
Éditeur : Seuil (17/03/2000)

Note moyenne : 4.07/5 (sur 199 notes)
Résumé :
Dans un désert sans nom, dans un temps incertain, un homme juste et bon, le Magistrat, veille sur une cité paisible. Mais le pouvoir central s’inquiète d’une invasion barbare et dépêche sur les lieux un tortionnaire de la pire espèce. Parmi les prisonniers, une jeune femme blessée attire l’attention du magistrat...

Une parabole qui s’incarne dans un récit d’une rare intensité, par le prix Nobel de littérature 2003.

"Je crois en la paix ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
Sachenka
  15 novembre 2016
JM Coetzee nous propose une histoire bien étrange, avec son roman En attendant les barbares. On ne sait pas trop où ni quand elle se déroule et ce n'est pas vraiment important. le narrateur est le magistrat d'une ville frontalière repliée sur elle-même. Au-delà des murailles, dans le désert montagneux, aride et froid, se cachent des barbares. On ne sait pas beaucoup de choses sur eux, sinon que tout ce territoire leur appartenait autrefois, il y a très longtemps. On les craint mais on ne sait pas trop pourquoi. Sans doute parce que l'Empire en a décidé ainsi, il faut un ennemi commun alors on invente cette menace. Pourtant, les rares barbares qu'on a vus vivaient misérablement dans des huttes près du lac et de la rivière. Quoiqu'il en soit, le lecteur assiste surtout au malaise croissant dans la petite communauté puis à l'arrivée réjouissante d'une compagnie armée envoyée en renfort. Mais le narrateur, lui, voit cette arrivée d'un mauvais oeil…
Beaucoup comparent En attendant les barbares avec le désert des Tartares, de Dino Buzzati. Oui, il y a des ressemblances. Parr exemple, cette forteresse, ce bastion de la civilisation aux frontières de nulle part. Mais, alors que le héros de Buzzati perd la raison en croyant accomplir son devoir absurde de tenir tête à un ennemi invisible (peut-être même disparu ?), celui de Coetzee doit faire la guerre aux siens. C'est que l'Empire redoute ces barbares qui sont à ses portes. D'ailleurs, la nouvelle compagnie armée tout droit de la capitale disperse quelques groupuscules de ces barbares, en fait quelques uns prisonniers et les torture. le magistrat s'y oppose, les prend en pitié, surtout leur vient en aide. D'ailleurs, il recueille l'une d'entre eux chez lui. Ce geste lui vaut l'animosité des soldats et l'incompréhension des civils, qui se détachent de lui. Pourquoi les aime-t-il ? Est-il en ligue avec eux ? » La peur, toujours la peur gouverne les esprits, alors on s'acharne davantage sur les barbares, on les provoque.
Coetzee nous propose une réflexion sur la condition humaine. Au nom de la civilisation, plusieurs protagonistes commettent les pires atrocités. C'est beaucoup dire. Mais, finalement, la compagnie armée est défaite et éparpillée, les rares soldats à revenir laissent tomber les armes. Les civils sont maintenant sans défense. Et le magistrat est maintenant trop vieux et isolé pour y faire quoi que ce soit. Il ne reste plus qu'à attendre les barbares. Alors que leur avancée menace la ville, les passions se déchainent, on s'entre-déchire. Les civils qui le peuvent s'enfuient, pour les autres, c'est la déchéance. On se rend compte à quel point la civilisation est fragile… C'est tout un retournement : les barbares, les indigènes reprennent leurs droits sur leurs terres ancestrales. Beaucoup y voient une allégorie, on peut en effet comparer cette situation avec le régime ségrégationnsite qui sévissait en Afrique du Sud, assurant la suprémacie des Afrikaans sur les Noirs. On peut dire que, avec En attendant les barbares, l'auteur avait vu juste car l'Apartheid fut abolie onze ans plus tard…
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palamede
  13 décembre 2015
La pire crainte et la plus longue attente sont bien celles du danger imaginé auquel on se prépare et qui ne vient pas. Dans une ville au milieu de nulle part, des hommes s'attendent à l'attaque des Barbares, en réalité des nomades chassés de leur territoire.
L'armée du colonel Joll, envoyée en renfort pour lutter contre cette menace inventée par le pouvoir, procède à l'arrestation et à la torture de certains de ces malheureux capturés dans le désert proche. le seul à réagir face à cette injustice est le magistrat de la ville, un homme intègre qui subira le même sort que ceux qu'il défend.
Un roman dont l'attente, longue et oppressante, n'est pas sans rappeler celle du héros de Buzzati dans le désert des Tartares, à la différence que celui-ci, devenu trop vieux, n'agira pas le moment venu. Une oeuvre remarquable, écrite par un descendant d'afrikaners, qui dénonce les dérives de la colonisation en Afrique du sud, et plus généralement du colonialisme à l'origine de la soumission ou de l'anéantissement de populations indigènes.

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petch
  10 mars 2013
J. M. Coetzee dénonce de façon brutale les dérives coloniales et dictatoriales de son pays, même si celui-ci n'est jamais cité explicitement. Cette oeuvre se veut une critique virulente de la répression et de la torture exercées par l'Etat sud-africain contre ceux qu'il désignait comme étant les «barbares».
L'histoire se déroule dans une petite ville perdue dans le désert, aux confins d'un empire imaginaire. Cette cité est dirigée par un homme épris de justice, le magistrat. La vie semble à première vue paisible mais la menace est là, personnifiée par le pouvoir central qui cherche à attiser les peurs de la population en lui faisant croire qu'une invasion de «barbares» est imminente.
Comme dans « le désert des tartares » de Dino Buzzati, il ne se passe pas vraiment grand-chose. L'attente et l'ennui sont de rigueur. Cependant, à travers cette menace illusoire, on assiste progressivement à la chute du magistrat, seule personne sensée dans cette ville.
Un livre formidable, dont le message est universel, dénonçant la manière dont chaque société crée ses propres « barbares » pour aiguiser la crainte de ses citoyens et les maintenir ainsi dans un état de soumission envers le pouvoir en place. Résolument militant et salvateur !
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oblo
  22 décembre 2017
Il y a comme un parfum de Désert des Tartares, de Rivage des Syrtes, voire même de Falaises de marbre dans ce En attendant les barbares. A la frontière ouest de l'empire, un magistrat régit une colonie : en fait un poste avancé de la civilisation face aux tribus barbares. Ces derniers n'ont pas de nom. Ce qui les fait barbares, c'est leur mode de vie nomade. Incapables d'ériger des villes, de construire cette grande fiction institutionnelle qu'est l'Etat, ils vivent d'élevage, de chasse, de troc aussi avec les habitants de la colonie. Bien-sûr, par leur mode de vie, par leur refus de la politique telle qu'elle doit raisonnablement se construire, les barbares constituent une menace. On s'inquiète, on enquête. le magistrat reçoit dans sa cité un membre du Troisième Bureau, formation d'élite de l'empire, qui ramène des prisonniers dans la cité et les interroge. Durement : jusqu'à la torture. Il n'y a que sous la douleur la plus extrême que les accents de la vérité se font entendre.
De ces premières expéditions, une jeune femme est rapportée. Durant les séances d'interrogatoires, elle a les pieds brisés, les yeux aveuglés et son père, battu devant elle, humilié, est tué après avoir cédé à la folie. le magistrat prend la jeune femme en pitié. S'ensuit des semaines où la jeune femme vit chez le vieux magistrat : il la caresse, explore de ses mains et de ses doigts son corps, seulement en surface, seulement pour constater sa jeunesse, ses blessures irréparables, sa nature de barbare. Puis, lorsque l'hiver repart, il la remmène auprès des siens, dans un territoire hostile où même les chevaux, ces bêtes de somme, peinent à survivre. A son retour, il est accusé d'intelligence avec l'ennemi, puis est emprisonné.
Il règne, dans le livre de John Maxwell Coetzee, des accents de Julien Gracq, de Dino Buzzati. Cette frontière sur laquelle veille le magistrat, dans sa colonie, est celle des territoires incertains. La muraille, comme le fort de Buzzati, donne l'illusion de la protection. Il règne aussi, au début du livre, cette torpeur propre aux moments heureux et qui sont, par essence, fragiles : comme dans les Falaises de marbre d'Ernst Jünger, une menace approche et, bientôt, balaiera tout sur son passage. Mais, contrairement à ces romans, celui de Coetzee ne définit pas de certitude quant à la nature du pouvoir de l'empire. le magistrat attend les barbares, oui. Mais qui sont-ils ? Sont-ces ces hordes dépenaillés d'éleveurs et de pêcheurs qui survivent tant bien que mal ? Ou sont-ce ces officiers, élégants et sûrs de leur bon goût, et de leur bon droit, qui capturent à tout va, torturent puisque le droit le leur permet, imaginent des guerres insensées ?
Le magistrat, en homme libre et plein d'idéaux, s'oppose à la guerre et au traitement inhumain des barbares. Pour cela, il sera rabaissé au rang de bête, battu et brimé, brisé, avili. Son histoire rappelle que ce sont les vainqueurs qui écrivent l'histoire, c'est-à-dire ceux qui possèdent la force. Ecrire l'histoire, c'est aussi choisir les mots, les interpréter ; c'est catégoriser les choses et les êtres, les valoriser ou les dévaloriser, c'est aussi manipuler les mots, notamment les mots du droit, pour dire ce qui est juste et ce qui ne l'est pas. La morale, cette gardienne intime des valeurs humaines, n'a rien à voir avec cela.
Avec cette tragédie en forme de conte, John Maxwell Coetzee fait preuve d'efficacité. le propos est limpide, son enseignement aussi. L'histoire qu'elle écrit peut s'appliquer à nombre de nos exemples historiques : est-ce la conduite de la France en Algérie que l'on croit reconnaître ? Est-ce celle de l'Etat raciste sud-africain, promoteur de l'apartheid ? Est-ce encore les Etats-Unis, cette nation qui s'est construite (pas seulement, heureusement !) par ses conflits intérieurs contre les Noirs et contre les Indiens ? On pourrait multiplier les références. Lorsque la civilisation s'oppose à la barbarie, elle en prend d'autant plus volontiers les apparences. le bourreau est aussi victime : c'est l'humanité, la plus brillante comme la plus sombre, que l'on justifie et que l'on assassine.
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hexagone
  24 mai 2011
Sommes-nous tous des Barbares ?
Aux portes d'un désert que l'on suppose vaste et hostile, se trouve une ville, un avant poste, le dernier avant l'immensité.
Le magistrat de cette ville, gérant les affaires courantes en bon père de famille est confronté à l'arrivé du Colonel Joll et de son armée.
Car un danger plane, les Barbares devraient attaquer.
Les Barbares ce sont les autres, les différents, les nomades hostiles et dangereux, ceux que l'on a rejeté aux confins des montagnes. Etrangers sur leur propre terre.
S'installe un climat oppressant malgré une collaboration de principe entre les deux hommes.
Puis vient le temps des rapts, des tortures, de l'abandon de l'humanité. Cette humanité que certains ont décidé de ne pas voir dans le regard de l'autre. D'ailleurs Joll porte des lunettes de soleil noires, est ce pour ce préserver de l'éclat scintillant de la vérité ?
La scène où les captifs sont présentés dans la cour avec les mains transpercées d'un fil de fer puis passé dans les joues, les obligeant à garder les mains collées au visage est particulièrement atroce et évoque l'impuissance, la parole confisquée, l'homme placé au rang d'animal.
Le livre est imprégné d'un climat de tension palpable et corrosif, les rapports entre les deux hommes symbolisent deux visions du monde. D'un côté l'incompréhension et l'administration de consignes hiérarchique ( l'armée) de l'autre l'interrogation au travers des yeux de l'administrateur civil.
Un livre dont il est difficile de rendre compte, Coetzee évoque la raison d'état et la force de l'administration, son aveuglement. Seul un homme s'oppose à cette force destructrice un homme seul, le magistrat de la ville,essayant de comprendre l'incompréhensible.
Difficile de ne pas penser à la guerre en Irak.
C'est l'une des forces du livre, grâce à la métaphore illustrée par cette bourgade, Coetzee évoque aussi bien l'apartheid, que la colonisation, les conquêtes amérindiennes. Couronné par le talent de l'auteur que je ne connaissais pas auparavant.
Un livre court mais dense, un trou noir littéraire. Combien sont-ils ces livres qui ont la capacité d'absorber la réalité, de la transfigurer et dans faire un pamphlet intemporel ( le livre fut écrit en 1980 mais garde toute sa fraîcheur) .
Un grand livre que ce court roman dont l'auteur a absorbé la réalité d'une humanité désolante pour en faire un chef d'oeuvre.
Adepte du page-turner passez votre chemin, c'est court mais dense, il faut reprendre sont souffle entre les chapitres, savoir se séparer de cette histoire pour ne pas finir absorbé.
Je suis le premier à dire que je connaissais pas cet écrivain auparavant, comment se fait-il qu'il ne soit pas davantage connu en France ?
A la lecture, difficile de ne pas prenser " Au désert des Tartares ", certains passages de désolation me font penser à" La route", d'autres à " Sept cavaliers quittèrent la ville au crépuscule par la porte de l'Ouest qui n'était plus gardée ".
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Citations et extraits (34) Voir plus Ajouter une citation
oliviersavignatoliviersavignat   23 juillet 2020
Je me tiens là longtemps, cherchant avec précaution mon équilibre sur le barreau, sentant le contact réconfortant du bois dans le creux de mes plantes de pied, m'efforçant de ne pas chanceler, évitant autant que possible toute variation de tension de la corde.
Pendant combien de temps une foule de badauds se satisfera-t-elle de regarder un homme debout sur une échelle ? Je suis prêt à rester là jusqu'à ce que la chair se détache de mes os, vienne l'orage, la grêle ou le déluge, pourvu que je vive.
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SeriallectriceSVSeriallectriceSV   09 septembre 2019
Ils lui ont montré la nudité de son père et l'ont fait balbutier de douleur devant elle ; ils ont blessé la fille devant le père, et il n'a pas pu les en empêcher [...] Dès lors, elle a cessé d'être pleinement humaine, d'être notre soeur à tous. En elle, certaines compassions sont mortes, certains mouvements de coeur ne lui ont plu été possibles. Moi aussi, si je passe assez de temps dans cette cellule hantée par des fantômes - non seulement ceux du père et de la fille, mais aussi celui de l'homme qui, même à la lumière des lampes, n'enlevait pas les disques noirs qui couvraient ses yeux, et celui du subalterne qui avait pour tâche d'entretenir le feu dans le brasero - touché à mon tour par la contagion, je deviendrai un être incapable de toute croyance.
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SachenkaSachenka   16 octobre 2016
"Et si votre prisonnier dit la vérité, mais s'aperçoit qu'on ne le croit pas? N'est-ce pas une situation terrible? Imaginez : être prêt à céder, céder, n'avoir plus rien à céder, être brisé, et subir pourtant de nouvelles pressions, parce qu'on exige que vous cédiez davantage! Et quelle responsabilité pour l'interrogateur!"
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SachenkaSachenka   18 octobre 2016
Le matin, l'air est plein de battements d'ailes : les oiseaux reviennent du sud, et dessinent des cercles au-dessus du lac avant de se poser dans les anses saumâtres des marais. Quand le vent se calme, on les entends crier, cancaner, cacarder, croasser, et cette cacophonie nous paraît la rumeur d'une cité rivale, d'une ville lacustre : oies cendrées, râles, canards filets, canards siffleurs, mulards, sarcelles, harles.
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MarianneLMarianneL   26 avril 2013
Je ne peux pas sauver les prisonniers : que je me sauve donc moi-même. Que du moins l'on dise, si l'on en vient un jour à le dire, s'il existe un jour, dans un lointain avenir, quelqu'un que notre façon de vivre intéresse : dans cet avant-poste extrême de l'Empire de la lumière, il y avait un homme qui, dans son cœur, n'était pas un barbare.
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Videos de J. M. Coetzee (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de J. M. Coetzee
L'acteur britannique de 59 ans ans, qui fut pendant dix ans le directeur artistique du Globe Theatre à Londres, est venu présenter à Deauville le film Waiting for the Barbarians de Ciro Guerra, adapté du roman de l'écrivain sud-africain J.M. Coetzee. Dans ce film, Mark Rylance incarne le personnage du Magistrat, qui assiste impuissant à la mécanique de destruction sadiquement mise en place sous ses yeux par le colonel Joll (Johnny Depp), face à une prétendue invasion barbare... Héros de la série Dans l'ombre des Tudors, nouveau chouchou de Steven Spielberg - qu'il a dirigé dans le Pont des espions, le Bon gros géant ou Ready Player One -, le comédien répond à notre questionnaire sur petits papiers colorés, en évoquant son rôle dans Dunkerque, de Christopher Nolan, ou sa collaboration avec Patrice Chéreau.
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