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EAN : 9782070379156
212 pages
Gallimard (11/02/1988)
3.98/5   161 notes
Résumé :
« Si ce livre pouvait changer un seul “haïsseur”, mon frère en la mort, je n'aurais pas écrit en vain »
Albert Cohen
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
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Unhomosapiens
  31 août 2018
Je recherche dans mes livres lus, une critique à rédiger. Parfois, j'ai lu le livre il y a très longtemps et je fouille alors dans ma mémoire, ou bien je n'ai pas écrit la critique aussitôt après la lecture car j'ai besoin de réfléchir encore au livre. Et alors, je retrouve le livre d'Albert Cohen. Et tout d'un coup, j'ai comme une grosse boule dans la gorge. Je ne sais plus par où commencer. Et c'est comme ça qu'ensuite je tire des généralités sur l'espèce humaine, sur la "saloperie" qui nous entoure, dont nous sommes aussi (un peu) responsables et tout et tout. J'ai moi aussi comme tout le monde ma sensibilité et, comme tout le monde (je veux le croire), je me remets en question. J'ai lu plusieurs bouquins de Cioran il n'y a pas si longtemps. Et actuellement je relis « La  nausée ». Rien de bien réjouissant pour se réconforter l'âme. Il y a des moments comme ça dans la vie où on a besoin d'entretenir une certaine déprime pour se sentir exister. le souvenir du livre de Cohen ne m'est pas d'un grand réconfort. Mais, il se révèle absolument nécessaire pour réfléchir à notre humanité. Pour ne pas oublier ce que j'appelle la « saloperie » humaine. La part d'ombre de chacun, de tout le monde. Il y a quelques jours, j'avais commencé à lire « Les bienveillantes ». J'ai lu l'introduction. Je n'ai pas pu aller plus loin. Parfois, on se dit qu'il n'y a pas de hasard. le narrateur dit, en gros, qu'on est tous responsables individuellement de la marche d'une société. Même indirectement, le plus petit fonctionnaire au fond d'un petit bureau ou le cheminot responsable d'un aiguillage, a sa part de responsabilité sur les réalisations collectives. Et je relie alors ensemble les deux livres. Le commerçant qui insulte l'enfant de 10 ans, absolument innocent, et lui dit qu'il ne sert pas les Juifs, se doute t-il du mal qu'il fait ? On peut dire qu'il est pris dans un engrenage sociétal… etc. Mais le point de vue de l'écrivain qui nous relate ce moment qui a déterminé toute sa vie, qu'est-ce qu'on en fait, nous, lecteurs ? Qu'est-ce qu'on peut en faire ? Je vous le disais : la « saloperie » !
Ce livre est donc un petit bijou, bien écrit, bien tourné, avec tout le pathos qu'il faut pour aborder (une partie de) la réalité de l'Humain et se remettre en question sur nos actes, nos paroles…
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Croquignolle
  31 août 2015
Une rencontre qui change la vie !" J'aime cette phrase quand elle décrit une belle rencontre, positive, sympathique, heureuse. Je la déteste lorsqu'elle évoque le contraire.
Albert Cohen, enfant de 10 ans, rencontre un camelot qui par une phrase, un geste, lui révèle son identité de juif détesté. Et le ciel s'écroule. Et la vie s'écroule.
Cet enfant, auparavant naïf, joyeux, souriant découvre la Haine. En une seconde. C'est le choc. L'enfant erre, rumine, pleure, ne comprend pas, tente pourtant de laisser pointer un rayon d'espérance et d'amour, avant de s'écrouler à nouveau.
Je referme ce livre très émue. Jamais je n'ai ressenti de manière aussi forte ce qu'un enfant juif a pu (et peut toujours) ressentir face à la haine de ses frères humains. En théorie, je le sais. L'histoire du peuple juif, dans ses grandes lignes, je la connais. Mais là, les mots d'Albert Cohen - toujours aussi puissants par leur beauté et leur réalisme - m'ont fait vivre, au plus profond de mes tripes, la souffrance violente d'un être rejeté et haï. Et ça fait mal.
"Une rencontre qui change la vie..." C'est certain, ma rencontre avec Albert Cohen, à travers ses mots, n'a pas fini de me transformer.
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oran
  23 mai 2017
Quand Albert Cohen publie ce livre en 1972, il a 77 ans, il lui reste neuf ans à vivre. Pour lui, avant un adieu définitif , il devenait urgent d'écrire, de révéler, ce qui, depuis l'âge de dix ans le poursuivait, sans répit, le taraudait : raconter cette blessure restée béante toute sa vie, une sorte de carcinome irréversible dont l'affligea un camelot un 16 août après-midi en 1905 à Marseille quand il se vit traiter de « sale Youpin » . Ce livre c'est son credo par lequel il implore ses frères : ne point haïr leurs prochains parce qu'ils sont d'une race , d'une religion différentes.
J'ai vraiment ressenti le traumatisme subi par ce garçonnet, sa terrible souffrance. Envie de le consoler, d'essuyer ses larmes…
Un récit original, pour dénoncer le racisme, mais, personnellement, cet ouvrage ne m'a pas bouleversée, peut-être trop incantatoire, cela me laisse une sensation de gêne, et de regret, un sentiment d'incomplétude, difficile à expliquer.
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PauvreType
  23 mai 2018
"Page blanche ma consolation, mon amie intime lorsque je rentre du méchant dehors qui me saigne chaque jour."
J'étais, doux euphémisme, déprimé et las et suicidaire et tout ce qu'on peut imaginer - ou tout ce que les médecins imaginent pour vous. Dans ces cas-là, je cherche un bouquin qui cause Shoah, haine, Juifs ou extermination finale. Les antidépresseurs, bien qu'excellents somnifères lorsqu'on est en surdosage, ne faisaient plus effet. Donc voilà, le livre de Cohen me tombe entre les mains.
"Ils raffolent de pratiquer leur amour du prochain, amour qui n'engage à rien."
Il était bien question de haine, de Juifs etc. mais pas de la Shoah. La quatrième de couverture indiquait deux phrases du livre "Un enfant Juif rencontre la haine le jour de ses dix ans. J'ai été cet enfant". Un peu de culture m'aurait fait savoir que l'écrivain était né en 1895 : faites vos calculs. Et le zigue est né à Corfou mais cela nous importe peu.
"Je mourrai bientôt, me redis-je avec un sourire."
Bref, quand la culture vient à manquer (ce qui, chez moi, n'est pas rare ; si au milieu d'étudiants en éco ou psycho, je peux passer pour un mec à la culture démente, je suis bien et bel un inculte de la pire espèce et si j'avais lu tous les bouquins dont j'ai déjà causés, je serais peut-être un peu moins con.), les notices biographiques en début d'ouvrages (celles des éditions Folio sont de très bonnes qualités et pas décourageantes ; éviter en revanche les notices Pléiade et Omnibus) peuvent être utiles.
"Avant que tout impassible sur mon lit de mort je sois (...) il faut que j'écrive un livre utile."
Ouf, au bout de quelques pages la Shoah, à travers sa mère, intervient et je me sens un peu moins ridicule. Puisque je suis ce Juif persécuté (z'avez pas vu mon nez ?) qui se balade les yeux sur le bitume, rapide et croyant échapper au mal. Ce mal est les autres, tous les autres. Il suffit d'un rire de l'autre côté du trottoir pour que, ça ne fait aucun doute!, il me soit destiné - alors je me venge sur le papier ou, plus souvent, sur la pauvre barmaid qui, tout en essuyant les verres, songe à la mort de Charles X. Je me vois en cet enfant, ça me déchire puisqu'il n'est jamais bon de revenir au temps béni de son enfance etc. vous connaissez la chanson.
"J'étais tout neuf, je ne savais pas qu'il y avait des méchants et Maman vivait en ces temps-là."
Puis, la mort approche, "Cette continuelle mort dont je noircis mes pages", omniprésente; sous la plume du vieux Cohen et il pense, pauvre vieux, que ce livre pourrait être utile, triste projet!, alors il essaie, en vain d'approcher les êtres. Et la mort approche encore et, déjà, il n'y croit plus à son projet de rapprochement entre les animaux humains.
"Je me rappelle qu'un jour, pour me dire la grandeur de l'Eternel, elle (sa mère) m'expliqua qu'il aimait même les mouches, et chaque mouche en particulier, et elle ajouta J'ai essayé de faire comme Lui pour les mouche, mais je n'ai pas pu, il y en a trop."
Il en est ainsi des Hommes.
Les Juifs meurent plus que les autres, c'est entendu ; leur destin est la mort puisque sans elle Il n'existerait plus, ce Dieu auquel ils ne croient pas - chaque Juif est son propre Dieu et chacun attend sa crucifixion. Qu'il est difficile d'être Jésus quand on n'est qu'un pauvre homme.
Le livre se termine sur ces lamentations de vieil écrivain malade et mourant, n'ayant pas su vivre, n'ayant pas su mourir à temps ; sa crucifixion arriva neuf ans plus tard. On retiendra ses lamentations encore quelques années puis la collection de la Pléiade aura eu raison de ses vers - de terre.
"Il fait beau dehors, il y a la vie dehors, et moi je reste seul et enfermé, oubliant de vivre."
Et moi je suis là, je ne suis plus frère, à peine humain hélas. Je survis au milieu des requins et songe à travailler mon crawl.
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patrick75
  29 octobre 2011
En une journée , jour de son dixième anniversaire , un enfant va découvrir la haine .Un livre tres émouvant . Cet enfant va voir le monde qu'il s'était construit s'écrouler par la faute d'un imbécile .
Ce n'est pas une critique que j'ai envie d'écrire , mais plutôt d'un message que j'ai envie d'envoyer à l'auteur là ou il se trouve : " cher Monsieur Cohen , sachez que je vous aime .Sachez également que je n'ai pas pour habitudes de dire cela à un homme ! "
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critiques presse (1)
BDGest   23 août 2016
Bouleversante, dans sa réalisation comme dans sa thématique, universelle, du fait de l'innocence de la victime et de la sensibilité du traitement : une œuvre rare et indispensable.
Lire la critique sur le site : BDGest
Citations et extraits (40) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   29 juin 2014
Ô vous, frères humains, vous qui pour si peu de temps remuez, immobiles bientôt et à jamais compassés et muets en vos raides décès, ayez pitié de vos frères en la mort, et sans plus prétendre les aimer du dérisoire amour du prochain, amour sans sérieux, amour de paroles, amour dont nous avons longuement goûté au cours des siècles et nous savons ce qu'il vaut, bornez-vous, sérieux enfin, à ne plus haïr vos frères en la mort. Ainsi dit un homme du haut de sa mort prochaine.
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Nastasia-BNastasia-B   29 juin 2014
Une vieille bonne si dévouée et depuis quarante ans dans la famille, les bourgeois adorent ça, et leurs yeux illuminés d'idéal s'attendrissent de confort charmé, et parce qu'ils raffolent de pratiquer leur amour du prochain, amour qui n'engage à rien, à rien qu'à sourire, ils sourient beaucoup à cette esclave et prochaine, fort aimée mais peu payée, à chaque ordre donné lui sourient saintement, lui montrent leur squelette de bouche, lui adressent un message dentaire d'amour du prochain, ce qui ne coûte pas cher et les épanouit et dilate de perfection morale.
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ThibaultMarconnetThibaultMarconnet   21 octobre 2020
J’avais trois francs dans ma poche, cadeau de ma mère en ce jour anniversaire, et je décidai d’en consacrer la moitié à l’achat de trois bâtons de détacheur. Ainsi le camelot m’estimerait, me trouverait intéressant, et je pourrais rester longtemps à l’écouter, du droit d’un client sérieux. Et puis Maman serait si contente ! Jamais plus de taches ! Le cœur battant, tout ému de l’important achat qui allait me valoir la considération des badauds et l’amitié du camelot, je mis la main dans la poche de mon costume marin pour en sortir la grande somme, et j’aspirai largement pour avoir le courage de m’avancer et de réclamer les trois bâtons. Mais alors, rencontrant mon sourire tendre de dix ans, sourire d’amour, le camelot s’arrêta de discourir et de frotter, scruta silencieusement mon visage, sourit à son tour, et j’eus peur. Son sourire venait de découvrir deux longues canines, et un paquet de sang massivement afflua sous ma poitrine, à hauteur du sternum, avec le choc d’un coup contre ma gorge. Sous son regard bleu pâle et son index tendu qui me désignait, je transpirai, et de panique j’humectai mes lèvres.

Toi, tu es un youpin, hein ? me dit le blond camelot aux fines moustaches que j’étais allé écouter avec foi et tendresse à la sortie du lycée, tu es un sale youpin, hein ? je vois ça à ta gueule, tu manges pas du cochon, hein ? vu que les cochons se mangent pas entre eux, tu es avare, hein ? je vois ça à ta gueule, tu bouffes les louis d’or, hein ? tu aimes mieux ça que les bonbons, hein ? tu es encore un Français à la manque, hein ? je vois ça à ta gueule, tu es un sale juif, hein ? un sale juif, hein ? ton père est de la finance internationale, hein ? tu viens manger le pain des Français, hein ? messieurs dames, je vous présente un copain à Dreyfus, un petit youtre pur sang, garanti de la confrérie du sécateur, raccourci où il faut, je les reconnais du premier coup, j’ai l’œil américain, moi, eh ben nous on aime pas les juifs par ici, c’est une sale race, c’est tous des espions vendus à l’Allemagne, voyez Dreyfus, c’est tous des traîtres, c’est tous des salauds, sont mauvais comme la gale, des sangsues du pauvre monde, ça roule sur l’or et ça fume des gros cigares pendant que nous on se met la ceinture, pas vrai, messieurs dames ? tu peux filer, on t’a assez vu, tu es pas chez toi ici, c’est pas ton pays ici, tu as rien à faire chez nous, allez, file, débarrasse voir un peu le plancher, va un peu voir à Jérusalem si j’y suis.

Ainsi me dit le camelot dont je m’étais approché avec foi et tendresse en ce jour de mes dix ans, d’avance ravi d’écouter le gentil langage français dont j’étais enthousiaste, crétinement d’avance ravi d’acheter les trois bâtons de détacheur universel pour me faire bien voir du camelot, pour lui plaire, pour en être estimé, pour m’en faire aimer, pour avoir le droit de rester, pour en être, pour participer à la merveilleuse communion, pour aimer et être aimé.

(p. 36-40)
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patrick75patrick75   28 octobre 2011
Oh, ces comiques mâles qui circulent velus descendants d'anthropopithèques, et adorateurs de la force, animal pouvoir de meurtre, qui circule en croyant qu'ils seront toujours vivants, et ils discutent avec une basse passion de cette chère équipe de football qui n'aurait pas du être battue, et qu'elle coup pour l'honneur national, et c'est la faute de ce fumier d'arbitre, et ils discutent aussi, avec une fureur d'amour, de la glorieuse victoire de leurs héros national, cet admirable coureur cycliste qui sait tout aussi bien qu'un singe remuer vite ses pattes sur deux roues, et ils le vénèrent et l'adorent ces crétins, et de sa victoire ils sont heureux, ces malheureux, et ils ne se doutent pas que le bois de leur cercueil existe déjà dans une scierie ou dans une forêt et les attend.
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CroquignolleCroquignolle   31 août 2015
Brusquement, comme l'année passée à l'arrêt de La Plage, j'imaginais que j'allais recevoir le don de faire des bonds de dix mètres, des bonds qui me vaudraient l'intérêt et surtout l'affection de ces passants qui viendraient tous me féliciter. Je me levai donc et me mis en position de réceptivité magique, m'efforçant de ne porter nul obstacle à la grâce et de me rendre léger. Rien ne venant, je me haussai sur la pointe des pieds pour attirer le miracle des sauts immenses. On me bouscula et je perdis l'équilibre et la foi."
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#belleduseigneur #albertcohen #cultureprime Ce roman, procès de la passion amoureuse, est radical : on aime ou on déteste mais pour beaucoup, il y a eu un avant et un après "Belle du Seigneur". Ces 850 pages, commencées avant la Seconde Guerre mondiale mais terminées en 1968, ont fait dire à Albert Cohen qu'écrire est un acte d'amour.
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