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Bernard Hoepffner (Traducteur)
EAN : 9782879295343
372 pages
Editions de l'Olivier (05/10/2006)
3.69/5   13 notes
Résumé :

" Pendant quelque temps, j'ai été cette figure ridicule : le Blanc entiché de tout ce qui était noir. Je ne me suis jamais lancé dans les poignées de main soul, je n'ai jamais porté de tunique africaine, mais je désirais à coup sûr être bien vu par les frères et les sœurs. " A soixante ans, Nik Cohn - ce " Juif sud-africain allemand russe anglo-irlandais " - plonge tête la première... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Peu de choses à ajouter après l'excellente et très complète première critique de Thyuig, que je vous invite à lire.
Il y a aussi des épisodes plus étonnants, comme celui de la tentative d'enregistrer avec la rappeuse Junie B, aujourd'hui complètement inconnue. La violence de la Nouvelle-Orléans est dépeinte de manière frappante, j'irai jusqu'à dire inquiétante, la logique des gamins du quartier aussi : cela me rappelle, dans le film Heat de Michael Mann l'histoire du Noir sorti de prison qui rejoint la bande de braqueurs après avoir essayé de se "réinsérer" comme on dit. En lisant Nik Cohn, on se dit que les problèmes d'intégration sont chose mieux partagée qu'on ne pense.
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Il y a un manège auquel je participe souvent dans les transports en commun, je repère un usager en train de lire un bouquin, j'essaye de ne pas tomber sur le Da Vinci Code et un énième avatar de Millenium et, alors que le foule du tram me rapproche insensiblement vers le lecteur et son potentiel trésor, je jette toute mon attention par dessus son épaule et parcours les pages immédiatement visibles. Si l'essai est transformé, je note le titre ou le nom de l'auteur, enfin, ce que j'arrive à reconnaître. C'est ce qui s'est passé avec Triksta. Un mec assis juste devant moi, l'air d'un étudiant en fac de Lettres, absorbé par des pages où se mélaient rap, Nouvelle-Orléans, studio, gangsta, et foule d'autres indices propices à mon évanescence en ces lignes.
Nik Cohn, je ne le connaissais que de nom, le type qui a inventé la critique musicale embarquée dans les années 60 et 70. Un journaliste anglais qui mélait son propre ressenti à ses chroniques. Il vivait avec le groupe, les Stones, les Who, mais aussi la vague Punk de 76 et 77, l'archétype du gonze qui me branche dans ce métier, qui ne se contente pas d'enfiler les perles.
Nik Cohn est amoureux de la Nouvelle-Orléans, pourquoi pas. Voilà une ville des USA, la synthèse archétypale du Sud dans ce qu'il a de plus dirty, un sud de fantasme, musicien mais ségrégationniste, leger et futile mais dans le même temps d'une pauvreté tiers-mondiste, un Sud das lequel les infrastructures sont inexistantes, qui laisse crever une population majoritairement noire dans un bourbier on ne peut plus éloigné dans hautes structures du néo-libéralisme triomphant à New-York ou en Californie. La Nouvelle-Orléans est cette ville au passé musical invraisemblable, ville de carnaval, de melting-pot, la ville deep-soul par excellence.
Un soir alors qu'il rentre à son hotel, Nik Cohn est frappé par cette ville qu'il ne reconnaît plus, il flippe à mort et décide de se confronter à ses peurs et se rendant à pied dans un district à majorité noire. Il ne met pas longtemps avant d'âtre repéré par des gangtas en herbe, ceux-ci l'entourent tandis que ses intestions sont près à lacher. Les phares d'une voiture le sauvent in extremis. Il en est quitte pour seulement une grosse frayeur, sa plus grosse frayeur. Et voilà pouruqoi Nik Cohn est un type assez incroyable, ce mec a parcouru le globe en compagnie des plus grandes stars du rock, il a accompagné ce mouvement, mais cette peur invincible, voilà qu'elle le tenaille et qu'elle l'empêche même d''apprécier la Nouvelle-Orléans, sa ville. Alors il se prend par les couilles (au sens propre du terme) et cherche à se confronter aux rappeurs, à la Bounce (ce hip-hop propre au dirty south qui mèle au beat triggerman (du nom de son créateur) des paroles ultra-sexuelles, c'est la musique des block-party, celle où le emcee engage la prtie féminine à balancer ses hanches, à montrer ses seins, à "emancher" comme des furies, voilà l'état de ce qui marche à la Nouvelle-Orléans), en gros il veut vaincre sa peur par le mal. Si tu ne supporte pas l'alcool, tu n'as qu'à boire que du rhum.
L'intérêt de ce bouquin est qu'il intervient avant Katrina et nous montre déjà une ville dévastée. La mort intervient chaque jour en emportant de l'adolescent dans une épicerie au chef de gang camé pour dix générations, de la grand-mère victime d'une balle perdue au grand prêcheur de la bounce Soulja Slim. Et tout le monde s'en fout, cette ville est morte, elle n'est là que pour le quartier français, les hhabitants des quartiers peuvent bien crever. C'est dans ce climat que Nik Cohn va tenter de produire des jeunes artistes et ainsi se confronter de tout son être aux difficultés inhérentes au business du rap. Les artistes ne viennent pas, ne pensent qu'à conduire un grosse caisse, à remplacer leurs dents en or par du platine, ne voient leur horizon qu'à l'aune d'une tournée des boîtes de Virginie. Atlanta, Bâton-Rouge, peut-être un bout de la Floride et voilà. Et petit tour et puis tu meurs.
Nik Cohn n'aura rien produit jusqu'à Katrina, tout juste aura-t-il partiellement réussi à affronter sa peur du noir, l'ouragan n'y changera rien, les cadavres gonflés par les torrents de boue deversées par le Mississippi déchaîné resteront noirs, et ni les fonds fédéraux, ni la bienveillance d'une poignée d'acteurs du business du rap n'y changeront rien, cette ville est morte.
"Je me suis souvenu de Kerry, une chanteuse avec qui j'étais sorti quelque trente ans plus tôt, comment un matin, bien défoncés, après avoir fait l'amour, elle avait ironisé sur ma collection de disques, les affiches aux murs, tous les artefacts noirs que je croyais miens. Une vitrine, voilà ce que c'était selon elle, et elle avait saisi ma main pour la poser sur sa poitrine. Ca aussi, avait-elle dit. Elle était dans mon lit, dans mon monde ; et c'était du pipeau. Attends qu'on t'amène dans le ghetto, qu'on te pousse contre un mur, et on verra comment tu te sens. Tu te transformerais d'un seul coup en un pauvre Blanc du Sud, en raciste, m'avait dit Kerry. Naturellement, j'avais refusé de la croire. D'autres Blancs, peut-être ; pas moi. Ce poison, il ne pouvait être en moi. Et pourtant il y était."
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Acheté par hasard à Emmaüs. Pas de regret car j'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir comment le RAP est né, où et avec quels artistes. Nick Cohn aime la Nouvelle Orléans et la culture noire. Nous suivons ses pérégrinations et ses efforts pour apporter cette culture en Europe. C'est un document fascinant pour celles et ceux comme moi qui on assister à l'arriver du RAP en France. C'est dur, âpre mais captivant. J'en recommande la lecture et tous les écrits de Nick Cohn véritable légende du milieu underground et rock.
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
Pour un garçon qui voulait devenir un homme, aucune vocation ne semblait égaler celle de gangsta – de G. Il n'y avait aucune dignité dans le travail quotidien. Servir à table, nettoyer après les touristes, passer au jet d'eau le vomi et la pisse des confréries d'étudiants dans Bourbon Street – qu'est-ce que ça avait de viril ? Mais un G, c'était autre chose. Il avait droit au respect. Il suivait une éthique de guerrier – force, loyauté, vengeance – et avait un sentiment d'appartenance.
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On a que la peau et notre âme.
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