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EAN : 9782253046394
189 pages
Le Livre de Poche (30/11/-1)
3.58/5   189 notes
Résumé :
"Ces plaisirs…. " paraît en 1932. L'ouvrage est remanié et publié en 1941 sous le titre "Le pur et l'impur".

Est-ce par désir d'évasion, bravade ou simple snobisme que l'on fréquente ces fumeries d'opium dont l'adresse se transmet de bouche à oreille entre initiés ? Colette les a visitées, elle aussi, mais en gardant ses distances vis-à-vis de la drogue donneuse d'oubli et finalement l'opium capte moins son intérêt que ceux qui en tâtent.
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Critiques, Analyses et Avis (26) Voir plus Ajouter une critique
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Colette n'est définitivement pas une auteure pour moi et je ferai mentir l'adage "Jamais deux sans trois" car cette deuxième rencontre sera bien la dernière.

Avant que ne se déchaînent sur ma pauvre tête de lectrice lambda les foudres propres à terrasser l'iconoclaste, je reconnais que "Le pur et l'impur", écrit en 1930 et publié dix ans plus tard, a pour lui cette audace de propos qui caractérise la "reine de la bisexualité", bien que je reste complètement imperméable à son style qui abuse des sujets inversés et voue un culte à la ponctuation éthérée.

Tout comme chez Duras et Yourcenar, j'ai dû m'accrocher à mes bretelles pour faire émerger du texte un sens que mes pauvres neurones puissent comprendre. Il est coutume de dire pudiquement : "Je suis passée à côté" ou encore "Voici un rendez-vous manqué" mais dans le cas présent, j'ose dire "Quelle via dolorosa que ces malheureuses 188 pages !".

Oh, je sais que j'aurais dû y voir une ode à Sapho, un traité féministe ou encore une oeuvre d'avant-garde, etc. mais "Le pur et l'impur" ne fut pour moi qu'un pensum verbeux et abscons. Qu'est-ce que je déteste lire sans comprendre ce que je lis, en me demandant à chaque phrase : "Mais je suis débile ou quoi ? De quoi s'agit-il ? Où veut-elle en venir ? Vais-je terminer ce bouquin sans savoir de quoi il parle ?".

Alors je vous rassure, je sais de quoi il parle, j'y ai mis quelques dizaines de pages mais j'ai fini par saisir l'essence de ce que Colette désignait elle-même comme "son meilleur roman". Sauf qu'il ne s'agit pas d'un roman mais d'un recueil de témoignages, autobiographiques pour la plupart, mettant en lumière les égéries de la Belle-Epoque où les amours féminines étaient à la mode et où il était délicieusement sulfureux de porter le smoking et d'aller s'encanailler chez Mathilde de Morny, alias la Chevalière.

Alors, je sais, je sais, si moi aussi j'avais connu et vécu cette période charnière de l'Histoire où la Femme a pu (enfin) commencer à s'émanciper (bien qu'à mon humble avis un très faible échantillonnage privilégié du sexe ait pu le faire en réalité, la masse plébéienne ayant dû attendre pour cela de remplacer les hommes au travail pendant la Première Guerre Mondiale), j'aurais alors saisi tout l'enjeu de ce manifeste, j'en aurais sans doute été interloquée, choquée, éblouie et stimulée, mais lu en 2018, et tout en essayant de faire la part des choses, je ne peux que conclure sur l'ennui profond qu'il m'a procuré.


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Sidonie-Gabrielle Colette, dite "Colette", à travers les confidences de ceux qui vécurent des amours non conventionnelles, qu'elle nomme affectueusement ses "monstres", réfléchit, en écho à sa propre expérience, au sentiment et au plaisir amoureux. Elle restitue le coeur même de ces émotions, si différentes les unes des autres, pour les comparer, en toile de fond, à ceux du couple hétérosexuel classique. Encore qu'on puisse se demander si "le" couple hétérosexuel classique existe...

Elle évoque successivement la quête de deux don Juan, toute tramée de ressentiment paradoxal envers l'avidité des femmes qu'ils traquent et la détestation de leur propre sexe ; celle d'une bourgeoise entre deux âges simulant le plaisir entre les bras de son jeune amant pour protéger son amour-propre ; les relations saphiques de certains membres de la haute aristocratie et du milieu artistique en ce tout début du 20 ème siècle : passent les figures de Mathilde de Morny, dite "Missy", de la poétesse Renée Vivien, de la femme de lettres Natalie Barney, de la richissime baronne Hélène de Zuylen, et de tant d'autres ; elle relate l'attendrissante et incroyable histoire des dames de Llangollen, qui se retirèrent du monde en 1778 par la force d'un amour, peut-être platonique, qui le dira, et est-ce vraiment le plus important ? Elle s'attarde sur les amours masculines et leurs diverses déclinaisons, et donne absolument tort à Marcel Proust qui juge de l'homosexualité féminine au prisme de la masculine, alors qu'elles ne sont nullement la réciproque l'une de l'autre ; elle aborde le triolisme, qu'elle rejette comme un marché de dupes, en défaveur souvent de l'étourdi qui l'a initié, l'homme, peu capable d'anticiper la douce complicité des relations entre femmes.

Elle sculpte d'une plume poétique servie par un style riche et délicat, les liens que tissent les êtres humains, à base de tendresse, d'amitié, de sensualité, de jalousie, de complicité, d'instinct de protection, d'affectation, d'hypocrisie, hypocrisie dont le versant positif est la délicatesse et la discrétion, à cultiver sans modération.

Ce qui ressort de l'oeuvre, c'est le gouffre qui sépare l'univers féminin de l'univers masculin ; à tel point qu'hormis l'instant de la volupté, rien ne semble devoir rapprocher vraiment les deux sexes. Et encore, cette volupté n'est-elle très souvent que concédée par la femme pour qui elle n'est pas essentielle, et qui déploie, pour en faire offrande, un art consommé qui va du murmure plaintif au cabotinage effréné, selon les attentes de l'amant ; son domaine à elle est tout de sensualité et de tendres enveloppements, qui n'excluent pas la jouissance paroxystique mais ne la recherchent pas systématiquement.

Au lit comme ailleurs, l'homme est le maître du jeu et ses désirs font loi. Cette dissymétrie menace de laisser les amants chacun dans sa solitude ; heureusement l'androgynie psychique, présente en tout être, assouplit la frontière entre ces territoires adverses et permet de tendre un pont entre eux.

Car il reste impossible d'évacuer l'amour entre femmes et hommes, mystérieuse alchimie des contraires, pourvoyeuse de sentiments exaltés et de ressentiments aigus, sorte de tonneau des Danaïdes désaltérant et assoiffant en même temps.

Parallèlement aux sentiments amoureux, Colette explore les univers de l'addiction, sexuelle, opiomane ou alcoolique qui souvent les accompagne, et les souffrances des malheureux captifs qui y laissent leur santé et leur vie. Car "l'agréable ponette" qu'elle fut, (c'est elle-même qui se qualifie ainsi : un brin de folie en tête mais toujours les deux pieds fermement arrimés au navire), se garda éloignée de tout excès.

Quelles sont donc alors les relations entre "Le pur et l'impur" ? Tel est en effet le titre que Colette donna à cette oeuvre dès 1941, après l'avoir appelé "Ces plaisirs...qu'on nomme, à la légère, physiques", dans l'édition de 1932. "Je n'aime pas les points de suspension", s'expliqua-t-elle de ce changement.

L'innocence, nous dit Colette, ne s'oppose pas au "vice" selon le monde : on peut la découvrir au fond d'une fumerie à opium, entre deux hommes, entre deux femmes, alors que le couple conventionnel recèle souvent des abîmes de perversité, sous couvert du paravent de respectabilité mis en place par le cynisme et la cruauté ambiante.

Ce livre est important. Son auteur d'ailleurs le considérait comme le plus abouti de son oeuvre.

On voit bien l'inspiration qu'ont pu en tirer les études de genre.
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Ecrits entre 1930 et 1931, publiés dans Grégoire entre décembre 1931 et janvier 1932, puis regroupés sous le titre Ces plaisirs..., Colette les remanie et les re-publie en 1941 sous le nom de le Pur et l'Impur.
Bien loin de ses écrits romanesques et/ou autobiographiques, le Pur et l'Impur nous permet de découvrir une femme souvent moins connue voir méconnue Colette la journaliste, une journaliste très prolixe .Alors pourquoi ne nous raconterait elle pas ses rencontres diverses et variées, de la salle où la fumée d'opium vous enivre, à ces alcoves discrètes où hommes et femmes se confient . Une série de courts textes qui, je n'en doute pas ,ont du faire sursauter bon nombre de bien-pensants !!
Bien loin des langages explicites contemporains, l'écriture de Colette se joue des mots, j'allais dire des lumières tamisées ou non. Chacun lisant entre les lignes savourera l' écriture de Colette , un régal!

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Les plaisirs des « monstres » de Colette ont le parfum trouble du cristal. Et sous sa langue ce parfum brûle comme la fumée de l'opium.
La pureté d'un cristal se révèle à la lumière qui le traverse.
Colette a l'oeil perçant.
Chacun va jusqu'au bout de sa nuit. Chacun chasse la pâleur de ses jours. Chacun dans la lucidité de son enfer marche vers une impossible étoile et se consume.
Le trouble ne saurait départager le pur de l'impur.
L'un ne pouvant sans doute exister sans l'idée même de l'autre.
Les narines de Colette ont frémi dans l'antichambre des « monstres »,
L'élégance de leur démesure sous les lustres terribles de leurs dépendances.
C'est beau.C'est Colette.
Le bruissement de la soie entre les pattes gourmandes d'un chat.

«  Les tragiques mettent en scène des légendes qu'ils n'inventent point » (Louis Mouliner -  Le pur et l'impur dans la pensée des grecs ) . 

Astrid Shriqui Garain
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Transgressif ce livre de Colette? Plutôt faisant fi des tabous, avec un style sans fioritures,... encore que Colette laisse une large place aux allusions.
Colette "joue" également, en mettant dans la bouche de ses personnages des affirmations dont on ne sait finalement si elle les endosse, ou si elle se contente de les décrire amicalement.
Mais aussi un gout pour la provocation. Par exemple: le libertinage saphique est le seul qui soit acceptable".
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Citations et extraits (86) Voir plus Ajouter une citation
[...] il eût voulu qu'une femme enfin l'aimât assez pour se refuser. Mais il est malaisé à une femme de ne pas se donner. Et d'ailleurs, au moment où notre conquérant entrevoyait les fins véritables de l'amour et le brûlant espace pur qui unit, mieux qu'un nœud de chair, deux amants parfaits, le désir le prenait, et si fort qu'il eût jeté à terre, poings liés, et possédé sur le carreau l'objet de son amour.
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- Quel souvenir, Damien, croyez-vous avoir laissé aux femmes, à la plupart des femmes ?
Il ouvrit ses grands yeux gris, dont il ménageait le regard, d'habitude, entre des paupières mi-fermées.
- Quel souvenir ?... A coup sûr, un goût de trop peu, - naturellement.
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Qu'y a-t-il donc de changé entre l'amour et moi ? Rien, sinon moi, sinon lui. Tout ce qui procède de lui porte encore sa couleur et la répand sur moi. Mais cette jalousie, par exemple, qui lui fleurissait au flanc comme un oeillet noir, ne la lui ai-je pas trop tôt arrachée ? La jalousie, les bas espionnages, les inquisitions réservées aux heures de nuit et de nudité, les férocités rituelles, n'ai-je pas trop tôt dit adieu à tous ces toniques quotidiens ? On n'a pas le temps de s'ennuyer avec la jalousie, a-t-on seulement celui de vieillir ?
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“J’ai eu l’occasion de descendre au fond de la jalousie, de m’y établir et d’y rêver longuement.”
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Ne peux-tu, petit sein indiscret, nous laisser au-dessus de toi rêver en égoïstes, évoquer les pulpes, les aurores, les monts, divaguer entre les planètes, - ou ne penser à rien ? Que n'es-tu de marbre tiède, anonyme, respectueux de la paume caressante et sans desseins ? Nous ne te demandions pas ton avis, mais tout de suite te voilà sans mystère, quémandeur, et viril que c'en est une honte..."
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