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Alain Brunet (Préfacier, etc.)
ISBN : 2253005231
Éditeur : Le Livre de Poche (01/03/1973)

Note moyenne : 3.79/5 (sur 282 notes)
Résumé :
Donner à voir des manuscrits, d'ordinaire inaccessibles, rendre visible le travail d'écriture, en montrant les mouvements d'une plume qui trace, rature, avance, revient, dessine parfois, se glisse entre les lignes ou envahit les marges, tel est le propos de la collection Manuscrits.

Chaque volume présente un dossier manuscrit complet reproduit en fac-similé. En regard, page à page, une transcription aide au déchiffrement. La préface éclaire les proce... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
PiertyM
  23 mai 2018
Un tout petit bijou autobiographique,! C'est un bijou, non pas parce que l'histoire soit aussi pertinente, ou que des personnages aient été façonnés de toutes pièces avec une imagination débordante pour nous émouvoir. C'est une histoire ordinaire, avec des personnages ordinaires que la majestueuse écriture de Colette à rendu attachant, une mère hardie, un père placide, deux frères cocasses, une soeur misanthrope....Entre tous, seule la mère va marquer la vie de notre auteure, d'où le titre de Sido. .Et puis tous les détails cette femme attachée à sa campagne, à ses moeurs, à son jardin, ses goûts pour les fleurs, pour les petits soins ménagers, Colette nous en parle avec entrain, mais qu'elle sera un peu frustrée quand la voyante spirite lui dira ne voir que son père et son frère qui se soucient d'elle dans l'au-dela, mais qu'elle ne voyait pas sa mère, la résolue Sido...
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ATOS
  21 juin 2015
Sido, suivi des vrilles de la vigne... Lire, relire, Gabrielle Colette c'est toujours entrer dans un jardin. Et c'est bien peu, si peu, de dire cela. Insuffisant. C'est toujours une histoire d'amour. De parfums, de lumières, de tendresses fauves, de miel et de ronces. C'est le regard d'un chat, un vent venu de l'est, un vallon qui respire, une gorge qui murmure. Colette est de par nature l'écrivaine des sens. Qui mieux qu'elle sait nous donner la source, la soie, le sabot, l'herbe et ce sourire confiant ? La fièvre des roses, l'odeur du cuir, des chairs et des tabacs ? Elle n'a jamais quitté son enfance. C'est peut peut être ce goût là qui nous revient en bouche lorsque sous sa plume nous voyons «  le soleil marcher sur le sable ».
Dans ce jardin particulier boire cette «  gorgée imaginaire ». Sido, ses frères, le Capitaine, cette terre, ces racines, ces douleurs, ces bêtes là, ces âmes ci et toutes ces musiques anciennes.
C'est beau comme Verlaine, c'est doux comme Colette. La poésie se fait comme ça. Et peu importe le bruit qui vient de la rue. Regarde. Ce qui importe ce sont les jardins, là où naissent les parfums.
«  J'écoute, la tête sur ta poitrine, palpiter le vent, les flammes, et ton coeur, cependant qu'à la vitre noire toque incessamment une branche de pêcher rose, à demi effeuillée, épouvantée et défaite comme un oiseau sous l'orage... » Le dernier Feu. extrait
Regarde ou tu cesseras de respirer.
Astrid Shriqui Garain
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brigittelascombe
  18 juin 2011
Sido.
Cette mère admirée, admirable, mais étouffante et restrictive, ce soleil qui éblouissait un peu trop, c'est Sido.
Sido, titre de livre qui gomme à lui seul les deux derniers chapitres, celui du père, le capitaine effacé ne vivant que pour sa femme puis par la suite pour sa femme et à travers sa fille; et celui des sauvages :Achille, l'ainé sans rivaux donc jalousé, Juliette, l'étrangère, l'agréable laide donc détestée et Léo qui a échappé à la musique, puis à la pharmacie, puis successivement à tout donc dénigré.
Sido qui disait:
-Regarde !
Regarde le jardin d'essai sous sa terre abrite un trésor, surtout, tu n'y touches pas. Evidemment la petite touchait "grattant à la dérobée le jardin d'essai pour surprendre la griffe ascendante du cotylédon, le viril surgeon que le printemps chassait de sa gaine."
"Tu ne comprends pas" répliquait sa mère" tu n'es qu'une petite meurtrière de huit... dix... ans...Tu ne comprends rien à ce qui veut vivre."
-"Ecoute sur Mortiers!"
elle levait l'index et se tenait debout entre les hortensias,la pompe et le massif de rosiers.
Et la petite tendait l'oreille vers Mortiers. Et les dernières gouttes de l'averse d'été attestaient de l'infaillibilité de la mère.
-Sens !
Sens "la bourrasque d'ouest ! Cours !Ferme les lucarnes du grenier ! " Et la petite "Mousse exalté du navire natal s'élançait enthousiasmée"
-Ne touche pas!
Elle savait pourtant que la petite ne résisterait pas à fouiller la terre pour découvrir son secret.
-Seul le merle, bel oiseau oxydé de vert et de violet, goûte, se gave de cerises, boit le jus, déchiquette la pulpe. Au diable l'épouvantail sussure l'oeil maternel compatissant.
Alors, bien souvent la petite Gabrielle Colette face à cette devineresse, cette prêtresse clairvoyante du jardin familial, cette piquante qui l'asticotait en la traitant de bête, de miracle de gentillesse et de fadeur, sautait le mur et filait se ressourcer chez Adrienne la voisine.
Et pourtant, c'est cette Sido là, dont le cordon d'or s'enroulait vingt fois autour d'un rameau de géranium pour l'étayer d'une petite écluse de carton, c'est cette Sido là qui, en faisant frissonner "la petite" , a éveillé par la magie de l'or les résonnances poétiques de celle qui deviendra Colette.
Colette, une plume qui vit et vibre, encore et toujours, doucement, dans le jardin d'une enfance éblouie.
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BenedicteBiblio
  16 août 2015
Il y a quelques mois déjà, je vous avais fait part de mes ressentis concernant La maison de Claudine, récit autobiographique reprenant l'enfance heureuse de Colette. Si je m'étais plongée avec délices dans l'écriture riche et sensorielle de son auteure, je m'étais quand même bien ennuyée, préférant ainsi les quelques rares passages nous présentant Sidonie Landoy, mère de Colette, à ceux (plus nombreux) mettant en scène des animaux ou n'étant pas suffisamment centrés sur les membres de la famille Colette. Je me suis alors rappelée que « Sido » trônait quelque part dans ma bibliothèque, ayant étudié ce recueil pendant mes années lycée (pour le bac de français). J'ai cette fois-ci été ravie de ma lecture. L'écriture de Colette est toujours aussi merveilleuse. Fine, faisant appel aux cinq sens, elle m'a laissée sur l'impression d'avoir feuilleté un album photo tout au long de ma lecture.
« Sido » se concentre principalement sur la famille de la romancière. Ses parents, ses frères (dont on se dit très vite qu'ils font effectivement office de petits chenapans), ou encore sa malheureuse soeur aînée (rejetée depuis l'annonce de son mariage) évoluent ainsi au gré des pages. de son côté, le recueil « Les vrilles de la vigne » s'attarde davantage sur un portrait de Colette ayant atteint l'âge adulte. J'ai ainsi pu apprendre énormément d'éléments la concernant comme son goût pour l'indépendance, son refus des convenances, ou encore son attirance pour les femmes.
Je me rend compte que j'apprécie surtout lire Colette lorsqu'elle évoque sa mère : une femme de caractère, difficile, mais amoureuse de la nature et des animaux, tout en se montrant pleine de tendresse pour les siens. Elle m'aura visiblement fait forte impression. Si elle ne devait pas être à prendre avec des pincettes, je me suis passionnée pour son portrait. de cet album de souvenirs, et de cet univers coloré, j'ai également retenu l'image d'un « Capitaine » boitillant, en admiration totale devant sa femme (Sido). J'ai adoré essayer de déceler quels liens l'auteure pouvait entretenir avec chacun des membres de sa famille, tout comme j'ai apprécié me retrouver happée dans une toute autre époque. Colette ne s'arrête pourtant pas là, et tient tout autant à évoquer sa fille (« Bel-Gazou ») ou encore sa carrière au music-hall. de même, comme sa mère qui adorait les animaux, Colette n'hésitera pas à laisser la parole à ses animaux de compagnie, l'occasion pour le lecteur de tomber sur quelques dialogues surprenants, mais finalement amusants.
Vous l'aurez compris, j'ai pris un réel plaisir à redécouvrir Colette. Alors même que « Sido » n'avait pas du tout fait écho en moi lors de ma première rencontre avec la romancière (en cours de français lorsque j'étais toujours au lycée). J'ai maintenant hâte de lire l'auteure dans un tout autre registre : celui du roman (peut-être avec « Chéri » ?).
Lien : http://labibliothequedebened..
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Lune
  09 février 2011
paru en 1929
Trois parties dans ce livre qu'on aurait voulu plus long tant on s'y plaît : Sido, le capitaine et les sauvages. Nous entrons dans l'univers de la famille Colette. Univers fondateur qui marquera à jamais la jeune Gabrielle.
Sido, l'unique, l'incomparable à qui elle consacre, dix-sept ans après sa mort, ces écrits qui nous la montrent, moderne presque d'avant-garde, "tutélaire", personnalité un peu effrayante par son extrême lucidité mais d'un bon sens réaliste qui ne correspond pas aux critères d'une époque où les femmes sont peu libres.
Le capitaine, le père, doux rêveur qui consacre sa vie à Sido. Écrivain qui n'écrivit pas une ligne, il émeut et on se réjouit pour cet homme lunaire de savoir ce que devint sa fille.
Les sauvages, comme disait Sido, parlant de ses deux fils et de sa fille aînée. Achille l'aîné aux yeux pers qui ne survécut qu'un an à sa mère adorée; Léo, le "sylphe" musicien, qui mentalement ne quitta jamais l'univers édénique de son enfance; Juliette, la demi-soeur, étrange, méconnue, marginalisée, enfouie depuis l'enfance dans des rêves puis dans le mal être...
Sans oublier, la Nature omniprésente, déifiée, source de connaissances, de curiosités, d'apprentissages et de ressourcements. La vie s'y enseigne, s'y comprend, s'y respecte.
Le village et les secrets révélés par les jardins mitoyens, les parties de campagne (!) organisés par le père citadin (à l'étang de la Guillemette qui leur appartenait)...
Lire ce livre, se promener à Saint-Sauveur et dans les environs, c'est mettre ses pas dans l'histoire, c'est toucher, voir et sentir ce qui constitue Colette dans le plus profond de son esprit. C'est déguster sur place tout ce que sa prose éveille en nos sens éblouis.
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
ATOSATOS   21 juin 2015

« J’appartiens à un pays que j’ai quitté. Tu ne peux empêcher qu’à cette heure s’y épanouisse au soleil toute une chevelure embaumée de forêts. Rien ne peut empêcher qu’à cette heure l’herbe profonde y noie le pied des arbres, d’un vert délicieux et apaisant dont mon âme a soif… Viens, toi qui l’ignores, viens que je te dise tout bas le parfum des bois de mon pays égale la fraise et la rose ! Tu jurerais, quand les taillis de ronces y sont en fleurs, qu’un fruit mûrit on ne sait où, – là-bas, ici, tout près, – un fruit insaisissable qu’on aspire en ouvrant les narines. Tu jurerais, quand l’automne pénètre et meurtrit les feuillages tombés, qu’une pomme trop mûre vient de choir, et tu la cherches et tu la flaires, ici, là-bas, tout près..
Et si tu passais, en juin, entre les prairies fauchées, à l’heure où la lune ruisselle sur les meules rondes qui sont les dunes de mon pays, tu sentirais, à leur parfum, s’ouvrir ton cœur. Tu fermerais les yeux, avec cette fierté grave dont tu voiles ta volupté, et tu laisserais tomber ta tête, avec un muet soupir…
Et si tu arrivais, un jour d’été, dans mon pays, au fond d’un jardin que je connais, un jardin noir de verdure et sans fleurs, si tu regardais bleuir, au lointain, une montagne ronde où les cailloux, les papillons et les chardons se teignent du même azur mauve et poussiéreux, tu m’oublierais, et tu t’assoirais là, pour n’en plus bouger jusqu’au terme de ta vie.
Il y a encore, dans mon pays, une vallée étroite comme un berceau où, le soir, s’étire et flotte un fil de brouillard, un brouillard ténu, blanc, vivant, un gracieux spectre de brume couché sur l’air humide… Animé d’un lent mouvement d’onde, il se fond en lui-même et se fait tour à tour nuage, femme endormie, serpent langoureux, cheval à cou de chimère… Si tu restes trop tard penché vers lui sur l’étroite vallée, à boire l’air glacé qui porte ce brouillard vivant comme une âme, un frisson te saisira, et toute la nuit tes songes seront fous…
 
Écoute encore, donne tes mains dans les miennes : si tu suivais, dans mon pays, un petit chemin que je connais, jaune et bordé de digitales d’un rose brûlant, tu croirais gravir le sentier enchanté qui mène hors de la vie… Le chant bondissant des frelons fourrés de velours t’y entraîne et bat à tes oreilles comme le sang même de ton cœur, jusqu’à la forêt, là-haut, où finit le monde…
C’est une forêt ancienne, oubliée des hommes, et toute pareille au paradis, écoute bien, car…
Jour gris – Les vrilles de la vigne.
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BenedicteBiblioBenedicteBiblio   16 août 2015
Peu de jours après, je trouvais ma mère sous l’arbre, passionnément immobile, la tête à la rencontre du ciel d’où elle bannissait les religions humaines…

- Chut ! … Regarde…

Un merle noir, oxydé de vert et de violet, piquait les cerises, buvait le jus, déchiquetait la chair rosée…

- Qu’il est beau ! … chuchotait ma mère. Et tu vois comme il se sert de sa patte ? Et tu vois les mouvements de sa tête et cette arrogance ? Et ce tour de bec pour vider le noyau ? Et remarque bien qu’il n’attrape que les plus mûres…

- Mais maman, l’épouvantail…
- Chut ! … L’épouvantail ne le gêne pas…
- Mais, maman, les cerises ! …

Ma mère ramena sur la terre ses yeux couleur de pluie :

- Les cerises ? … Ah ! oui, les cerises…
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IsaacIsaac   11 avril 2013
Ma mère me laissait partir, après m'avoir nommée « Beauté, Joyau-tout-en-or » ; elle regardait courir et décroître sur la pente son œuvre, « chef d'œuvre », disait-elle. J'étais peut-être jolie ; ma mère et mes portraits de ce temps-là ne sont pas toujours d'accord... Je l'étais à cause de mon âge et du lever du jour, à cause des yeux bleus assombris par la verdure, des cheveux blonds qui ne seraient lissés qu'à mon retour, et de ma supériorité d'enfant éveillée sur les autres enfants endormis.
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NatsamuzNatsamuz   20 décembre 2014
Nous avons, toute sa vie, troublé le tête à tête que mon père rêvait. L'esprit pédagogique peut rapprocher un père de ses enfants. A défaut d'une tendresse, beaucoup plus exceptionnelle qu'on ne l'admet généralement, un homme s'attache à ses fils par le goût orgueilleux d'enseigner.
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santorinsantorin   12 mars 2018
Il y avait dans ce temps-là de grands hivers, de brûlants étés. J'ai connu, depuis, des étés dont la couleur, si je ferme les yeux, est celle de la terre ocreuse, fendillée entre les tiges du blé et, sous la géante ombrelle du panais sauvage, celle de la mer grise ou bleue. Mais aucun été, sauf ceux de mon enfance, ne commémore le géranium écarlate et la hampe enflammée des digitales. Aucun hiver n'est plus d'un blanc pur à la base d'un ciel bourré de nues ardoisées, qui présageaient une tempête de flocons plus épais, puis un dégel illuminé de mille goutes d'eau et de bourgeons lancéolés...
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