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EAN : 9782709666152
368 pages
Éditeur : J.-C. Lattès (02/02/2020)

Note moyenne : 4.08/5 (sur 332 notes)
Résumé :
Corentin, personne n’en voulait. Ni son père envolé, ni les commères dont les rumeurs abreuvent le village, ni surtout sa mère, qui rêve de s’en débarrasser. Traîné de foyer en foyer, son enfance est une errance. Jusqu’au jour où sa mère l’abandonne à Augustine, l’une des vieilles du hameau. Au creux de la vallée des Forêts, ce territoire hostile où habite l’aïeule, une vie recommence.
À la grande ville où le propulsent ses études, Corentin plonge sans retenu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (149) Voir plus Ajouter une critique
Kirzy
  26 janvier 2020
Le voilà mon premier coup de coeur de l'année et cela pourrait être MON coup de l'année tout court tellement j'ai été percutée par l'intensité de ce roman dès les premières lignes, terribles, sur l'enfance perdue de Corentin.
Et puis l'Apocalypse. Une implosion, un incendie, un monde rendu stérile, sans couleur, sans soleil, sans plante, sans animaux, une population humaine décimée, la sixième extinction. Corentin a survécu.
Oui, le genre post-apocalyptique est fort encombré et a donné lieu à de grands romans, des chefs d'oeuvre même. La Route ( Cormac McCarthy ), Ravage ( Barjavel ), Je suis une légende ( Richard Matheson ), Les Derniers hommes ( Pierre Bordage ), Dans la forêt ( Jean Hegland ), La Peste écarlate ( Jack London ). La liste est longue, j'affectionne tout particulièrement les romans post-apo. Et ce n'est pas le énième. Il est même plutôt inclassable, même si il est question de survivants errants sur la route, même s'il est question de forêts refuge.
Sandrine Collette opte pour la lignée intimiste, rien n'est spectaculaire, tout est crépusculaire. A peine comprend-on que l'apocalypse est climatique. L'auteure joue sa propre partition en se recentrant sur le personnage de Corentin, comme dans un huis-clos de mots pour dire le vide, la solitude, la disparition des couleurs dans ces jours devenus sauvages que va connaître Corentin. J'ai été prise aux tripes par le destin de cet personnage accroché à la vie, pris dans un combat intérieur entre l'animal et l'humain, au bord de la démence, à la fois lâche et courageux, combatif et désabusé. Que faire de cette vie, de cet espoir qui ne meurt pas, de cet amour à donner encore ? Il n'est pas le seul à m'avoir bouleversé, il y le merveilleux personnage de l'Aveugle, ce chiot rescapé devenu compagnon indispensable.
Si ce roman est aussi puissant, c'est parce qu'il est porté par une écriture superbe, tellurique et poétique, un tour de force. Les phrases sont courtes, avec des renvois à la ligne. Des phrases saccadées, qui claquent, cueillent l'émotion sans esbroufe, sans pathos. Authentiques avec leur syntaxe parfaite pour rythmer le parcours de vie de Corentin et son évolution psychologique dans ce chaos.
«  La seule couleur était celle du sang.
Corentin s'en aperçut en s'écorchant la main à un morceau de bois, un soir qu'il faisait du feu. Cela roula sur sa paume. Cela coula sur ses doigts. Dans son esprit chaviré, cela prit des teintes d'automne flamboyantes, des lueurs de rubis, des incandescences d'un vermillon inouï. Cela refléta le soleil disparu.
Il fut émerveillé.
Il comprit que cela n'existait pas, avant.
A présent, il savait créer la couleur. Il la portait en lui. Malgré tout le malheur, la chose n'avait pas pu détruire ce qu'il à avait à l'intérieur.
Pas la foi.
Pas son âme.
Mais le rouge.
Mais le sang.
Parfois le long de l'autoroute, il piquait sa peau de la pointe du couteau pour être sûr que c'était toujours là. Deux ou trois gouttes écarlates. Il riait tout bas en les regardant. »
Ecriture et récit sont en symbiose parfaite pour nous faire vibrer jusqu'à l'os. Sandrine Collette ne nous prend pas qu'aux tripes, ses mots résonnent jusqu'à notre tête pour nous pousser à la réflexion sur notre société qui gaspille et consomme, responsable du fléau qui s'abat sur Terre. Il ne s'agit pas pour elle de faire de Et toujours les forêts un roman idéologique ou politique, mais à l'heure où l'Australie brûle, ce récit instinctif prend de l'ampleur et terrifie.
Un grand roman noir où brûle la flamme de la résilience, porté par une écriture sublime, épique et époustouflant, bouleversant d'humanité.
Lu dans le cadre du jury Grand prix des lectrices Elle 2020 - catégorie roman.
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Afleurdelivres
  25 juin 2020
Une grande réussite que ce roman post-apocalyptique, à la croisée entre « Malevil » de Robert Merle et « La route » de Cormac McCarthy.
Quelque part sur terre, des amis étudiants se réunissent pour faire la fête et s'alcooliser sous le macadam d'une Grande Ville qui asphyxie. Imperceptiblement les saisons se sont décalées, l'air s'est raréfié, la température monte anormalement, la sécheresse se répand, la planète crève dans l'indifférence pourtant elle avertit.
Alors que la fête souterraine bat son plein, soudain à la surface tout craque, tout rompt dans un grondement terrifiant. Un souffle incendiaire inexpliqué a réduit la surface du globe en cendres. Sauvés de la grande extinction, sidérés et apeurés le retour risqué à la surface est une épreuve. Il faut dire que le spectacle est horrifique : la ville est ravagée, le paysage calciné et cendreux, l'air enfumé. Au milieu d'odeurs nauséabondes la terre se consume, dans un gris uniformisé, définitivement désertée par la lumière solaire. Se retrouvant seul, Corentin doit organiser les moyens de sa survie dans cet univers inhospitalier. Il n'a alors plus qu'une obsession : retrouver Augustine, son arrière grand-mère. Celle qui l'a recueilli, lui, l'enfant maudit, non désiré et abandonné par sa mère errant de famille d'accueil en famille d'accueil, de rejet en manque d'amour,avant qu'elle ne le recueille enfant dans sa vieille maison aux abords des forêts et l'enveloppe d'un amour pudique mais bien réel. Au coeur d'une nature nourricière et réparatrice elle distille « une sorte de douceur âpre, de rugosité bienveillante ». Enfin une main aimante enserre la sienne.
Dans ce chaos monochrome c'est elle qui envahit ses pensées et devient sa raison de survivre. Appréhendant pourtant ce qu'il va y découvrir, et ignorant si elle a survécu il décide de retourner « aux forêts ».
Une sombre odyssée commence alors accompagné de son chien « l'aveugle » au bout de laquelle il trouvera sa nouvelle destinée et parviendra à se sédentariser. La « chose » est passée mais le souffle mortifère poursuit sa destruction et insuffle « dans l'air et sur la terre des poisons pour les tuer jusqu'au dernier »
Pluies acides, orage de neige qui tombe en lames de glace, chaleur excessive viendront achever ce qui tient encore debout.
Slalomant entre les cadavres, manquant de ressources primaires, de lumière, de moyen de locomotion, l'espoir de reviviscence au-delà de la grisaille, de la destruction de l'humanité, de celle de la faune et la flore, entretient sa combativité.
Sandrine Colette nous tient en haleine, il y a une «  urgence » dans le style avec des phrases saccadées, brutales, lapidaires utilisant des « mots-coups de poing » des retours à la ligne qui tranchent avec le reste du texte et font écho à une certaine froideur, un détachement des personnages. Dans cette complexité existentielle l'affect doit être mis en sourdine. Au cours de ces années de combat l'entraide s'oppose à l'affrontement avec des groupes de rares survivants. La nuance n'existe plus , c'est la vie ou la mort. Et l'Homme toujours l'Homme pour détruire la vie encore et encore même lorsqu'il n'y a plus rien à détruire. Et toujours les forêts comme refuge et espoir. La reconstruction de la civilisation dans des conditions aussi archaïques et inamicales sera-t-elle possible?
La fin est inattendue, déstabilisante et poignante. Cette « fable écologique » que l'on espère non prophétique (...) est glaçante et captivante❤️
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Ladybirdy
  02 février 2020
Sandrine Collette trace le parcours de Corentin, du ventre de sa mère où il tremble déjà de froid, ballotté de maison en maison, ce sera auprès de la vieille Augustine en pleine forêt qu'il trouvera enfin un peu de répit. A cette lisière sombre où sa mère Marie lui a dit « File, merde ». Les derniers mots de sa mère. Les rêves, Corentin très vite n'y croit plus, les rêves ce n'est que des mensonges.
Jeune adulte, il part faire ses études en ville, rencontre des jeunes de son âge, fait la fête, arrose ses nuits de whisky, rit d'ivresse jusqu'à l'aube. Tapis au fond d'un tunnel, les amis assistent à un terrible tremblement de terre, à la descente d'un soleil fou qui calcinera tout sur son passage. Les quelques rares rescapés sont ceux qui étaient cachés au sous sol, ils se comptent sur les doigts de la main. le monde a été détruit, l'humanité n'est plus. Ne reste plus que la poussière, les cendres, les larmes pour pleurer.
Corentin partira sur La route rejoindre son Augustine en espérant qu'elle ait survécu. Ce roman en rappelle bien d'autres qui aborde ce thème apocalyptique d'un personnage central qui marche seul dans un monde dissolu. Peu de rencontres ici, celle qui percute le plus est peut-être celle avec l'Aveugle, ce chiot survivant d'une fratrie en agonie. Un jeune chien qui apaisera et accompagnera notre Corentin dans son périple.
J'ai beaucoup aimé ce roman pour sa force évocatrice. La désolation est rendue vivante à travers le caractère onirique de la plume de l'auteure. Un monde apocalyptique « comme si Hercule, au terme de ses travaux, avait succombé à un rhume. Comme si Dieu avait créé le monde puis avait fait un infarctus. »
C'est puissant, imagé à souhait, d'une précision littéraire impressionnante. J'aurai néanmoins aimé que l'auteure fouille davantage dans les décombres, fasse bouillir la rage des protagonistes, la peur, la désespérance. Ça reste à mon sens assez soft et aurait mérité une explosion intérieure comme Sandrine Collette maîtrise si bien. Néanmoins, ça reste un roman choc, vibrant et intense. Mais n'y aurait-il pas saturation dans ce thème si souvent revisité en littérature... Je me questionne...
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Antyryia
  05 janvier 2020

Ecrire que nous n'avons jamais été aussi proches de la fin du monde ne relève pas seulement d'une La Palissade.
Créée en 1947, l'horloge de la fin du monde tient aussi bien compte des accords de paix ou des mesures de sauvegarde de l'environnement que des armements nucléaires, des montées de mouvements intégristes et nationalistes ou des catastrophes écologiques.
Ramenée à l'échelle d'une journée, il reste deux minutes à l'humanité avant l'extinction des feux, à minuit.
En 1984, les Anglais d'Iron Maiden chantaient déjà 2 Minutes To Midnight sur leur album Powerslave en référence à ce sinistre compte à rebours.
Alors combien de temps avant la fin du monde tel que nous le connaissons ? Deux siècles ? Un seul ?
Une ou deux décennies ?
Est-ce la dernière année que j'ai l'occasion de présenter mes voeux aux membres de Babelio, une belle année 2020 ?
Surtout la santé.
Surtout pas de guerre bactériologique, de radiations, de séismes furieux engloutissant tout sur leur passage.
Mais nous ne sommes que les spectateurs d'un monde qui court à sa perte.
On mange bio, on privilégie l'énergie électrique, on trie nos déchets.
L'écologie commence à éveiller les consciences.
Gouttes d'eau dans des océans qui n'existeront bientôt plus.
Quand on voit la haine, la folie, la bêtise et l'égocentrisme de certains dirigeants, difficile de ne pas se demander si tout n'est pas vain.
Dans un monde toujours régi par les grands groupes industriels et la pression du lobbying.
Et puis.
Il y a le dérèglement climatique.
Le réchauffement de la planète.
Les saisons qui partent à la dérive.
Sandrine Collette ne s'attarde pas sur les causes.
Ne montre personne du doigt.
Pas d'effondrement volcanique cette fois faisant de l'Hexagone un nouvel Atlantide, comme dans Après la vague.
Les signes étaient pourtant là : L'air était devenu presque irrespirable, les arbres perdaient leurs feuilles avant l'heure.
"Chaque semaine, à la télévision, il entendait les mots : réchauffement climatique, deux degrés, trois degrés, danger."
"Les saisons avançaient, se décalaient, se mélangeaient."
Apparue du jour au lendemain, c'est encore une vague mais de feu cette fois qui va déferler sur toute la surface de la planète.
Hommes et animaux sont brûlés vifs. Voitures et maisons ne sont plus que ruines noires. Les arbres n'ont plus que des doigts calcinés et squelettiques en guise de branches.
Autant de stalactites meurtrières quand le froid s'installera à son tour.
Pour les rares survivants, enfermés dans des caves ou des catacombes au moment de l'implosion, il n'est question que d'essayer de retrouver ceux qu'ils aiment.
Parmi eux, Corentin, le narrateur. Qui quitte la Grande Ville ( probablement Paris ) pour se diriger vers le sud - Ouest.
Retrouver, peut-être et par miracle, son arrière-grand-mère Augustine.
La seule qui l'ait jamais aimé.
A qui il avait promis de l'emmener voir la mer un jour, sans se douter que les mers allaient disparaître, évaporées.
Impossible désormais de voyager autrement qu'à pieds. Il n'y a plus ni véhicules, plus de téléphones, plus d'électricité.
Même les routes ont fondu.
Un long voyage à pieds l'attend donc. Presque 400 kilomètres à parcourir.
Pour retrouver peut - être ce petit hameau perdu dans Les Forêts dont il est originaire.
Une terre devenue hostile et sans espoir de renouveau.
"Il fallait seulement du temps pour que l'espoir cesse d'être un réflexe et disparaisse."
Les derniers êtres vivants habitent une planète qui ne veut plus d'eux. Vivre encore est contre nature.
Gaïa a recraché insectes, poissons, végétation sans parvenir à achever totalement son travail d'extinction.
Et rien ne semble plus pouvoir renaître de ses cendres.
Alors, se donner un but, et retarder l'heure de se laisser mourir.
Alors, piller les morts, faire ses provisions dans les boutiques pour se nourrir, pour boire et se soigner.
Et s'entraider entre survivants avant que la situation ne dégénère.
Changement d'éditeur pour Sandrine Collette avec ce nouveau roman, qui reprend le meilleur de ses précédents écrits.
Ou qui annonce un certain essoufflement ? Un début de peine à se renouveler totalement cette fois-ci ?
D'il reste la poussière, nous avons les espaces immenses et désertiques ; et à défaut de sable, de la cendre à respirer.
De Six fourmis blanches nous retrouvons l'hostilité de la nature dressée contre ses proies humaines.
D'Animal nous avons cette mince frontière entre Corentin le jeune homme et la bête qu'il pourrait devenir en cas de laisser - aller dans ce royaume gris et silencieux.
"D'animal en cage, qui préfèrerait se laisser crever, sauf que."
"Deviendrons - nous des bêtes."
Des larmes noires sur la terre nous avons cette entraide intergénérationnelle entre les survivants malgré tout l'hostilité du monde qui les entoure. Et les carcasses de voitures.
Des romans d'anticipation où Sandrine Collette tire sur la sonnette d'alame en nous montrant.
La désolation.
Et de Juste après la vague nous avons cette modification en profondeur des cartes et de la géologie redessinant une nouvelle planète à laquelle les survivants parviendront ou pas à s'adapter.
Où les liens familiaux sont comme l'ultime repère après la rébellion de mère Nature.
Depuis plusieurs romans déjà, j'étais surpris de la voir toujours publiée dans la collection "Sueurs froides" alors que tout aspect un tant soit peu thriller avait quitté ses romans depuis Il reste la poussière.
Elle fait partie de ces auteurs inclassables dont la plume et les messages sont plus importants que le genre, et elle a toute sa place en littérature générale, quoi que signifient ces termes.
Comment classer Et toujours les forêts qui rappelle aussi bien l'univers de The Walking dead que celui du petit poucet ou du petit chaperon rouge ?
Qui évoque aussi le film le village de M Night Shyamalan en opposant les habitants des Forêts à ceux des Petites Villes ou de la Grande Ville, jamais nommées, même si une carte de France donnerait d'inutiles indices pour que le lecteur puisse se repérer géographiquement s'il le souhaite.
Dans quels autres oeuvres trouver un narrateur qui malgré ses vingt ans s'exprime avec un aspect qui peut paraître très enfantin, qui décrit le plus ignoble avec une certaine nonchalance, avec ses petits yeux pas du tout émerveillés qui constatent à quel point tout a été ravagé.
Peut-être que c'est grâce à ce qui lui reste d'espoir et d'innocence qu'on est tenté de lui pardonner quand il commet l'inacceptable.
Son instinct bestial ne remet pas totalement en cause sa profonde gentillesse, ni la souffrance de sa solitude.
Le style de l'auteure est toujours aussi unique, avec des phrases plus courtes cette fois mais aussi hachurées que par le passé, parfois incomplètes, comme s'il appartenait au lecteur de les terminer pour mieux s'immerger dans l'histoire et dans toutes les réflexions qu'elle sous - entend à chaque fois.
Mais c'est ça l'écriture de Sandrine Collette. Nous écrire des fables que nous pouvons librement intégrer au monde que nous connaissons. Des contes se déroulant dans un futur proche plutôt qu'à une époque médiévale et chevaleresque.
Un monde dont la fin imminente ne semble pas perturber le dragon américain qui lance des boules de feu sur des généraux iraniens.
Un monde qui arrive à son terme, ce qui n'empêche pas ledit dragon de se désintéresser totalement de mesures écologiques indispensables lors des accords de Paris, contre l'avis même de nombreux industriels de son pays.
Et une morale.
On a toujours besoin d'un plus petit que soi.
On devrait prendre davantage soin de notre planète.
L'homme vaut - il la peine d'être sauvé ou devrait - il être éradiqué ?
Dommage à mon sens que l'auteure ait pris un peu trop de libertés avec Darwin quand elle évoque l'apparition extrêmement rapide de nouvelles formes de vie.
A l'aide de ses repères et de ses souvenirs d'avant, Corentin retrouvera-t-il son chemin vers les Forêts ?
Retrouvera-t-il Mère-Grand ou les loups auront-ils repris leurs droits dans ce nouveau monde ?
Et je ne parle pas que des canidés qui auraient pu survivre dans les cimetières de Forêts.
Je parle de ce qui est propre à tous les univers post - apocalyptiques, à savoir que l'homme est un loup pour l'homme.
Que piller, violer et égorger pourrait rester la norme dans l'hypothèse où l'explosion n'aurait pas suffi de leçon aux rares survivants.
Et ce n'est pas Negan qui me contredira.
"Ils s'étaient constitués en communauté, c'était des fous, ils venaient voler et tuer, ne connaissaient rien d'autre."
Et toujours, les forêts est un roman d'une incommensurable tristesse.
Il n'a rien d'horrible ou de malsain, mais de la première à la dernière page de son magnifique final, il maintient cette aura douloureuse de peine, avec parfois quelques étincelles plus lumineuses.
"Mais seule la tristesse."
La solitude de Corentin est d'autant plus vive qu'aucun de ses sens n'est plus mis à contribution par cette nature autrefois si belle.
"Le paysage continuait à ressembler à une terre lunaire, aucune herbe n'en n'avait réchappé, aucune feuille ne pendait aux arbres."
A sa vue ne s'offre qu'un horizon de désolation, sans autre couleur que le gris.
A ses oreilles, seul le silence. Pas un oiseau, pas un souffle.
Au toucher, une pluie toxique dont il doit se protéger.
Au goût, encore et toujours les mêmes boîtes de conserve rationnées.
A l'odorat la chair brûlée et la pestilence des cadavres.
Partout, des corps.
Et plus de temps.
Plus de nuit, plus de jour, plus de saisons.
"On était le 6 septembre.
Le voilà le printemps."
La frontière entre lucidité et folie n'est pas non plus établie sur ces longues routes où plus rien n'a de sens, si ce n'est avancer.
Je suis passé par plusieurs états d'esprit durant cette lecture.
Reprochant un peu trop de libertés dans un livre dont le réalisme n'est certes pas le principal souci, me demandant si l'auteure des Noeuds d'acier n'avait pas déjà tout dit avant et en particulier dans Juste après la vague.
Mais non.
C'est riche, c'est profond, c'est intelligent.
C'est beau et triste à la fois.
Parfois bouleversant.
Et surtout, au - delà de l'histoire proprement dite le lecteur est extrêmement sollicité. Il peut participer, réfléchir et en tirer les conclusions qu'il souhaite.
Et peu de romans proposent ce genre d'expérience aujourd'hui.
J'espère qu'il imprégnera de la même façon des milliers d'autres lecteurs.


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marina53
  05 mars 2020
Rejeté par sa mère qui n'a jamais voulu de lui, ballotté chez les copines de cette dernière, puis finalement déposé chez Augustine, la grand-mère de son père qu'il n'a jamais connu, Corentin connait une enfance chaotique. Mais heureusement, aux Forêts, entre l'attachement profond qu'Augustine lui manifeste silencieusement et l'amitié de Mathilde et Jeannot, les enfants des fermiers d'à côté, le jeune garçon grandit bon an mal an et finit par quitter le hameau pour s'installer dans la Grande Ville afin d'y poursuivre ses études. D'abord en retrait, il réussit à se faire des amis avec qui il passe de longues soirées. Lors de l'une d'elles, alors que tous s'enivrent dans les profondeurs de la Grande Ville, un bruit soudain les fige... Et ce fut la fin du monde. Lorsque les quelques rescapés remontent à la surface, ils découvrent un monde inconnu, dévasté et un tombeau à ciel ouvert. de nouveau seul, Corentin se met en tête de retrouver Augustine...
Un monde méconnaissable, apocalyptique, où tout n'est plus que cendres et cadavres... Voilà l'atmosphère de fin du monde dans laquelle nous plonge Sandrine Collette avec son dernier roman. Dans une ambiance étouffante, pesante, où le gris du ciel se confond avec celui des cendres, où la pluie brûle les peaux, où le silence devient assourdissant, Corentin, un des seuls rescapés, n'a qu'une idée en tête : retrouver Augustine. Pour ce qui est de l'après, il verra demain... Car, comment survivre dans un monde vide, aussi bien d'humains que d'animaux ? Comment, même, concevoir un futur ? Si le thème central de ce roman a déjà été vu, Sandrine Collette se démarque de par sa façon de l'aborder. Rien de spectaculaire dans cette fin du monde, à peine en connait-on les raisons. Elle préfère aborder ce nouveau quotidien, auprès de Corentin et quelques autres. Si l'ambiance se révèle sombre, il y a toujours, quelque part, un espoir, aussi infime soit-il. Un huis clos étonnant, parfois oppressant, ardent, servi par une plume vive et des phrases courtes...
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critiques presse (1)
LeMonde   03 février 2020
Ni lieu de perdition, ni réserve de nourriture, la forêt forme ici l’écrin du conte, un bout du monde. C’est là où grandit Corentin, auprès d’Augustine, une arrière-grand-mère bourrue, « au nez un peu crochu » [...] La romancière livre un conte de fin du monde. Mais où l’espoir, toujours, subsiste.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (116) Voir plus Ajouter une citation
namelessnameless   10 avril 2020
Parfois un découragement poisseux le serrait à la gorge. S’il n’y avait plus de quoi redémarrer le monde.
Mais le monde avait toujours repris, les extinctions n’étaient jamais totales.
Chaque fois, il lui avait fallu du temps, voilà.
Il avait fallu un ou deux ou dix millions d’années.
Petit, tout petit espoir.
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hcdahlemhcdahlem   20 janvier 2020
Marie se traînait dans la nuit sans pouvoir s’arrêter de pleurer. Elle finissait par ne plus avoir peur des Forêts, elle n’avait plus la force.
C’était la fin de l’été, il faisait tiède.
D’autres fois, cela l’aurait amusée de marcher en pleine obscurité en tenant la main à Jérémie – ou à Marc, n’importe lequel, pour la différence qu’il y avait. Ils auraient ouvert leurs mains à la brise, ils auraient écouté la chouette qui hululait même si Marie s’en foutait, ils auraient fait la course dans le noir. Ils auraient inventé des noms aux silhouettes des arbres géants, des noms rien qu’à eux, pour un monde rien qu’à eux.
Tout cela avait volé en éclats.
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YdamelcYdamelc   04 janvier 2020
Il fallait vivre chaque jour comme s'il était le dernier - pas pour se faire peur, mais pour avoir le moins de regrets possible. De toute façon, il en resterait. De toute façon, la mort n'était jamais parfaite.
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namelessnameless   10 avril 2020
Par une décision que personne n’avait vue venir, elle voulait devenir religieuse. Qu’avait-elle lu, qu’avait-elle entendu, qu’avait-elle imaginé ? Elle avait ces airs exaltés, ces grands yeux fous des filles qui rencontrent Dieu à l’adolescence.
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AntyryiaAntyryia   03 janvier 2020
Les hommes étaient intrinsèquement des meurtriers. Ils puaient la mort. Aussi stupides que les cellules cancéreuses détruisant les corps qui les abritent, jusqu’à claquer avec eux. Tuer et être tué.
Insensés.
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Vidéo de Sandrine Collette
Rencontre avec Sandrine Collette qui nous parle de son livre : "Et toujours les fôrets" paru aux éditions JC Lattès.
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