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EAN : 9782020490948
338 pages
Seuil (02/04/2001)
3.75/5   44 notes
Résumé :


Ce livre retrace les conflits de la théorie de la littérature et du sens commun. La théorie refuse les préjugés du sens commun :
- la littérature comme essence ;
- l'auteur comme autorité donnant sens au texte ;
- le monde comme sujet de l'oeuvre ;
- la lecture comme conversation entre un auteur et son lecteur
- le style comme choix d'une manière d'écrire ;
- l'histoire littéraire comme procession des gr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Ce serait un ouvrage de vulgarisation comme l'auteur l'écrit dans sa conclusion (« Rappelons-le une dernière fois : il s'agissait d'éveiller la vigilance du lecteur, de l'inquiéter dans ses certitudes, d'ébranler son innocence ou sa torpeur, de le déniaiser en lui donnant les rudiments d'une conscience théorique de la littérature. Tels étaient les buts de ce livre », p.311). ll ne s'agit donc pas de poser une nouvelle critique, une nouvelle théorie, mais d'opposer celles qui se sont élaborées au cours du temps. Pour ce faire, Compagnon rédige un chapitre sur chacun des 5 "éléments" impliqués par la lecture (auteur, lecteur, référent, langue, livre) et en ajoute deux autres métalittéraires (histoire et valeur). Dans chaque chapitre il oppose les auteurs et conclut à l'impossibilité de les unifier, mais à celle de les accorder.

Le gros problème de cette "méthode" est qu'elle mélange tout : Goodman (nominalisme) revient à côté de Barthes (structuralisme), de Sartre (phénoménologie), d'Eco (sémiologie), etc. Compagnon part donc bien du principe que par-delà les courants d'idées et les opinions individuelles se trouve un sujet commun, sinon objectif, duquel on parle et dont on prétend pouvoir parler d'une seule manière puisque tous les courants sont convoqués de manière acritique et hétéroclite, selon les besoins de l'essai et en fonction de l'opposition des extrêmes. En opposant les extrêmes, il est à peu près certain qu'on ne parviendra pas à unifier - si bien que les conclusions des chapitres qui mentionnent la nécessité du complément et l'impossibilité de choisir une théorie ou une autre sont adventices : on savait par avance que les sujets étaient irréconciliables. Et, de fait, comme chez Platon, mais peut-être avec moins de nuance, chaque chapitre s'achève par un ni oui ni non ou les uns ont raison et les autres n'ont pas tort.

Le courant de pensée qui pose que tout se vaut et qu'on ne peut se déterminer sur rien, sans relativiser cette pensée elle-même, c'est le scepticisme ("Je n'ai donc pas plaidé pour une théorie parmi d'autres, ni pour le sens commun, mais pour la critique de toutes les théories, y compris celle du sens commun"). Et c'est bien ce qui ressort de l'essai, car la critique ne consiste pas tant, à mon avis, à s'opposer à tout et ne repose surtout pas sur une posture fidéiste (« Comme la démocratie, la critique de la critique est le moins mauvais des régimes, et si nous ne savons pas lequel est le meilleur, nous ne doutons pas que les autres soient pires », p.312) qu'à s'efforcer de produire une cohérence nouvelle qui tienne compte des contradictions énoncées précédemment : elle est le contraire du scepticisme.

Or, l'auteur, très sûr de lui et de sa connaissance, entend éclairer un lecteur en le renvoyant à lui-même et en l'engageant sans doute à produire avec rigueur le travail critique que lui-même, dans sa très grande science transcendante, ne juge pas nécessaire de fournir ("La perplexité est la seule morale littéraire », ce qui rejoint le common sense).

De fait, le paradoxe est lui-même reconnu par l'auteur (« L'aporie qui termine chaque chapitre n'a donc rien d'accablant : ni la solution du sens commun ni celle de la théorie n'est bonne, ou bonne toute seule […] Mais la plupart des portes sont entrouvertes ou mi-closes », p.310 et « Pour étudier la littérature, il est indispensable de prendre parti, de se décider pour une voie, car les méthodes ne s'ajoutent pas et l'éclectisme ne mène nulle part »). Pourquoi ne tente-t-il pas alors de dépasser cet éclectisme dans une tentative d'unification des théories ? Ce qui se nomme théoriser. L'auteur refuse les démons de la théorie et prétend en faire en en refusant son principe.

Si bien que son approche est à mon sens fondamentalement biaisée : il entend opposer la théorie au sens commun, ou plutôt les accorder, enfin on ne sait pas trop, ce qui paraît étrange puisqu'il reconnaît lui-même l'impossible entente ("La visée de la théorie est en effet la déroute du sens commun") et ce qui prend évidemment une très forte résonance monde anglophone versus théorie "continentale". Or, à refuser de poser une connaissance, par "libéralisme", "tolérance", ou "ouverture d'esprit", on défend nécessairement... le scepticisme, le sens commun et le relativisme... qui, dans une contradiction performative sans cesse répétée, fait de la théorie qui postule l'absence ou l'inutilité de la théorie.

Ce qui s'oppose à la théorie n'est pas le sens commun qui prétend se passer de la réflexion, mais l'intuition, qui naît en dehors de la réflexion, la suscite, l'active, la sollicite. Mais l'intuition n'a pas cours dans le monde matérialiste, elle se confond avec le common sense, qui est le sens de tout le monde, ce qu'on dit sans y penser et sans même se demander si, parce que c'est ce que dit tout le monde, il ne serait pas nécessaire de creuse plus loin. Historiquement, le common sense perce les théories, et on rédige de nouvelles théories qui englobent le common sens. La charge de la preuve est toujours à la théorie et la théorie ne s'entend que si elle cherche à apporter la preuve, y compris au common sense, qui, lui, n'est engagé à rien d'autre qu'à prétendre la spontanéité.

Donc en conclusion, Compagnon aurait dû préciser qu'il proposait un ouvrage propédeutique. Mais il donne l'impression tout au long de l'ouvrage de dominer son sujet vers une nouvelle théorie, qui ne vient jamais. Un sentiment de déception accompagne chaque conclusion de chapitre.

A ne pas l'écrire et prétendant dépasser son sujet, il mélange tout en prétendant adopter une thèse d'ouverture. Mais là, se pose un problème ; s'il veut déniaiser le lecteur, il faudrait qu'il fasse un peu plus preuve de distinction des courants dont il parle, car en l'occurence, il a plutôt tendance à tout mélanger.. ou en réalité à ruiner l'idée même de théorie en faveur d'une approche "intuitive".

Enfin, il semble un peu trop vouloir se mettre en avant ("Ma conclusion serait une régression, ou même une récession, et l'on traitera peut-être de renégat celui qui relit avec une attention intransigeante les maîtres de son adolescence. Ce ne sera pas la première fois : "La troisième République des lettres", "Les Cinq Paradoxes de la modernité" m'avaient déjà valu des critiques de ce genre, venues de lecteurs sans doute peu familiers de Pascal ou de Barthes », p.308). Vouloir faire original en disant le contraire des autres, c'est typique du common sense, du scepticisme et de l'autoritarisme (ce que je dis a de la valeur car j'ai la légitimité pour parler).

Ce qui est confirmé par une tendance argumentative typique du scepticisme (par la négative : "Mon intention était de réfléchir aux concepts fondamentaux de la littérature [...] il ne s'agissait donc pas, loin de là, de fournir des recettes, des techniques, des méthodes, une panoplie d'outils à appliquer aux textes, ni non plus d'effaroucher le lecteur..." - d'ailleurs, d'où vient cette fausse retenue d'"effaroucher le lecteur », la vérité est-elle si terrible ; métaphores : "Poussée par son démon, la théorie compromet ses chances de l'emporter [...] le sens commun redresse la tête", p.306 ; ontologie, tiers exclu et indiscernables : "c'est l'antagonisme perpétuel de la théorie et du sens commun" - on ne peut pas opposer et choisir les deux ; écrire pour exciter la curiosité du lecteur, apathique ou lobotomisé : "il s'agissait d'éveiller la vigilance du lecteur" ; la thèse d'une réalité objective en soi, puisque la "référence" fait partie des cinq éléments étudiés ; une approche empirique par la lecture des auteurs et une absence de réflexion personnelle, etc.).

En résumé, un ouvrage qui ne serait pas sceptique s'il cherchait à amuser, étonner, surprendre, ou s'il se maintenait à poser sans prétendre dépasser ; mais qui parce qu'il se prend trop au sérieux (un auteur qui prétend brosser une perspective objective de son sujet et, pour ce faire, se met à la place de Dieu, disséminant avec magnanimité des bribes d'une science qu'il tient bien à l'abri dans son esprit), ne fait pas passer ses défauts de conception. A lire vite pour se donner des idées, et aller vite trouver des auteurs plus engagés pour établir des critiques plus approfondies et nourrir sa réflexion personnelle et critique. (C'est ce qui me dérange dans de nombreux ouvrages "récents" : des auteurs feignent l'objectivité en survolant un sujet par la mention de nombreux auteurs et ce faisant passent toute exigence d'approfondissement et défendent, quoi qu'ils en disent, une forme de scepticisme, de relativisme, sous le prétexte de l'ouverture d'esprit... pour ma part, j'attends d'un érudit qu'il ne fasse pas que des dictionnaires, mais aussi qu'il propose des réflexions - Compagnon ici, prétend faire un dictionnaire sans réflexion et pose en fait son goût pour l'intuition et l'approche intuitive... subversif...)
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Comment lire sans se faire avoir? On serait tenté de répondre que le plaisir de la lecture tient justement au fait qu'on se laisse avoir, qu'on croit, contre toutes les réflexions les plus logiques, que l'auteur a un truc à dire à un lecteur réel sur un monde extérieur qui existe et qui évolue, bref, qu'il n'y a pas de plus grande joie que de rester l'idiot dindon de la farce littéraire. Compagnon, tout en rendant le lecteur moins naïf, ne condamne pas les idées communes qu'on se fait sur la littérature. Il montre au contraire que la théorie, en cherchant à tout prix à les détruire, a abouti, pour chacune d'entre elles, à des paradoxes qui les font renaître de leurs cendres. L'auteur est mort : vive l'auteur! On peut respirer, continuer à lire en s'identifiant, continuer à croire que le langage n'est pas qu'un système qui ne tourne en boucle que sur lui même, continer à penser que les livres ne donnent pas des informations que sur eux-mêmes, mais aussi sur leur époque, et persévérer à y traquer des messages ou des idées qui nous permettront de mieux vivre. Ce que réhabilite Compagnon, c'est la lecture ordinaire, qui ne peut trouver de sens qu'en admettant, sans en être dupe, des motivations peut-être illusoires, mais sans lesquelles, il n'y a aucun intérêt à perdre son temps la tête dans des bouquins.
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Je rétracte une précédente critique que j'ai faite sur Belle du Seigneur ou plutôt je la laisse tel quelle car elle correspond à ma pensée sur le moment mais elle doit être très sérieusement nuancée.
En effet Antoine Compagnon m'a séduit au départ par sa critique d'une récupération " sioniste " de Proust c'est à dire , pour ne pas qu'on se méprenne , essentiellement idéologique.
En effet sur la règle du jeu et sur Causeur c'est un crash épouvantable nottament dû à Patrick Mimouni qui réecrit l'histoire de Proust , caricature ment et dénature tout , exemple :  Lucien daudet fils d'Alphonse ( les contes de mon moulin , la chèvre de monsieur sequin, magnifiques évidemment ) homosexuel proche de Proust servait dans la tête de Mimouni à " compromettre " l'Action Française car Léon Daudet étant de la famille de Lucien : l'action française ne pouvait donc pas attaquer le " juif homosexuel " proust. Donc Léon , membre du prix goncourt ,  n'est pas sincère quand il fait l'éloge de Proust ; Proust n'est ni sincère avec Léon ni avec Lucien , et se sert d'eux pour se protéger de la vindicte : et comme des cons l'Action Française , si habilement compromise , s'y soumet ; bref personne n'est sincère et ils sont tous ridicules.
Tout porte à croire dans la vie et la sincérité de ces hommes que Mimouni dit n'importe quoi dans Causeur et la règle du jeu qui sont des lieux particulièrement immoraux et ridicules.
Donc quand je fais ma critique , au départ puisqu'il attaque Compagnon bassement , avec des procès d'intention ,  je me dis il doit pas être mauvais celui là voyons ce qu'il a à dire et au départ je suis plutôt séduit : et puis , je tombe sur cet ouvrage dont je lis la quatrième de couverture , le Démon de la théorie donc.
Voici sa quatrième de couverture :
" Ce livre retrace les conflits de la théorie de la littérature et du sens commun. La théorie refuse les préjugés du sens commun : la littérature comme essence ; l'auteur comme autorité donnant sens au texte ; le monde comme sujet de l'oeuvre ; la lecture comme conversation entre un auteur et son lecteur ; le style comme choix d'une manière d'écrire ; l'histoire littéraire comme procession des grands écrivains ; enfin la valeur comme propriété objective du canon littéraire.
La théorie a ébranlé le sens commun, mais le sens commun a résiste à la théorie. Et celle-ci a souvent forcé la note pour réduire son adversaire au silence, au risque de s'enfermer dans des paradoxes. Il est temps de revenir sur les grandes années de la théorie littéraire en France, afin d'en proposer un bilan. ".

Et là je comprends. Selon Compagnon Il n'y a pas d'essence pure dans une grande oeuvre, l'auteur n'est pas le mieux informé sur son livre - surtout si c'est lui qui l'a écrit ! - un grand auteur ne parle pas de notre monde , le style et le rapport d'un lecteur à une oeuvre pfff ! Et la procession des grands écrivains le fait chier : mais lui , au dessus de ces rétrogrades lecteurs, du haut de sa science infuse et sa légitimité de théoricien va dégager l'auteur , le lecteur , l'oeuvre, le monde , la vie , le style , et la procession des grands écrivains qui l'emmerdent et imposer le règne des professeurs creux , ennuyeux , chiants et casse couilles sur terre.
Et je me suis rappelé mes , trop , nombreuses années à l'université : les cours qui m'endormaient ; me déprimaient, et parfois étaient tellement lénifiants qu'ils me révoltaient : je suis convaincu que l'université est délibérément devenu un lieu où abrutir les élèves et ou la médiocrité est non seulement une volonté mais une entreprise délibérée de démoralisation de la jeunesse.
Dans ce contexte je comprends mieux comment je me suis fait avoir.
L'antisionisme qui est un des combats légitimes et sincère des jeunes est devenu un produit , comme un autre , avec des consommateurs ; souvent de gauche , souvent Wokes et en mal de révolte qui dès qu'on leur donne des petites miettes pseudo-subversives sont tellement affamés par la médiocrité ambiante qu'ils se jettent dessus.
Je me demandais pourquoi le critique littéraire Juan Asensio le traitait de Mandarin sur Twitter. Maintenant je le sais.
C'est pas des mecs comme ça qui tiendraient le coup face à un nouveau mai 68 dans les universités ; ils sont de gauche et révoltés , mais quand les élèves n'en ont rien à foutre , sont sur leur ordi , sur Facebook , ou rigolent entre eux , ces grands soixante huitards osent quand même crier au silence dans la salle...
Et si des Compagnon peuvent faire fortune sur du creux , comment peuvent-ils le reprocher à des " sionistes " , qui ne font que la même chose , comme des boutiquiers jaloux en mal de monopole ?
Je regrette d'avoir critiqué Albert Cohen , il était peut être sincère dans sa nullité , et la nullité n'est pas un crime , la prétention si.
Je suis désolé mosieur Cohen d'avoir été dupe et même , comme Compagnon , à votre égard injuste et un peu salaud
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Deux fois déjà j'avais tenté la lecture de ce livre (que j'avais acheté en 2005…), mais à chaque fois, j'ai abandonné, car je le trouvais trop complexe. Mais je m'y suis replongé à l'occasion de l'élection d'Antoine Compagnon à l'Académie française, et non seulement j'y suis venu à bout mais j'y ai même pris du plaisir. Lors de cette troisième tentative, je l'ai même trouvé assez clair, et en tout cas construit de façon pédagogique : ainsi, ce n'est évidemment pas un livre qu'on lit d'une traite, mais ses chapitres sont divisés en sections d'une dizaine de pages environ qu'on peut lire en une seule session et qui font à chaque fois le point sur un aspect précis de la discussion théorique.

C'est pour moi une lecture très stimulante, et un livre que je consulterai parfois, car il offre un panorama assez vaste des différentes théories littéraires tout en pointant leurs limites. Il m'a permis aussi de découvrir la critique et les théories anglo-saxonnes, que je n'avais jamais abordées durant mes études de lettres. En revanche, il pointe les ambitions démesurées et les limites du structuralisme, des théoriciens comme Barthes, Riffaterre, enfin tout ce qu'on a appelé la French theory et qui fait encore autorité en France. D'ailleurs la complexité qui m'avait rebuté lors de mes premières lectures est plutôt celle de ces théoriciens structuralistes. Ne vous laissez pas impressionner par elle, semble suggérer Compagnon avec une pointe d'ironie, car elle est révélatrice d'une démarche qui se complaît, voire s'égare, dans le refus du discours traditionnel sur la littérature, mais qui, quand elle perd ses prétentions à la scientificité, devient jeu rhétorique et sophistique. Car enfin, si la littérature ne dit rien sur le monde, si elle n'apporte rien que le lecteur ne mobilise déjà en lisant, et si rien d'objectif ne peut être dit, pourquoi lire ?

Mais que retenir de ce livre ? On oublie vite les positions des différents théoriciens et les subtilités de leurs raisonnements… Compagnon affirme dans sa conclusion son intention de faire se questionner les amateurs de littérature sur leurs a priori, et sortir d'une approche naïve. Cependant, je ne conseillerais pas ce livre à qui ne se serait pas frotté déjà un peu à la théorie littéraire, notamment à Roland Barthes. Autrement dit, il ne me semble pas fait pour ceux qui auraient une approche naïve de la littérature et ne se seraient pas auparavant questionnés sur les problèmes qu'il traite. C'est pourquoi j'ai parfois été déçu que l'auteur laisse parfois son lecteur au bout du chemin, livré à ses questionnements, et sans lui donner de réponse. La démarche de Compagnon, qui suit en cela la méthode de Montaigne, est pyrrhonienne : il s'agit d'opposer des thèses opposées pour conclure à une aporie, mais cela relève parfois du procédé. Par exemple, dans le chapitre consacré à la fonction de la littérature, il expose sa définition « humaniste », instruire et plaire, puis rappelle qu'elle a été critiquée, notamment par des écoles marxistes, comme « bourgeoise ». Il conclut donc à l'aporie, même si la réfutation de la première définition est bien faible. J'aurais aimé, même si je comprends que cela ne correspond pas à sa démarche, que l'auteur prenne plus clairement position et affirme ses choix personnels, fussent-ils éminemment subjectifs et peu soutenus par la théorie et ses démons.
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Le livre "Le démon de la théorie : littérature et sens commun", écrit par Antoine Compagnon en 1998, est une analyse approfondie de l'influence de la théorie littéraire sur la façon dont nous comprenons et interprétons les oeuvres littéraires. Compagnon remet en question certaines des idées admises dans le domaine de la théorie littéraire et explore les conséquences de ces théories sur notre lecture des textes.
Dans ce livre, Compagnon met en évidence le rôle prépondérant de la théorie littéraire dans les études littéraires contemporaines. Il critique notamment l'approche théorique qui tend à dévaloriser l'expérience de lecture et à imposer des interprétations préétablies. Selon lui, cette approche réduit la littérature à une simple matière d'étude et ignore le plaisir esthétique que peut procurer la lecture.

Pour appuyer son argumentation, Compagnon s'appuie sur différents exemples tirés de l'histoire de la théorie littéraire, de la sémiologie à la déconstruction. Il montre comment ces théories ont influencé notre façon d'aborder et de comprendre la littérature, mais aussi comment elles peuvent parfois nous éloigner de l'oeuvre elle-même. Il souligne également les limites de la théorie littéraire, en mettant en évidence ses contradictions et ses lacunes.

Dans sa réflexion, Compagnon propose une alternative à cette approche théorique de la littérature en insistant sur l'importance du sens commun. Il soutient que nous devons revenir à une lecture plus intuitive et personnelle des textes, en accordant une place centrale à notre propre expérience de lecture et à notre sensibilité. Il invite les lecteurs à se méfier des théories qui prétendent détenir la vérité absolue sur les oeuvres littéraires et à privilégier une approche plus ouverte et subjective.

En conclusion, "Le démon de la théorie : littérature et sens commun" est une critique acérée de l'emprise de la théorie littéraire sur notre façon d'appréhender la littérature. Antoine Compagnon plaide en faveur d'une lecture plus personnelle et intuitive des oeuvres littéraires, en mettant en garde contre les dangers de réduire la littérature à un objet d'étude théorique. Ce livre remet en question les bases de la théorie littéraire et invite les lecteurs à retrouver le plaisir esthétique de la lecture.
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critiques presse (1)
Actualitte
21 mai 2019
Un livre stimulant, qui pourra paraître compliqué à ceux qui ne sont pas habitués au style d'un universitaire, même si Antoine Compagnon est connu pour son style accessible comme il l’a prouvé avec la série Un Été avec… qui a connu un grand succès aux éditions des Equateurs.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
Il est impossible aujourd'hui de réussir à un concours sans maîtriser les distinguos subtils et le parler de la narratologie. Un candidat qui ne saurait pas dire si le bout de texte qu'il a sous le yeux est "homo-" ou "hétérodiégétique", "singulatif" ou "itératif", à "focalisation interne" ou "externe", ne sera pas reçu, comme jadis il fallait reconnaître une anacoluthe d'une hypallage, et savoir la date de naissance de Montesquieu.
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Les théoriciens donnent souvent le sentiment d'élever des critiques très sensées contre les positions de leurs adversaires, mais comme ceux-ci, confortés par leur bonne conscience de toujours, n'en démordent pas et continuent à pérorer, les théoriciens se mettent eux aussi à donner de la voix et poussent leurs propres thèses, ou antithèses, jusqu'à l'absurde, et du coup les anéantissent eux-mêmes devant leurs rivaux ravis de se voir justifiés par l'extravagance de la position adverse. Il suffit de laisser un théoricien parler et se contenter de l'interrompre de temps en temps d'un "Ouais !" un peu goguenard : il brûlera ses vaisseaux sous vos yeux !.
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Pour Leavis, ou encore pour Raymond Williams, la valeur de la littérature est liée à la vie, à la force, à l'intensité de l'expérience dont elle témoigne, à sa faculté de rendre l'homme meilleur. Mais la revendication de l'autonomie sociale de la littérature à partir des années soixante, ou même de son pouvoir subversif, a coïncidé avec la marginalisation de l'étude littéraire, comme si sa valeur dans le monde contemporain était devenue plus incertaine.
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La théorie de la littérature, je la vois comme une attitude analytique et aporétique, un apprentissage sceptique (critique), un point de vue métacritique visant à interroger, questionner les présupposés de toutes les pratiques critiques (au sens large), un "Que sais-je ?" perpétuel.
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Barthes projette sur le Cours de Saussure l'hypothèse de Sapir-Whorf [...] sur le langage, selon laquelle les cadres linguistiques constituent la vision du monde des locuteurs, ce qui a pour conséquence ultime de rendre les théories scientifiques incommensurables, intraduisibles, et toutes également valides. On retombe par ce détour sur l'herméneutique post-heideggerienne, avec laquelle cette conception du langage est conforme : le langage est sans issue vers l'autre, dont le réel, à la manière de notre situation historique qui borne notre horizon. Or il y a là un saut immense, selon lequel la prémisse : "Il n'y a pas de pensée sans langage", entraîne l'arbitraire du discours, non plus au sens du conventionnalisme du signe mais du despotisme de tout code, comme si du renoncement à la dualité de la pensée et du langage s'ensuivait immanquablement la non-référentialité de la parole. Mais ce n'est pas parce que les langues ne divisent pas toutes pareillement les couleurs de l'arc-en-ciel qu'elles ne parlent pas du même arc-en-ciel. Le poids des mots a certainement compté dans ce glissement abusif sur le sens de l'arbitraire : lien immotivé et nécessaire entre signifiant et signifié, ainsi que Benveniste, dans "Nature du signe linguistique" (1939), avait précisé qu'il fallait l'entendre chez Saussure, il a été compris par Barthes et ses successeurs comme le pouvoir absolu et tyrannique du code. (pp. 144-145)
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Videos de Antoine Compagnon (44) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Antoine Compagnon
Alors que 2023 marque le 150e anniversaire de sa naissance, Colette est à l'honneur dans "La Grande Librairie". A cette occasion, Augustin Trapenard accueille Antoine Compagnon, pour "Un été avec Colette", publié aux Editions des Equateurs, Emmanuelle Lambert, pour "Sidonie Gabrielle Colette, édité chez Gallimard, et Frédéric Maget, pour "Notre Colette : Un portrait de Colette par ses lectrices", paru chez Flammarion. Frédéric Beigbeder, Amélie Nothomb, Chantal Thomas, Mona Ozouf et Simonetta Greggio sont également présents sur le plateau de l'émission, ainsi que Marie-Christine Barrault qui lira des textes de Colette.
Durant cette soirée, les invités vont revenir sur cette femme aux multiples facettes qui a marqué le XIXe siècle grâce à sa présence dans de multiples domaines. Tout au long de sa carrière, elle n'a cessé de changer de costume, entre celui d'écrivain, de journaliste ou encore de pantomime. Une situation qui lui allait à ravir puisque Colette a toujours refusé d'être étiquetée, mais aussi qui lui permettait de vivre de manière décente. En effet, comme elle l'a confié plusieurs fois, elle écrivait pour vivre, notamment après que son troisième mari Maurice Goudeket a été pris dans une rafle, le 12 décembre 1941. du fait de ses origines juives, il est arrêté par la Gestapo, lors de la rafle dite "des notables" et transféré au camp de Compiègne. Colette va alors tout mettre en oeuvre pour l'en sortir en faisait intervenir des personnalités très influentes. Il sera finalement relâché le 6 février 1942. N'ayant pas d'autres sources de revenus, Colette va continuer à publier pour des rédactions pas très fréquentables, mais sans jamais se compromettre dans des textes idéologiques ou propagandistes. 
Retrouvez l'intégralité de l'interview ci-dessous : https://www.france.tv/france-5/la-grande-librairie/
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