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EAN : 9782020490948
338 pages
Éditeur : Seuil (02/04/2001)

Note moyenne : 3.78/5 (sur 32 notes)
Résumé :


Ce livre retrace les conflits de la théorie de la littérature et du sens commun. La théorie refuse les préjugés du sens commun :
- la littérature comme essence ;
- l'auteur comme autorité donnant sens au texte ;
- le monde comme sujet de l'oeuvre ;
- la lecture comme conversation entre un auteur et son lecteur
- le style comme choix d'une manière d'écrire ;
- l'histoire littéraire comme procession des gr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Enroute
  24 décembre 2019
Ce serait un ouvrage de vulgarisation comme l'auteur l'écrit dans sa conclusion (« Rappelons-le une dernière fois : il s'agissait d'éveiller la vigilance du lecteur, de l'inquiéter dans ses certitudes, d'ébranler son innocence ou sa torpeur, de le déniaiser en lui donnant les rudiments d'une conscience théorique de la littérature. Tels étaient les buts de ce livre », p.311). ll ne s'agit donc pas de poser une nouvelle critique, une nouvelle théorie, mais d'opposer celles qui se sont élaborées au cours du temps. Pour ce faire, Compagnon rédige un chapitre sur chacun des 5 "éléments" impliqués par la lecture (auteur, lecteur, référent, langue, livre) et en ajoute deux autres métalittéraires (histoire et valeur). Dans chaque chapitre il oppose les auteurs et conclut à l'impossibilité de les unifier, mais à celle de les accorder.
Le gros problème de cette "méthode" est qu'elle mélange tout : Goodman (nominalisme) revient à côté de Barthes (structuralisme), de Sartre (phénoménologie), d'Eco (sémiologie), etc. Compagnon part donc bien du principe que par-delà les courants d'idées et les opinions individuelles se trouve un sujet commun, sinon objectif, duquel on parle et dont on prétend pouvoir parler d'une seule manière puisque tous les courants sont convoqués de manière acritique et hétéroclite, selon les besoins de l'essai et en fonction de l'opposition des extrêmes. En opposant les extrêmes, il est à peu près certain qu'on ne parviendra pas à unifier - si bien que les conclusions des chapitres qui mentionnent la nécessité du complément et l'impossibilité de choisir une théorie ou une autre sont adventices : on savait par avance que les sujets étaient irréconciliables. Et, de fait, comme chez Platon, mais peut-être avec moins de nuance, chaque chapitre s'achève par un ni oui ni non ou les uns ont raison et les autres n'ont pas tort.
Le courant de pensée qui pose que tout se vaut et qu'on ne peut se déterminer sur rien, sans relativiser cette pensée elle-même, c'est le scepticisme ("Je n'ai donc pas plaidé pour une théorie parmi d'autres, ni pour le sens commun, mais pour la critique de toutes les théories, y compris celle du sens commun"). Et c'est bien ce qui ressort de l'essai, car la critique ne consiste pas tant, à mon avis, à s'opposer à tout et ne repose surtout pas sur une posture fidéiste (« Comme la démocratie, la critique de la critique est le moins mauvais des régimes, et si nous ne savons pas lequel est le meilleur, nous ne doutons pas que les autres soient pires », p.312) qu'à s'efforcer de produire une cohérence nouvelle qui tienne compte des contradictions énoncées précédemment : elle est le contraire du scepticisme.
Or, l'auteur, très sûr de lui et de sa connaissance, entend éclairer un lecteur en le renvoyant à lui-même et en l'engageant sans doute à produire avec rigueur le travail critique que lui-même, dans sa très grande science transcendante, ne juge pas nécessaire de fournir ("La perplexité est la seule morale littéraire », ce qui rejoint le common sense).
De fait, le paradoxe est lui-même reconnu par l'auteur (« L'aporie qui termine chaque chapitre n'a donc rien d'accablant : ni la solution du sens commun ni celle de la théorie n'est bonne, ou bonne toute seule […] Mais la plupart des portes sont entrouvertes ou mi-closes », p.310 et « Pour étudier la littérature, il est indispensable de prendre parti, de se décider pour une voie, car les méthodes ne s'ajoutent pas et l'éclectisme ne mène nulle part »). Pourquoi ne tente-t-il pas alors de dépasser cet éclectisme dans une tentative d'unification des théories ? Ce qui se nomme théoriser. L'auteur refuse les démons de la théorie et prétend en faire en en refusant son principe.
Si bien que son approche est à mon sens fondamentalement biaisée : il entend opposer la théorie au sens commun, ou plutôt les accorder, enfin on ne sait pas trop, ce qui paraît étrange puisqu'il reconnaît lui-même l'impossible entente ("La visée de la théorie est en effet la déroute du sens commun") et ce qui prend évidemment une très forte résonance monde anglophone versus théorie "continentale". Or, à refuser de poser une connaissance, par "libéralisme", "tolérance", ou "ouverture d'esprit", on défend nécessairement... le scepticisme, le sens commun et le relativisme... qui, dans une contradiction performative sans cesse répétée, fait de la théorie qui postule l'absence ou l'inutilité de la théorie.
Ce qui s'oppose à la théorie n'est pas le sens commun qui prétend se passer de la réflexion, mais l'intuition, qui naît en dehors de la réflexion, la suscite, l'active, la sollicite. Mais l'intuition n'a pas cours dans le monde matérialiste, elle se confond avec le common sense, qui est le sens de tout le monde, ce qu'on dit sans y penser et sans même se demander si, parce que c'est ce que dit tout le monde, il ne serait pas nécessaire de creuse plus loin. Historiquement, le common sense perce les théories, et on rédige de nouvelles théories qui englobent le common sens. La charge de la preuve est toujours à la théorie et la théorie ne s'entend que si elle cherche à apporter la preuve, y compris au common sense, qui, lui, n'est engagé à rien d'autre qu'à prétendre la spontanéité.
Donc en conclusion, Compagnon aurait dû préciser qu'il proposait un ouvrage propédeutique. Mais il donne l'impression tout au long de l'ouvrage de dominer son sujet vers une nouvelle théorie, qui ne vient jamais. Un sentiment de déception accompagne chaque conclusion de chapitre.
A ne pas l'écrire et prétendant dépasser son sujet, il mélange tout en prétendant adopter une thèse d'ouverture. Mais là, se pose un problème ; s'il veut déniaiser le lecteur, il faudrait qu'il fasse un peu plus preuve de distinction des courants dont il parle, car en l'occurence, il a plutôt tendance à tout mélanger.. ou en réalité à ruiner l'idée même de théorie en faveur d'une approche "intuitive".
Enfin, il semble un peu trop vouloir se mettre en avant ("Ma conclusion serait une régression, ou même une récession, et l'on traitera peut-être de renégat celui qui relit avec une attention intransigeante les maîtres de son adolescence. Ce ne sera pas la première fois : "La troisième République des lettres", "Les Cinq Paradoxes de la modernité" m'avaient déjà valu des critiques de ce genre, venues de lecteurs sans doute peu familiers de Pascal ou de Barthes », p.308). Vouloir faire original en disant le contraire des autres, c'est typique du common sense, du scepticisme et de l'autoritarisme (ce que je dis a de la valeur car j'ai la légitimité pour parler).
Ce qui est confirmé par une tendance argumentative typique du scepticisme (par la négative : "Mon intention était de réfléchir aux concepts fondamentaux de la littérature [...] il ne s'agissait donc pas, loin de là, de fournir des recettes, des techniques, des méthodes, une panoplie d'outils à appliquer aux textes, ni non plus d'effaroucher le lecteur..." - d'ailleurs, d'où vient cette fausse retenue d'"effaroucher le lecteur », la vérité est-elle si terrible ; métaphores : "Poussée par son démon, la théorie compromet ses chances de l'emporter [...] le sens commun redresse la tête", p.306 ; ontologie, tiers exclu et indiscernables : "c'est l'antagonisme perpétuel de la théorie et du sens commun" - on ne peut pas opposer et choisir les deux ; écrire pour exciter la curiosité du lecteur, apathique ou lobotomisé : "il s'agissait d'éveiller la vigilance du lecteur" ; la thèse d'une réalité objective en soi, puisque la "référence" fait partie des cinq éléments étudiés ; une approche empirique par la lecture des auteurs et une absence de réflexion personnelle, etc.).
En résumé, un ouvrage qui ne serait pas sceptique s'il cherchait à amuser, étonner, surprendre, ou s'il se maintenait à poser sans prétendre dépasser ; mais qui parce qu'il se prend trop au sérieux (un auteur qui prétend brosser une perspective objective de son sujet et, pour ce faire, se met à la place de Dieu, disséminant avec magnanimité des bribes d'une science qu'il tient bien à l'abri dans son esprit), ne fait pas passer ses défauts de conception. A lire vite pour se donner des idées, et aller vite trouver des auteurs plus engagés pour établir des critiques plus approfondies et nourrir sa réflexion personnelle et critique. (C'est ce qui me dérange dans de nombreux ouvrages "récents" : des auteurs feignent l'objectivité en survolant un sujet par la mention de nombreux auteurs et ce faisant passent toute exigence d'approfondissement et défendent, quoi qu'ils en disent, une forme de scepticisme, de relativisme, sous le prétexte de l'ouverture d'esprit... pour ma part, j'attends d'un érudit qu'il ne fasse pas que des dictionnaires, mais aussi qu'il propose des réflexions - Compagnon ici, prétend faire un dictionnaire sans réflexion et pose en fait son goût pour l'intuition et l'approche intuitive... subversif...)
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vincentf
  08 janvier 2013
Comment lire sans se faire avoir? On serait tenté de répondre que le plaisir de la lecture tient justement au fait qu'on se laisse avoir, qu'on croit, contre toutes les réflexions les plus logiques, que l'auteur a un truc à dire à un lecteur réel sur un monde extérieur qui existe et qui évolue, bref, qu'il n'y a pas de plus grande joie que de rester l'idiot dindon de la farce littéraire. Compagnon, tout en rendant le lecteur moins naïf, ne condamne pas les idées communes qu'on se fait sur la littérature. Il montre au contraire que la théorie, en cherchant à tout prix à les détruire, a abouti, pour chacune d'entre elles, à des paradoxes qui les font renaître de leurs cendres. L'auteur est mort : vive l'auteur! On peut respirer, continuer à lire en s'identifiant, continuer à croire que le langage n'est pas qu'un système qui ne tourne en boucle que sur lui même, continer à penser que les livres ne donnent pas des informations que sur eux-mêmes, mais aussi sur leur époque, et persévérer à y traquer des messages ou des idées qui nous permettront de mieux vivre. Ce que réhabilite Compagnon, c'est la lecture ordinaire, qui ne peut trouver de sens qu'en admettant, sans en être dupe, des motivations peut-être illusoires, mais sans lesquelles, il n'y a aucun intérêt à perdre son temps la tête dans des bouquins.
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Cielvariable
  25 avril 2018
Ouvrage qui était une lecture obligatoire lors de mon baccalauréat en littérature française à l'université. Il s'agit d'une oeuvre de synthèse qui propose une intéressante réflexion sur le livre : auteur, lecteur, oeuvre ou le monde et qui explique avec une simplicité bien relative (pour des universitaires), la relation conflictuelle entre la théorie littéraire d'un côté et le ressenti du lecteur. Cet essai fait comprendre avec brio que la théorie littéraire a fait avancer la littérature, en faisant comprendre autrement des oeuvres littéraires. D'un autre côté, le lecteur (celui qui lit par plaisir) trouve son compte dans la littérature tout en étant un lecteur "naïf". Il est amusant de voir combien l'auteur s'acharne contre Rolland Barthes!
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Laura94
  20 mai 2013
Une critique littéraire très simple, très claire et très enrichissante. À lire pour toute personne souhaitant réfléchir sur ce qu'est la littérature.
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critiques presse (1)
Actualitte   21 mai 2019
Un livre stimulant, qui pourra paraître compliqué à ceux qui ne sont pas habitués au style d'un universitaire, même si Antoine Compagnon est connu pour son style accessible comme il l’a prouvé avec la série Un Été avec… qui a connu un grand succès aux éditions des Equateurs.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
OrpheaOrphea   27 novembre 2011
Les théoriciens donnent souvent le sentiment d'élever des critiques très sensées contre les positions de leurs adversaires, mais comme ceux-ci, confortés par leur bonne conscience de toujours, n'en démordent pas et continuent à pérorer, les théoriciens se mettent eux aussi à donner de la voix et poussent leurs propres thèses, ou antithèses, jusqu'à l'absurde, et du coup les anéantissent eux-mêmes devant leurs rivaux ravis de se voir justifiés par l'extravagance de la position adverse. Il suffit de laisser un théoricien parler et se contenter de l'interrompre de temps en temps d'un "Ouais !" un peu goguenard : il brûlera ses vaisseaux sous vos yeux !.
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OrpheaOrphea   27 novembre 2011
Il est impossible aujourd'hui de réussir à un concours sans maîtriser les distinguos subtils et le parler de la narratologie. Un candidat qui ne saurait pas dire si le bout de texte qu'il a sous le yeux est "homo-" ou "hétérodiégétique", "singulatif" ou "itératif", à "focalisation interne" ou "externe", ne sera pas reçu, comme jadis il fallait reconnaître une anacoluthe d'une hypallage, et savoir la date de naissance de Montesquieu.
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OrpheaOrphea   27 novembre 2011
La théorie de la littérature, je la vois comme une attitude analytique et aporétique, un apprentissage sceptique (critique), un point de vue métacritique visant à interroger, questionner les présupposés de toutes les pratiques critiques (au sens large), un "Que sais-je ?" perpétuel.
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GargantuatuaGargantuatua   19 février 2020
Barthes projette sur le Cours de Saussure l'hypothèse de Sapir-Whorf [...] sur le langage, selon laquelle les cadres linguistiques constituent la vision du monde des locuteurs, ce qui a pour conséquence ultime de rendre les théories scientifiques incommensurables, intraduisibles, et toutes également valides. On retombe par ce détour sur l'herméneutique post-heideggerienne, avec laquelle cette conception du langage est conforme : le langage est sans issue vers l'autre, dont le réel, à la manière de notre situation historique qui borne notre horizon. Or il y a là un saut immense, selon lequel la prémisse : "Il n'y a pas de pensée sans langage", entraîne l'arbitraire du discours, non plus au sens du conventionnalisme du signe mais du despotisme de tout code, comme si du renoncement à la dualité de la pensée et du langage s'ensuivait immanquablement la non-référentialité de la parole. Mais ce n'est pas parce que les langues ne divisent pas toutes pareillement les couleurs de l'arc-en-ciel qu'elles ne parlent pas du même arc-en-ciel. Le poids des mots a certainement compté dans ce glissement abusif sur le sens de l'arbitraire : lien immotivé et nécessaire entre signifiant et signifié, ainsi que Benveniste, dans "Nature du signe linguistique" (1939), avait précisé qu'il fallait l'entendre chez Saussure, il a été compris par Barthes et ses successeurs comme le pouvoir absolu et tyrannique du code. (pp. 144-145)
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CielvariableCielvariable   25 avril 2018
Certes, l'auteur est mort, la littérature n'a rien à voir avec le monde, la synonymie n'existe pas, toutes les interprétations sont valables, le canon est illégitime, mais on continue à lire des biographies d'écrivains, on s'identifie aux héros des romans, on suit avec curiosité les traces de Raskolnikov dans les rues de Saint-Pétersbourg, on préfère Madame Bovary à Fanny, et Barthes se plongeait délicieusement dans Le Comte de Monte-Cristo avant de s'endormir.
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Videos de Antoine Compagnon (25) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Antoine Compagnon
Un été avec Pascal Antoine Compagnon Éd. des Equateurs Collection Equateurs parallèles
À la suite d'une série d'émissions radiophoniques Un été avec Pascal diffusée au cours de l'été 2019, A. Compagnon analyse l'oeuvre et la pensée de l'auteur des « Pensées » qui apparaît comme l'un des fondateurs de la modernité, s'intéressant tant à la question des sciences, de la philosophie et de la théologie. Il est l'image de l'homme moderne, partagé entre foi et science. ©Electre
https://www.laprocure.com/ete-avec-pascal-antoine-compagnon/9782849907481.html
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