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ISBN : 2266098683
Éditeur : Pocket (02/03/2001)

Note moyenne : 3.69/5 (sur 34 notes)
Résumé :
La Guadeloupe des années cinquante. Contre des parents qui semblent surtout soudés par le mensonge, contre une mère aussi dure avec les autres qu'avec elle-même, contre un père timoré, la petite Maryse prend le chemin de la rébellion.
La soif de connaissance, les rêves d'autonomie et de liberté la guident vers son destin d'écrivain.


Mais peu à peu les épreuves de la vie appellent l'indulgence, la nostalgie de l'âme caraïbe restitue cer... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Myriam3
  10 décembre 2017
Maryse Condé évoque ici son enfance à Guadeloupe auprès de parents instruits fiers d'être Français. le thème de la culture est essentiel ici et réapparaît dans son oeuvre. Dans sa famille, on tourne le dos au créole, on parle français. Ils vivent d'ailleurs une partie de l'année à Paris, ville des musées, de la culture et du savoir-vivre.
Dernière-née d'une famille nombreuse, elle grandit seule auprès de parents qui se montrent arrogants et fiers de leur réussite sociale, alors qu'elle est elle-même le cancre de la classe, refusant l'autorité, trop franche au goût des adultes et de ses camarades. se dessine ici la force de caractère et les valeurs politiques et féministes de l'écrivain qu'elle deviendra.
On est aux antipodes des auteurs se revendiquant créoles et c'est assez intéressant de voir l'autre face. Ceci dit, dans ses romans, elle s'interroge sur mes origines de son peuple et retrace son histoire bercée de multiples cultures et influences.
C'est un témoignage très intéressant sur le Guadeloupe des années 50 et la vie d'une grande écrivaine.
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LucianaMortisol
  09 février 2014
La citation en exergue de Marcel Proust nous avertit : « ce que l'intelligence nous rend sous le nom de passé n'est pas lui ». Effectivement, Maryse Condé ne nous cache pas qu'elle nous invite à une reconstruction. A travers un certain nombre d'épisodes de son enfance et de son adolescence (un épisode par chapitre, chaque chapitre étant indépendant), elle s'efforce de retrouver la clef qui a fait d'elle, dernière-née tardive d'un couple de fonctionnaires guadeloupéens (mère institutrice) asservis à l'image de la France, une révoltée qui cherche à retrouver ses racines.
L'épisode du premier chapitre donne le ton. La famille à Paris… Dans les cafés les garçons s'étonnent que des Noirs parlent si bien le français. Les parents ne répondent rien, mais éprouvent ensuite entre eux le besoin de se sentir supérieurs aux serveurs, parlant le français mieux qu'eux. La petite Maryse sent qu'il y a problème : « Et moi, je ne comprenais pas en vertu de quoi ces gens orgueilleux, contents d'eux-mêmes, notables dans leur pays, rivalisaient avec les garçons qui les servaient. (…) Pourquoi enviaient-ils si fort des gens qui de leur propre aveu ne leur arrivaient pas à la cheville ? » Quand elle demande à son grand frère Sandrino, il répond : «T'occupe pas. Papa et maman sont une paire d'aliénés ». « A minuit, à force de coller tous les indices entre eux, je finis par bâtir un semblant de théorie. Une personne aliénée est une personne qui cherche à être ce qu'elle ne peut pas être parce qu'elle n'aime pas être ce qu'elle est. A deux heures du matin, au moment de prendre sommeil, je me fis le serment confus de ne jamais devenir une aliénée. En conséquence, je me réveillai une tout autre petite fille. D'enfant modèle, je devins répliqueuse et raisonneuse ».
Impitoyable pour sa famille, elle décrit un père vaniteux, un ancien séducteur vieillissant, et une mère dure, insensible aux problèmes sociaux, qui se permet de renvoyer sa bonne parce qu'elle a été absente pour soigner sa petite fille gravement malade ( et la petite Maryse est encore plus troublée quand Sandrino suggère que la petite fille est probablement morte).
La petite Maryse est coupée de tout ce qui est la vie des antillais autres que ces fonctionnaires pour lesquels la France est le moyen de l'ascension sociale. Il est évidemment interdit de parler en créole, on ne se mêle surtout pas à ceux qui font peuple. « Pour nous, pas de manmans restant à la maison en golle défraîchie, nous accueillant avec de gros baisers sur le pas de la porte, après leur journée à laver et repasser le linge avec des carreaux brûlants ou à faire bouillir des racines et, le soir, nous racontant les contes créoles de Zamba ou de Lapin. ». Tout doit aller dans le sens de la réussite sociale. Quand une des filles divorce, les parents, au lieu de l'aider, ne le lui pardonnent pas : « Emilia était coupable. L'échec de son mariage avec l'héritier des Tertullien privait mes parents d'un lustre de plus. Il ouvrait une brèche dans l'orgueilleuse muraille dont notre famille entendait s'entourer. Pour cette raison, personne ne pouvait la plaindre »
Episode après épisode, la jeune Maryse devient de plus en plus consciente de la réalité sociale de son île et de ce que signifient les choix de ses parents. Un jour par exemple, elle est réprimandée avec violence par son père et sa mère parce qu'elle a osé dire qu'une de ses camarades blanches était son idéal de beauté ; elle ne comprend pas, se sent culpabilisée par ses parents, mais sent aussi sans pouvoir en devenir consciente, que le reproche est irrationnel puisqu'elle ne l'a pas fait par mépris du Noir. Il lui manque la clef : elle ne sait pas que les Noirs sont infériorisés et méprisés.
Ces épisodes ne sont que les prémisses de la prise de conscience : la révélation, ce sera la lecture de la Rue Cases-Nègres : « Pour moi, toute cette histoire était parfaitement exotique, surréaliste. D'un seul coup tombait sur mes épaules le poids de l'esclavage, de la Traite, de l'oppression coloniale, de l'exploitation de l'homme par l'homme, des préjugés de couleur dont personne, à part quelquefois Sandrino, ne me parlait jamais. (…) Alors j'ai compris que le milieu auquel j'appartenais n'avait rien de rien à offrir et j'ai commencé de la prendre en grippe. A cause de lui, j'étais sans saveur ni parfum, un mauvais décalque des petits Français que je côtoyais. J'étais « peau noire masque blanc », et c'est pour moi que Frantz Fanon allait écrire ».
Peu à peu le voile levé sur la vie de la mère permet de comprendre et d'en venir à plus d'indulgence pour ce qu'elle est, elle la « fille d'une bâtarde analphabète qui avait quitté la Treille pour se louer à La Pointe ». « Ma mère avait donc grandi, humiliée par les enfants des maîtres, près du potager des cuisines des maisons bourgeoises ». Comme elle était très intelligente, elle fut remarquée à l'école et par obtentions de bourses devint « une des premières enseignantes noires ». L'épisode final sera un épisode de réconciliation où Maryse grandie gardera tendrement dans ses bras sa mère vieillie, mais tout en comprenant que jamais une véritable intimité n'aura pu se créer entre cette mère durcie et cette fille qui entrait dans un autre monde.

Devenue étudiante, Maryse se sent différente, seule, et essaie de faire quelque chose de sa solitude et de ses aspirations… Elle choisit l'anglais, moins poussiéreux que les lettres. Et le récit de la jeunesse se termine avec l'instant de la première rencontre amoureuse.
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Missbouquin
  29 mars 2014
Nous sommes en Guadeloupe dans les années 1950. Maryse Condé se souvient de son enfance alors que, choyée par ses parents dont elle est l'enfant non attendue, une sorte de miracle, elle entre dans l'adolescence et en rébellion. Entre un père vaniteux et timorée, une mère dure, il est difficile de trouver sa place. Ces textes racontent donc ce qui fut une phase essentielle de sa vie pour expliquer son désir d'écrire, de dire la vérité, d'apprendre et d'être libre.
A travers plusieurs courts chapitres qui forment les "contes vrais de son enfance", Maryse raconte sa souffrance retenue face à l'attention de ses parents qu'elle ne désire pas : "j'aurais tout donné pour être la fille de gens ordinaires, anonymes", des gens qui attendaient moins de leur fille, qui l'auraient laissé rêver, être elle-même. Une vie trop bien réglée, sans aucune fantaisie.
Une femme qui a cherché sa place entre la France et son île natale. Une femme désormais affirmée, activiste, qui préside le Comité pour la mémoire de l'esclavage, et s'impose comme une belle voix dans la littérature guadeloupéenne.
Ces contes sont le récit d'une enfance vécue dans la solitude, le mal-être, une enfance à l'imagination bridée, non stimulée, ce dont Maryse Condé a pris conscience seulement bien plus tard. Elle se reconstruit ainsi son enfance à la lumière de son présent, des difficultés qu'elle a connues par la suite. Ce qui en fait plus une autobiographie romancée que réaliste, une interprétation. Mais cela n'enlève pas l'intérêt du texte, entre documentation sur la Guadeloupe des années 1950, sur une vocation littéraire, et roman familial.
Un petit texte sympathique.
Lien : http://missbouquinaix.wordpr..
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Dridjo
  10 novembre 2012
Les biographies, ce n'est pas mon truc. Moi, je suis un lecteur de roman. En général, je ne lis les biographies qu'avec beaucoup de réticence. Pourquoi ? Parce que trop souvent nombrils des auteurs, trop souvent miroirs aux égos et, au final, trop rarement d'un réel intérêt artistique.
Le livre est art quand il nous transporte, soit pas la façon dont il nous conte une histoire, soit de par l'histoire même qui nous est contée. Les biographies, à mon goût, rentrent trop rarement dans la catégorie art. hormis le fait de trahir totalement l'esprit Wildien – d'Oscar Wilde – qui veut que seul l'art comptât et non l'artiste, il ne sert – souvent – qu'à draguer le voyeur qui est en nous sous le fallacieux prétexte de découvrir un homme – dit – grand, une star – vendue comme – unique ou un parcours – considéré comme – extraordinaire. Hélas, 3 fois hélas, cent fois hélas, ces textes que les as du marketing nous fourguent en titillant notre sensiblerie se révèle très rarement transcendants. Ils ne servent – en général – qu'à confirmer les afficionados dans leur penchant pour le personnage, laissant froid ceux qui, il n'y a pas d'autres mots, s'en foutent comme de leur premier slip kangourou.
Ce livre ne rentre pas dans ce cadre. Ma diatribe d'introduction ne sert en fait qu'à affirmer cela ; cette autobiographie de Maryse Condé n'est absolument pas un de ces auto-bravos dont je parlais plus haut. Ce petit récit (154 pages) se veut, pour le lecteur, une boussole qui, sans détour, sans concession aucune, nous montre les chemins par lesquels une enfant, benjamine d'une fratrie de 10, s'est construite, a construit sa personnalité pour devenir une écrivaine et activiste de talent.
L'enfant Maryse, naît par accident d'un père sexagénaire au corps, déjà, fourbi d'arthrose et d'une mère quadragénaire que la ménopause semble avoir oubliée – "Passé la honte d'avoir été prise, à son âge respectable, en flagrant délit d'oeuvre de chair, ma mère ressentit une grande joie de son état. de l'orgueil même. L'arbre de son corps n'était pas flétri, desséché. Il pouvait encore porter des fruits. " – Elle est le bâton de vieillesse fustigé par les aînés parce que vu comme étant trop gâtée, trop choyée et totalement emmurée dans l'amour protectrice d'une mère castratrice.
"Ma mère attendait trop de moi. J'étais perpétuellement sommée de me montrer partout et en tout la meilleure. En conséquence, je vivais dans la peur de la décevoir. Ma terreur était d'entendre ce jugement sans appel que, bien souvent, elle portait sur moi
- Tu ne feras jamais rien de bon de ta vie !"
La petite fille se construit à l'ombre de cette mère potomitan qui semble se venger constamment d'un historique familiale douloureux – "sous ses abords flamboyants, j'imagine que sa mère avait peur de la vie, jument sans licou qui avait tellement malmené sa mère et sa grand-mère. Un inconnu avait violenté Elodie dont quinze ans plus tôt un usinier marie-galantais avait violenté la mère. Toutes les deux avaient été abandonnées avec leur montagne de la vérité et leurs deux yeux pour pleurer."– avec la rage de ceux qui veulent s'inventer un présent glorieux. Maryse Condé ne fait aucune concession à ses parents, à ses frères et soeurs, à sa famille.
Sa mère, qu'elle dépeint comme un personnage particulièrement antipathique, dure et complexé est le point focal de sa rébellion, de son refus de "devenir comme elle", une institutrice de la nouvelle bourgeoisie guadeloupéenne des années 50, dure et capable du pire acte d'égoïsme avec la main gauche pendant que la droite fait preuve, avec fanfares et tambours, de grande générosité.
(Suite sur http://www.loumeto.com/spip.php?article346)
Lien : http://www.loumeto.com/spip...
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olivberne
  01 janvier 2013
Maryse Condé, l'une des plus grandes auteures de littérature antillaise, universitaire reconnue dans le monde entier, livre ici ses souvenirs d'enfance, dans une Guadeloupe qui ne ressemble plus à celle d'aujourd'hui. Il fallait alors une journée pour aller rencontrer la famille, à vingt kilomètres de son logement...
Elle se livre pudiquement, amoureusement, entre les gens de sa famille et ses premiers émois amoureux. le texte est plaisant et sensible et elle n'oublie pas non plus les drames et les malheurs inhérents à l'époque. C'est une autobiographie facile à lire, on l'étudie ici au collège et elle est à comparer avec "Le dernier Matin" de Rippon qui est semblable mais plus moraliste. Ici, Maryse Condé ne cherche qu'à raconter, en glorifiant plus les gens simples du passé que le passé lui-meme: elle ne montre pas la nostalgie qu'on peut rencontrer chez Rippon. Et surtout, elle montre, comme beaucoup d'écrivains, comment et pourquoi elle est devenue ce qu'elle est.
Bref, une autobiographie classique mais plaisante.
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
olivberneolivberne   04 octobre 2013
Indifférent comme à son habitude, mon père n'avait pas de préférence. Ma mère, elle désirait une fille. La famille comptait déjà trois filles et quatre garçons. Cela égaliserait les camps. Passé la honte d'avoir été prise, à son âge respectable, en flagrant délit d'œuvre de chair, ma mère ressentit une grande joie de son état. De l'orgueil même. L'arbre de son corps n'était pas flétri, desséché. Il pouvait encore porter des fruits.
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KrystaniaKrystania   25 juillet 2012
Du jour au lendemain, je me liai étroitement avec deux étudiants haïtiens en sciences politiques, Jacques et Adrien, qui, vrai ou faux? se déclarèrent amoureux de moi à la folie. Très savants, ils n'ignoraient rien de leurs pays : ni l'histoire, ni la religion, ni l'économie, ni les tensions politico-raciales, ni la littérature, ni la peinture naïve. Travailleurs, deux rats de bibliothèques, ils me firent honte de mon inactivité.
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MissbouquinMissbouquin   29 mars 2014
"j’aurais tout donné pour être la fille de gens ordinaires, anonymes"
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Videos de Maryse Condé (11) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Maryse Condé
Maryse Condé et l'esclavage. Extrait d'un reportage de Nantes Métropole au Mémorial de l'esclavage de Nantes, novembre 2011. Voir site "Les mémoires des esclavages et de leurs abolitions" : www.lesmemoiresdesesclavages.com
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