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EAN : 9782266098687
160 pages
Pocket (02/03/2001)
3.89/5   74 notes
Résumé :
La Guadeloupe des années cinquante. Contre des parents qui semblent surtout soudés par le mensonge, contre une mère aussi dure avec les autres qu'avec elle-même, contre un père timoré, la petite Maryse prend le chemin de la rébellion.
La soif de connaissance, les rêves d'autonomie et de liberté la guident vers son destin d'écrivain.


Mais peu à peu les épreuves de la vie appellent l'indulgence, la nostalgie de l'âme caraïbe restitue cer... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
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Myriam3
  10 décembre 2017
Maryse Condé évoque ici son enfance à Guadeloupe auprès de parents instruits fiers d'être Français. le thème de la culture est essentiel ici et réapparaît dans son oeuvre. Dans sa famille, on tourne le dos au créole, on parle français. Ils vivent d'ailleurs une partie de l'année à Paris, ville des musées, de la culture et du savoir-vivre.
Dernière-née d'une famille nombreuse, elle grandit seule auprès de parents qui se montrent arrogants et fiers de leur réussite sociale, alors qu'elle est elle-même le cancre de la classe, refusant l'autorité, trop franche au goût des adultes et de ses camarades. se dessine ici la force de caractère et les valeurs politiques et féministes de l'écrivain qu'elle deviendra.
On est aux antipodes des auteurs se revendiquant créoles et c'est assez intéressant de voir l'autre face. Ceci dit, dans ses romans, elle s'interroge sur mes origines de son peuple et retrace son histoire bercée de multiples cultures et influences.
C'est un témoignage très intéressant sur le Guadeloupe des années 50 et la vie d'une grande écrivaine.
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LucianaMortisol
  09 février 2014
La citation en exergue de Marcel Proust nous avertit : « ce que l'intelligence nous rend sous le nom de passé n'est pas lui ». Effectivement, Maryse Condé ne nous cache pas qu'elle nous invite à une reconstruction. A travers un certain nombre d'épisodes de son enfance et de son adolescence (un épisode par chapitre, chaque chapitre étant indépendant), elle s'efforce de retrouver la clef qui a fait d'elle, dernière-née tardive d'un couple de fonctionnaires guadeloupéens (mère institutrice) asservis à l'image de la France, une révoltée qui cherche à retrouver ses racines.
L'épisode du premier chapitre donne le ton. La famille à Paris… Dans les cafés les garçons s'étonnent que des Noirs parlent si bien le français. Les parents ne répondent rien, mais éprouvent ensuite entre eux le besoin de se sentir supérieurs aux serveurs, parlant le français mieux qu'eux. La petite Maryse sent qu'il y a problème : « Et moi, je ne comprenais pas en vertu de quoi ces gens orgueilleux, contents d'eux-mêmes, notables dans leur pays, rivalisaient avec les garçons qui les servaient. (…) Pourquoi enviaient-ils si fort des gens qui de leur propre aveu ne leur arrivaient pas à la cheville ? » Quand elle demande à son grand frère Sandrino, il répond : «T'occupe pas. Papa et maman sont une paire d'aliénés ». « A minuit, à force de coller tous les indices entre eux, je finis par bâtir un semblant de théorie. Une personne aliénée est une personne qui cherche à être ce qu'elle ne peut pas être parce qu'elle n'aime pas être ce qu'elle est. A deux heures du matin, au moment de prendre sommeil, je me fis le serment confus de ne jamais devenir une aliénée. En conséquence, je me réveillai une tout autre petite fille. D'enfant modèle, je devins répliqueuse et raisonneuse ».
Impitoyable pour sa famille, elle décrit un père vaniteux, un ancien séducteur vieillissant, et une mère dure, insensible aux problèmes sociaux, qui se permet de renvoyer sa bonne parce qu'elle a été absente pour soigner sa petite fille gravement malade ( et la petite Maryse est encore plus troublée quand Sandrino suggère que la petite fille est probablement morte).
La petite Maryse est coupée de tout ce qui est la vie des antillais autres que ces fonctionnaires pour lesquels la France est le moyen de l'ascension sociale. Il est évidemment interdit de parler en créole, on ne se mêle surtout pas à ceux qui font peuple. « Pour nous, pas de manmans restant à la maison en golle défraîchie, nous accueillant avec de gros baisers sur le pas de la porte, après leur journée à laver et repasser le linge avec des carreaux brûlants ou à faire bouillir des racines et, le soir, nous racontant les contes créoles de Zamba ou de Lapin. ». Tout doit aller dans le sens de la réussite sociale. Quand une des filles divorce, les parents, au lieu de l'aider, ne le lui pardonnent pas : « Emilia était coupable. L'échec de son mariage avec l'héritier des Tertullien privait mes parents d'un lustre de plus. Il ouvrait une brèche dans l'orgueilleuse muraille dont notre famille entendait s'entourer. Pour cette raison, personne ne pouvait la plaindre »
Episode après épisode, la jeune Maryse devient de plus en plus consciente de la réalité sociale de son île et de ce que signifient les choix de ses parents. Un jour par exemple, elle est réprimandée avec violence par son père et sa mère parce qu'elle a osé dire qu'une de ses camarades blanches était son idéal de beauté ; elle ne comprend pas, se sent culpabilisée par ses parents, mais sent aussi sans pouvoir en devenir consciente, que le reproche est irrationnel puisqu'elle ne l'a pas fait par mépris du Noir. Il lui manque la clef : elle ne sait pas que les Noirs sont infériorisés et méprisés.
Ces épisodes ne sont que les prémisses de la prise de conscience : la révélation, ce sera la lecture de la Rue Cases-Nègres : « Pour moi, toute cette histoire était parfaitement exotique, surréaliste. D'un seul coup tombait sur mes épaules le poids de l'esclavage, de la Traite, de l'oppression coloniale, de l'exploitation de l'homme par l'homme, des préjugés de couleur dont personne, à part quelquefois Sandrino, ne me parlait jamais. (…) Alors j'ai compris que le milieu auquel j'appartenais n'avait rien de rien à offrir et j'ai commencé de la prendre en grippe. A cause de lui, j'étais sans saveur ni parfum, un mauvais décalque des petits Français que je côtoyais. J'étais « peau noire masque blanc », et c'est pour moi que Frantz Fanon allait écrire ».
Peu à peu le voile levé sur la vie de la mère permet de comprendre et d'en venir à plus d'indulgence pour ce qu'elle est, elle la « fille d'une bâtarde analphabète qui avait quitté la Treille pour se louer à La Pointe ». « Ma mère avait donc grandi, humiliée par les enfants des maîtres, près du potager des cuisines des maisons bourgeoises ». Comme elle était très intelligente, elle fut remarquée à l'école et par obtentions de bourses devint « une des premières enseignantes noires ». L'épisode final sera un épisode de réconciliation où Maryse grandie gardera tendrement dans ses bras sa mère vieillie, mais tout en comprenant que jamais une véritable intimité n'aura pu se créer entre cette mère durcie et cette fille qui entrait dans un autre monde.

Devenue étudiante, Maryse se sent différente, seule, et essaie de faire quelque chose de sa solitude et de ses aspirations… Elle choisit l'anglais, moins poussiéreux que les lettres. Et le récit de la jeunesse se termine avec l'instant de la première rencontre amoureuse.
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MaggyM
  24 janvier 2022

Maryse Condé (qui semble avoir pris le nom de sa rue d'enfance comme nom de plume) nous raconte ses souvenirs d'enfance en Guadeloupe dans les années 50.
Chaque chapitre est consacré à une histoire; raison pour laquelle elle a sous-titré son livre "Contes vrais de mon enfance".
Huitième enfant d'un couple de bourgeois antillais, elle garde un souvenir teinté d'amertume. Vis-à-vis de ses parents d'abord, qu'elle présente souvent comme des orgueilleux, fiers de leur statut, trop fiers au point de pratiquer eux-mêmes un certain racisme anti-mulâtres. Parce que dans les années 50, être "noir" peut revêtir des tas de significations que Maryse, petite fille, éprouve des difficultés à comprendre. Pour elle, un enfant avec qui jouer est un enfant, point! Pourquoi ses parents lui reprochent-ils donc de s'amuser avec certains d'entre eux? Pourquoi doit-elle systématiquement prendre le rôle de souffre-douleur quand l'autre enfant est blanc ("je dois te donner des coups parce que tu es une négresse")?
Vis-à-vis de la société en général également. Incomprise à l'école, incomprise à la maison, cataloguée très vite de perturbatrice, elle semblait ne trouver sa vraie place nulle part.
C'est à hauteur d'enfant, voire de jeune adolescente, que les récits nous sont proposés. Donc, c'est au lecteur de détecter les lignes plus historico-politiques comme la lutte des classes, la place de la femme dans la société antillaise de l'époque, l'approche de l'enseignement, les relations avec la France... Parce qu'à cette époque, en Guadeloupe, on déteste l'Amérique par principe et on aime la France, par principe aussi. Ce que Maryse, enfant, ne comprend pas, ne trouvant d'ailleurs pas grande satisfaction dans ses voyages à Paris où l'image qu'elle a de ses parents se fane encore un peu plus.
Mêlant français et créole, la plume de l'autrice est très fluide et donne juste l'envie d'explorer un peu plus le sujet à travers d'autres ouvrages.
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Kio971
  28 juillet 2021
Le coeur a rire et à pleurer est un tout petit livre - à peine 150 pages - où Maryse Condé nous raconte son enfance dans la Guadeloupe des années 1940 et 1950.
Un livre beaucoup trop bref à mon goût (j'aurais préféré plutôt quatre tomes comme l'a fait Patrick Chamoiseau sur son enfance en Martinique), mais un livre très plaisant à lire.
L'écriture de Maryse Condé est fluide et agréable. Pour qui connaît un peu la Guadeloupe, ou y vit (comme moi) on suit la jeune Maryse dans le Pointe à Pitre de l'après guerre et du début des années 50.
A ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur la Guadeloupe an tan lontan - comme on dit ici - je recommande tout particulièrement Victoire, les saveurs et les mots, du même auteur, sur la vie de sa grand-mère marie-galantaise, à l'écriture magnifique également.
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Missbouquin
  29 mars 2014
Nous sommes en Guadeloupe dans les années 1950. Maryse Condé se souvient de son enfance alors que, choyée par ses parents dont elle est l'enfant non attendue, une sorte de miracle, elle entre dans l'adolescence et en rébellion. Entre un père vaniteux et timorée, une mère dure, il est difficile de trouver sa place. Ces textes racontent donc ce qui fut une phase essentielle de sa vie pour expliquer son désir d'écrire, de dire la vérité, d'apprendre et d'être libre.
A travers plusieurs courts chapitres qui forment les "contes vrais de son enfance", Maryse raconte sa souffrance retenue face à l'attention de ses parents qu'elle ne désire pas : "j'aurais tout donné pour être la fille de gens ordinaires, anonymes", des gens qui attendaient moins de leur fille, qui l'auraient laissé rêver, être elle-même. Une vie trop bien réglée, sans aucune fantaisie.
Une femme qui a cherché sa place entre la France et son île natale. Une femme désormais affirmée, activiste, qui préside le Comité pour la mémoire de l'esclavage, et s'impose comme une belle voix dans la littérature guadeloupéenne.
Ces contes sont le récit d'une enfance vécue dans la solitude, le mal-être, une enfance à l'imagination bridée, non stimulée, ce dont Maryse Condé a pris conscience seulement bien plus tard. Elle se reconstruit ainsi son enfance à la lumière de son présent, des difficultés qu'elle a connues par la suite. Ce qui en fait plus une autobiographie romancée que réaliste, une interprétation. Mais cela n'enlève pas l'intérêt du texte, entre documentation sur la Guadeloupe des années 1950, sur une vocation littéraire, et roman familial.
Un petit texte sympathique.
Lien : http://missbouquinaix.wordpr..
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
olivberneolivberne   04 octobre 2013
Indifférent comme à son habitude, mon père n'avait pas de préférence. Ma mère, elle désirait une fille. La famille comptait déjà trois filles et quatre garçons. Cela égaliserait les camps. Passé la honte d'avoir été prise, à son âge respectable, en flagrant délit d'œuvre de chair, ma mère ressentit une grande joie de son état. De l'orgueil même. L'arbre de son corps n'était pas flétri, desséché. Il pouvait encore porter des fruits.
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TaraxacumTaraxacum   17 mai 2020
Quand, dix fois par jour, par le menu et le détail, ma mère me faisait le récit des incidents bien ordinaires qui avaient précédé ma naissance, ni éclipse de lune ou de soleil, ni chevauchements d 'astres dans le ciel, ni tremblements de terre, ni cyclones, j'étais toute petite, assise contre elle, sur ses genoux. Rien ne me faisait comprendre pourquoi je n'étais pas restée à l'intérieur de son ventre. Les couleurs et les lumières du monde autour de moi ne me consolaient pas de l'opacité où, neuf mois durant, j'avais circulé, aveugle et bienheureuse avec mes nageoires de poisson-chat. Je n'avais qu'une seule envie: retourner là d'où j'étais venue et, ainsi, retrouver un bonheur que, je le savais, je ne goûterais plus.
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Kio971Kio971   29 juillet 2021
Le jeudi matin, nous n'attirions pas l'attention car nos familles se bousculaient sur les balcons. Bonne-maman Driscoll allongeait ses vieux os dans un pliant ou bien berçait le dernier-né. Mes soeurs piquaient l'aiguille dans des services de table. Les garçons Driscoll apprenaient leurs leçons. Mais l'après-midi, il devenait difficile de s'attarder parmi les plantes en pots. Tout le monde rentrait à l'intérieur des maisons pour la sieste et baissait les persiennes. Le petit marché du coin de la rue se mettait debout. Les lolos fermaient boutique et il ne restait plus à traîner dans la rue qu'un fou surnommé Banjo à cause de son bas-ventre ballonné par une hernie. Ma mère, en chemise de coton, reposant déjà sous sa moustiquaire, s'impatientait :
- Viens donc ! Qu'est-ce que tu fais au soleil comme un linge à blanchir ?
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MaggyMMaggyM   23 janvier 2022
Je n'appréciais pas les enterrements de malheureux, ceux qu'une poignée de fidèles accompagne à leur dernière demeure, sans fleurs ni couronnes. Je n'aimais que les enterrements qui étalent l'opulence de ceux qui désormais ne possèdent plus rien.
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TaraxacumTaraxacum   18 mai 2020
Mais alors que ma mère s'appuyait sur un partenaire sans reproche, Yves était un coureur fini. Lise n'avait jamais pu garder une servante ou une bonne amie excepté ma mère. Yves avait donné un ventre à chacune des petites parentes de la campagne qu'on lui avait confié pour leur éducation.
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