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Ségou tome 1 sur 2
EAN : 9782221011973
492 pages
Robert Laffont (01/05/1984)
4.04/5   239 notes
Résumé :
À la fin du XVIIIe siècle, l’Afrique est un continent noble et sauvage. Entre Bamako et Tombouctou, Ségou est un royaume florissant ; les Bambaras, polythéistes et animistes, un peuple invincible.
Culte des ancêtres, sacrifices rituels, chants des griots... Tout semble immuable. Pourtant, de grands bouleversements se préparent. L’esclavage fait rage. Les Européens se prennent pour de grands civilisateurs. L’islam, d’abord considéré comme une culture exotique ... >Voir plus
Que lire après Ségou, tome 1 : Les murailles de terreVoir plus
Critiques, Analyses et Avis (29) Voir plus Ajouter une critique
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Ségou est une immense fresque qui raconte l'Afrique de l'Ouest, essentiellement au XIXe siècle. Cette région du monde magnifique, aux cultures et aux traditions riches et millénaires est souvent négligées, tant dans la littérature que dans l'actualité. L'autrice Maryse Condé, bien qu'originaire de la Guadeloupe et ayant fait une partie de sa scolarité en France, voyage et travaille une dizaine d'année en Côte d'Ivoire, en Guinée, au Ghana, au Sénégal. Même de retour en Occident, elle continue à s'intéresser à cette région du monde. Et c'est sans doute ce qui lui inspira Ségou.

Le premier tome de cette saga s'intitule Les murailles de terre. Il raconte le déclin de l'empire des Bambaras, l'ordre ancien renversé par des dissensions internes (intrigues de palais) mais surtout la progression de l'islam et du christianisme ainsi que le colonialisme et l'esclavagisme (traite négrière et déportation outre-Atlantique).

La famille Douskila est au coeur de cette grande saga, au coeur également des thèmes mentionnés plus haut. le fils aîné Tiékoro Traoré se convertit tôt à l'islam et sera persécuté pour cela. En effet, pour le fils d'un grand dignitiaire dans une société aux croyances fétichistes, c'est osé. le deuxième frère est capturé par des esclavagistes et transite par le Nigéria avant d'être vendu au Sénégal. Par la suite, il s'embarque pour le Brésil, travaillant dans une fazenda. Quant au troisième, Malobali, il se fait mercenaire dans l'empire Ashanti. Un autre frère, fils d'une esclave, exerce différents métiers qui le font voyager dans la région, même jusqu'au Maroc.

Ainsi, la fratrie voyage dans toute l'Afrique de l'Ouest et dans des régions où les populations locales se sont retrouvées par la suite, souvent malgré elles. Beaucoup d'aventures, beaucoup de souffrance également. Je crois que c'est la meilleure façon de résumer (à l'extrême) ce roman dense sans le dénaturer.

Les murailles de terre est un roman de fiction, toutefois, il incorpore beaucoup d'éléments historiques. Par exemple, le voyage de l'explorateur Mungo Park, la présence des officiers et des signares (femmes métis) à Gorée et Saint-Louis (au Sénégal), la montée en puissance d'El Hadj Omar et de son empire toucouleur.

L'intrigue est certes pertinente et accrocheuse. le rythme est très rapide, il se passe beaucoup, vraiment beaucoup de choses. Aussi, le mode de vie des gens des différents peuples (bambaras, peuls, wolofs, ashantis, yorubas, etc.) est très bien décrit. J'arrivais facilement à les imaginer dans ma tête, à les différencier les uns des autres. Pour nous aider, plusieurs notes de bas de page ainsi que, à la fin, des notes historiques et ethnographiques (afin de pousser notre compréhension sur plusieurs éléments effleurés dans le roman). Aussi, des cartes et un arbre généalogique présentant la fratrie, mais aussi leurs épouses, leurs enfants et leurs petits-enfants. Très utile!

Toutefois, si Les murailles de terre permettent de reconstituer une époque, un petit je-ne-sais-quoi m'agaçait tout le long de ma lecture. Je n'arrivais pas à me sentir complètement investi dans l'histoire de ces trois frères et cela malgré un début prometteur. Je mets ça sur trois facteurs. le premier, c'est que tout déboule rapidement (à mon goût), avant que l'on ait eu le temps d'assoir les personnages. le deuxième, ce sont les sauts dans le temps, ce qui se produit à plusieurs endroits. Tout d'un coup, un, trois, cinq ans se sont écoulés, à peine une phrase ou deux pour signaler que la narration est propulsée de l'avant. Par exemple, alors qu'il se trouve encore à Tombouctou, Tiékolo songe à prendre pour épouse Nadié sa concubine, malgré son rang inférieur. le chapitre suivant, ils sont mariés, parents de trois enfants et de retour à Ségou. When did that happen! Au début, je croyais avoir sauté des pages, avoir été dans la lune, d'autant plus que parfois l'on passe des aventures d'un frère à celles d'un autre. C'était mélangeant, et pas rien qu'un peu.

La troisième raison rejoint un peu la première : plusieurs personnages secondaires sont peu exploités, décrits seulement de manière superficielle, avec une certaine distance. Ça va pour des individus qui ne font que croiser la route des protagonistes mais certains tiennent des rôles importants (comme les différentes épouses ou les dignitaires du royaume de Ségou). Pourtant, l'auteure en fait peu de cas et plusieurs sont expédiés (pour ne pas dire tués) très rapidement une fois leur utilité dans l'intrigue finie. J'aurai aimé avoir la chance de les comprendre mieux, d'apprécier leurs tourments intérieurs. Ceci dit, avec déjà deux tomes de presque 500 pages en grand format, cela aurait sans doute fait déborder cette histoire déjà complexe.

Dans tous les cas, j'ai bien aimé Les murailles de terre, un roman captivant qui m'a fait découvrir davantage l'histoire de cette partie du monde.
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Ségou. Grande ville le long du fleuve Niger entre Tombouctou et Bamako.
Fin du XVIIIe : Segou est la capitale du royaume du même nom, où vivent les Bambaras, peuple noir, polythéiste.
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L'auteure va entreprendre une grande et passionnante saga familiale autour d'un père (un grand notable) et ses 4 fils pour nous décrire l'Histoire de ce royaume, la vie quotidienne à cette époque.
Typiquement le genre de roman que j'adore : j'ai été embarquée par l'histoire des 4 frères, j'ai découvert l'Histoire de ces contrées. Passionnant et instructif !
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4 frères. 4 aventures. 4 vies bouleversées par L Histoire.
Si vous voulez savoir comment l'Islam s'est implanté dans le Mali d'aujourd'hui, allez-y vous découvrirez plein de choses. Si vous voulez en apprendre plus sur ces anciens esclaves d'Amérique du Sud revenant sur leur terre natale, pareil !
A noter que les femmes ne sont pas mises de côté, au contraire elles ont une place centrale.
Les rites, la culture sont détaillés. On partage avec plaisir les repas des personnages. On découvre aussi les traditions familiales, le mépris envers d'autres groupes ethniques....
Vraiment le genre de livre qui me plait !
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Ce livre est à la fois un récit historique mais aussi un incroyable voyage qui vous fera découvrir évidemment le Mali du XIXe, mais aussi Fès, le Brésil.
Et la violence pour imposer une religion.......
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A noter que j'ai commencé le 2e tome avec plaisir. Livre coupé en 2 plus pour des raisons éditoriales ou de facilité pour le lecteur vue l'épaisseur finale de cette saga.
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Ce roman relève les quatre événements qui se sont passées et qui ont mis l'Afrique en ébullition : l'influence de l'esclavage, l'influence de l'Islam, l'influence du christianisme et l'influence du colonialisme. La famille de Dousika Traoré souffre durant des générations à cause de ces influences sur les habitants de Ségou. La souffrance de la famille Traoré symbolise la souffrance de tout le continent africain et la complexité à résoudre les problèmes qui ont duré plusieurs générations.
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Vous aimez les grandes fresques historiques et les destinées familiales? Vous aimez la littérature caribéenne et africaine? Alors ce livre devrait vous plaire. Mais c'est aussi un livre de Maryse Condé (mon premier). Alors il ne se contente pas du plaisir de raconter, même si ce plaisir est grand. Il est traversé aussi par de grandes questions et il explore les racines des situations actuelles.
Le personnage principal est une ville, Ségou, sur le fleuve Niger. Elle est peuplée en majorité de Bambaras, qui pratiquent les religions traditionnelles africaines. Mais ne vous imaginez que le lecteur y restera cloîtré tout au long du livre. Vous parcourrez toute l'Afrique de l'Ouest de Fès à Porto Novo ou Cape Coast, et même au Brésil, au gré des aventures de Dousika et de ses descendants. Et chemin faisant, l'on est pris dans l'expansion de l'islam, le développement des colonisations anglaise et française, la traite négrière, et toutes les réalités de la vie en Afrique de l'Ouest au 19e siècle. Maryse Condé n'élude pas toute l'implication des Africains dans le jeu de ces situations nouvelles et c'est ce qui est passionnant dans Ségou. On apprend un bon bout d'histoire et on a toujours envie d'en savoir plus. En même temps, les personnages ont une épaisseur, il sont faits de désirs, de chair et de sang, ils sont les héritiers de leurs ancêtres, qu'ils interrogent régulièrement pour faire face aux bouleversements. Et bien sûr le point de de vue des femmes n'est pas oublié. Les événements sont souvent perçus de leur point de vue. C'est un roman complet, prenant, riche, fascinant, qu'on ne lâche pas facilement. Avis aux amateurs!
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C'est une relecture. Lu avant le premier voyage au Bénin. J'ai repris ce livre avec les souvenirs de nombreux voyages où se déroulent l'histoire et les développements géopolitiques actuels.

Une saga familiale

Ségou est au Mali sur les bords du Niger appelé ici Joliba. 

La saga de la famille de Dousika Traoré commence à la fin du XVIIIème siècle avec l'arrivée d'un blanc qui ne sera pas admis dans les murs de la ville. Dousika est un noble bambara, fétichiste, bien en cour, père de quatre fils. 

Son aîné, Tiekoro, se convertit à l'Islam et part étudier à Tombouctou. Son père ordonne à son frère Siga, fils d'une esclave, de l'accompagner. A Tombouctou, les deux frères ne sont pas bien accueillis. Tiekoro, musulman et lettré, devra faire ses preuves. Siga, rejeté par son frère, devient  ânier, puis gagne la confiance d'un marchand, qui l'envoie à Marrakech et Fès où il apprend les techniques des tanneurs et des maroquiniers. Il y rencontre Fatima, une mauresque, qu'il enlève pour l'épouser et fonde une famille. Sans rancune, il héberge Tiekoro et sa femme Nadié quand il vivra un revers de fortune

Le troisième fils, Naba, est razzié au cours d'une chasse et vendu comme esclave. Nous le retrouvons à Gorée, jardinier d'une signare, baptisé Jean Baptiste. Il suit une jeune esclave Ayodélé/Romana, au Brésil.  Elle lui donne trois enfants mais il va mourir mêlé à une rébellion. Romana rachète sa liberté et retourne en Afrique au Dahomey. Les Brésiliens (anciens esclaves au Brésil, catholiques ayant pris des noms brésiliens) forment une classe sociale très respectées à Ouidah. C'est là qu'aboutit après une longue errance le plus jeune fils : Malobali. Confondue par sa ressemblance avec Naba, Romana l'épouse....Olubunmi leur fils arrivera à Ségou, et la boucle sera bouclée.

Si vous avez peur de vous égarer dans tous ces personnages et ces noms, un arbre généalogique est prévu! Il n'est pas nécessaire, chacune des histoires se présente presque indépendante, l'une de l'autre. C'est un plaisir de suivre toutes ces aventures.

Géographie et histoire : 

Ségou, la ville et ses palais, est le centre du roman. C'est une ville commerçante, animée. Son roi, le Mansa, est au noeud des alliances et des équilibres politiques entre différentes ethnies, Bambara, mais aussi Peules et plus loin Touaregs, Haoussas. La conquête musulmane est au centre de l'histoire. Au début du roman, les musulmans ont déjà quelques mosquées à Ségou mais ils sont minoritaires. La 5ème partie du livre s'intitule "Les Fétiches ont tremblé" , le roi fait appel à une faction musulmane pour en combattre une autre. On voit plusieurs courants, plusieurs confréries,  certaines rigoristes combattant les plus tièdes. le Djihad est en marche.

Du côté de la Côte Atlantique, catholiques européens mais aussi Brésiliens et protestants britanniques ou africains se livrent une belle concurrence. Les intérêts marchands et coloniaux sont transparents sous le prétexte religieux.

L'esclavage est aussi un thème fort du roman. Les esclaves sont partout. Pas seulement la Traite Atlantique racontée dans les pérégrinations de Naba et de Romana de Gorée au Brésil puis à Ouidah où on croise un curieux personnage, riche commerçant négrier Chacha. Cependant, les esclaves sont partout, du Maroc à Ségou. Esclave, la mère de Siga et Sira, la Peule, prise de guerre, concubine. A Ségou, des esclaves travaillent dans le champs, dont on ne parle pas. 

Maryse Condé n'a pas oublié les femmes, les mères et la plus majestueuse Nya. Elle n'en fait pas des objets de convoitise et de désir des hommes bien qu'ils se comportent souvent en prédateurs et violeurs. Chacune a sa personnalité, sa fierté même si , deux fois, cela aboutit à la solution affreuse de se jeter dans un puits. 

Maryse Condé est une merveilleuse conteuse qui m'a embarqué sur près de 500 pages qui se tournent toutes seules. Attention, roman d'aventure addictif!

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Lien : https://netsdevoyages.car.bl..
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
Civiliser l'Afrique en christianisant. Qu'est-ce que cela signifiait ? Tout peuple ne possédait-il pas sa propre civilisation que sous-tend la croyance en ses dieux. Et en christianisant l'Afrique, que faisait-on sinon lui imposer une civilisation étrangère ?
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Non, on se battait pour satisfaire des orgueils et des intérêts royaux. Il avait envie de se dresser et de hurler. Mais sa voix serait étouffée sous le battement des tam-tams de guerre... C'est pour cela qu'il y a des tam-tams de guerre, pour couvrir les cris de révolte des hommes !
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- La parole est un fruit dont l'écorce s'appelle bavardage, la chair, éloquence et le noyau, bon sens. Dès l'instant o un être est doué du verbe, quel que soit son degré d'évolution, il compte dans la classe des grands privilégiés.
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Malobali avait beau lui répéter que c'était la coutume en pays bambara, que Nya sa mère, à la mort de Dousika, avait été donnée à son frère cadet Diemogo pour le plus grand bien de la communauté, Romana croyait flairer en tout cela comme un parfum d'inceste.
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Pourtant , Koumaré était troublé. Les esprits des dieux et des ancêtres ne lui avaient pas caché. Contre le nouveau dieu, cet Allah qu'avait adopté le petit Tiékoro, on ne pouvait rien. Il serait pareil à une glaive. En son nom, le sang inonderait la terre. Le feu crépiterait dans les enclos. Des peuples pacifiques prendraient les armes. Le fils se détournerait du père. Le frère du frère. Une autre aristocratie naîtrait tandis que se dessineraient de nouveaux rapports entre les humains.
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Videos de Maryse Condé (28) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Maryse Condé
Augustin Trapenard rend hommage sur le plateau de la grande librairie à Maryse Condé décédée mardi 2 avril 2024 à l'âge de 90 ans. Sa disparition marque la fin d'une époque littéraire marquante. Cette écrivaine guadeloupéenne laisse derrière elle un héritage littéraire riche, composé de près de 70 livres qui ont profondément marqué les esprits avec notamment Segou, La migration des coeurs, En attendant la montée des eaux. Professeur et journaliste, elle était souvent citée pour le prix Nobel, reconnaissance de son engagement et de son talent indéniable. À travers ses écrits, Maryse Condé a toujours cherché à mettre en lumière les questions cruciales de son temps, notamment le racisme, l'esclavage et le colonialisme. Son oeuvre puissante a fait écho bien au-delà des frontières de son île natale, résonnant à travers les Antilles, l'Afrique et au-delà. En 2018, à Stockholm, elle exprimait avec fierté sa contribution à la reconnaissance de la voix de la Guadeloupe.

Maryse Condé restera dans les mémoires comme une figure majeure de la littérature francophone, ayant enrichi le monde des lettres par sa sensibilité, son engagement et son talent incontestable
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