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Anne-Marie Soulac (Traducteur)Raymond Las Vergnas (Éditeur scientifique)Sylvère Monod (Préfacier, etc.)
ISBN : 207041065X
Éditeur : Gallimard (12/10/1999)

Note moyenne : 3.68/5 (sur 65 notes)
Résumé :
En 1894 Joseph Conrad interrompt ses voyages, s'installe en Angleterre et publie l'année suivante son premier roman : La Folie Almayer.
C 'est une évocation de la Malaisie, des pirates de Bornéo que Conrad a connus.
Un jeune Hollandais, Almayer, rêve de découvrir un butin caché dans un repaire de pirates. La fortune lui sourit : le roi des pirates l'engage sur son bateau et lui donne sa fille en mariage.
A la mort du roi, Almayer va chercher ave... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
Musardise
  28 octobre 2019
Commençons par la quatrième de couverture, aussi tapageuse que trompeuse - du moins en partie : "Un jeune Hollandais, Almayer, rêve de découvrir un butin caché dans un repaire de pirates. La fortune lui sourit : le roi des pirates l'engage sur son bateau et lui donne sa fille en mariage. À la mort du roi, Almayer va chercher avec frénésie le trésor de son beau-père. " C'est pas du tout l'histoire d'Almayer, il n'y a pas de roi des pirates, juste un capitaine blanc que les Malais surnomment "le roi de la mer". Il n'y a pas d'histoire d'amour entre la fille du "roi de la mer" et Almayer, comme le laisse sournoisement entendre ce texte en sourdine, et l'histoire d'un trésor caché n'est qu'accessoire.

Reprenons. Almayer est un jeune homme ambitieux originaire des Pays-bas, qui, parti sur les mers, va rencontrer le capitaine Lingard, très soucieux de se trouver une descendance. Lindgard a adopté une jeune fille malaise, rescapée malgré elle d'une attaque du capitaine sur un bateau de pirates (elle aurait préféré mourir au combat), jeune fille qu'il adoptée et casée au couvent, ne se souciant que très peu d'elle. Il lui semble alors fort approprié de marier sa fille à Kaspar Almayer, pour assurer son propre avenir. Ce qu'Almayer va accepter de fort mauvaise grâce, car il la trouve très laide puisque malaise (Conrad n'y va pas par quatre chemins pour décrire les rapports de racisme qui pullulent dans le roman), mais avec l'ambition de succéder à son beau-père et, donc, de s'enrichir à Bornéo. Selon toute logique, le mariage est un désastre, chacun des époux haïssant l'autre, Almayer n'ayant que mépris pour sa femme et inversement. de leur mariage va pourtant naître une fille, Nina, avec laquelle Almayer vit six années de bonheur. le grand-père interviendra pour casser cette tendresse mutuelle en emmenant Nina à Singapour. Elle en reviendra adulte, changée mais pas policée comme Lingard l'espérait, et amère, ne trouvant plus sa place nulle part. Quant aux projets de Lingard qui devaient assurer le succès à son association commerciale avec Almayer, elle a rapporté de l'argent un temps, et ils ont prospéré momentanément dans leur établissement et dans la maison familiale de Sambir, au bord de la rivière. Mais chercher des voies d'eau inconnues des concurrents ou un trésor caché ne suffit pas à faire fructifier les affaires, qui périclitent avec les bâtiments. Et avec Almayer, Lindgard s'étant lavé les mains de tout ça.

C'est l'histoire d'une déchéance lamentable, qui fait pitié, malgré le personnage peu avenant d'Almayer - il faut dire que les autres ne sont pas en reste. Mais c'est aussi l'histoire d'un antagonisme profond entre la civilisation européenne et la sauvagerie des Malais - le terme sauvagerie n'étant surtout pas à prendre en mauvaise part, mais s'entendant comme une profonde communion avec une culture, des racines qui sont incompréhensibles pour les Occidentaux installés en Malaisie. La femme d'Almayer restera toujours sauvage, attachée à sa terre et à sa liberté entravée. Je m'explique mal, parce que c'est encore bien davantage que ça, mais c'est quelque chose que je ressens comme quasiment indicible. Almayer ne comprendra jamais ça, en bon Blanc sûr de sa supériorité. Son seul espoir, c'est de se refaire, et de pouvoir aller à Amsterdam en y emmenant sa fille. Sauf que Nina, si attachée à son père enfant, va devoir choisir un camp, et qu'échaudée par l'éducation occidentale qu'on lui a infligée à Singapour, se tournera vers sa mère, vers ses ancêtres malais, vers ce qu'il y a de sauvage en elle.

Je regrette malheureusement l'histoire d'amour que va vivre Nina, qui est censée respirer la passion (et qui révèle sa nature sauvage), et que j'ai trouvée... niaise. Les déclarations enflammées de son amoureux m'ont semblé fades au possible, et les passages relatant leur histoire, qui se font de plus en plus nombreux au fur et à mesure de la lecture, m'ont ennuyée. Bon, c'est peut-être moi qui suis allergique à ce genre de choses. Tout de même...

Premier roman de Conrad néanmoins intéressant - je lirai d'ailleurs Un paria des îles et La rescousse si je le peux, car les trois romans forment une trilogie -, et posant des thématiques qui vont prendre toute leur ampleur en 1899. Mais c'est une autre histoire...
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ericbo
  11 août 2018
Je ne me souviens plus de l'intrigue dans le détail, mais j'ai toujours présent dans mon souvenir la situation de ce pauvre Almayer, perdu dans la jungle de Malaisie. Un peu comme dans les nouvelles de Somerset Maugham, le colon qui a tout misé dans les colonies et qui échoue lamentablement, sans possibilité de retour dans la métropole. Ils rêvaient tous de trésors, de richesses, de refaire leur vie, d'aventures, de filles faciles… Et au bout du compte, il y a la misère, le rejet - rejet des compatriotes et des indigènes - , l'alcoolisme, et la mort lente par maladie, épuisement, désillusion.
Ils ont tous le regret d'une période faste où ils ont l'impression d'avoir développé la région, en l'occidentalisant par des routes, des écoles, des usines… Mais au final, ils sont rattrapés par le pays qui ne veut pas d'eux et finissent d'ailleurs à moitié acculturés. Comment pourrait-il en être autrement ? Almayer est de ceux-là. Je me souviens qu'il est considéré par sa femme et ses enfants comme une loque, un moins que rien dont tout le monde essaie de profiter et que tout le monde laisse tomber. Jusqu'au bout il essaiera de se reprendre, croire à nouveau en lui, s'enfonçant de plus en plus dans l'ombre.
Ce livre est riche en rebondissements, un vrai roman d'aventures. Mais une image reste gravée en moi. Celle d'almayer, pensif, en pleine contemplation de la rivière qui passe près de son domaine, rivière au fort courant, courant qu'il ne pourra jamais suivre et qui l'emportera.
Conrad sait de quoi il parle. Il a fréquenté ces individus tout au long de sa vie.
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Woland
  02 février 2013
Almayer's Folly, A Story of an Eastern River
Traduction : Anne-Marie Soulac
Annotations : Raymond Las Vergnas
Préface inédite : Sylvère Monod
ISBN : 9782070410651

Ce premier roman de Joseph Conrad contient déjà les principaux thèmes de son oeuvre, à savoir la déchéance à laquelle le désespoir et une vie faussée peuvent amener l'homme, le mystère incompréhensible de l'âme orientale et celui, encore plus énigmatique, de l'âme et des réactions féminines, le gouffre qui sépare - et séparera toujours - l'Occident et l'Orient. On peut y ajouter la tragédie car l'auteur d'origine polonaise, converti aux beautés de la langue anglaise, ne jouera jamais dans la cour des écrivains comiques.
Dans "La Folie Almayer", qui doit son nom à la maison construite par le héros au temps où il avait encore quelques illusions, tout est tragédie. A commencer par l'abordage qui fait du capitaine Lingard le tuteur d'une fillette née à bord d'un navire pirate malais. Puis viennent les années d'éducation imposée dans les meilleurs pensionnats et enfin le mariage avec Almayer, jeune homme plein d'avenir. A l'époque. Et à condition que son beau-père l'épaule. Almayer n'épouse en effet la jeune fille que dans l'espoir d'hériter du trésor de Lingard. le plus mauvais motif pour une union entre deux êtres aussi dissemblables. Mais ce trésor existe-t-il ? Et, si oui, où diable est-il ?
Le jeune couple a un enfant, une fille, prénommée Nina, et son père reporte sur elle tout son amour et toutes ses espérances. Il rêve toujours de découvrir le trésor du capitaine hollandais. Mais ensuite, au lieu de s'éterniser en Malaisie, il partira. Avec Nina. Pour rejoindre une Europe fantasmée où tous, devant la fortune du père et la beauté eurasienne de la fille, s'inclineront comme on s'incline devant des monarques.
Seulement, il fallait s'y attendre, le Destin guette en la personne d'un jeune fils de rajah, Dain Maroola, venu demander son appui commercial à Almayer, et dont Nina tombe instantanément amoureuse.
L'intrigue prend son temps, à l'image de ce fleuve aux innombrables canaux qui enserre le village de Sambir, où se situe l'action. Cela serpente, s'arrête, piétine paresseusement avant de repartir avec nonchalance - et détermination. le fleuve sait où il va, droit sur la mer, et Conrad sait où il va mener son héros, dans le vestibule d'une Mort qu'il attendra avec résignation, une pipe d'opium à la main. C'est lent, peut-être. Mais c'est surtout glaçant et implacable. Est-ce la Nature ici qui, comme dans "Au Coeur des Ténèbres", pousse les hommes qui n'y sont pas nés à la déchéance ? Ou Almayer, brave garçon au fond et père responsable, est-il né sous une mauvaise étoile qui le hante jusqu'à la chute finale ? La haine et le mépris que lui voue son épouse jouent-ils dans l'affaire le rôle que semble leur prêter Conrad ? A moins que ce ne soit la trahison de Maroola et cet amour passionné qui le lie à Nina qui soient les détonateurs ? Nina a-t-elle pleinement conscience de devenir le bourreau d'un père qui voulait pourtant le meilleur pour elle ? A-t-elle raison de vouloir vivre pour elle, abandonnant non seulement son père mais avec lui la part occidentale de sa nature ? Et cela lui portera-t-il bonheur ? ... Ou bien tout cela était-il prévu dès la naissance d'Almayer, tant il est vrai que certains, peut-être tributaires d'un karma précédent dont ils ne se rappellent plus rien, sont appelés à subir plus durement les verges du Destin ?
Pour ceux qui ne connaissent de Conrad que le célébrissime "Au Coeur des Ténèbres" et qui veulent aller au-delà, "La Folie Almayer" constitue une étape incontournable car elle pose les fondements, conscients et inconscients, de l'oeuvre tout entière. D'ailleurs, dans "Un Paria des Îles", qui sera le deuxième roman de Conrad, on retrouvera certains personnages et ce milieu étouffant, poisseux de chaleur et d'humidité et dégoulinant d'une haine et d'un mépris insidieux entre l'Homme blanc et l'Homme oriental. C'est dire combien l'auteur tenait à son premier essai romanesque et combien il le considérait lui-même comme important. Par conséquent, si vous vous intéressez à Conrad, ne passez pas à côté de "La Folie Almayer", qui n'a sans doute pas la puissance de "Lord Jim" ou du "Nègre du Narcisse", mais qui n'en demeure pas moins un premier maillon solide et prometteur. ;o)
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Gustave
  29 avril 2014
Mon professeur d'anglais en classe prépa avait chaudement recommandé Conrad. Ayant terminé il y a quelque temps mon premier Conrad, je dirais sans hésiter qu'il était de fort bon conseil.

Pour ma part, j'ai discerné deux niveaux de lecture dans ce roman:
-un premier, propre à son contexte historique, à savoir le colonialisme et ses conséquences sur les rapports entre Occidentaux et colonisés.
-un second, plus universel, que l'on pourrait transposer au monde actuel, applicable aussi bien aux immigrés qu'aux expatriés: le dilemme de l'étranger, qui n'ose revenir dans son pays natal sans avoir réussi dans le pays où il a émigré, et qui du coup perd tout lien avec le premier.

Ces deux niveaux de lecture sont bien entendu intimement inbriquées entre eux. Nous voilà donc en présence d'un colon néerlandais, Kaspar Almayer, échoué sur l'île de Bornéo, dans ce qui était alors une partie des Indes néerlandaises (devenues depuis l'Indonésie). Celui-ci s'est marié, plus jeune, à une Malaise qui était la fille adoptive de son patron, le capitaine Lingard. Celui-ci, en échange du mariage, avait promis de retrouver et partager avec son beau-fils un trésor se trouvant au coeur de la jungle. Or Lingard disparaît subitement, et durant des décennies, Almayer court après ce trésor dont on se demande s'il a réellement existé un jour...

A vrai dire, Almayer lui même éprouve un certain découragement par rapport à cette entreprise. Ce qui l'empêche néanmoins de retourner aux Pays-Bas, c'est d'une part le refus de rentrer au pays en homme ayant échoué, mais aussi le désir d'assurer l'avenir de sa fille Nina, enfant unique née de son mariage avec sa femme malaise.

La pression lui dictant de réussir est d'autant plus forte qu'en tant que Blanc dans une société coloniale, il se doit de montrer l'image de l'homme arrivant à ses fins (lisez la nouvelle "Shooting an Elephant" de Georges Orwell, c'est éloquent en la matière: même si vous ne le trouvez qu'en anglais sur Internet ça ne fait pas plus de 2-3 pages), et d'autre part, pour permettre à sa fille métisse de se faire une place dans la société coloniale, une fortune suffisante est nécessaire pour faire oublier ses origines en partie malaises.

Même si le racisme actuellement est bien moins marqué qu'au temps du colonialisme triomphant, il n'en demeure pas moins que le rapport d'Almayer avec Nina illustre bien ce phénomène par laquelle toute expatriation, toute immigration distend les liens avec le pays d'origine: ayant fait sa vie dans le pays d'accueil (parce qu'on y a eu son ou ses enfants comme Almayer, par exemple), l'étranger ne parvient plus, même lorsqu'il est en passe d'y connaître des échecs, à rompre avec ce dernier.

A vrai dire Nina est précisément la seule personne pour laquelle Almayer donne tous ses efforts et son amour paternel. Mais bien entendu, comme rien ne se termine bien...Je vous laisse découvrir la fin.
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Thaddeus
  05 avril 2015
Roman dépaysant.
Kaspar Almayer est un homme ordinaire, mais il semble au mauvais endroit. On en ressent un profond malaise, du début à la fin. Sa chute est inévitable. Comme un poisson hors de l'eau, il n'est pas à sa place. Mais on dirait aussi qu'il ne se rend compte de rien. Il lui manque de la sagesse. Ses ambitions sont impuissantes, folles et elles reposent sur du vide. Il lui manque cet état d'esprit qui forme les grands hommes. Il lui manque ce tonus guerrier. Il n'est pas un de ces héros qui dévorent le monde. Représentant du capitaine Tom Lingard, il n'est pas de la même trempe que lui. Il n'a vraiment rien d'un héros. C'est un peu comme s'il était une épave de la civilisation, perdue dans les profondeurs de la sauvagerie. Une civilisation que personne ne désire. Il est furieusement atteint d'une forme particulière de bovarysme. Un bovarysme qui s'attaque aux hommes en manque de trésor et de fortune.
Dans ce roman, il y a de très belles pages décrivant les états d'âme des personnages. Je pense, entre autres, à celle de Taminah, une jeune esclave encore vierge de tout sentiment, qui reste un personnage secondaire du roman. Portrait sentimental fait au chapitre VIII : «Dans cette souple silhouette droite comme une flèche, si gracieuse et si aisée dans sa démarche, derrière ces yeux doux qui n'exprimaient rien de plus qu'une résignation inconsciente, dormaient tous les sentiments et toutes les passions, tous les espoirs et toutes les craintes, la malédiction de la vie et la consolation de la mort.»
Malgré le fait que j'ai trouvé l'intrigue floue au début, cela reste un très bon roman à cause de la richesse de l'écriture et de l'exposition admirable des sentiments humains. On ne peut s'empêcher de regarder la déchéance et l'agonie de cet homme qui au fond n'est peut-être que victime de la malchance.
La préface retrace le chemin que parcoure Conrad pour aboutir à ce premier roman. Roman qui fut composé un peu partout dans le monde et qui faillit à plus d'une reprise d'être égaré par son auteur. Roman de toutes les dissensions. Roman sublime.
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
MusardiseMusardise   12 juin 2019
Nina, élevée sous l'aile protestante de Mme Vinck, n'avait même pas un petit morceau de cuivre pour lui rappeler l'enseignement passé. Écoutant le récit de ces festins sauvages, ainsi que l'histoire d'actes valeureux, bien que plutôt sanguinaires, où les hommes de la race de sa mère éclipsaient de loin les Orang-Blanda, elle éprouvait une irrésistible fascination et voyait, vaguement surprise, l'étroit manteau de morale civilisée dans lequel des gens bien intentionnés avaient enveloppé sa jeune âme glisser de ses épaule, la laissant frissonnante et désarmée comme au bord de quelque profond abîme inconnu.
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MusardiseMusardise   05 juin 2019
Telles étaient les pensées d'Almayer, tandis que debout sur la véranda de sa maison neuve mais délabrée - ce dernier échec de sa vie -, il regardait la large rivière. Ce soir-là, ses eaux n'étaient pas teintées d'or, car, gonflées par les pluies, elles roulaient, sous son regard distrait, un flot tumultueux et boueux entraînant des débris de bois, de grands troncs morts et des arbres entiers déracinés avec leurs branches et leur feuillage, entre lesquels elles tourbillonnaient dans un grondement furieux.
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WolandWoland   02 février 2013
[...] ... - "Kaspar ! Makan !*"

Les accents stridents de la voix familière arrachèrent Almayer à son rêve d'un splendide avenir pour le replonger dans la réalité désagréable du présent. La voix était désagréable aussi. Depuis des années qu'il l'entendait, elle lui déplaisait chaque année davantage. Aucune importance ; la fin de tout cela était proche.

Mal à l'aise, il remua les pieds, mais ne réagit pas autrement à l'appel. Accoudé des deux bras à la balustrade de la véranda, il continua à regarder fixement la grande rivière qui coulait sous ses yeux, indifférente et pressée. Il aimait la regarder au coucher du soleil ; peut-être parce qu'alors, l'astre déclinant couvrait les flots de la Pantaï d'un reflet d'or luisant, et que l'or était souvent au centre des pensées d'Almayer ; l'or qu'il n'avait pas réussi à amasser ; l'or que les autres avaient amassé - malhonnêtement bien sûr - ou l'or qu'il saurait encore amasser pour Nina et pour lui-même par un labeur honnête. Perdu dans son rêve de fortune et de puissance, loin de cette côte où il habitait depuis tant d'années, il oubliait l'amertume du travail et de la lutte dans la vision d'une énorme et splendide récompense. Ils vivraient en Europe, sa fille et lui ; riches et respectés. Qui penserait au sang mêlé de la jeune fille devant sa grande beauté et l'immense fortune de son père ? Témoin des triomphes de Nina, il redeviendrait jeune ; il oublierait ces vingt-cinq années de lutte accablante sur cette côte où il se sentait prisonnier. Il touchait presque au but. Il suffisait que Dain revînt ! Et il ne pouvait manquer de revenir bientôt - dans son propre intérêt, pour avoir sa part. Plus d'une semaine de retard déjà ! Peut-être serait-il de retour cette nuit même.

* : terme malais signifiant "manger." ... [...]
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WolandWoland   02 février 2013
[...] ...- "Tu pleures ?" demanda [la mère] d'un ton sévère à sa fille assise, immobile, le visage dans ses mains. "Lève-toi et prends la pagaie car [Daïn] a assez attendu. Et rappelle-toi, Nina, pas de pitié, et, si tu dois frapper, frappe d'une main ferme."

Elle déploya toute sa force et, se penchant au-dessus de l'eau, elle lança la légère embarcation loin dans le courant. Une fois remise de son effort, elle s'efforça en vain d'apercevoir la pirogue qui semblait s'être évanouie brusquement dans la brume blanche étirée au-dessus des eaux surchauffées de la Pantaï. Après avoir un moment tendu une oreille attentive en restant agenouillée, Mme Almayer se releva, poussant un profond soupir, tandis que deux larmes coulaient lentement le long de ses joues flétries. Elle se hâta de les essuyer avec une mèche de ses cheveux gris, comme si elle avait honte d'elle-même, mais ne put retenir un autre profond soupir car son coeur était lourd et, inhabituée qu'elle était aux émotions tendres, elle souffrait beaucoup. Cette fois, il lui sembla avoir entendu un bruit léger, comme un écho de son propre soupir et elle s'immobilisa, tendant l'oreille pour saisir le moindre son et scrutant du regard avec appréhension les buissons proches d'elle.

- "Qui est là ?" demanda-t-elle d'une voix incertaine, tandis que son imagination peuplait de formes fantomatiques la solitude de la berge. "Qui est là ?" répéta-t-elle timidement.

Il n'y eut pas de réponse ; seule la voix de la rivière s'élevant en un triste murmure monotone derrière le voile blanc parut se faire plus forte un moment pour s'éteindre à nouveau dans le doux chuchotement des tourbillons le long de la rive. ... [...]
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MusardiseMusardise   06 juin 2019
Insensible à l'agitation habituelle à chaque nuit de la mousson, le père dormait tranquillement, également oublieux de ses espoirs, de ses malheurs, de ses amis et de ses ennemis ; et, à la lueur de chaque éclair, la fille, debout, immobile, parcourait avidement la large rivière d'un lourd regard inquiet.
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Vidéo de Joseph Conrad
Les aventures de Jim et sa rencontre avec Marlow forment un des romans les plus profonds de la littérature. Ce roman d’aventure est surtout un roman psychologique qui nous donne l’occasion de réfléchir sur l’existence, le courage, la lâcheté et sur la difficulté de rester lucide. Conrad, le pessimiste, nous montre, à travers le personnage de Jim, toute la difficulté d’être un idéaliste.
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