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Robert d' Humières (Autre)Maurice-Paul Gautier (Autre)
ISBN : 2070250415
Éditeur : Gallimard (11/02/1983)

Note moyenne : 3.97/5 (sur 71 notes)
Résumé :
Jamais, de mémoire de vieux marin, un bateau n'avait essuyé pareille tempête que le Narcisse entre Bombay et South Foreland. La tornade les avait tenus en agonie pendant... il ne savait plus combien de jours. Le temps s'arrête dans ces cas-là. L'équipage à court de vivres et d'eau renvoyait abois pour abois aux vents et à la mer monstrueuse, de bons matelots courageux à la besogne, prompts à obéir, mais aussi à écouter les paroles empoisonnées du premier bon à rien ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
cascasimir
  21 mai 2019
"J'ai sorti la grand'voile
Et j'ai glissé sous le vent. Sous le vent!
Fais comme si je quittais la terre. J'ai trouvé mon étoile
Je l'ai suivie un instant
Sous le vent..." Céline Dion et Garou.

Larguez les amarres, nous avons le vent en poupe, embarquez avec Joseph Conrad sur le "Narcisse" qui quitte Bombay pour l'Angleterre, en passant par le Cap de Bonne espérance.
Ce ne sera pas une croisière de plaisance!

James Wait est marin et noir. Noir, pas fin saoul comme un marin en bordée. Il est noir, vraiment noir...
" Les blancheurs de ses dents et de ses yeux luisaient distinctement, mais sa figure...était noire."

James est le dernier matelot à bord, mais il est le premier à être malade.
Il tousse beaucoup et ne peut travailler, un moyen pour échapper aux corvées ?

Méfiance, indifférence ou compassion... Branle bas de combat.
Comment vont réagir les 17 membres de l'équipage, par rapport à la différence? Celle de la couleur de peau, de la maladie et du malheur d'autrui?

Il y a Singleton le vieux loup de mer, Craik le bagarreur, Donkin le râleur et tire-au-flanc...
Quelques-uns sont de vraies têtes de noeuds, certains tiennent la barre, d'autres gardent le cap, face au vent de travers... Il faut veiller au grain !
Car le bateau va essuyer une effroyable tempête !
Il y a aussi un chat... noir, à bord. L'animal peut-il conjurer le sort (ce matelot agonisant) ou va-t-il porter malheur, car un homme va mourir ?
Comment lutter contre la mort et la vaincre?
Parés à virer lof pour lof?
Un début de mutinerie, le rafiot prend l'eau, les rats quittent le navire?

J'ai un peu chaloupé, n'ayant pas le pied marin, sur les termes techniques et maritimes de l'auteur. Il était marin ( brevet de "capitaine au long cours" en 1886) avant de devenir écrivain, c'est son troisième roman.

"Ce sont les voiliers qui ont découvert le monde, et ils charrient, dans leurs sillages, bien des légendes".
Olivier de Kersauson.
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Renod
  29 novembre 2017
Une voile blanche traverse l'Océan Indien tranchant la mer de son sillage. le bâtiment qui vagabonde à la croisée des flots et du ciel, parait infime, perdu au coeur de ces immensités. Et pourtant, cet agrégat de planches et de voiles est un monde à part entière, peuplé d'une foule disparate partageant les vices et les vertus de l'humanité. "Le Narcisse", c'est le nom de baptême de ce navire, quitte Bombay et se dirige vers l'Angleterre en contournant l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance. L'équipage est composé de marins expérimentés ayant déjà oeuvré sur ce bateau, mais aussi d'hommes ramassés sur les quais du port de Bombay. Deux nouveaux matelots se distinguent dès leur arrivée sur le pont : Donkin n'a aucun bagage et se montre fourbe et revendicatif ; James Wait est un grand noir à l'allure distinguée mais qui va tomber rapidement malade. La traversée va réserver de nombreuses épreuves aux marins et aux officiers. La mer se montrera ou trop calme, ou déchainée, à l'image de l'état d'esprit de l'équipage.
Amateurs d'aventure maritimes, de prose poétique et d'exégèse littéraire, prenez place à bord du Narcisse. Attention, le voyage s'annonce rude puisque le texte est dense, truffé de termes techniques, d'allégories à interpréter et d'envolées lyriques. Cela casse souvent le rythme du récit mais peu importe, puisque l'essentiel est de s'extasier au spectacle de la mer et de méditer sur la destinée de l'humanité.
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chartel
  19 février 2018
Ce livre est un témoignage précieux d'un monde disparu, supplanté à la fin du XIXe siècle par les bateaux à vapeur: celui des grands voiliers marchands. Conrad nous embarque sur le Narcisse de Bombay à Londres, de l'Océan indien à l'Océan atlantique, entre tempête apocalyptique et calme plat mortel. L'aspect documentaire est remarquable. le vocabulaire iodé du marin: gaillard d'arrière, écoutille, lisse, épontilles, beaupré, guindeau, manchon d'écubier, vergues ou dunette, pique la langue du lecteur et le fait tanguer au rythme de la houle. Plus qu'un roman d'aventure, "Le Nègre du Narcisse" est une ode aux hommes de mer. Conrad excelle dans des descriptions à couper le souffle et dans de magnifiques portraits de personnages des micro-sociétés qu'étaient ces navires: le vieux marins, le cuisinier, le bosco (le second, figuré par le personnage magnifique de Baker), le charpentier, le capitaine bien sûr.
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Ys
  13 juillet 2017
A bord du Narcisse, joli voilier au départ de Bombay, les hommes se sont réunis, quasi au complet, dans le poste d'équipage. Des hommes rudes, de tout âge et de tout horizon. Deux scandinaves aux allures de géants enfantins, un gamin tout droit sorti des rues de Londres, un petit bonhomme teigneux, en haillons, qui connait bien mieux ses droits que ses devoirs et en tirera toujours le meilleur prétexte pour tirer au flanc, le vieux Singleton, avec son corps couvert de tatouages et sa vénérable barbe blanche, impassible au-dessus du vacarme des hommes. Et puis, au tout dernier moment, l'ultime retardataire arrive : Jim Wait, un Noir étrange au regard méprisant et à la toux caverneuse, qui ne tarde pas à affirmer ouvertement qu'il va bientôt mourir, n'a embarqué que dans l'espoir de rejoindre à temps l'Angleterre.
Il n'a pas l'air si malade, pourtant, et le doute s'installe aussitôt dans l'équipage : n'est-il pas plutôt un imposteur, qui ne se prétend mourant que pour échapper, lui aussi, au travail ? Faut-il le plaindre et l'aider, ou bousculer ses mensonges ? Incapables de se décider, craignant à la fois de se faire manipuler et de manquer à la plus simple humanité, les hommes se retrouvent dans une pénible position d'entre-deux, réduits même, bientôt, à un véritable esclavage moral par ce type imbuvable qui accueille leurs mille attentions avec la plus capricieuse arrogance et qu'ils ne peuvent se décider, pourtant, à laisser tomber.
L'esprit de contradiction, la méfiance et la mort sont du voyage, et avec elles, évidemment, un dangereux élément de discorde que seuls pourront désamorcer, peut-être, les caprices de la mer et la poigne d'un très grand capitaine.
Oubliez les romans de mer aventureux, aux mille rebondissements : tout repose ici essentiellement sur l'ambiance, la splendeur imposante de l'océan, les ferments complexes de l'âme humaine, mis à macérer en vase clos jusqu'aux abords de l'explosion. Une tension se crée peu à peu, un malaise prenant, un suspense subtil autour du possible mensonge. Les caractères sont bien moins travaillés que dans Lord Jim, et ce texte n'en a pas la puissance tragique si captivante, mais la finesse psychologique est là, de même que le talent pour créer un personnage en quelques mots, lui donner corps et couleur, âme et voix. Nous sommes ici - et ce n'est pas si courant - dans les entreponts des marins et non sur le gaillard d'arrière, au coeur même de l'équipage dont le narrateur est un membre indistinct, ni plus cultivé ni plus perspicace que les autres au moment où se déroule le récit. Parfaitement placé pour saisir les contradictions, les complexités de ces hommes simples qui ne servent souvent, dans les autres romans, qu'à faire avancer le bateau ou introduire un vague élément de conflit social.
Un beau roman sur la solidarité et le sens du devoir, sur les failles et les forces de l'âme humaine confrontée à sa propre fin, relevé par une scène de tempête formidable, l'une des meilleures sans doute qu'il m'ait été donné de lire et qui mériterait presque, à elle seule, la découverte de ce petit livre.
Lien : http://ys-melmoth.livejourna..
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MarcelP
  21 septembre 2017
Symphonie maritime en 5 mouvements (chapitres), le Nègre du "Narcisse" suit, de Bombay à Londres, le périple d'un voilier et de ses hommes.
Dans le premier mouvement, largo, un mystérieux narrateur, dont nous ne saurons jamais rien si ce n'est qu'il fait partie de l'équipage, nous présente succinctement celui-ci. Les hommes embarquent et le navire prend la mer.
Le deuxième mouvement, allegro non troppo, passe en revue l'équipage bigarré du "Narcisse" : Singleton le vieux loup de mer, sage illettré, côtoie Craik dit "Belfast", viril, bagarreur et sensible à la fois, l'ignoble tire-au-flanc Donkin, méprisable suborneur dont la lâcheté n'a d'égal que la cruauté et Jimmy Wait, unique noir de ce microcosme, géant dédaigneux et dolent qui porte en lui les stigmates d'une mort prochaine. Sitôt en mer, il tombe malade et est contraint de rester confiné.
Tout se déchaine, allegro assai ou agitato mais espressivo, dans le troisième mouvement. Une tempête, et quelle! Conrad nous offre l'un des plus prodigieux déchaînement météorologique de la littérature. le lecteur, comme les marins du Narcisse, se retrouve cul par-dessus tête et boit la tasse, pris dans un maelström d'images et de mots.
Dans le quatrième mouvement, véritable Dies iræ, le glas sonne : le capitaine Allistoun et son second Baker échappe de peu à une mutinerie et la mort frappe.
Enfin, en un adagietto rassérénant, les hommes arrivent à destination : c'est l'heure des adieux définitifs ou provisoires et du retour à la trivialité.
Dans cette peinture allégorique d'un vaisseau-monde, il faut savoir faire abstraction du vocabulaire technique manié avec compétence par Conrad (qui fut marin avant que d'être écrivain). Son jargon nautique freine la lecture et a condamné le profane que je suis à y faire de nombreuses impasses. Il n'empêche, ce poème au long cours nous embarque : ses morceaux de bravoure (le monstrueux coup de tabac, l'agonie d'un homme, la froide autorité d'un chef et la mer, "la mer, toujours recommencée !") nous impriment durablement la rétine et l'âme.
" L'air immense ouvre et referme (ce) livre"...
Lien : http://lavieerrante.over-blo..
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
RenodRenod   23 novembre 2017
Le voyage avait commencé et le navire, fragment détaché de la terre, continuait solitaire et rapide comme une petite planète. Alentour, les abîmes du ciel et de la mer joignaient leurs inaccessibles frontières. Une immense solitude circulaire se déplaçait avec le navire, toujours changeante et toujours semblable, à jamais monotone et à jamais majestueuse. (...) Le navire avait son propre avenir ; il vivait de la vie de ces êtres qui foulaient ses ponts ; pareil à cette terre qui avait livré à la mer, il portait un poids insupportable de regrets et d'espoir.
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cascasimircascasimir   21 mai 2019
Un froid soleil luisait sur les crinières blanches des brisants noirs. Sous la forte haleine des grains d'ouest, le navire, voilure allégée, se couchait lentement, obstiné mais docile. Il dériva de ci de là, peinant à l'effort acharné de se frayer sa route, à travers l'invisible violence des vents. Il plongea tête la première, dans l'ombre des creux lisses...
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RenodRenod   24 novembre 2017
Le ciel bas sur l'horizon se teinta des délicates couleurs rose et jaune pareilles à l'intérieur d'un coquillage rare. Et plus haut, où luisait un éclat de perle, apparut un petit nuage noir tel un fragment oublié de la nuit serti en une bordure d'or étincelant. Les rayons lumineux voletaient à la crête des vagues. Tous les regards se tournaient vers l'est. Le soleil inonda les visages las.
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YsYs   05 juillet 2017
Le vieux Singleton, le plus âgé des marins brevetés du navire, était assis à l'écart sur le pont sous les lampes, torse nu, sa puissante poitrine et ses énormes biceps entièrement couverts de tatouages, comme un chef cannibale. Entre les dessins bleu et rouge, sa peau blanche luisait comme du satin ; son dos nu s'appuyait à une flasque du beaupré, et il tenait un livre à bout de bras, devant son grand visage hâlé. Avec ses lunettes et sa barbe blanche vénérable, il avait l'air d'un patriarche sauvage et instruit, incarnation d'une sagesse primitive sereine dans le tohu-bohu blasphématoire du monde.
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RenodRenod   28 novembre 2017
La terre sombre s'étendait solitaire au milieu des eaux comme un puissant navire étoilé de lumières vigilantes - un navire portant la charge de millions de vies - un navire chargé de scories et de joyaux, d'or et d'acier. Ce vaisseau se dressait immense et fort, gardien de traditions sans prix et de souffrances innombrables, rempart de glorieux souvenirs et de vils oublis, d'ignobles vertus et d'éclatantes transgressions. Quel grand navire !
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Videos de Joseph Conrad (26) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Joseph Conrad
Les aventures de Jim et sa rencontre avec Marlow forment un des romans les plus profonds de la littérature. Ce roman d’aventure est surtout un roman psychologique qui nous donne l’occasion de réfléchir sur l’existence, le courage, la lâcheté et sur la difficulté de rester lucide. Conrad, le pessimiste, nous montre, à travers le personnage de Jim, toute la difficulté d’être un idéaliste.
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