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André Gide (Traducteur)
EAN : 9782070364169
153 pages
Éditeur : Gallimard (12/07/1973)
  Existe en édition audio
3.81/5   347 notes
Résumé :
Le vapeur Nan-Shan vogue sur la mer de Chine avec sa cargaison de coolies. Le capitaine MacWhirr, esprit héroïque et borné, son jeune second Jukes, homme de bonne volonté mais encore friable, et l'excellent chef mécanicien Salomon Rout, exercent à son bord les principales fonctions. Ils vont affronter la terrifiante épreuve d'un typhon. Ils y survivront, de même que le navire, l'équipage et les coolies ; mais tous auront été transformés par de surhumaines difficulté... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (47) Voir plus Ajouter une critique
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dourvach
  21 février 2016
"Typhon" (Typhoon) est une longue nouvelle publiée en 1903 par un certain Teodor Josef Konrad Korzeniowski (né en 1857 en Ukraine, ses parents appartenant à la vieille noblesse polonaise) dont la vie prit un tour "aventureux" - dans le mauvais sens du terme - dès ses 17 ans (où le voila à Marseille en jeune inadapté social ET flambeur... ). Bref, il lui faut "rapido" gagner sa vie, prendre un métier : et le voilà qui prend celui de naviguer... Passager puis mousse puis steward puis contrebandier (à 19 ans) puis matelot puis lieutenant (passe son examen de "second mate") puis Second puis exceptionnellement Capitaine (il a 31 ans)... A ses 32 ans, lors d'une longue escale à Londres (été 1889), il se met à écrire... Il a 37 ans quand son premier roman est accepté et publié l'année suivante évidemment en langue anglaise : "Almayer's Folly" (1895). Ainsi, "Joseph Conrad" (Quel magnifique pseudonyme... ) est né ! Drôle d'oiseau, Anglais adoptif se forgeant une bizarre identité professionnelle et artistique composite... Y a -t-il une vie avant l'écriture ? Dans le cas de J. C. la réponse est plus qu'affirmative... Elle est déterminante ! L'oeuvre déborde... Les romans et "longues nouvelles" s'enchaînent...
Jusqu'à ce "Taïfounn" (Pardon : "Typhoon") dont pas mal de lecteurs visiblement attendaient les secousses bien surlignées... Hé hé... Il n'en sera rien : plongée dans la "banale" extériorité des comportements ... McWhirr, le Capitaine mutique obstiné comme le pinceau d'un phare, porteur d'un système de valeurs que l'on découvre au fil du récit... Jukes, son Second qui n'en mène pas large mais doit bien sûr obéir au "Pacha"... Rout, le chef mécanicien : "un type capable" (Comme McWhirr diagnotique bien !)... ou encore ce premier lieutenant minable (le "coward" des westerns, genre de type à vous assassiner son "hôte" Jesse James dans le dos...) ... ou ce Bosco (maître d'équipage) difforme aux bras de singe... Physionomies et caractères extérieurs taillés - comme on dit (donc clicheton) - "à coups de serpe" vous en diront ici plus long sur l'intériorité des "acteurs" du drame en cours... que n'importe quelle laborieuse approche psychologisante ! (Imaginez un auteur français contemporain "à la mode" sur une affaire pareille...).
Bref, pas de suspense à gros sabots ! Pas d'envolées lyriques sur "la surpuissance des éléments", pas de grands seaux d'eau balancés en coulisse sur les personnages, de lances à incendie fonctionnant à pleine puissance derrière les décors en carton-pâte hollywoodiens (Je repense au fiasco artistique d'un film comme "La tempête" de Wolfgang Petersen... "Morceaux de bravoure" prévisibles comme les trous du gruyère... bref, qu'est-ce qu'on s'y emmerdait !).
Là, on garde son calme. On tient le coup. Le lâche est isolé (et frappé par le Cap' pour le calmer... ). L'équipage se terre mais on va le secouer. Les coolies chinois se battant dans l'entrepont pour récupérer leurs dollars patiemment amassés en leur existence de quasi-esclaves, argent luciférien sorti de leurs coffres éventrés : Jukes et le Bosco partent y mettre bon ordre. Pas facile. Autour, bien sûr, ça secoue sacrément (Nom de Dieu !). On a compris que l'essentiel se jouera dans le navire. Conrad s'offrira même le luxe d'une ELLIPSE avant la deuxième partie (la pire) du "Typhon" : gonflé , non ? Pas de chapitre surnuméraire entre le V et le VI, donc... "Le pire" sera résumé par la phrase finale du chapitre V ! C'est que, du surnuméraire, son vapeur n'en a rien à fiche... Le "Nan-Shan" DOIT continuer sa route... Les épouses McWhrirr et Rout - subsistant grâce aux vies dangereuses de leurs conjoints - sont dépeintes "là-bas" (actions parallèles dans leurs havres londoniens), dans l'ignorance totale des épreuves... Paisiblement assises au coin du feu.
La traduction de François Maspero est sans doute moins "classique" que celle d'André Gide mais la profusion des mots techniques propres à la marine marchande des premiers chapitres nous rend le tableau d'ensemble parfois "un rien embrumé"... (S'aider alors d'un dictionnaire Robert est le mieux !). Et le récit souffre un peu d'un certain manque de vision picturale de l'écrivain : le lecteur a parfois bien du mal à se représenter dans l'espace le labyrinthe (Souvenons-nous que "Nostromo" était le nom du vaisseau spatial de l' "Alien" de Ridley Scott) qu'est l'intérieur de ce "vapeur" cerné par les hurlements du vent, la nuit d'encre parfois zébrée d'écume phosphorescente, les lames qui recouvrent et détruisent peu à peu les ponts...
La peur. Le sang-froid. La routine et quelques idées simples (à appliquer) qui sauvent du désastre. Rêvons un peu... En notre monde (re-)devenu fou de 2016, ne "nous" faudrait-il pas au fond (ou avant de toucher le fond) un McWhirr, "homme de terrain" au Q.I. forcément limité mais aux bons réflexes et sans le moindre attrait pour les blablas vertueux, les manoeuvres d'enfumage, les "stratégies" cyniques d'occupation de l'esprit des "masses" et autres agitations humaines inutiles... quand le Typhon nous prend durablement et que le Titanic-biosphère fonce tranquillement vers "son" iceberg, sans pouvoir changer de trajectoire ou paraître le moins du monde s'en inquiéter... ?
Quelques sentiments et "bons" réflexes humains qui - ensemble - forment notre instinct de conservation (individuel et collectif). Dans ce monde-ci, pas de blablas intiles. Pas d'insignifiance (Pardon, "sursignifiance" !) bien anecdotique et dûment surlignée à la Emmanuel Carrère... Bref, "pas de gras !" (comme dans les Simenon...). Bon, à moi il me plaît bien, ce "Typhon"... (phrase banale relevant de mon narcissisme lectoral parmi des millions de narcissismes lectoraux : "Z'ai aimé / Z'ai pôs aimé", qu'est-ce qu'on s'en fout, au fond !). Du coup, bah j' vas essayer de m' lire "TOUT" Conrad (disparu en 1924)... Oui, en "nos" temps de lecture de masse moutonnière des "Nouveautés" (?) : hé hé hé... Encore le passé, toujours le passé (dépassé, le passé ?)... On s'isole, on s'isole... eh bé tant pis ! Pt'être, moins de paons dans le passé... ? Des gens sérieux, des "types capables" ! (Bon, je plaisante, je plaisante... )
Lien : http://www.regardsfeeriques...
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Ambages
  31 octobre 2015
Il faut se méfier de l'eau qui dort. Ceci est vrai lorsqu'on est dans l'oeil du typhon mais également du commandant du navire. Je ne l'ai pas trouvé stupide, il est juste ignorant de ce que la vie «peut comporter de perfidie, de violence et de terreur». Selon moi il ne réagit pas comme tout à chacun, il parle peu mais ce n'est pas pour autant qu'il ne cogite pas. Il a son raisonnement et je trouve qu'il voit et va à l'essentiel.
J'ai apprécié la description du paquebot _qui souffre autant que les hommes_ ainsi que la fureur des éléments. L'écriture rend très bien la violence qui se déchaîne pendant cette nuit de tempête.
«Mais le vent en fureur s'attaque à l'homme tel un ennemi personnel. Il essaie de lui saisir bras et jambes, de s'emparer de son esprit, il cherche à lui voler son âme.»
Ainsi chacun doit lutter contre ses peurs profondes, certains se révèleront avec plus ou moins de force, de courage ou de bêtise. L'importance de l'effet d'entraînement du groupe ou de la voix du leader, qui donne courage, est soulignée dans ce roman.
J'ai souri au clin d'oeil de l'auteur lorsqu'il évoque la femme de commandant, elle qui ne s'imagine pas passer toutes ses journées avec lui, ravie qu'il navigue sur les mers de Chine à prendre le soleil contre une bonne rémunération.
Une lecture dépaysante et bien agréable.
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Asterios
  22 juin 2018
En regardant machinalement ma bibliothèque mon regard s'est posé par hasard sur la tranche fine du livre de Conrad dont le nom de l'auteur et le titre sont frappés en larges lettres majuscules sur un fond blanc. Tranche kitsch qui m'a tout de suite transporté dans le garage de mon grand-père, à Marseille d'où je tirais pendant les vacances d'été, d'une large armoire en formica rouge, toutes sortes de bouquins, des Achille Talon aux Bob Morane, et que je lisais avidement pendant que mon père faisait la sieste qui précédait usuellement nos sorties à la plage. C'est dans ces odeurs mêlées d'huile de moteur, d'essence et d'outils graissés que je faisais doucement grincer les battants de ma caverne d'Ali Baba afin de ne pas réveiller l'endormi qui mettrait fin à mes projets.
C'est pourtant en l'ouvrant que le livre révélait toute la richesse de ses senteurs inoubliables de livre de poche des années 60 et l'anticipation de joyeuses promesses de bonheur et d'émotions, qui exercent encore sur moi une telle attraction que je ne peux m'empêcher d'aller y perdre de temps en temps mon visage pour me repaitre de ses nostalgiques émanations.
J'engageais donc ma lecture dans de bonnes dispositions en regardant la couverture représentant un bateau dans la tourmente au milieu d'un océan déchainé.
Et nous voila à bord du vapeur le Nan-Shan à peine sorti des chantiers et placé sous le commandement du capitaine Mac Whirr, un homme peu loquace qui économise autant les mots que le combustible et les temps de trajet. C'est un type pratico-pratique. Il convient que la ligne droite est toujours le chemin le plus rapide entre deux points et gare à celui qui voudra se placer en travers de son chemin. C'est dans cet état d'esprit qu'il va affronter la pire tempête de sa vie, de face et sans détour. Et de toute façon, s'il l'avait évité comment aurait-il pu être sûr que c'était réellement une tempête aussi terrible? Rien n'aurait pu le prouver!
Mais le chaos gagne rapidement le navire qui est projeté dans tout les sens, uniquement maintenu sur sa route par les mécaniciens qui assurent la propulsion du vaisseau. Les échanges sont rudes et sans ambages entre les membres d'équipage, chaque décision doit être prise rapidement et ne pas être discutée. On entend le pont et la coque craquer sous le poids des vagues qui déferlent sur le navire quand Juke, le second du capitaine lui annonce que la cargaison de "coolies", ces travailleurs pauvres chinois commence à s'échauffer sérieusement sous l'effet du tangage du bateau et que si aucune action n'est menée rapidement, ils risquent de se massacrer les uns les autres. le commandant doit donc agir sur plusieurs fronts; celui de la tempête, du commandement du navire et de celui des hommes.
J'ai été particulièrement choqué du vocabulaire utilisé pour décrire la population de chinois parfois associée à la bête, à la sauvagerie, à l'infériorité. En maugréant contre la vision que le monde occidental pouvait avoir sur les peuples colonisés au début du 20ème siècle, je me suis tout à coup rappelé que je vivais toujours au 21ème siècle et que le statut de marchandise n'avait pas abandonné tous les hommes.
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Crossroads
  21 octobre 2012
Avec un titre pareil , je m'attendais à être emporté , submergé , laissé pantelant et exsangue sur le rivage hostile d'une ile quelconque du Pacifique Médittéranéen , latitude 21°16'35.6603" nord , longitude 157°49'42.2562" ouest , à vue de taupe...Tel ne fut pas le cas même si je suis très loin d'être resté en rade...
Typhon , c'est avant tout le récit d'un écrivain qui a bourlingué ! Conrad a sillonné les mers du globe et partage magistralement son expérience de vieux loup de mer sur papier libre , format A4 , petit carreau .
le capitaine Mac Whirr , supposé inexpérimenté , et personnage central de ce roman , est un être que les relations humaines intriguent . Il parle peu , n'en ressentant ni le besoin , ni l'utilité . D'où cette perception biaisée de capitaine froid et taciturne qu'ont les hommes sous son commandement .
Lorsqu'il prend la barre du Nan-Shan , navire faisant route vers le port de commerce de Fou-Tchéou , il est loin d'imaginer l'incroyable déchainement climatique s'annonçant alors et menaçant d'envoyer sa frêle barcasse par le fonds !
Ce livre vaut largement le détour mais le fait d'avoir été publié en 1918 en un français quelque peu suranné ajouté à une certaine technicité étymologique font , j'imagine , que je ne l'ai certainement pas apprécié à sa juste valeur .
Pourtant , la trame est là . L'on sent poindre la lente mais inéluctable confrontation de l'homme avec un phénomène météorologique qui le dépasse de très loin . Les deux boxeurs fourbissent leurs armes , le combat s'annonce apocalyptique ! C'est pas l'homme qui prend la mer , c'est la mer...tintintin...
Les rapports de subordination sont d'un réalisme assez bluffant . Les attentes des épousées se languissant au port d'attache également . Qui attendant son mari avec impatience en craignant à tout moment le pire , qui redoutant le retour du sien craignant alors la monotonie d'une vie conjugale en berne...
Autre fait intéressant retranscrit , l'absence totale de considération portée à l'encontre des coolies qui , après plusieurs années de dur labeur au sein des diverses colonies tropicales , étaient rapatriés dans leurs villages respectifs . Injustement envisagés comme quantités négligeables , voire sacrifiables , ils étaient bien plus perçus comme " chose" corvéable à merci que comme être humain à part entière . J'en veux pour preuve le fait de les avoir parqués et enfermés à fonds de cale durant le Tournesol , enfin le typhon , au risque de les voir tous se noyer , sans même leur avoir dispensé , au préalable , un cours de natation synchronisée accéléré...Eussent-ils été à la framboise où à la fraise que cela aurait certainement changé la donne . Les hommes naissent libres et égaux mais certains sont plus égaux que d'autres...La révolte gronde...
Conrad a su , avec brio , narrer l'attente fébrile puis le combat acharné contre une nature plus qu'hostile . le respect de la chronologie des évènements , sa narration en temps réel favorisent une réelle immersion . La révélation des caractères de chacun , l'affirmation de leur moi profond face aux flots déchainés mérite véritablement le détour !
Au final , un livre qui , loin de prendre l'eau , n'est pas le cataclysme annoncé !
Un typhon , phon , phon , les petites...
3.5/5
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rosulien
  15 septembre 2020
Première lecture de Joseph Conrad : Typhon
Il connaît le sujet par coeur , le bougre.
C' est un livre assez court mais je peux vous dire que ça bouge. Vous voilà embarqué en Mer de Chine sur un gros bateau à vapeur qui, en plus de marchandises, transporte aussi de nombreux coolies qui rentrent chez eux
Le flegmatique et taiseux capitaine Mac Whirr et son jeune second Jukes avec l' aide du mécanicien Rout vont devoir lutter quand la pression atmosphérique baisse de façon continue jusqu'à des chiffres records . Et, dans ces parages, sous les Tropiques, même si tout vous paraît calme , vous savez que cela va se gâter au fil des heures.
Typhon ou cyclone , vous savez qu'il va arriver.Mieux vaut alors se mettre en mode survie et notre capitaine roublard essaie de faire au mieux même s' il reconnaît qu' il n' a jamais vu le baromètre descendre si bas.Très mauvais signe . Et, comme si cela ne suffisait pas, voilà nos coolies , enfermés dans la soute ,qui commencent à se bagarrer pour se voler toutes leurs économies, de vrais dollars s'il vous plaît
Et nous voilà dans la tourmente, plus ou bien accroché au bastingage
Ça secoue, ça claque, ça crie aussi. le temps est suspendu, chaque vague peut être la dernière.Je vous laisse découvrir
Et puis tout à coup , le miracle: le vent est parti, les nuages noirs aussi et le capitaine aperçoit les étoiles.Mais tous ceux qui ont vécu un tel événement le savent : l' accalmie sera courte courte car nous sommes dansl'oeil du cyclone
Voilà l' histoire à découvrir.Le style est quelquefois un peu suranné, le vocabulaire de marine plutôt technique ,mais je me suis laissé emporter par la plume de Joseph Conrad qui a , en plus, la bonne idée de nous trouver une fin très inattendue
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critiques presse (1)
LesEchos   08 août 2017
Dans la continuité des romans maritimes de l'auteur, « Typhon » raconte la terrible déferlante qui s'abat sur le « Nan-Shan », navire dirigé par l'obtus capitaine Mac Whirr sur la mer de Chine.
Lire la critique sur le site : LesEchos
Citations et extraits (53) Voir plus Ajouter une citation
AsteriosAsterios   20 juin 2018
Juke était content, indiscutablement, de sentir à côté de lui son capitaine. Cela le soulageait, tout comme si cet homme, simplement, en s'amenant sur le pont, avait pris le plus lourd de la tempête sur ses épaules.
Tel est le prestige, le privilège et le poids du commandement.
Mais le capitaine Mac Whirr, lui, ne pouvait espérer de personne sur terre un soulagement analogue. Tel est l'isolement du commandement.
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patrick75patrick75   26 juillet 2014
Il avait cet air las et épuisé des navires qui s'en reviennent du bout du monde, et non sans cause, car dans son court voyage il avait été très loin, jusqu'à entrevoir même les côtes de l'Au-delà, de ce grand inconnu d'où jamais navire ne revint pour rendre à la poussière du continent les marins de son équipage.
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lecassinlecassin   24 janvier 2012
Un faible éclair tremblota tout autour comme sur les parois d'une caverne, d'une chambre de la mer secrète et noire, au pavement d'écume et de flots. Sa palpitation sinistre découvrit un instant la masse basse et déchiquetée des nuages, le profil allongé du Nan-Sham, et sur le pont, les sombres silhouettes des matelots à la tête baissée, surpris dans quelque élan, butés et comme pétrifiés. Puis les flottantes ténèbres se rabattirent. Et c'est alors enfin que la réelle chose arriva.
Ce fut je ne sais quoi de formidable et de prompt, pareil à l'éclatement soudain du grand vase de la Colère. L'explosion enveloppa le navire avec un jaillissement tel qu'il sembla que quelque immense digue venait d'être crevée à l'avant.
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KiyoakiKiyoaki   27 décembre 2020
Jukes demeurait indifférent, insensibilisé, l'on eût dit, par la violence du cyclone, conscient uniquement de l'inanité de tout effort, de tout geste. Il tenait pour absorbante suffisamment l'occupation de préserver, de cuirasser son cœur tout gonflé de jeunesse, et éprouvait une répugnance invincible en face de toute autre forme d'activité. Ce n'était pas de l'épouvante, il le reconnaissait à ceci que, tout persuadé de ne plus voir la prochaine aube, cette idée pourtant le laissait très calme.
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andrasandras   07 septembre 2016
Le capitaine Mac Whirr, un peu moins placidement que de coutume, s'efforçait de faire entrer dans sa boutonnière le bouton d'en haut de son ciré. L'ouragan qui met les flots en démence, qui fait sombrer les bateaux, et qui déracine les arbres, qui renverse les murailles et précipite l'oiseau de l'air contre le sol, l'ouragan avait rencontré sur sa route cet homme taciturne et son plus grand effort n'avait pu que lui arracher quelques mots. Avant que ke courroux renouvelé des tempêtes ne se jetât de nouveau sur le navire, le capitaine Mac Whirr fut réduit à déclarer, d'un ton comme contrarié :
- Ça m’ennuierait qu'il se perdît.
Cette contrariété lui fut épargnée.

(Traduit de l'anglais par André Gide)
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Vidéo de Joseph Conrad
Rencontre animée par Alain Nicolas
De Buenos Aires à Madrid, en passant par Paris et le Kent, ce roman nous entraîne au coeur des questionnements sur l'identité, la transmission, l'exil et l'écriture. Fils d'un immigré roumain installé à Buenos Aires, le narrateur, écrivain, décide de partir vivre à Paris. Dans un café, il prend l'habitude de lire les lettres que son père lui envoie et se remémore alors l'histoire de sa famille. Quand il apprend que son père est lui aussi en train d'écrire un livre, il se sent dérouté. Et voilà que vient s'intercaler une autre histoire, celle de Józef et de son épouse, Jessie, tous deux installés en Angleterre. Józef est écrivain lui aussi, d'origine polonaise, exilé en Angleterre : l'immense écrivain Joseph Conrad pourrait bien devenir le personnage du prochain roman de notre narrateur argentin.
À lire – Eduardo Berti, Un père étranger, trad. de l'espagnol par Jean-Marie Saint-Lu, éd. La Contre Allée, 2021.
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