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EAN : 9782956012146
275 pages
Éditeur : Le nouveau pont (11/09/2018)
4.38/5   17 notes
Résumé :
1969. Dans une Amérique agitée par le mouvement pour les droits civiques, Pat Conroy accepte un poste d'enseignant sur une petite ile isolée. L'endroit est envoûtant, presque désert et séparé du reste de la Caroline du Sud par un bras de mer. On ne peut s'y rendre qu'en bateau. Une poignée de familles afro-américaines vit ici mais l'île n'a plus d'avenir à offrir à ses enfants. Or le jeune professeur idéaliste découvre avec stupeur que ses élèves sont des laissés-po... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Heloise7163
  10 octobre 2018
Je remercie chaleureusement Babelio et la maison d'édition le Nouveau Pont pour l'envoi, dans le cadre de Masse Critique, de A Quelques Milles du Reste du Monde, le dernier livre de Pat Conroy.
Dernier, enfin façon de parler puisqu'il s'agit d'une réédition de son tout premier roman, intitulé alors Conrack, publié en 1972.
Pat Conroy y relate son expérience en tant qu'enseignant à Yamacraw, une ile de Caroline du Sud au large de Savannah.
L'histoire débute à la rentrée scolaire de 1969.
Le Civil Rights Act a 5 ans,
Martin Luther King a été assassiné un an plus tôt.
Pat Conroy est issu d'une famille de militaires et a fait ses études au collège militaire La Citadelle. Cependant, il est myope et daltonien, ce qui l'empêche de devenir aviateur comme son père.
Il choisit donc d'enseigner dans un lycée de Caroline du Sud. Il a 21 ans.
C'est une période où les mentalités commencent à changer au Etats Unis.
Mais le sud reste profondément ancré dans ses valeurs du passé, aussi l'intégration des élèves noirs se passe plutôt mal.
Pat Conroy et ses amis sont jeunes, idéalistes, aussi ne vivent ils pas bien ce racisme qui perdure jusque dans les établissements scolaires où ils enseignent. Au même moment, les grands mouvements contre la guerre du Viet Nam apparaissent. Conroy les approuve mais ses opinions sont très mal perçues dans son lycée. Déçu, il décide donc de s'engager dans le Corps de la Paix . le temps passe et sans réponse de leur part, il pose sa candidature au poste d'enseignant dans une école primaire de l'ile de Yamacraw.
La particularité de cette ile est qu'elle n'est peuplée (pratiquement) que de noirs. Ils vivent de leur petite ferme ou de la mer, mais très pauvrement, la pollution induite par les industries de Savannah ayant détruit leur principale source de revenus qu'était le ramassage des huitres.
En 1969, l'électricité vient tout juste d'y être installée mais pas le téléphone.
Les habitants vivent mal, l'alcool et la violence sont un fléau.
Lorsqu'il arrive à l'école, Pat Conroy est atterré par le niveau des enfants: aucun ne sait le nom du pays dans lequel ils vivent et bien sûr encore moins le nom du président. La plupart d'entre eux ne savent pas lire ni compter...
Sa collègue noire lui conseille d'user et abuser des châtiments corporels. Mais Pat Conroy comprend bien vite que ce ne sont pas les méthodes traditionnelles ni les coups de fouet qui aideront les enfants à progresser.
Il commence donc à les éduquer différemment, par le jeu, l'observation, la musique, les sorties. Ce qui n'est guère du coup de sa collègue, ni des ses supérieurs hiérarchiques!
Le jeune enseignant veut faire changer les choses, bousculer le satu quo, mais il s'aperçoit rapidement que le système éducatif, par sa rigidité tient à ce que les élèves restent dans leur illettrisme profond car ils sont noirs...
Cette découverte est un gran choc pour Conroy: "Cette ile était le berceau d'une ignorance scandaleuse due au résultat de centaines d'années de négligence'... (p249)
D'une manière générale, l'enseignement donné aux noirs est "une tragédie et une parodie d'éducation".
Mais les dirigeants, au comble de l'hypocrisie, se donnent bonne conscience en installant une climatisation dans l'école alors que les vrais problèmes demeurent.
Le but étant bien sûr, par leur manque d'éducation, de les maintenir au plus bas de l'échelle sociale, une forme d'esclavage moderne.
"Si je laissais mes élèves partir sans avoir altéré substantiellement les conditions de leur existence, je savais qu'ils se feraient rapidement, irrémédiablement et désespérément dévorer par le ghetto de béton sans perspective d'une ville quelconque. J'entendais la voix blanche venant d'un inconscient collectif ancré au plus profond de moi me dire: " Ils ne connaissent rien de mieux. Ils sont heureux comme cela" (p151,152)
Dans ce récit, l'auteur décrit de façon très approfondie les mécanismes subtils et pernicieux du racisme.
Par exemple, de nombreux blancs n'ont en fait rien contre les noirs et en pratique les traitent plutôt bien, mais ils sont conditionnés à ne pas les aimer, à les traiter de "nègres" par tradition, par principe. A la fin des années 60 dans le Sud des Etats Unis, la haine des noirs est plus une tradition qu'une réalité basée sur des faits.
Il analyse aussi la culpabilité de certains blancs, comme ces deux étudiants venus d'une université de Californie pour aider à la construction des maisons de l'ile et qui se retrouvent à construire des lieux d'aisance pour les noirs pendant que ceux ci les regarde, assis en buvant de l'alcool à l'ombre.
Il découvre par ailleurs que sa collègue noire rêve d'être blanche et se complait à humilier les noirs... parce qu'ils sont noirs...
Les parents d'élèves eux même ne veulent pas d'un enseigna de couleur et affirment que seul un blanc peut être un bon enseignant, renforçant ainsi le mythe de la suprématie blanche...
C'est un constat tragique, mais qui n'est pas raconté de manière mélodramatique, au contraire, avec respect et humour. On rit beaucoup en lisant les réactions de élèves, mais Conroy nous les raconte sans ironie et avec une grande tendresse.
Pat Conroy, comme il le fera dans ses futurs romans, décrit magnifiquement les paysages marécageux et la nature luxuriante de la Caroline du Sud, si chère à son coeur.
La dernière partie est une peu longue, brouillonne, sans doute parce que le livre a été écrit un an après les faits et qu'un peu plus de recul aurait été souhaitable pour une meilleure structurations du récit.
Si vous vous intéressez aux problèmes du racisme et du statut des noirs à la fin des années 60 dans le sud des Etats Unis, si vous aimez Pat Conroy, ou si, tout simplement, vous aimez la belle littérature, précipitez vous sur ce roman magnifique et attachant.
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MadameTapioca
  17 novembre 2020
Depuis le temps que je voulais lire Pat Conroy... J'avoue n'avoir jamais eu le courage de m'attaquer au Prince des Marées…Voici donc ma première incursion chez l'auteur et dès les premières pages je n'ai pas regretté mon choix.

« A quelques milles du reste du monde » n'est pas un roman mais un récit autobiographique dans lequel l'auteur nous raconte une année de sa vie, une année qui va le marquer durablement.
Nous sommes en 1969, Pat Conroy a 22 ans et se porte volontaire pour partir enseigner sur l'île de Yamacraw, au large de la Caroline du Sud.
Là, il va rencontrer un monde à part et des conditions d'enseignement très différentes de tout ce qu'il a connu sur le continent. L'ile est principalement peuplé d'afro-américains qui ont longtemps vécus de la pêche et des huitres. Aujourd'hui, les eaux polluées par les industries de Savannah ne leur permettent plus de vivre décemment. Chargé d'une classe de 18 élèves allant de 10 à 14 ans, il va très vite se rendre compte que bien que scolarisés, ces enfants ont été abandonné par le système éducatif américain. Ils sont pour la plupart analphabètes, ne savent pas compter, ils sont incapables de situer leur ile sur la carte… Pat Conroy va devoir faire preuve d'imagination, tenter de nouvelles expériences pédagogiques pour aider ses enfants. Mais tout cela ne se fera pas sans heurts car les autorités ne se soucient guère de quelques gamins noirs et ils ne sont pas prêt à se faire bousculer par l'idéalisme d'un jeune prof.

Conroy écrit merveilleusement bien. Sa plume se fait classique quand il s'agit de nous décrire la nature de l'ile mais la plupart du temps elle se pare d'humour pour capturer le monde des enfants, la singularité des iliens, la naïveté du jeune enseignant qu'il est et l'absurdité du système scolaire.
Ce livre est une véritable fenêtre sur l'Amérique de la fin des années 60. La lutte pour les droits civiques est engagée mais les vieilles mentalités ont la dent dure. le sud du pays est toujours bien ancré dans l'ancien système ségrégationniste. Les quelques blancs qui habitent sur l'ile sont les « décideurs » et on ne se mélange pas. Malgré ce contexte,l'histoire de ce jeune prof candide et de ses élèves est vraiment attachante et joyeuse. Si je ne me trompe pas, ce livre est le premier écrit par l'auteur un an après la fin de son séjour sur l'ile, mais sa pertinence perdure car les laissés-pour-compte de l'éducation n'ont pas disparu.

Traduit par Marie Bisseriex
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Davpunk
  16 mars 2021
Auteur, mais aussi ancien professeur, Pat Conroy a vécu une expérience qui l'a révolté. C'est cette histoire qu'il raconte dans ce roman plus que réussit !
En 1969, Pat Conroy est choisi pour enseigner sur l'île de Yamacraw, en Caroline du Sud. Une île peuplée par une communauté noire. Pat est banc, et dans sa jeunesse, il était du genre très raciste. Mais le temps à fait son oeuvre, il est encore jeune mais à compris ses erreurs. En arrivant sur l'île, il découvre qu'il a en charge une classe d'éléves de 10 à 14 ans illettré, ou au mieux très retardé. Choqué par l'abandon de ses jeunes enfants par le systéme éducatif, il va se lier à eux, et être pris d'un réel coup de coeur pour cette île isolée…
Il passera un peu plus d'une année sur l'île, à enseigner aux éleves. Ils sont deux professeurs, lui et Madame Brown, une noire qui voudrait être blanche. Persuadé de bien agir, elle éduque à coup de martinet, et n'apprécie que peu les cours de Conroy, plus basés sur une forme de divertissement, sur l'envie de faire découvrir le monde à des enfants isolés depuis bien trop longtemps. Mais en tant que lecteur, difficile de ne pas ressentir le fort attachement que ressent le professeur pour ses éléves, qui lui rendent bien. On ressent son intégration, sa rage envers le systéme qui les laissent presque dépérir sur leur île. Ce racisme sudiste ambiant le révolte et il va se débattre pour leur permettre de s'en sortir.
Mais forcément, il ne peut lutter seul. Alors sans en dire plus, je me contenterait de vous inviter à lire ce roman. Blindé d'humour malgré tout, il tacle sans vergogne et on ne peut que sentir la rage qui se dégage des mots de Conroy. Plus le roman avance, plus on sent son aversion pour son systéme, sa frustration, sa haine même. On a envie de l'aider, et sortir de la lecture sans une forme de rejet, de culpabilité, est quasiment impossible. Je ne peux faire autrement que de vous conseiller sérieusement de lire ce roman. Il a par ailleurs était adapté en film, sous le nom de Conrak, avec John Voight !
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fun177
  25 octobre 2018
Témoignage des actes de discriminations persistants au Sud des États-Unis en 1969. Les habitants de l'île de Yamacraw semblent effectivement avoir été bannis : le titre est justifié. Il ne s'agit pas d'un mélo larmoyant mais d'une "photographie" de la complexité de l'évolution des regards et des cultures. Par exemple, Pat Conroy a grandi dans l'univers ségrégationniste et regarde le jeune idéaliste qu'il était, avec recul et amusement.
On y découvre une multitude de petites histoires liées à L Histoire (ségrégation, Vietnam, 2d guerre mondiale, etc.). On constate les séquelles d'un apprentissage inadapté/ forcé aggravant la situation de précarité de ces enfants, surtout pour ceux présentant un handicap.
La forme de cet écrit n'est pas celle d'un journal de bord. Chaque chapitre a une thématique ( navigation entre île/ continent en janvier, le basket, la sortie collective d'Halloween, etc.) Cela est vraiment agréable.
Le regard bienveillant et patient de Pat Conroy me rappelle le témoignage de l'enseignante Torey Hayden dans "Les enfants des autres".
J'ai beaucoup apprécié cette découverte instructive. Merci aux éditions "Le nouveau pont" et à Babelio via l'opération masse critique.
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Zazie13
  04 avril 2020
1969, Pat Conroy, jeune professeur de Caroline Sud, accepte le poste d'enseignant dans une école réservée aux noirs sur une île à laquelle on ne peut accéder qu'en bateau, située à quelques milles du reste du monde. Cette expérience unique a été vécue par l'auteur auprès de 18 jeunes dont certains sont illettrés dont d'autres ne savent que très peu s'exprimer, leur langage étant limité. Pat CONROY a dû faire face à un système administratif indifférent au sort de ces jeunes noirs dans un sud encore profondément ségrégationniste.
En nous relatant sa lutte en faveur d'une éducation efficace pragmatique et non conventionnelle permettant à ces jeunes de s'ouvrir au monde, Pat CONROY nous plonge dans l'Amérique de 1969 alors que KENNEDY est président des États Unis, dénonçant le racisme inhumain de cette époque qui perdure malheureusement encore aujourd'hui à bien des égards.
Ce roman autobiographique écrit en 1972 et traduit en 2018 par Marie Bisseriex, est le premier de l'auteur et augurait déjà la belle littérature qui a suivi. Des descriptions de paysages magnifiques et des états d'âme de l'auteur qui m'ont beaucoup touchée. A découvrir ou à relire 😍
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
lecturesdameriquelecturesdamerique   29 septembre 2018
Je passai ma première nuit sur l’île de Yamacraw dans un sac de couchage, à même le sol de la classe. Les bruits d’insectes émanant de la forêt qui entourait la cour de récréation étaient déments et l’obscurité paraissait plus sombre ici qu’à tout autre endroit de ma connaissance. Ce fut une nuit sans lampadaires, sans feux rouges, sans bruits de freins et sans aucun signe d’une vie citadine. L’obscurité dans les lieux étranges est toujours effrayante et cette nuit-là, allongé sur le sol, transpirant des aisselles jusqu’aux métatarses, je ressentis la peur d’être seul dans un environnement nouveau. Alors que j’avais réussi à m’endormir, je fus réveillé un peu plus tard par l’orage. Les éclairs illuminaient l’île ; le tonnerre jouait à son jeu préféré : terroriser tous les mortels ici-bas. Dans l’ensemble, cette nuit semblait augurer d’étranges choses.
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fun177fun177   18 octobre 2018
"De bons chrétiens" était une expression la plus cynique du répertoire de Zeke. Lui et Ida avaient été des membres actifs de l'église baptiste locale jusqu'à ce que la congrégation vote la décision de fermer l'église si jamais un Nègre essayait d'assister au service. Zeke et Ida n'y retournèrent jamais plus après cela.
"Imagine ça, Pat. Un groupe de chrétiens qui empêche un autre groupe de chrétiens de prier. Peux-tu imaginer Jésus assis à l'entrée de l'église et disant : " Eh vous les Nègres mangeurs de merde, vous ne pouvez pas venir dans cette église. allez dans votre propre église de Nègres. " Je vois bien Jésus faire ça."
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fun177fun177   18 octobre 2018
Tel était le plan des vénérables membres du conseil paroissial si jamais un pied noir franchissait le seuil. Jésus doit souvent dégueuler quand il se penche sur toutes les bonnes œuvres qui sont faites en son nom.
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fun177fun177   18 octobre 2018
Le cheval était rapide et l'homme était grisé par la vitesse de son animal et par la sensation du vent sur son échine. Sam me salua lorsqu'il me dépassa. Je regardai l'homme et la bête disparaître et je fus content qu'il y ait des chevaux pour des gens comme Sam. Quand Sam le boiteux était sur son cheval, il déployait alors ses ailes et il volait. Le cheval de Sam avait le pied sûr et lui donnait le sourire.
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fun177fun177   18 octobre 2018
C'est grâce à des moments comme ceux-ci qu'est née ma croyance en la valeur et la bonté naturelles de l'homme. J'ai maudit Ted Stone des milliers de fois avant cela et après mais je n'oublierai jamais sa gentillesse et sa sollicitude durant ces cinq jours de janvier.
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Videos de Pat Conroy (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Pat Conroy
Extrait de "Le Prince des marées" de Pat Conroy lu par Matthieu Farcy. Parution le 13 mai 2020.
Pour en savoir plus : https://www.audiolib.fr/livre-audio/le-prince-des-marees
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