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3,86

sur 124 notes
marina53
  12 mars 2015
1954, Mississipi. Jack Branch, issu d'une famille aristocratique, à tout juste 24 ans, enseignait au lycée de Lakeland depuis déjà 3 ans. Tout comme le fit son père pendant près de 20 ans. Très appliqué et impliqué, il était reconnu comme un très bon professeur. Il avait adopté une méthode pédagogique qui consistait à ajouter des détails choquants voire sanglants à ses cours consacrés au Mal à travers l'histoire. Parmi ses élèves, il y avait Eddie Miller, du quartier des Ponts, enfant timide souvent mis à l'écart. Et pour cause, son père n'était autre que le Tueur de l'étudiante. Celui-ci assassina la jeune Linda Gracie, 19 ans, promue à un bel avenir, alors qu'Eddie n'avait que 5 ans. Arrêté puis ayant avoué son crime au shérif Drummond, il sera remis en cellule dans laquelle il sera lui-même assassiné par un co-détenu. Cette sombre affaire poursuit encore le jeune garçon. Aussi, lorsqu'une de ses camarades de classe, la belle Sheila Longstreet, disparaît mystérieusement, les soupçons se portent aussitôt sur Eddie. Jack Branch s'en veut d'avoir orienté le shérif vers le jeune homme. Alors, comme pour se faire pardonner, il le prend sous son aile. Lorsqu'il donne à ses élèves un devoir portant sur le Mal, il lui suggère d'écrire sur son propre père...

Dans ce roman noir, Thomas H. Cook installe progressivement le lecteur dans une ambiance plus que jamais sombre. L'on apprend dès le début qu'un drame s'est joué à Lakeland et qu'un procès s'y est tenu, sans en connaître la nature. L'auteur tisse des liens entre les différents protagonistes, s'attardant sur la relation que Jack entretient avec son père, personnage érudit, mais surtout sur celle entre Eddie et son professeur. Lui suggérant d'écrire un devoir sur son père assassin, il souhaite plus que tout déterrer son cadavre, faire taire les rumeurs et pourquoi pas, prouver que le Mal n'est pas forcément héréditaire. L'auteur réussit parfaitement à nous plonger dans cette société de l'Amérique des années 50, société marquée par la ségrégation raciale et sociale. Ces leçons sur le Mal mais aussi sur la filiation, les doutes, la culpabilité et les secrets se révèlent plus que jamais passionnantes. Porté par une écriture riche, l'auteur nous livre un roman intense construit intelligemment, les flashbacks étant subtilement distillés.

Ouvrez vos livres, chapitre: Les leçons du Mal...
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Crossroads
  25 février 2011
Thomas H. Cook , une excellente leçon de cuisine !

Je connaissais le verbe , les voyages , pas l'auteur du meme nom , c'est desormais chose faite et de quelle maniere !
Coben et Connelly ne tarissant pas d'eloges a son sujet , je me suis immediatement méfié car si les arguments sont evidemment tres vendeurs , ils sont , parfois , uniquement au service d'un bete plan marketing ! Dans le cas present , pas de tromperie sur la marchandise mais foin de compliments , entrons dans le vif du sujet ! Apres vous...

Jack Branch , blanc , 25 ans , issu d'un milieu favorisé , enseigne au lycée Lakeland. Tout comme le fit son pere . Sa matiere : le Mal a travers les ages . Il aime son metier et transmettre son savoir malgré l'assistance plutot hétéroclite et hermétique presente a ses cours . Parmi ses eleves , il y a Eddie Miller , issu , lui , des Ponts , le quartier le plus misereux du coin . Il a le triste privilege d'etre le rejeton de Luther Ray Miller , individu notoirement connu pour avoir massacré , à l'époque , sa petite amie alors desireuse de retrouver sa liberté . Arrété puis emprisonné , il y mourra sous les coups d'un co-détenu laissant précocement veuve et orphelin . Bon , on a tous été jeunes , on a tous fait des bétises...Eddie porte cela comme une tare familiale , un fardeau héréditaire dont il ne peut se défaire ce qui explique sa discretion et sa gene a l'ecole comme dans la vie en général..Ce qui va les reunir , pour le meilleur et pour le pire , c'est le personnage proposé par Jack à Eddie pour incarner un devoir portant sur le mal : le pere de ce dernier ! Se sentant l'ame d'un tuteur desireux de prendre sous son aile cet eleve discret mais dont il sent un potentiel certain , il l'accompagnera dans toutes ses démarches , ses investigations , allant jusqu'a se perdre lui-meme dans les meandres de cette histoire...

"Les leçons du Mal" n'est pas un policier comme on l'entend habituellement car ici , pas de meurtres en séries , pas d'enquete en cours mais uniquement des faits relatés melant passé et extraits de proces comme on le comprendra ultérieurement . L'auteur entremele habilement present et passé sans jamais en faire perdre le fil . le récit est fluide et ultra accrocheur ! Tout comme Jack et Eddie , l'on decouvre méticuleusement des pans entiers de leurs histoires respectives , certains convenus , d'autres beaucoup plus surprenants ! le rythme est plutot lent et en cela , il me fait penser aux recits de James Lee Burke . Pas de surenchere en hémoglobine , en description de cadavres mais malgré tout , on ne peut decrocher . L'auteur instaure avec brio un climat exsudant la noirceur , le drame que l'on sent poindre inexorablement . Cook , tel le petit Poucet , distille ses indices au compte goutte et les rebondissements , a defaut d'etre spectaculaires , rendent ce récit réellement addictif !
Les personnages principaux sont plutot attachants . Tous deux developperont une relation amoureuse qui , sans veritablement s'etendre plus que de raison au fil des pages, sont de veritables valeurs ajoutées au récit . Jack s'entichera de Nora , une collegue afro ayant a charge un frangin quelque peu demeuré mais tres attendrissant. , tout cela dans un contexte social ou les relations interethniques n'etaient pas tres bien vues , le KKK y ayant traçé son sillon nauseabond . Eddie , quand à lui , se rapprochera de Sheila , alors petite amie de Dirk ( je sais , ça ressemble aux feux de l'amour mais en beaucoup plus dense , je vous rassure !) , etre totalement associal vouant un veritable culte a la betise et la violence , et donc potentielle source d'emmerdes pour les deux tourtereaux .
Les personnages secondaires que sont le sherif Drummond , la mere d'Eddie , Wendell , l'inséparable acolyte de Dirk et , bien sur , le fantomatique facteur qui au final vous surprendra , viennent assurément enrichir cette tragédie.
En accompagnant Eddie , c'est egalement a sa propre histoire que Jack sera confronté , devoilant ainsi bon nombre de zones d'ombre qu'il aurait peut-etre fallu ne pas mettre en lumiere...Mais lui permettant , cependant , d'apprehender un peu mieux son pere , etre solitaire a tendance suicidaire avec qui il communique tant bien que mal (discussions axées essentiellement sur Lincoln , Lincoln ou encore..Lincoln ,au bout d'un moment , ça peut lasser...) et que les demonstrations de tendresse embarassent plus que tout..
Dernier point positif : la construction de ce roman . Tel un film , ce bouquin donne l'impression d'avoir été écrit comme un scenario revelant ses scenes les unes apres les autres , un excellent format pour le grand écran !
Un livre fort , intense , lu dans le cadre du jury du polar qui laisse presager encore de belles heures de lecture pour peu que les ecrits suivants soient du meme acabit !!

Les Leçons du Mal vous feront un bien fou !!!
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nameless
  30 décembre 2018
L'intrigue se déroule à Lakeland, Mississippi, à partir de 1954 bien avant l'inéluctable explosion initiée par le Mouvement des droits civiques, et trouve son épilogue quelques 40 ans plus tard. Jack Branch est l'héritier d'une caste de planteurs sudistes, sûrs de leur supériorité raciale, intellectuelle et sociale. Mû par une culpabilité qui le pousse à faire un geste pour ceux qui ont été exploités, Jack enseigne la littérature dans un modeste établissement où sont scolarisés les enfants du quartier des Ponts, «quartier damné des Nègres, à l'extrémité est de la ville, tout aussi mystérieuse que l'Afrique ».


« Jeune homme pédant issu d'une famille pédante infectée par les préjugés », Jack crée un cours sur le Mal, pompeusement vendu au proviseur comme une initiation générale à la littérature, à la philosophie et à l' histoire pour masquer qu'il ne s'agit que d'un cours de rattrapage destiné à élever le niveau pré-supposé inférieur de ses élèves. En incrustant dans sa pédagogie des actes historiques ou littéraires d'une violence plus monstrueuse que celle qu'ils seront jamais susceptibles de commettre, Jack pense avec condescendance et ruse (qu'il confond avec de la noblesse de caractère), capter leur attention, enrayer leur prédisposition pour la distraction indissociable de leur basse extraction, et peut-être ainsi les aider à gravir un barreau sur l'échelle sociale.


Voilà pour la théorie mise en place par Jack dont chacune des pensées, chacun des mots qu'il prononce proviennent exclusivement de son unique expérience puisée dans les livres classiques reliés en cuir et gravés à l'or fin de la bibliothèque de son père à Great Oaks, demeure familiale. Eddie Miller est l'un des élèves de Jack. Ce jeune homme est stigmatisé, considéré comme un paria parce qu'il est le fils de celui qui a été surnommé le Tueur de l'étudiante. Arrêté puis incarcéré, le père d'Eddie a été assassiné en prison par un co-détenu avant d'être jugé. Pour le devoir de fin d'année, Jack demande à ses élèves de choisir un personnage qui incarne le mal absolu à leurs yeux. Lorsque Eddie décide d'écrire l'histoire macabre de son père, Jack voit dans cette volonté une manière pour lui d'exorciser le poids du passé et l'encourage. Il se prend d'affection pour lui, imagine pouvoir changer le cours de son existence, l'aide dans ses recherches, se surinvestit, et l'introduit même à Great Oaks, chez son père ; il n'aurait pas dû. Pendant ce temps, en classe, l'intérêt qu'il montre pour son protégé déclenche la jalousie et entraîne l'agitation et la déstabilisation d'un équilibre précaire. Dès lors, confronté au principe de réalité, Jack découvre lentement tout le cruel arbitraire de la vie ainsi que ses chausse-trappes au fond desquelles on peut tomber du jour au lendemain puis croupir.


Est-il nécessaire de tout savoir si la réponse à une question qui vient du coeur le brise toujours ? Un roman sombre, grave et introspectif de toute beauté !
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gruz
  08 décembre 2012
Il est des polars comme des arbres. Certains sont secs et nerveux, d'autres cachent derrière un feuillage chatoyant leur tronc famélique.
D'autres, comme celui-ci, s'imposent majestueusement devant nous, imposants, massifs, intimidants même.
Mais il serait plus juste de parler de roman noir, plutôt que de polar, sombre comme les tréfonds dans lesquels peut s'enfoncer l'âme humaine.
On ne peux parler de ce roman sans tout d'abord se pencher sur l'écriture de Cook. Une écriture riche, parfois emphatique, d'une inextinguible profondeur, exsudant les émotions de ses personnages par tous les pores de ses mots. Ce livre ne se lit pas à la va-vite, il demande toute l'attention du lecteur, pour en tirer la substantifique moelle.
L'auteur se penche avec soin et attention sur l'idiosyncrasie de ses personnages, l'histoire se déroule lentement, construite à l'envers, sur le mode de la "chronique d'une catastrophe annoncée".
Cook use d'effets stylistiques du meilleur effet, avec l'alternance de passages très soignés, entrecoupés d'extraits de procès ou encore de passages tirés des écrits des personnages.
Tout du long, certaines phrases, lancées au lecteur, nous préparent au final qui se dévoilera sobrement, mais profondément touchant.
Le roman est aussi une belle description des états du sud américain dans les années 50, avec les préoccupations de l'époque. Une époque où la division des classes est prégnante et dont l'auteur se sert pour insuffler une atmosphère étouffante à son récit.
A titre personnel, le seul petit défaut que j'émettrais concerne justement le style de l'auteur à certains rares moments, un peu pédant, comme se le reproche lui-même le personnage principal concernant ses propres écrits (un peu comme ma critique aussi). Tout petit bémol, rarement ressenti dans ce flot de mots et d'émotions d'une rare richesse.
Une oeuvre touchante, noire mais jamais tapageuse.
Lien : http://gruznamur.wordpress.com
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caro64
  24 mai 2011
1954, Delta du Mississipi. Eddie Miller avait à peine cinq ans lorsque son père assassine une jeune fille du lycée de Lakeland. Depuis l'adolescent, discret, presque effacé, est surnommé le " fils du tueur de l'étudiante ".
Jack Branch issu d'une grande famille du Sud, est de retour dans sa ville natale, où il vient de décrocher son premier poste d'enseignant.
Le jeune professeur se lance dans un semestre d'études sur la figure du Mal au travers de l'histoire et de la littérature…
Très vite, il encourage Eddie à se confronter à sa monstrueuse ascendance et à découvrir la vérité sur son père.
Mais quand on tente de faire toute la lumière sur le passé, les ombres enfouies au plus profond des âmes peuvent se révéler au grand jour. 



Difficile de parler du dernier roman de ce grand auteur par peur de trop en dévoiler. Disons simplement que Les Leçons du mal possède, en plus d'une intrigue ciselée, une réelle force dramatique. Une partition sans failles qui enfle, gonfle, gronde et nous emporte.

Un Thomas Cook dans la grande tradition serais-je tenté de dire. Ce qui est un gage de qualité. C'est que l'on retrouve ici toutes ses thématiques : une société très hiérarchisée et traditionaliste, les relations père / fils, la force du doute et du soupçon, et le poids du passé. Mais, c'est aussi un superbe voyage en amnésie dans le Sud profond des États-Unis, celui des années cinquante, juste avant le mouvement des droits civiques. Un monde qui reste encore englué dans un fonctionnement hérité du siècle précédent. Un peu d'histoire doublée d'une ballade littéraire. Une promenade sous l'influence de William Faulkner, d'Abraham Lincoln et d'Herman Melville.
Mais surtout, une interrogation qui traverse tout le roman et transperce toutes les certitudes de façon inéluctable : comment une noble et belle action peut-elle se retourner contre nous ?

Les Leçons du mal est un livre envoûtant, un faux polar mais un vrai roman noir. Oppressant à souhait, servi par une très belle écriture et une analyse psychologique toute en finesse, le roman vous happe des la scène d'ouverture et ce jusqu'à la dernière ligne. Encore un excellent roman de Thomas H.Cook.
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latina
  25 juin 2019
Il y a quand même des profs qui choisissent de drôles de sujets pour leurs cours et celui qui nous concerne, notre narrateur, y raconte les faits horrifiques des quelques hommes les plus malfaisants de l'Histoire, qu'ils soient réels ou de fiction.
Ses élèves sont attentifs, ça, je peux vous l'affirmer !
Il faut dire qu'il a fort à faire avec eux, car ils proviennent, pour la plupart, des « Ponts », qui est un quartier plus que misérable de la petite ville de Lakeland, Mississipi. Les habitants de ce quartier ne sont guère intellectuels, même si de temps en temps l'exception confirme la règle. Nous sommes dans les années 50, et la ségrégation entre riches et pauvres, exploiteurs et exploités, est encore très forte.


Notre prof-narrateur, Jack Branch, est le fils d'un professeur lui aussi, riche et estimé, vivant seul sa retraite dans le manoir familial.
A la faveur d'un devoir, Jack va se lier avec un de ses élèves, le fils du « Tueur de l'étudiante ». Triste célébrité ! Jack Branch a l'ambition de lui apporter quelque chose de positif, de le « sauver », en quelque sorte de son hérédité diabolique. Mais la recherche intellectuelle de Eddie, ce jeune assez fade et isolé, transformera pour toujours le microcosme de cette petite ville et même la relation de Jack envers son père.


Ce roman, je l'ai choisi en fonction des réactions enthousiastes de mes amis babéliotes, et je ne le regrette pas, quoique je ne sois pas branchée « romans policiers ».
Celui-ci en est un, peut-être, vu qu'une étudiante a été tuée dans le passé, mais il s'accroche plutôt aux personnages actuels, tourmentés, chacun dans son genre. Chacun a son petit rôle à jouer, et c'est très intéressant de découvrir les rouages qui font tourner la machine sociale et psychologique.


Quoi de plus simple en apparence mais de si difficile si on creuse un tant soit peu que la relation professeur-élève ainsi que les échanges ou non entre les jeunes, la relation filiale, le poids de l'héritage familial, régional, historique ! Et si l'amour s'en mêle (et il s'en mêle toujours), cela complique encore plus ce système d'interactions.


Oui, vraiment, je ne regrette pas d'avoir fait la connaissance de ce Thomas Cook dont tout le monde vante les louanges. A l'aide d'une narration qui se joue de nous en nous transportant dans le passé, dans le présent, en faisant des anticipations, cet auteur parvient à nous tenir en haleine.


Alors, peut-être un jour vais-je construire un cours sur les leçons du Mal ? Non, je préfère laisser cela à Thomas Cook, bien plus doué que moi !
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bibliomanu
  04 mars 2011
En inuagurant la nouvelle maquette de leur collection policière avec Les Leçons du mal de Thomas H. Cook, les éditions du Seuil ont frappé fort, très fort. de cet auteur, j'avais lu uniquement quelques titres parus à la Série Noire. Deux d'entre eux m'avaient laissé une impression en demi-teinte. Si j'y avais trouvé un style et une écriture fluide, une musicalité évidente laissant à penser que Thomas H. Cook était un véritable représentant du roman noir américain, qu'il en était l'une des voix indéniable, j'avais néanmoins été déçu par certaines ficelles qu'il utilisait ou bien même par les fins qu'il donnait à ses ouvrages. le mystère qu'il laissait planer était si palpable que j'en étais venu à trouver les révélations finales un peu fades, même si bien sûr, l'intérêt d'un polar ne se résume pas à ces uniques considérations. D'où une légère déception.

Mais avec Les Leçons du mal, la donne n'est pas la même.

Jack Branch est professeur au lycée de Lakeland, petite ville du Mississipi où il a grandi, vécu et où, certainement, il mourra. Ses souvenirs l'emmènent en 1954 où se sont déroulés les tragiques événements dont il se sent responsable. A l'époque, l'idée lui était venu de mettre en place un cours de rattrapage consacré au Mal sous toutes ses coutures, envisagé selon ses différentes déclinaisons, toutes époques confondues. Jack, non sans une certaine pédanterie, se sentait investi d'une mission consistant à éveiller les consciences de ses élèves.
J'espérais que cela les ferait réfléchir, frapperait leur conscience, au moins quelques secondes , et j'avais décidé depuis longtemps déjà que, même si je devais me servir d'un outil rudimentaire pour ouvrir un peu leur esprit provincial farci de religion, je n'hésiterais pas.

Et pour donner corps à ses pensées, il avait pris sous son aile l'étudiant le plus effacé, celui en qui personne ne croyait : Eddie, Miller, le fils du « Tueur de l'étudiante ». Mieux, il lui avait proposé d'établir son devoir de fin d'année sur son père et les circonstances de son acte. En l'incitant de la sorte à soigner le mal par le Mal, il allait en fin de compte devenir le grain de sable faisant voler en éclats les rouages d''une petite ville du Sud des Etats-Unis reposant encore sur des oppositions de classes et de couleurs de peau avec, en arrière-plan, les cicatrices engendrées par la Guerre de Sécession.

Avec ce livre là, Thomas H. Cook réussit un véritable tour de force. Jusqu'à la fin, le lecteur ne sait rien du drame qui s'est joué en 1954 et se trouve très vite enferré par la chape de mystère suggéré par le roman. Jack Branch, le narrateur donc, émaille son récit de comptes-rendus d'un procès sans que l'on sache jamais rien de la nature de celui-ci. Quelle crime a été commis ? Qui est inculpé ? Pourquoi ? Toutes les hypothèses sont possibles. Présent et passé s'entremêlent, parfois de façon volontairement abrupte, de sorte à nous décontenancer un peu plus, sans jamais nous perdre en route pour autant. Des pistes s'ouvrent, se referment, le drame toujours en ligne de mire. Et ce sont les personnages, tous magnifiques, vivants, obsédants, faillibles qui lui donnent corps, entretiennent les doutes et donnent envie d'aller jusqu'au bout, de démêler l'écheveau de cette histoire pourtant simple et humaine, mais qui démontre de façon magistrale combien le mal, lui, est difficile à rationaliser et à appréhender ; qu'on a beau l'analyser, le quantifier et vouloir le faire rentrer dans des cases, il trouve toujours les voies les plus insoupçonnées pour se manifester et induire la souffrance.

Un roman bouleversant et beau. Voilà.


Lien : http://bibliomanu.blogspot.com
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vieuchamp
  21 septembre 2015
Les leçons du mal.
Quelle subtilité, quelle maîtrise. Thomas H. Cook nous mène une fois de plus dans son monde mystérieux, ou l'on sait dès le départ que ça ne finira pas bien, mais il nous vibrer, nous rend impatient, et de ce fait, il est très dur de lâcher le roman, tellement le suspense est grand, et l'on a qu'une seule peur, celle de rater un moment important de l'histoire.
Ici, le héros du roman, c'est Jack Branch, professeur dans un lycée du Mississippi, à moins que ce soit Eddie Miller, jeune étudiant plus que réservé, qui n'est qu'autre que le fils d'un tueur....
Ou peut-être sont-ce Drumond, le shérif, ou Nora, ou encore Dirk, Wendell ou Sheila qui sont les héros. Tout le monde peut prétendre à ce statut.
Comme dans « au lieu-dit Noir-étang », Thomas H. Cook nous livre un récit d'une noirceur sans égal, sans pour autant partir dans des bains de sang et de violence. Tout est dans la finesse. Et c'est là qu'il excelle. C'est prenant, magnifique, intense.
Du grand, très grand art.
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Derfuchs
  26 avril 2020
Cook dont la plume n'est plus à vanter, fait partie de ces quatre ou cinq auteurs américains nobellisables, à juste titre dois-je dire, du moins vu de ma fenêtre. Comme le climat, l'écriture associée à l'intrigue est suffocante à souhait et met le lecteur mal à l'aise, l'obligeant à changer régulièrement de position sur son fauteuil pour laisser descendre un peu le mal engendré. Il ne faut pas se méprendre, l'homme Jack est le détonateur, involontaire ou pas, de la déflagration finale, il le sait bien, même s'il évoque qu'il ne cherche qu'à aider un élève dans le besoin. Manipulateur, calculateur est cet homme, il l'avouera dans un moment d'aberration et de désarroi au moment de ses doutes. Cook joue sur la corde sensible en essayant, au départ de faire de son héros un mec bien, pas longtemps, impossible, l'engrenage est en route et comme il manque de courage il laissera glisser sa vieillesse jusqu'à son extinction.

C'est une littérature, dérangeante certes, que j'aime et Cook démontre, s'il en était encore besoin, que c'est un auteur de très grand talent.
Lien : https://www.babelio.com/livr..
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LydiaB
  15 avril 2011
Un grand merci tout d'abord à l'équipe de Babelio ainsi qu'aux éditions du Seuil pour m'avoir fait gagner ce livre.

Avis aux amateurs de scènes violentes et sanglantes: passez votre chemin ! Ce polar est dans la lignée des romans les plus noirs. Tout se joue dans la mise en scène. Lentement - ce qui peut ne pas plaire d'ailleurs, surtout pour les férus de policiers classiques - le décor se met en place, de même que le contexte. Tout réside dans la psychologie et, surtout, dans la structure. En effet, la confrontation passé / présent du narrateur est omniprésente. le lecteur se trouve happé dans l'histoire. Tout en finesse, celle-ci se déroule et, jusqu'à la fin, nous tient en haleine. Les personnages sont bien présents et prennent de l'ampleur au fur et à mesure. Comme dans une partition extrêmement bien travaillée, Thomas H. Cook joue la carte du crescendo. Et, ce qui ne gâte rien, ce roman est truffé d'allusions culturelles.

Je ne connaissais pas du tout cet auteur et ce fut une belle découverte. Je vais d'ailleurs lire ses romans antérieurs qui, je l'espère, ont la même envergure.
Lien : http://livresetmanuscrits.e-..
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