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EAN : 9782070743117
944 pages
Éditeur : Gallimard (15/05/2009)

Note moyenne : 4.3/5 (sur 120 notes)
Résumé :
"Voici donc, au jour le jour, trois années de cette vie singulière qui commença pour moi le 17 juin 1940, avec le refus du discours de Pétain puis l'embarquement à Bayonne sur le Léopold II. J'avais 19 ans. Après deux années de formation en Angleterre dans les Forces françaises libres du général de Gaulle, j'ai été parachuté à Montluçon le 25 juillet 1942. Destiné à être le radio de Georges Bidault, je fus choisi par Jean Moulin pour devenir son secrétaire. J'ai tra... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (31) Voir plus Ajouter une critique
InstinctPolaire
  03 juin 2013
Pour la majorité des citoyens, il était un inconnu. Avant que les accents lyriques d'André Malraux ne lui fasse franchir le seuil du Panthéon : Jean Moulin. Pour quelques rares vieux messieurs et les passionnés de la Seconde Guerre Mondiale, il était Rex, Max, Régis et tant d'autres pseudonymes de clandestinité.
Il est un homme pour qui il sera toujours " le patron ". Et cet homme, c'est Daniel Cordier.
C'est le 20 juillet 1942 que le jeune soldat parachuté de Londres fit la rencontre qui allait changer sa vie de jeune homme de 20 ans. Rencontre avec celui qui durant les 18 mois de son action de représentant de la France Combattante allait réussir à unir la Résistance Intérieure. Rencontre avec celui qui après avoir soupé avec ce garçon qui voulait " tuer des boches ", en fit son secrétaire particulier.
Et pourtant..
Pourtant on ne peut avoir que des sentiments contrastés pour ce Compagnon de la Libération.
Le jeune Cordier est d'Extrême-Droite, militant de " L'Action Française ", admirateur de Charles Maurras, antisémite. Mais c'est aussi un des premiers engagés volontaires qui partent rejoindre les Free French de Londres qu'un autre Charles – De Gaulle – tente de fédérer.
Alors qu'une bonne partie de ses compagnons d'arme partent combattre en Afrique du Nord, Cordier devient un " rentier de la guerre " : Nommé officier, il encadre les jeunes arrivants. Rêvant de coups de poings comme aux grandes heures des Camelots du Roi, il se porte volontaire pour le Bureau Central de Renseignement et d'Action – les Services Secrets de la France Libre -. Radio, cryptographe, saboteur, assassin : L'Angleterre lui donne les moyens de ses ambitions...
... Tuées dans l'oeuf dès son parachutage. Moulin le prend à son service. Il lui confie la gestion de ses courriers, de ses rendez-vous, mais aussi de la colossale fortune de la Résistance qui arrive tous les mois de Londres.
Avec la rigueur de l'historien qu'est devenu celui à qui on doit une importante littérature sur les enjeux – notamment politiques – de l'action de Moulin, remis en cause dans son action pour fonder le Conseil National de la Résistance, Cordier confie dans ce livre ses souvenirs personnels.
Au jour le jour, démontrant s'il en ai, à contre-courant des idées avancées et avec admiration, que la Résistance s'est construite sur l'abnégation d'une poignée de personnes souvent aussi jeunes et idéalistes que lui...
Ce qu'il reste de ce récit à la chronologique précision ?
Des dates, des lieux, des sommes, mais surtout deux hommes et leur étrange proximité.
L'ancien préfet et le soldat idéaliste, le monarchiste militant et le républicain de coeur et d'âme. L'amateur d'art et le novice. Étrange proximité : Cordier ne connût l'identité de son chef que bien après la guerre. Il l'imaginait ancien ministre, diplomate, artiste.
Et pourtant à son contact, il ne reste rien du Cordier de 1940,sinon le courage, la détermination.
Formidablement bien écrit, ce récit montre la métamorphose du monarchiste en républicain.
D'ailleurs, lui qui voulait tuer du boche ne tira aucun coup de feu de la guerre. Il se fit collectionneur et marchand d'art contemporain...
... Concrétisant l'initiation artistique reçue entre le 30 juillet 1942 et le 21 juin 1943...
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frandj
  08 février 2014
C'est un témoignage d'une valeur exceptionnelle sur la Résistance française, pendant l'occupation nazie. D. Cordier est un jeune homme d'extrême-droite, devenu brusquement gaulliste après la débâcle de 1940, puis formé en Angleterre à la guerre de l'ombre et , revenu en France, finalement propulsé à une fonction très dangereuse: secrétaire de Jean Moulin (alias "Rex") à Lyon. Cet homme a ainsi joué un rôle de toute première importance pendant la guerre.
Dans son livre extrêmement détaillé, D. Cordier ne cache rien au lecteur. En particulier, il stigmatise l'amateurisme de nombreux résistants qui négligeaient sans vergogne les consignes de sécurité, mettant en danger par leur imprudence d'autres combattants de l'ombre. Il critique aussi les rivalités incessantes entre les diverses composantes de la Résistance (que Moulin a péniblement unifiées) et les "combats de chefs" qui affaiblissait l'opposition aux nazis. A ce sujet, je trouve qu'il est bon d'évoquer enfin, sans langue de bois et sans manichéisme, cet épisode particulièrement terrible dans l'Histoire de France. Le sujet principal, la vie clandestine dans la capitale de la Résistance, décrite presque jour après jour, me semble très bien rendu.
En conclusion: dans ce livre, tout est captivant pour le lecteur vraiment intéressé par cette période. Les autres lecteurs potentiels risquent de trouver trop gros ce "pavé" de 900 pages.
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Bigmammy
  22 juillet 2011
C'est un livre terrible, si les mots ont encore un sens, sur la Résistance et sur les Français.
Au commencement était un beau jeune homme de la grande bourgeoisie du Sud Ouest, élevé chez les Pères de Saint Elme d'Arcachon, choyé par une famille recomposée, mais aimante, bourré des préjugés de son époque (l'Action française, et hélas l'antisémitisme), mais bon fils de la France, et qui se lève sans hésiter pour la défendre quand elle est dans l'abîme. Avec quelques autres gamins, il s'embarque « tout naturellement » sur un rafiot belge le 21 juin 40, et se retrouve près de Londres dans l'unique bataillon des soldats de la France libre.
Accueillis fraternellement par les Britanniques – l'inspection du Roi George VI devrait faire taire pour l'éternité les anglophobes - nos cadets se forment vite, à commander une section, ou, comme Cordier, à être parachuté en France.
En juillet 42, il rejoint à Lyon un chef de la Résistance, dont il ne connaîtra l'identité qu'après la guerre. Il est son secrétaire, à la fois transmetteur, chiffreur, officier de liaison et chef de cabinet, au sens que prend cette fonction dans le corps préfectoral – mais ici, le préfet et sa préfecture sont clandestins !. Très vite, il se dévoue à ce patron organisateur et lucide, qui poursuit un seul but : unifier les mouvements de Résistance autour du Général de Gaulle (à l'époque contesté par les Américains, qui lui opposent l'évanescent général Giraud). L'essentiel du livre est consacré à cette période allant de l'été 42 à l'été 43, où Jean Moulin monte le Conseil de la Résistance.
On sait combien il est difficile de rassembler des Français, mais on est indigné, en lisant Cordier, par le comportement de certains chefs des réseaux. Leur ambition personnelle l'emporte sur toute autre considération, y compris le but de guerre (chasser les Allemands). Au mépris de la sécurité de centaines de jeunes résistants de base, ces chefs « clandestins » passent leur temps en intrigues et conciliabules pour savoir s'il faut attribuer 2 ou 3 sièges à telle tendance, et s'il faut ou non admettre les anciens partis politiques au Conseil de la Résistance. Ces allées et venues font la joie de la Gestapo, tout juste réorganisée, qui n'a plus qu'à tendre ses pièges. Or justement, ce sont les deux patrons nommés par le Général de Gaulle, le général Delestraint, et Jean Moulin, qui se feront prendre et assassiner. Hasard ? Erreurs techniques ? Trahison de voyous infiltrés par les Allemands ? ou pire ? Nul ne saura jamais, le Général ayant à juste titre décidé de jeter le manteau de Noê sur toutes ces vilenies, mais la lecture du livre laisse un goût amer.
Lien : http://www.bigmammy.fr
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Laureneb
  22 janvier 2021
Oui, d'abord, en tant qu'historienne, il y a cet intérêt scientifique de lire le récit d'un homme qui est à la fois témoin, acteur et historien. Daniel Cordier a "le goût de l'archive", parce qu'il a soif de vérité. Quand il ne peut se fier à sa mémoire seule de témoin pour retranscrire des réunions, des procès-verbaux, des entretiens..., il cite ses sources, des lettres, brouillons, rapports ect. qu'il a retrouvés dans les archives ; quand il a peur d'oublier des détails ou de se tromper en tant que témoin, il invoque d'autres personnes, d'autres témoignages. Il recherche la rigueur historique objective, pour prouver ce qu'il avance, le rôle décisif de Moulin, son engagement sans faille dans la Résistance gaulliste. Cette rigueur de l'historien s'allie de façon bouleversante au témoignage subjectif, à une mémoire personnelle de celui qui voue, de son vivant, un hommage voire à culte au "Patron", décrit à la fois comme un chef inflexible, comme un brillant politique, mais aussi à titre personnel comme un mentor, voire comme un père. Pour moi, ce sont les passages sur les relations personnelles entre Rex et Alain qui m'ont le plus touchés, ceux où l'homme apparaît derrière le Chef ou derrière le héros : quand Rex sourit devant un tableau, quand Alain lui apporte un croissant obtenu difficilement au marché noir, quand il offre lui-même à Alain une écharpe... Oui, on voit un homme, l'homme et non le mythe. Cordier l'écrit plusieurs fois, la simple mention "amitiés" sur un télégramme le bouleverse.
Ensuite, en tant que lectrice de roman historique, c'est le rappel du contexte que j'ai particulièrement apprécié. Cordier l'écrit, la Résistance n'est pas "romanesque". Il n'est question que de déjeuners ou de dîners, de rapports tapés à la machine, de boîtes aux lettres, d'envois de télégrammes. Non, a priori, rien d'épique, mais un travail de bureau concret, harassant, répétitif même. Oui, à distance, avec nos moyens modernes, on ne se rend pas compte des difficultés énormes à simplement communiquer entre personnes de la même ville, encore plus avec Londres, si loin. Que de temps perdu, d'hommes ou de femmes sacrifiés, de missions non remplies... à cause de problèmes matériels, de communication.
Enfin, cette oeuvre dessine en creux le portrait émouvant de Daniel Cordier, lui qui se dépouille progressivement ses identités d'emprunt. "Dany", pétri de royalisme, d'antisémitisme, de désir de revanche, de sens de l'honneur, de patriotisme maurassien, s'engage à vingt ans pour "combattre et tuer des boches". Devenu un Frenchman, il voue une admiration à De Gaulle et s'entraîne militairement. Arrivé en France en tant qu'Alain, secrétaire de Rex, il regrette de ne pas faire de service actif, ayant l'impression qu'il n'est pas sur le bon champ de bataille. Ce jeune bourgeois privilégié découvre peu à peu le froid, la faim, la débrouille, rencontrant aussi des membres de la classe ouvrière dont il ignorait tout. Oui, toutes ses rencontres le transforment progressivement, il délaisse peu à peu ses convictions maurassiennes, royalistes, son antisémitisme - une scène très émouvante lorsqu'il rencontre un homme porteur de l'étoile jaune. Au contact de Rex, il développe aussi un goût pour l'art contemporain, avouant qu'au départ il ne considère ce sujet que comme une couverture dans la rue, mais que, voulant plaire au "Patron", il s'y intéresse. Ses idées politiques, ses goûts changent, tout comme sa vision de lui-même : il ose se dire son homosexualité, il la comprend.
Un livre remarquable, sur un grand homme, écrit par un grand historien lui-même un homme remarquable.
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helenew_fr
  29 mars 2017
Je viens de lire Alias Caracalla de Daniel Cordier et Radio Libre, un texte de Maurice de Cheveigné que l'on peut trouver sur internet, tous deux recommandés par des amis. Et ça me fait un peu de peine d'écrire que je préfère le second au premier. Cela me fait de la peine, car sur bien des plans, le travail d'historien de Daniel Cordier est bien plus complet et plus sérieux, mais force m'a été de constater que je l'ai trouvé moins intéressant à lire. Les quatre cents premières pages offrent certes une histoire qui se lit facilement : après un rapide portrait de cet adolescent énergique, bon élève, idéaliste (il changera d'idéal plus tard, troquant l'Action Française tendance royaliste et l'antisémitisme contre une idéologie de gauche), on le voit, dégoûté du Maréchal et convaincu par l'appel de De Gaulle, à la tête d'un groupe de camarades qui veulent faire quelque chose, genre “tuer du boche”, on le suit ensuite à bord d'un bateau, puis pendant sa formation militaire et d'espionnage en Angleterre, où il est plutôt enchanté de l'accueil réservé par les britanniques aux Free French. A la fin de cette période, on est avec lui dans l'avion qui le parachute en France pour mettre à profit ses compétences nouvellement acquises de sabotage, de radio et d'espionnage, pour rejoindre la Résistance, quoi.
A peine s'est-il débarrassé de son parachute qu'il se voit recruté par “Rex” (Jean Moulin) qui lui confie son secrétariat. Toutes clandestines et extrêmement périlleuses qu'elles soient dans un contexte de guerre, les tâches des secrétaires sont répétitives et peu passionnantes à lire : planification et suivi de rendez-vous, prise de notes et réunions de debrief avec le patron (on sent bien que les monologues de Jean Moulin devant son secrétaire l'aident à clarifier ses idées), recrutement de personnel supplémentaire, transmission de messages (les fameuses boîtes aux lettres à trouver puis à relever), recherche de lieux d'hébergement, distribution de ressources (des sommes d'argent parfois importantes). Outre le grave danger qui plane sur tous les militants, avec la menace constante d'arrestation, les tâches sont compliquées par la surcharge de travail, qui fait courir “Alain” (c'est un des noms de code de Daniel Cordier) toute la journée à Lyon et plus tard à Paris, le manque de ressources de toutes sortes, les bâtons mis dans les roues par les bureaucrates de Londres, ou tout simplement les erreurs de transmission des équipes là-bas, et puis aussi les divergences de points de vue des différents “mouvements”, entendez par là les différents groupes de toutes sortes et les courants politiques qui participent à la Résistance.
Et cela en prend des pages, ces foutus mouvements, avec leurs chefs qui cherchent noise au grand chef émergent, Jean Moulin, et qui n'hésitent pas à exercer le maximum de pression sur le plus jeune et le moins gradé, à savoir le secrétaire. Au passage, on s'émeut que le mouvement de la Résistance ait dépensé tant d'énergie dans des luttes intestines, même si on ne s'étonne pas. J'aurais été l'éditeur, j'aurais conseillé une compression impitoyable de cette partie du récit. C'est tout à son honneur d'historien que Daniel Cordier nous livre une histoire au jour le jour, mais, lectrice impatiente que je suis, je trépignais. Et puis, ce n'est pas comme s'il y avait beaucoup de suspense : Comme chacun le sait, Jean Moulin sera arrêté; par définition, le narrateur survivra.
La chronique méticuleuse du travail de secrétaire de Jean Moulin contient des éléments intéressants. En jouant au psychanalyste on peut facilement conclure que Daniel Cordier remplace son père avec qui il a rompu et le beau-père qu'il a laissé avec le reste de sa famille pour faire la guerre, avec un autre père, en la personne de Jean Moulin. (D'ailleurs, Wkipedia me dit que Caracalla est un empereur romain qui a régné avec son père jusqu'au décès de ce dernier). Les prémices d'une fascination avec l'art moderne que lui révèle son patron sont esquissées (Daniel Cordier sera un grand marchand d'art après la guerre). Et un détail m'intrigue un peu : je crois me souvenir que l'auteur dit tôt dans le livre qu'il a tenu un journal toute sa vie. Et on en lit pas mal d'extraits, notamment en fin de chapitre, pendant la première partie du livre, et plus du tout après. Simple pression du travail qui a empêché “Alain” de se consacrer à cette vieille habitude ? Auto-censure ?
En tout cas, l'espèce de déférence dont témoigne Daniel Cordier tout au long de Alias Caracalla, déférence envers son patron, envers sa contribution à la guerre, et la longueur de toute une partie de ce récit ternissent à mon sens un peu une histoire qui mérite tellement pourtant d'être racontée.
Lien : https://helenewilkinsonbookr..
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critiques presse (1)
Lexpress   15 avril 2013
Un ouvrage illustré d'émouvantes reliques, lettres, caricatures, photos de famille, qui soulignent les vies multiples de ce fils de la Provence nourri au lait du radical-socialisme, devenu préfet sans renoncer à son amour du dessin et des avant-gardes.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (29) Voir plus Ajouter une citation
SarindarSarindar   09 janvier 2021
Il sort déjà du rayonnage Les Morceaux Choisis de Valéry : "Vous aimez Valéry?" Je confesse que si j'ai une passion pour ses essais, il n'est pas mon poète préféré. J'admire Apollinaire, Baudelaire, Rimbaud, Péguy. Je connais par cœur nombre de leurs poèmes, alors que, de Valéry, je n'ai retenu aucun vers.
"C'est pourtant le plus grand !" coupe-t-il, avant de s'élancer sans aucune gêne :

Soleil ! Soleil !... Faute éclatante !
Toi qui masques la mort, Soleil [...]
Tu gardes les cœurs de connaître
Que l'univers n'est qu'un défaut
Dans la pureté du Non-être !

Je suis médusé : je n'ai jamais entendu réciter de poèmes de Valéry. La voix chaude et familière de Rex me révèle la splendeur de ces vers, qui m*apparaissent pour la première fois dans tout leur éclat. Je suis envahi par un ruissellement de lumière. Comme nous sommes loin de la guerre ! Je regrette d'être obligé de l'accompagner au dîner tant j'ai hâte d'être seul pour relire ces vers surprenants, qui m*avaient rebuté autrefois.
J'observe Rex : il tourne le dos à la fenêtre, l'épaule appuyée contre la bibliothèque ; son visage rayonne. Je n'aurais jamais cru qu'il pût être bouleversé par un poème. La poésie, consolation ultime de ceux qui n'ont qu'un pied dans la vie, est liée aux, rêveries de mon adolescence. Qu'est-elle donc pour lui, apparemment heureux de vivre et jouant avec aisance son rôle dans l'existence ?
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InstinctPolaireInstinctPolaire   03 juin 2013
En 1989, Bernard Pivot me demanda : " Pourquoi Jean Moulin vous a-t-il choisi comme secrétaire ?" Je lui fit sans doute la réponse la plus ridicule de ma vie : " Parce-que c'était lui, parce-que c'était moi ; " J'aurai du dire la vérité : Je ne m'étais pas posé la question, et Jean Moulin ne m'en donnât jamais la raison.
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JcequejelisJcequejelis   11 décembre 2011
1er septembre 1942 : Ce soir *Rex (Jean Moulin) demeure songeur. Je sais qu’il pense aux Juifs. Après un moment, faisant allusion aux bourreaux, il ne peut s’empêcher de lâcher : « Quels salauds ! » C’est la première fois que j’entends un gros mot dans sa bouche. Comme je ne sais que répondre, il reprend : « Vous joindrez les lettres pastorales au prochain courrier. Il faut tout faire pour répandre la vérité sur ces crimes. Il faudrait une lame de fond pour réveiller l’opinion et arracher ces malheureux à leur sort. Hélas, que pouvons-nous ? C’est dans une telle occasion que la Résistance révèle son impuissance. »

Il reprend les termes mêmes de Bidault, et je sens dans sa voix une profonde indignation.

168 - [Folio, n° 5206, p. 519]
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JcequejelisJcequejelis   11 juin 2011
13 juillet 1941 : Le colonel Passy : « De votre conduite dépendra la vie de vos camarades. Vous n'avez pas le droit de la mettre en jeu. La guerre clandestine que nous conduisons en métropole n'est pas celle pour laquelle vous avez été préparé. Elle se vit seule et sans uniforme. La règle exige que vous n'ayez là-bas que peu de contacts avec vos camarades ou vos chefs, seulement pour des questions de service. De plus, il vous est interdit de revoir vos amis d'autrefois et encore plus votre famille. Vous n'aurez pas de réconfort moral, que vous apporte l'armée régulière, d'être entouré à toute heure par vos camarades de combat. Vous vivrez seul, prendrez seul vos repas, etc. Vous entrez en solitude. Pas de dimanche, de samedi, pas de permission. Vous êtes au front vingt-quatre heures sur vingt-quatre, parce que la police et la Gestapo vous traqueront jour et nuit.Vous pouvez être arrêté à tout moment. Ces deux conditions, solitude et danger permanent, sont très dures à supporter : votre mission aggrave l'isolement puisque vous serez en exil dans votre pays. »

1 - [Folio n° 5206, p. 289]
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JcequejelisJcequejelis   28 novembre 2011
Samedi 28 novembre 1942 : Sabordage à Toulon. A 7 heures, je sonne chez *Rex (Jean Moulin). Je lui apporte une nouvelle effrayante parue dans les journaux : hier, à 5 h 25, la flotte française s'est sabordée à Toulon. L'amiral de Laborde a appliqué les ordres donnés en juin 1940 par l'amiral Darlan.

*Rex commence sa toilette, signe qu'il a dû se coucher tard. A l'annonce du sabordage, il s'arrête le visage barbouillé de savon, et réclame les journaux qu'il étale sur le lit. Ses traits manifestent stupéfaction et crédulité : « Comment des officiers français ont-ils pu faire ça ? C'est un crime contre la France ! Le dernier que peut commettre Vichy, après tant d'autres. Les misérables. »

Il retourne à sa toilette : « Si les Français ne comprennent pas maintenant que le Maréchal est un traître, c'est à désespérer du patriotisme ! »

152 – [Folio, n° 5206, p. 669]
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Alias Caracalla Daniel Cordier Éditions Gallimard Collection Folio, n° 5206
D. Cordier évoque trois années de son existence à partir de 1940. Jeune maurassien, il est révolté par l'Armistice. Il part pour l'Angleterre le 21 juin 1940 et s'engage dans les Forces françaises libres le 28 juin 1940. Parachuté le 1er août 1942, il devient le secrétaire de Jean Moulin, jusqu'à l'arrestation de ce dernier le 21 juin 1943. Prix Renaudot essai 2009, prix Nice-baie des Anges 2009. ©Electre 2020
https://www.laprocure.com/alias-caracalla-daniel-cordier/9782070440450.html
>Histoire générale de l'Europe>Histoire de l'Europe depuis 1918>Seconde guerre mondiale: 1939-1945 (252)
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