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EAN : 9782915825497
304 pages
Éditeur : C&F Editions (01/10/2015)

Note moyenne : 4.02/5 (sur 21 notes)
Résumé :
Rencontrer les élèves des collèges et lycées, mettre au jour leur imaginaire de l'internet : Anne Cordier veut se confronter au réel pour éviter les préjugés et les discours marketing sur les jeunes et les réseaux. Loin des mutants annoncés par certains auteurs médiatiques, elle a croisé des jeunes qui ont besoin de comprendre ce qui se joue derrière les écrans. Leur savoir-faire est évident, mais il masque des difficultés à construire une image mentale de l'informa... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
rabanne
  31 octobre 2016
Peu de choses à rajouter à l'excellente critique de thedoc...
Un ouvrage récent, de référence en ce qui concerne l'EMI (éducation aux médias et à l'information), qui intéressera la toute la communauté éducative, parents y compris, sur les usages et pratiques numériques des jeunes dans leur recherche d'information.
Anne Cordier a mené une enquête auprès des 11-17 ans sur quatre ans dans plusieurs établissements de Lille, filmé et enregistré des séances de recherches sur internet, suivi l'évolution et la réalisation de travaux d'élèves (comme des TPE en classes de 1ere). Elle s'est appuyée sur les réactions et la parole des jeunes eux-mêmes pour faire l'analyse de leur savoir-faire, leur degré d'expertise en info-documentation...
Un regard bienveillant ressort de cette enquête, qui est un essai de compréhension de ces usagers, hélas trop souvent stigmatisés par notre société.
Les jeunes sont aujourd'hui bien informés et tout à fait conscients des dangers et des risques de dérives sur internet. Certes, ils ne savent pas toujours comment rechercher, trier et trouver l'information, mais sont désireux d'apprendre, de ne pas être "à la ramasse" dans le (vaste) domaine numérique, mais n'en n'oublient pas l'imprimé pour autant dans leurs usages/pratiques scolaires.
Leur présence sur les médias sociaux, elle, est révélatrice d'une appartenance sociale, culturelle (culture adolescente), communicationnelle propres, quitte à prendre certains "risques", à jouer un "jeu", à tester leurs limites.
Mais cela n'empêche pas les jeunes de vouloir échanger avec les adultes, de leur faire confiance (surtout les parents), d'avoir besoin de leur compréhension.
Un ouvrage très intéressant et instructif, mais au vocabulaire parfois ardu, s'appuyant sur des thèses de chercheurs en sciences de l'information et de la communication, des sociologues, des spécialistes de l'adolescence.
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thedoc
  03 mai 2016
A part quelques articles de revues spécialisées, j'ai un principe pour préserver mon optimisme professionnel : ne jamais lire d'ouvrages ayant rapport aux sciences de l'information et de la communication. Discours relayant les directives officielles et utopiques du ministère de l'Education nationale ou bien au contraire beaucoup trop militants, ils sont soit trop abstraits et emplis d'un jargon universitaire barbant et démagogique, soit trop revendicatifs et défaitistes. Mais là, bonne surprise ! Tout d'abord, l'ouvrage d'Anne Cordier, ancien professeur-documentaliste aujourd'hui maître de conférences en sciences de l'information et de la communication, s'adresse à quiconque s'intéresse de près ou de loin au rapport de nos adolescents avec le numérique, plus précisément dans la recherche d'information. Parents, enseignants, médiateurs, chacun peut y trouver une analyse fine des pratiques numériques des jeunes. Ensuite, il est écrit de manière très compréhensible et avec beaucoup d'empathie vis-à-vis des jeunes interrogés, sans se départir du sérieux de l'objectif de recherche.
Dans cet ouvrage intelligent et réaliste composé de quatre chapitres, l'auteure s'attache à opposer d'une part les fantasmes et imaginaires qui désignent tous les jeunes nés à partir des années 2000 comme des « digital natives », c'est-à-dire des sortes d'experts innés du numérique ; et d'autre part les pratiques effectives de ces adolescents sur Internet et leur compréhension de tout cet environnement informationnel complexe. Vaste programme…S'appuyant sur des entretiens individuels et des séances d'observation de collégiens et lycéens en situation de recherche, formelle et non formelle, Anne Cordier bat en brèche tous ces discours sociaux, tous ces poncifs qui polluent notre compréhension des pratiques adolescentes et notre relation aux adolescents eux-mêmes. Elle tente également de contribuer aux recherches sur les pratiques informationnelles qui sont déployées dans différents contextes d'observation. En s'appuyant sur ces observations, elle réfléchit à des actions et souhaite avant tout optimiser les actions pédagogiques en lien avec le numérique.
Au fil des questions et des séances d'observation d'Anne Cordier, les adolescents se racontent, s'offusquent, murmurent parfois, et c'est tout un pan de la jeunesse qui se dévoile dans sa relation aux pratiques numériques. Collégiens et lycéens avouent tout d'abord que l'injonction des « digital natives » pèse sur eux et c'est parfois honteux, à demi-mot, que certains reconnaissent qu'Internet ne les intéresse pas ou que « c'est dur ». Quel discours éhonté de faire croire qu'aujourd'hui, le savoir est « déjà transmis » dès lors que l'on est sur Internet. D'autant plus aberrant que ces idées sont relayées par « d'émérites » chercheurs en science de l'information qui confondent information et savoir, accès et appropriation. C'est nier totalement que ces jeunes ont besoin d'une formation au numérique. Or pour ces adolescents, l'expertise en recherche d'information est un facteur d'intégration sociale et amicale non négligeable. Des différences de niveau et de représentation des adolescents à propos d'Internet apparaissent, des inégalités que les discours sociaux répandus tendent à masquer en offrant des portraits-robots trompeurs de ces jeunes vis-à-vis du numérique.
Après avoir vu Internet comme un objet socialement partagé, l'auteur s'intéresse à l'environnement social et numérique des adolescents. Elle aborde les questions de la frontière ténue entre intégration de l'outil par les adolescents et une dépendance consciente ou inconsciente, le rôle des parents à la maison concernant l'accès à Internet et la localisation – primordiale – de l'ordinateur, ainsi que la différence très nette que font les élèves entre la recherche d'information sur Internet qui s'apparente au travail scolaire, et son utilisation comme divertissement dès lors que l'on est chez soi.
Enfin, loin des discours alarmistes qui annoncent la fin de l'ouvrage imprimé, les entretiens avec les adolescents révèlent que pour un tiers des interrogés, le livre « rassure » et demeure objet de plaisir, de « flânerie », tandis qu'Internet rime avec immédiateté, exhaustivité et plaisir aussi. le Centre de Documentation et d'Information reste d'ailleurs pour les élèves un lieu d'information mais aussi de curiosité et de vie, qu'ils ne pourraient imaginer sans livre !
Omniprésence du moteur de recherche Google, connaissances techniques opposées aux connaissances « manipulatoires » de l'ordinateur, problème du vocable numérique, rapport du droit à l'image, l'ouvrage d'Anne Cordier est une mine d'informations.
Reconnaissant le rôle légitime des médiateurs quelque soit leur statut, préconisant un regard empathique et compréhensif sur les pratiques informationnelles des adolescents, l'auteur souhaite que les adultes encadrant ces jeunes les aident à développer une culture de l'information essentielle aujourd'hui. Elle montre également que ces adolescents sont très loin de l'image véhiculée par les discours sociétaux et qu'ils sont tout à fait conscients de leurs pratiques. Aux adultes également de les écouter.
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Donofic
  07 novembre 2019
Une lecture éclairante sur les rapports complexes que les adolescents entretiennent avec internet et le numérique, et sur la nécessité de les former à ces outils…
La critique de thedoc, très complète, expose fort bien les qualités de ce livre, aussi me contenterai-je de lister ci-dessous trois idées qui m'ont particulièrement marquée (et que l'expérience a par la suite confirmée) :
D'abord les élèves ont tendance à personnifier internet et les outils numériques, dont le fonctionnement leur échappe : ils croient volontiers que la machine (ou le moteur de recherche) comprend ce qu'ils écrivent, tout comme le ferait une personne réelle ;
Ensuite l'apprentissage des élèves dépend très souvent du cadre non scolaire, la famille notamment est le premier lieu d'apprentissage et cela a pour conséquence de créer des habitudes d'utilisation plutôt que des savoirs (les élèves connaissent telle manipulation sur tel logiciel, mais ne comprennent pas vraiment ce qu'ils font) ;
Enfin (et surtout !) les élèves ne se soucient pas la validité de l'information trouvée quand il s'agit d'une recherche personnelle, parce que ce n'est pas un critère important pour eux et que ça prend du temps de vérifier. Ils ne vérifient que pour les recherches scolaires, les travaux notés : la vérification est perçue comme « importante pour l'enseignant », mais pas pour eux. Ce qui importe aux élèves pour considérer qu'une recherche est réussie, c'est d'avoir des résultats, donc de trouver une information – quelle que soit l'information !
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parisienne12
  20 avril 2019
Une étude des pratiques informationnelles adolescentes qui laisse pantois et reste toujours d'une brûlante actualité, malgré les quelques années qui séparent l'enquête de la publication. Rien de neuf aujourd'hui. le livre se lit comme un roman et en devient passionnant et montre bien la place, et le rôle important, qu'ont les professeurs documentalistes, titulaires du capes, comme leurs collègues des autres disciplines.
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saomalgar
  05 septembre 2020
Ouvrage de référence sur la génération des "digital natives" qui déconstruit les clichés et analyse les pratiques réelles de ces jeunes connectés.
Si certains éléments paraissent "datés" ils sont bien le témoin d'une évolution très rapide des usages du numériques par ces jeunes.
De plus cet essai intelligent nous offre des pistes interessantes pour nous, professeurs-documentalistes, pour comprendre et faire réfléchir les ados sur leurs pratiques numériques.
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
HarioutzHarioutz   11 septembre 2019
Marie dispose à la maison d'une connexion internet, et a "la chance" d'avoir une grande sœur experte en matière de recherche sur internet.
Marie, elle, fait part des nombreuses difficultés qu'elle éprouve à mener à bien ses travaux avec l'outil numérique, auquel elle peine à conférer des qualités : "Internet, j'aime pas trop, ça me met mal à l'aise [...]. Ca ne va jamais parfaitement bien, c'est toujours compliqué pour faire quelque chose de correct. Tout le monde n'en dit que du bien mais je trouve que ça a énormément de défauts en réalité".
On voit non seulement combien Marie exprime ici une sorte de détresse, mais aussi de quelle manière elle se réfère à la parole d'autrui considérée comme une sorte de doxa portant sur les qualités de l'outil numérique.

Plus virulent encore est le propos d'Olivier, lui aussi équipé à domicile, d'une connexion internet, et également petit frère d'une sœur adepte de l'outil numérique : "Internet, j'aime pas. Mais alors, quand je dis que j'aime pas, c'est pas du tout ! Je trouve ça nul, tout le monde parle que de ça, ma sœur elle vit sur internet, et moi j'aime pas ce truc... Je sais pas comment dire, mais je trouve que ça n'a pas de sens de passer un temps fou sur une machine qu'on comprend pas, qui fait n'importe quoi, et où il y a plein de dangers en plus".
Le rejet d'Olivier parait sans appel, là encore convoquant la parole d'autrui pour marquer une distance vis-à-vis de cette pratique socialement répandue d'internet.
Toutefois, cette distanciation, en réalité involontaire, liée à un sentiment d'expertise défaillant, n'est en aucun cas définitive. D'ailleurs, Marie comme Olivier, au cours de l'année d'enquête, vont modifier leurs discours sur l'outil numérique, parallèlement à l'évolution de leurs pratiques et de leur sentiment d'expertise personnelle.
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HarioutzHarioutz   11 septembre 2019
Contre toute attente, les lycéens qui ont pu, dans le cadre d'une liaison lycée-université, travailler au sein de la Bibliothèque Universitaire, sont revenus très déçus du caractère très moderne de cette dernière.
L'échange mené de manière informelle avec Julie, Anaïs et Aurore (16 ans), au sortir de la Bibliothèque Universitaire, ne peut que retenir notre attention :

Julie : J'ai été déçue en fait ! Je m'attendais à une bibliothèque un peu sombre, vous voyez, avec des grandes tables en bois, des petites lumières basses, et en fait, c'était pas du tout ça !

Anaïs : Non, c'était des ordinateurs, du mobilier moderne comme au CDI, et puis c'était très moderne en général, quoi.

Anne Cordier : Mais vous dites souvent que c'est pénible qu'au CDI les ordis rament, et là ça vous a déçues qu'il y ait des ordis qui fonctionnent ?

Aurore : Ben, c'est pas ça, mais ... En fait, on voulait une grande bibliothèque un peu comme dans les films américains, vous voyez ?

Anne Cordier : La Bibliothèque de Poudlard, quoi !

Julie : Oui, exactement ! C'est ça que je m'imaginais, moi !

Aurore : Moi aussi, pareil !

Anne Cordier : Mais, vous vous imaginez travailler dans une bibliothèque universitaire sans ordinateur ?

Anaïs : Ben presque en fait ... Pour moi, la bibliothèque c'est pas les ordinateurs qui font que ça la rend intéressante.

Julie [elle la coupe] : Des ordis, on en a chez nous, on n'a pas forcément besoin d'en trouver partout.
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rabannerabanne   28 octobre 2016
Céleste (11 ans) :
C'est pas que je suis pas d'accord, mais... Je trouve ça très excessif, vous voyez. Il faut prévenir qu'il faut faire attention à ce qu'on peut trouver sur internet, tout ça, mais c'est pareil dans la rue hein... Mais c'est pas la peine non plus d'en rajouter trente louches pour nous effrayer alors que y a pas de raison !

Anastasia (élève de terminale) :
J'aime pas ces discours-là, qui font genre nous les jeunes, on est tous sans cerveau, quoi. (...). Moi, sans les jeux vidéo, je saurais pas autant de vocabulaire en anglais, je connaîtrais pas plein de gens qui m'ont appris plein de choses, et puis qui font que je passe des supers moments, que je me sens bien. Alors, faut arrêter avec ces discours-là, quoi ! Franchement, oui, je passe beaucoup de temps en ligne, mais j'ai une vie, ça va, merci !
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rabannerabanne   28 octobre 2016
Le sociologue Olivier Galland nous rappelle : " La culture adolescente valorise la relation entre pairs en tant que telle, elle en forme un élément central et générique de sa définition."
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thedocthedoc   04 mai 2016
On ne le répétera jamais assez : l'accès n'est pas l'appropriation, et la donnée n'est pas l'information, et encore moins le savoir [...]. Disposer de tablettes ou de postes informatiques en nombre ne suffira pas à combler les lacunes, ni à optimiser des pratiques informationnelles.
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