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EAN : 9782080256416
240 pages
Flammarion (12/01/2022)
3.42/5   120 notes
Résumé :
"Un homme et une femme. Chacun de leur côté. Un homme qui ne dort pas et une femme qui s'assomme. Un homme sur sa tablette et une femme dans son bouquin. Un homme qui désire et une femme qui soupire. Un homme qui se désole, une femme qui s'enferme, les heures qui s'étirent. Et plus rien. Rien de rien". Huit mois, deux semaines et quatre jours qu'il n'a pas fait l'amour avec Isa. Et ce soir, elle lui annonce qu'elle s'installe dans la chambre de Roxane, leur fille ca... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (49) Voir plus Ajouter une critique
3,42

sur 120 notes

Une nouvelle fois, Amélie Cordonnier s'empare avec réussite d'un sujet rare en littérature et socialement tabou : la perte de désir et l'abstinence conjugale. Il est bien plus inimaginable d'avouer à ses amis qu'on ne fait plus l'amour avec son épouse ou son mari, beaucoup plus difficile que d'avouer une adultère dans une société hypersexualisée où l'injonction au bonheur passe par une sexualité conjugale épanouie.

Elle aurait pu choisir d'adopter le regard féminin. A contre-pied de l'évidence, elle embrasse au contraire le point de vue du mari en se glissant littéralement dans sa tête et son corps. Amélie Cordonnier trouve les mots justes pour dire ce qu'il se passe dans l'intimité d'un couple une fois la porte fermée. Avec une écriture incisive très aboutie, elle ausculte tous les détails et raconte avec précision les émotions qui traverse cet homme dont la femme ne veut plus faire l'amour, décidant de faire chambre à part après plus de vingt ans de couple, à l'aube de la cinquantaine.

Le très subjectif « je » du mari envahit les pages, son profond désarroi qui se mue en folie obsessionnelle et en hargne de ne plus être touché, meurtri dans sa chair et son âme au point de compter les jours sans rapport sexuel, au point de tenter toutes sortes de stratagèmes désespérés pour essayer de « réparer » au plus vite cette anomalie au sein d'un couple qui a, jusqu'à présent, aimé faire l'amour dans la connivence.

« Il y a quelque chose d'abrasif dans le manque affectif. Est-ce que l'on peut en parler, du corps fourbu parce qu'on ne le désire plus, de la souffrance que peuvent infliger des mains qui plus jamais ne vous touchent ? de la violence qu'il y a à essuyer tous ces refus de la part de la personne qu'on aime ? (...) Pauvre type. Piteux, il se lève pour pisser, se dépêtrer au plus vite de ce sexe en épée. Croise son visage dans le miroir. Empâté et pelé. Sa peau s'écaille à force de ne plus être touchée. S'en rend-elle compte, Isa ? Il n'est plus que l'ombre de son chien. Un vieux chien galeux dont la fidélité la gêne, l'encombre et l'exaspère même, il le sent bien. La queue entre les jambes en revenant des W.-C., il aperçoit un filet de lumière sous la porte de Roxane ? Ne peut s'empêcher de la pousser et découvre Isabelle lovée dans les bras de Morphée qui ne mesure pas sa chance, l'enfoiré. »

L'auteure ne tombe jamais dans la facilité de se moquer de cet homme, de le charger, même lorsque le récit glisse dans la drôlerie ( l'épisode des bandelettes anti-ronflements ) ou le sordide avec certains expédients compensatoires. le lecteur est touché par la détresse de cet homme, prend presque le parti de cet homme injustement privé de tendresse. Et puis, l'auteure déplace très intelligemment le curseur par un habile glissement vers la compréhension du point de vue de l'épouse dont le désir s'est fait la malle et qui a renoncé à la sexualité. Ce contrechamp est très important pour apprécier le travail narratif précédent et à suivre.

Lui n'était que dans l'instant alors qu'elle voit les choses de façon moins immédiate. En mettant en lumière ces divergences du désir, Amélie Cordonnier fore avec acuité les zones grises de la sexualité ainsi que la solitude entre un homme et une femme quand bien même ils s'aiment, lorsque les silences gênées remplacent les dialogues constructifs. Qu'est-ce qui disparait avec la sexualité ? le sujet est passionnant. C'est pour cela que je regrette une conclusion un peu molle et sans doute un peu trop convenue alors que le traitement romanesque était jusque là très singulier et acéré.

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Le narrateur a la cinquantaine et un problème : il est marié depuis vingt-trois ans mais sa femme ne veut plus qu'il la touche. C'est venu comme ça, tout à coup elle s'est mise à refuser ses avances et même à faire chambre à part. Les mois passent, et il reste avec son désir frustré, car du désir, il en éprouve encore énormément pour elle, lui. ● La situation est donnée d'emblée et elle n'évolue guère au long de ce roman dont l'autrice aurait mieux fait de faire une nouvelle – à condition de retravailler aussi la chute, mollassonne... ● Même si le roman est très bien écrit et aborde un sujet original, il piétine, il tourne en rond, et la vraisemblance psychologique n'est pas vraiment au rendez-vous : je n'ai pas cru à la résignation de cet homme pendant aussi longtemps. Peut-être ne suis-je pas suffisamment fleur bleue… A mon avis, il aurait cherché ailleurs beaucoup plus vite que ça ! ● Bref, je me suis plutôt ennuyé…

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Un homme et une femme.

Un homme, une femme, et déjà des milliers de livres sur le sujet. Des milliers de films.

Ici, point de chabadada, ou alors, comme sonnent les derniers accords de la mélodie du bonheur et que la triste réalité vient rattraper les amants. Lorsque l'usure, le quotidien et la vie de chaque jour vient peu à peu grignoter le grand amour.

C'est l'histoire d'un homme, qui aime sa femme. Mais elle, l'aime-t-elle encore ?

Car la femme en question délaisse la couche conjugale, sous des motifs insignifiants qui semblent dissimuler un gouffre.

Ce roman, c'est l'histoire d'un homme qui compte et décompte les jours sans amour. Jusqu'à l'obsession. Ce roman, écrit par une femme, décortique la tête d'un homme toujours amoureux et que le manque de chair obsède …

Amélie Cordonnier, avec tendresse, croque la réalité de cet époux obsédé par la perte de celle qu'il aime encore. Lorsque la chair est triste mais que le coeur bat encore fort et que tout autour de lui le ramène à cette perte.

Un roman délicat, tranchant et réaliste, où Amélie Cordonnier décrit les tourments intérieurs d'un homme et des hommes en général. Et petit plus, j'ai adoré découvrir des chansons du répertoire français disséminées ici et là …

Sans tomber dans la facilité ambiante de dézinguer la gent masculine, l'auteure offre un portrait d'homme touchant et obsédé par ce sexe qui déserte sa vie et qui pourtant est partout autour de nous.

Alors, si ce soir, vous avez la migraine, je vous conseille ce roman pour mieux avaler la pilule.


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Chronique de la misère sexuelle

Avec cette capacité à humer l'air du temps, Amélie Cordonnier aborde la question de la lassitude sexuelle au sein du couple en se mettant dans la peau de l'homme délaissé. Un roman qui dérange, mais qui sonne très juste.

Amélie Cordonnier a cette faculté de nous proposer des romans qui éclairent les évolutions de notre société. Après les violences conjugales dans Trancher, elle avait posé quelques questions essentielles sur la filiation, l'amour maternel, la transmission et le racisme dans Un loup quelque part où un bébé avait la peau qui noircissait jour après jour. Avec Pas ce soir, elle s'attaque à la question des relations sexuelles au sein du couple. Et pour pimenter la chose, prend la place de l'homme.

Difficile de dire comment et même quand cela a commencé. Peut-être que la fameuse usure du couple aura eu raison de leur amour? Même si au sein du couple qu'il forme depuis 23 ans avec Isabelle rien ne semble avoir changé, c'est un cataclysme qui s'est abattu sur le narrateur. Après avoir constaté que la fréquence de leurs rapports sexuels diminuait petit à petit, Isa vient de lui asséner le coup de grâce. Elle a décidé de s'installer dans la chambre de leur fille Roxane, partie à Boston. Elle a beau répéter que ce sera mieux ainsi, qu'elle ne subira plus ses ronflements, il comprend que leur relation vient de prendre un tour funeste. À 50 ans passés, son désir est pourtant toujours là, sa femme toujours aussi belle. Alors, il tente de la reconquérir, multiplie les attentions, mais sans succès. Pour l'anniversaire de leur rencontre, il va proposer un week-end à Étretat, là où ils s'étaient déjà donné rendez-vous des décennies auparavant. À sa grande surprise, Isa le félicite pour cette initiative. Il est vrai qu'on a déjà fait rejaillir le feu d'un volcan qu'on croyait éteint. Mais à vouloir en faire un peu trop. Isa est malade et s'effondre dans le lit de leur chambre d'hôtel à Honfleur.

De retour de cette escapade qui se voulait amoureuse, le constat est amer. Voilà déjà plus de huit mois qu'ils n'ont pas fait l'amour. Et quand Isa entreprend de réaménager la chambre de leur fille, le drame est consommé. «C'est comme si en retirant le tapis, la table de nuit, ses livres et tous ses habits, Isabelle avait fait sauter une digue, comme si plus rien ne retenait sa souffrance longtemps diluée dans la nonchalance de la routine et qu'elle s'écoulait maintenant dans un torrent déchaîné. La douleur irradie en lui, se propage à une vitesse fulgurante dans tout son corps. Ce qui le crible à ce moment-là, ce n'est ni la désolation ni le manque, mais le sentiment abyssal de la perte. (...) Il prend tout à coup conscience qu'une partie de lui a disparu en même temps que tous les gestes qu'Isabelle ne fait plus. En s'éteignant, le sexe a tué bien plus de choses entre eux qu'il ne l'avait imaginé, et sûrement bien plus encore qu'il n'accepte de l'admettre. Son histoire avec Isa hoquette, leur vie à deux crève sans bruit. Et cette agonie l'anéantit.»

En déroulant la chronique de la misère sexuelle au sein du couple, Amélie Cordonnier réussit un double exploit. D'abord celui de se mettre à la place de ce quinquagénaire en mal d'amour sans que jamais la crédibilité ne soit prise en défaut et ensuite parce que, bien mieux qu'une étude sociologique, elle explore la frustration et tous les succédanés inventés pour tenter d'y remédier, le porno, les sextoys, les sites de rencontre.

Une écriture d'une belle inventivité est mise au service de cette histoire d'aujourd'hui qui mêle les slogans d'une société de consommation qui impose ses diktats jusque dans l'intime, des paroles de chansons et quelques punchlines bien senties. Quand on a que l'amour à s'offrir en partage…


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Pour faire simple : je ne l'ai pas lâché. Quelle précision sur les sentiments, sur la situation, et c'est une femme qui l'écrit cette histoire d'homme. Mille bravos. Tant à dire sur ce roman. L'histoire ? Une femme décide de faire chambre à part avec son mari. Pour lui, c'est la dégringolade. Pourquoi ? Pour qui ? Il compte les jours de leur dernière relation sexuelle, il passe par tous les stades, de la compréhension à la colère, une certaine méchanceté même. Ça doit être le premier roman que je lis (limite interdit aux enfants) qui est aussi éloquent sur la sexualité d'un couple alors même que les rapports sont inexistants : l'autrice parle sans détour du grand absent : le cul (enfin, la bite plutôt). Mais pas seulement. Il paraît que lorsque la sexualité va dans un couple tout va, alors l'inverse ?! Sa femme étant libraire, on ne souhaite qu'une chose : qu'elle tombe sur ce livre et entende son époux. Énorme coup de coeur.

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critiques presse (2)
LeJournaldeQuebec
19 avril 2022
Ce qu’il y a de délicieux dans cette histoire, c’est la façon dont elle est racontée. Avec beaucoup d’humour et une bonne dose de dérision, l’auteure parvient en effet à traduire à merveille ce que cet homme va ressentir lorsque sa femme Isabelle désertera le lit conjugal [...].
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
RadioFranceInternationale
17 avril 2022
Dans son troisième roman, Amélie Cordonnier nous plonge dans les affres d’un homme blessé, sonné par une décision implacable et non expliquée. Le titre résonne comme une claque : « Pas ce soir ».
Lire la critique sur le site : RadioFranceInternationale
Citations et extraits (29) Voir plus Ajouter une citation

C'est comme si en retirant le tapis, la table de nuit, ses livres et tous ses habits, Isabelle avait fait sauter une digue, comme si plus rien ne retenait sa souffrance longtemps diluée dans la nonchalance de la routine et qu'elle s'écoulait maintenant dans un torrent déchaîné. La douleur irradie en lui, se propage à une vitesse fulgurante dans tout son corps. Ce qui le crible à ce moment-là, ce n'est ni la désolation ni le manque, mais le sentiment abyssal de la perte. Une perte abominable, dont il n'est pas sûr de pouvoir se remettre. Ni même de le vouloir. Peut-être qu'elle finira par avoir sa peau et alors il mourra, comme ça. La bouche bêtement ouverte et la main sur la poitrine. Tranquille enfin. Il prend tout à coup conscience qu'une partie de lui a disparu en même temps que tous les gestes qu'Isabelle ne fait plus. En s'éteignant, le sexe a tué bien plus de choses entre eux qu'il ne l'avait imaginé, et sûrement bien plus encore qu'il n'accepte de l'admettre. Son histoire avec Isa hoquette, leur vie à deux crève sans bruit. Et cette agonie l’anéantit. p. 99-100

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(Les premières pages du livre)

Désolée, ne m’en veux pas, mais je dormirai tellement mieux là-bas. Elle a dit là-bas pour désigner la chambre de Roxane, et leur quatre pièces a beau mesurer moins de quatre-vingts mètres carrés, il lui a semblé que c’était loin. Très loin. Très très loin. Le bout du monde. Et peut-être aussi la fin d’un monde. Ah, bah d’accord. Ils en sont donc arrivés là… Des mois qu’ils se couchent en décalé, des mois qu’il la trouve systématiquement endormie quand il la rejoint. Des semaines qu’il se demandait comment elle faisait pour trouver si vite le sommeil avant de tomber sur la boîte de Donormyl. C’était déjà pathétique. La triste petite misère de la conjugalité. Mais alors là… Là, c’est encore autre chose. Un sale palier franchi. Un échelon supplémentaire gravi sur l’échelle de la désespérance. Lui qui adore la montagne se représente parfaitement la mauvaise pente, bien raide, sur laquelle ils se trouvent désormais. Et il a beau n’avoir jamais eu le vertige de sa vie, son obliquité l’effraie. Allongé, les yeux ouverts dans le noir, il a l’impression que des milliers de kilomètres les séparent. Qu’il l’a perdue. Que quelque chose entre eux s’est brisé. Net. Qu’il ne saura pas recoller. Si encore elle était partie à un stage de yoga au fin fond de la France, quand bien même il s’imaginerait, comme chaque fois qu’elle s’en va, les participants qui lui tournent autour, les tas de gars qui la félicitent chaleureusement pour sa souplesse et son lâcher-prise, lui sourient pendant le dîner, l’invitent à boire une dernière tisane et plus si affinités. Il préférerait la savoir à Lille ou Marseille, il préférerait se faire des films, se figurer les enfoirés qui la draguent et la raccompagnent jusqu’à sa chambre. Tous les scénarios pourris vaudraient mieux que celui-là. Eux deux sous le même toit, séparés par trois murs et un couloir. Il ne s’y attendait tellement pas. Mais pourquoi décider ça, comme ça, ce soir, après ce dîner chez les Berthon ? C’était pourtant ce qu’on appelle une bonne soirée. Le genre de soirée entre copains qui vous flingue la semaine à peine commencée. Dont il faut au moins deux jours pour se remettre. Ils ont beaucoup parlé, sacrément ri, énormément picolé et finalement terminé bien trop tard pour un mardi. Petits plats dans les grands, champagne et deux bouteilles de vin à quatre. Isa a eu mal au cœur à peine montée dans le taxi. A-t elle pris sa décision pendant qu’elle respirait tant bien que mal par la fenêtre ouverte sur la nuit froide de novembre ou est-ce en se démaquillant qu’elle a eu l’idée de dormir à côté ? C’est idiot, cela ne change rien au problème, mais il ne peut s’empêcher de se poser la question. Et la question tourne, tourne en boucle dans sa tête. Jamais la chambre ne lui a semblé aussi grande. C’est à croire que la solitude pousse les cloisons. Perdu, déchu. Détrôné dans ce king size. Le roi n’est à la hauteur de rien, ce soir. Il faudrait s’en moquer, réussir à ne pas dramatiser. Isa dort dans la chambre de Roxane. Point barre. Isa dort à côté parce qu’elle est fatiguée, qu’elle a besoin de récupérer. Pas de quoi en faire toute une histoire. Et puis ça va, il a compris qu’il ronflait comme un cochon. L’image d’un porc fangeux lui vient, qu’il chasse aussitôt. Celle de la locomotive l’agresse moins. Il ne voulait pas y croire, mais sait à quel point ses vrombissements sont affreux depuis ce dimanche midi où il s’était assoupi après le déjeuner. C’était il y a quelques mois, début juin, juste avant que Roxane ne parte pour les États-Unis. Les filles s’étaient amusées à le filmer pendant sa sieste et lui avaient fait écouter leur enregistrement à son réveil. Mortifié ! Il ne savait plus où se mettre. Ce soir la colère chasse la honte, qui gonfle et monte, monte en lui comme une sale bête.

Huit mois.

Huit mois deux semaines et quatre jours.

Huit mois deux semaines et quatre jours qu’il n’a pas touché Isa.

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Il ne pense qu’à ça. Ça veut dire quoi? Que tout le porte à frémir. Que tout le porte au désir. Qu’il a toujours les idées mal placées. Placées au même endroit en tout cas. Ça veut dire qu’au premier confinement, quand Isa revenait des courses en disant Il y a la queue partout, il devait se faire violence pour ne pas répondre Il y en a aussi une chez toi, tu sais ? Ça veut dire que s’il croise une jupe à vélo, il la laisse passer, histoire de reluquer ses jambes et d’avoir une chance d’apercevoir sa culotte. Ça veut dire qu’il suffit qu’une cliente lui serre la main pour qu’il se figure la sienne sur ses seins. Ça veut dire que s’il monte dans un taxi et que c’est une femme qui conduit, il fantasme tout ce qu’il pourrait lui faire sur la banquette arrière. Ça veut dire qu’en ce moment même, malgré les manteaux, les doudounes, les écharpes et les bonnets, malgré les cols roulés et autres pulls dissuasifs, malgré toutes les pelures empilées, il ne peut s’empêcher de déshabiller mentalement toutes les femmes qu’il mate dans le métro, de les imaginer à poil, de se représenter la forme de leurs seins et de parier sur la couleur de leur chatte. Ça veut dire qu’il bande depuis que cette brune s’est collée contre lui, bien obligée, wagon bondé. Charmante, tatouée et percée, reproduction parfaite de Lisbeth Salander. Elle a sûrement aussi un piercing sur les tétons. Et sans doute même sur le clitoris. Délice. Il s’imagine en titiller la bille de sa langue, de droite à gauche, de gauche à droite, la glisser entre ses dents et mordiller les lèvres de son sexe un peu trop vivement. La voit se pâmer, sur le point de jouir, l’entend gémir, s’enivre déjà de ses soupirs.

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De toute façon ce n'est pas gagné. Rien n'est fait pour l'aider. Il tombe dessus partout. Nez à Nez. Nez à fesses, nez à riens, nez à seins. Dans la rue, sur le cul des bus, au bistro, au bureau, sous terre, dans les parkings, le métro, au ciné. Et même sans sortir de chez lui, sur le Web, à la télé, la radio, dans les journaux. Jamais jusqu'alors il ne s'était rendu compte que le sexe avait envahi la ville. Il aura fallu qu'il s'éloigne du sexe, ou plutôt que le sexe s'éloigne de lui, pour qu'il apprenne à le voir, et qu'il le voie partout.

Page 28

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Pas de simagrée. D’emblée tout est très simple entre eux. Il n’en croit pas ses yeux. Ni ses oreilles. Elle dit qu’elle lit Libé, souvent même les petites annonces en premier. Elle dit qu’elle l’avait repéré aussi. Et qu’elle avoue ça le scie. Il l’écoute, incapable d’articuler quoi que ce soit. Tout juste un oui quand elle lui propose de la retrouver au Rostand. À 18 h 30. S’il est libre, bien sûr. Bien sûr ! Sûr de rien en fait. Fait comme si. Comme si même pas peur, comme s’il allait de soi de s’installer en terrasse face au Luxembourg avec la femme qui, la veille, lisait en face de vous. Ne pas s’enfuir, ne pas s’en faire. Se laisser porter par la conversation qui se fait on ne sait comment, avec un naturel déconcertant. En crever de la séduire. Mais tout s’interdire. Mordre l’envie de l’embrasser. Déjà ? Non, mais calme-toi. La folie de rester sage. Lui sourire. Et silencieusement dire merci au métro Plaisance. La ligne 13 lui a-t elle vraiment porté chance ? Vingt ans plus tard il se pose la question. Elle est drôlement difficile. Pourtant à l’époque, cette fille qui aimait Marguerite Duras et devant qui il était tout chose, pas question de la laisser passer. Mais pas pressé. Il avait pris tout son temps. Ne l’avait pas brusquée. Et d’ailleurs cela avait fait la différence, il l’avait compris, bien plus tard, au détour d’une confidence. Des garçons qui vous sautent dessus, ça court les rues. Alors que lui ne la brusque pas, qu’il passe la chercher à la librairie, lui parle de poésie, qu’il ait étudié les lettres avant de bifurquer vers le graphisme, qu’il aime Baudelaire autant que Rimbaud, marche des heures avec elle sans rien tenter, qu’il lui fasse la conversation entre deux clients et la raccompagne chez elle sans chercher à monter, ça lui avait plu. Il ne s’était rien passé pendant des semaines. Deux mois même. Puis tout, d’un coup. Premier baiser, première nuit, lit une place partagé, plus quittés. Et si c’était à refaire ? Eh ben, il recommencerait. Il ne changerait rien. Rien de rien. Même annonce dans Libération, et tant pis pour le chagrin, la frustration et le dépit. C’est peut-être con, mais c’est comme ça.

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