AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : B005R92H2I
Éditeur : (30/09/2011)

Note moyenne : 3.5/5 (sur 2 notes)
Résumé :
Ce livre est une oeuvre du domaine public éditée au format numérique par Norph-Nop. L?achat de l?édition Kindle inclut le téléchargement via un réseau sans fil sur votre liseuse et vos applications de lecture Kindle
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr
Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
5Arabella
  19 novembre 2017
La première représentation de cette pièce a eu lieu en février 1666, elle a été imprimée en avril de la même année. Corneille indique comme source de sa pièce Plutarque, « Vie d'Agésilas » et « Vie de Lysandre ».
Lysander, un illustre général spartiate, favorise d'élection d'Agésilas comme roi de Sparte. Puis il le fait choisir par les Grecs comme chef contre les Perses. Agésilas prend ombrage des initiatives de Lysander dans cette campagne, qui le mettent en quelque sorte au second rang derrière le général. Il se met donc à le brimer de diverses façons. Nous en sommes là au début de la pièce. Lysander a deux filles, dont une, Elpenice, est promise au roi de Paphlagonie, Cotys, et l'autre, Aglatide, à un noble persan, Spritidate. Mais les couples sont mal assortis, Elpenice aime en réalité Spritidate, qui l'aime, Cotys aime Mandane, la soeur de Spritidate, qui l'aime également, et Aglatide veut uniquement épouser un roi. Les choses se compliquent encore par le fait qu'Agésilas aime Mandane, mais que le mariage avec une étrangère est interdit au roi de Sparte.
Agésilas interdit le double mariage des filles de Lysander, en l'accusant de vouloir se donner des alliés qui pourront être un puissant soutien, y compris contre lui. Spiridate après avoir essayé un échange de promises avec Cotys, qui refuse, essaie de négocier avec Agésilas, en lui promettant sa soeur s'il accepte son mariage avec Elpenice. le roi accepte dans un premier temps, puis prenant conscience des sentiments des autres protagonistes, et des risques pour sa couronne (Lysander intrigue en coulisse) il préfère adopter un comportement magnanime et pleinement royal : il accepte les mariages de quatre jeunes gens amoureux et lui-même convole avec Aglatide, marquant ainsi son pardon à Lysander, et effaçant en quelque sorte par un bienfait plus grand, tous ceux que sont sujet a pu lui dispenser.
Cette pièce n'a eu aucun succès, et traîne à son sujet la célèbre épigramme de Boileau :
Après l'Agésilas
Hélas !
Mais après Attila
Holà !
D'autres y ont vu un effet du grand âge de Corneille au moment où il écrit la pièce. En réalité, elle est presque une démonstration de sa jeunesse d'esprit, parce qu'une fois encore, bien qu'abordant des thématiques et des motifs qui sont déjà apparus, ou qui apparaîtront dans d'autres pièces, il essaie de renouveler, de trouver d'autres voies. Corneille en était très conscient, il écrit dans « Au lecteur » :
« ..on s'égare assez souvent, quand on s'écarte du chemin battu ; mais on ne s'égare pas toutes les fois que l'on s'en écarte. Quelques-uns en arrivent plus tôt où ils prétendent, et chacun peut hasarder à ses périls ».
La grande tentative de la pièce est d'expérimenter autre chose que le canonique alexandrin dans une pièce qualifiée de tragédie. Corneille la définit comme « en vers libres rimés ». Il y avait eu des débats animés, un certain nombre de théoriciens auraient préféré que la tragédie soit écrite en prose, pour se rapprocher de la réalité. L'alexandrin a été retenu comme le vers qui se rapprocherait le plus de la prose, une sorte de compromis. Tous les autres mètres ont été progressivement bannis, ce qui a signé la mort des stances par exemple, que l'on trouve encore dans le Cid. Encore une fois, Corneille ne se résout pas à accepter comme donnée définitive et intangible ce diktat. Différents sortes de vers (décasyllabes, octosyllabes etc) et une plus grande diversité de rimes que les rimes plates, lui semblent plus naturel. Corneille, en dehors des stances, a déjà pratiqué cette diversification dans certaines parties des pièces à machines, comme par exemple le prologue de la toison d'or ».
C'est déconcertant au départ, il faut parfois relire certains vers pour trouver le rythme, la respiration. Mais, cela donne une allure très poétique et baroque, un rien précieuse. D'autant plus que l'histoire semble reprendre une sorte de pastorale, avec ces histoires d'amoureux qui aiment un(e) autre que le (la) promis(s), dans une sorte de chassé croisé amoureux complexe mais presque ironique. Cela rappelle les premières pièces de Corneille, ces comédies, élégantes et cruelles, dans lesquelles les balancements du coeur s'accompagnaient d'égoïsmes, de prise en compte d'intérêts matériels, de hiérarchies sociales impitoyables. Ici aussi nous avons un frère qui sans aucun état d'âme se propose d'utiliser et de sacrifier sa soeur pour obtenir ce qu'il souhaite, mais Mandane n'est pas aussi soumise que les jeunes dames françaises : non seulement elle discute avec son frère et lui dit son fait, mais s'arrange pour que l'homme qu'elle ne veut pas épouser renonce à elle. Ce qui va à l'encontre des stéréotypes, de l'orientale esclave et de la femme occidentale au combien plus libre et respectée.
Au final, ces trames amoureuses occupent le devant de la scène. Les aspects politiques, même s'ils sont présents, ne sont pas aussi développés qu'ailleurs. Bien sûr, le noble comportement d'Agésilas, qui renonce à son amour pour faire cinq heureux et pour en quelque sorte remettre Lysander à sa place de sujet, qui ne peut rivaliser de générosité et noblesse avec son roi, rappelle la thématique de la clémence d'Auguste dans Cinna. de même la problématique du sujet plus grand que son roi, et de ce simple fait coupable, même s'il est innocent dans ses actions, anticipe Suréna, la dernière pièce de Corneille, et l'un de ses plus grands chefs-d'oeuvre.
Peut-être que la pièce comporte trop d'aspects, qui font qu'on se demande au final ce qui est au centre du récit, quel est son centre de gravité. Elle est une expérimentation, passionnante, foisonnante, et un peu déconcertante.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          140
Citations et extraits (4) Ajouter une citation
5Arabella5Arabella   18 novembre 2017
L'amour au désespoir fait gloire encor d'aimer,
Il en fait de souffrir, et souffre avec constance
Voyant l'objet aimé partager la souffrance.
Il regarde ses maux comme un doux souvenir
De l'union des coeurs qui ne saurait finir,
Et comme n'aimer plus quand l'espoir abandonne
C'est aimer ses plaisirs et non pas la personne,
Il fuit cette bassesse, et s'affermit si bien,
Que toute sa douleur ne se reproche rien.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
5Arabella5Arabella   17 novembre 2017
C'est un malheur sans doute égal au trépas même,
Que d'attacher sa vie à ce qu'on n'aime pas ;
Et voir en d'autres mains passer tout ce qu'on aime,
C'est un malheur encor plus grand que le trépas.
Commenter  J’apprécie          70
5Arabella5Arabella   17 novembre 2017
Soyez juge et témoin de l'indigne succès
Qui se prépare pour ma flamme.
Voyez jusqu'au fond de mon âme
D'une si pure ardeur où va le digne excès ;
Voyez tout mon espoir au bord du précipice,
Voyez des maux sans nombre et hors de guérison ;
Et quand vous aurez vu toute cette injustice,
Faites m'en un peu de raison.
Commenter  J’apprécie          10
PEFonlinePEFonline   23 avril 2014
Elpinice

J'admire cette antipathie
Qui vous l'a fait haïr avant que de le voir,
Et croirais que sa vue aurait eu le pouvoir
D'en dissiper une partie:
Car enfin Spitridate a l'entretien charmant,
L'œil vif, l'esprit aisé, le cœur bon, l'âme belle.
À tant de qualités s'il joignait un vrai zèle...
Commenter  J’apprécie          00
Lire un extrait
Videos de Pierre Corneille (12) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Pierre Corneille
"Conseil et délibération dans le dernier acte d'Horace", conférence prononcée par Tony Gheeraert, le 17 mars 2015, enrigistrée à l'Université de Rouen, dans le cadre d'un colloque intitulé « Dramaturgies du conseil et de la délibération ».
autres livres classés : théâtreVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr