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ISBN : 2266289217
Éditeur : Pocket (05/02/2019)

Note moyenne : 3.67/5 (sur 460 notes)
Résumé :
Fallait-il tuer Camille ? La question fut posée dès l'année 1640 qui vit une "querelle d'Horace," dernier acte de la "querelle du Cid." Horace est-il un de ces "fanatiques" dont l'Histoire moderne nous a révélé différents visages ou le héraut d'une morale pour temps de guerre ? Il semble que l'on en débatte encore aujourd'hui. Mais ne peut-on espérer enfin échapper au conflit des interprétations ?
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Critiques, Analyses et Avis (30) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  08 décembre 2013
Vous savez tous que Pierre Corneille avait fait un long voyage aux Antilles avant d'écrire Horace et c'est sur place, en sirotant un ti-punch en joyeuse compagnie, qu'il recueillit un dicton populaire local, qu'il a, par la suite, quelque peu remanié pour coller au plus près du sujet de sa pièce. Il nous faut donc remercier les Antilles et le ti-punch pour cette remarquable contribution à l'histoire littéraire nationale. le dicton en question est toujours en vigueur ici ou là et je vous en donne la meilleure traduction possible :
« Rhum, l'unique objet de mes bons sentiments !
Rhum, lequel vient mon bras de verser franchement !
Rhum qui m'a vu ivre, et que mon corps adore !
Rhum enfin que je bois dès qu'il se colore ! »
Bon, trêve de plaisanterie, Horace est une pièce qui a compté plus que tout autre dans mon devenir de lectrice.
En effet, contrairement à beaucoup d'entre-vous sur le site, je n'ai pas toujours été une amoureuse de lecture, et assurément pas depuis ma plus tendre enfance. J'avais certes soif de découvertes, mais ma curiosité allait surtout vers les sciences et l'histoire-géographie. La littérature me laissait complètement indifférente et, pour être tout-à-fait exacte, elle m'ennuyait cordialement. À telle enseigne que je redoutais les lectures imposées, que je ne terminais, pour ainsi dire, jamais.
C'est en classe de troisième que ma professeur de français m'imposa, de son doigt inquisiteur et démoniaque pointé sur le bout de mon nez réfractaire, la lecture d'Horace. Ma réaction fut quelque peu disproportionnée puisqu'en grand secret, mais fermement, je décidai, je me jurai même, de ne jamais lire cette vieillerie qui devait sentir bien fort la naphtaline, coincée qu'elle était au fin fond d'un coffre humide, plus sombre que l'âme ténébreuse de Judas et que plus grand monde ne devait ouvrir. Ma résolution semblait prise et irrévocable.
Je ne sais par quel sortilège, probablement histoire de faire moindrement illusion, je me risquai à lire les quelques premières pages, avec la ferme intention de m'arrêter très vite et de ne pas perdre mon temps dans cette lecture inutile.
Or, à mon grand étonnement, je me suis surprise à aimer. Beaucoup, même ! Énormément, même ! Pierre Corneille venait de réussir le tour de force de sortir de l'obscurantisme et de l'ignorance une petite ado merdeuse de quinze ans tout juste, d'entrebâiller irrémédiablement la porte qui conduit à l'amour de la littérature, ou du moins d'en faire sauter le verrou. Balzac y mit un coup d'épaule, Hugo la poussa en grand et Laclos alluma la lumière. Les trois mousquetaires avaient fait leur apparition, mais c'est bien lui mon petit D Artagnan, cette fine lame de Corneille, qui en fut le déclencheur avec cet Horace de malheur. Merci Pierre Corneille pour ce que vous fîtes et me procurâtes, à l'époque, et à jamais.
Il faut probablement qu'à ce stade je vous entretienne au moins un peu de la pièce elle-même. Alors songez, vous êtes à Rome, pas de cette Rome impériale et présomptueuse, qui de son glaive ardent domine la Méditerranée et même un peu plus loin. Non, Rome n'est encore qu'une cité-état, qui a tout à prouver et tout à plier sous son coude imposant, à commencer par la cité voisine d'Albe (aujourd'hui Castel Gandolfo), dont les fondateurs légendaires de Rome, les jumeaux de la louve, sont issus.
Les deux cités soeurs, imbriquées l'une dans l'autre par d'innombrables liens familiaux et conjugaux, n'en peuvent plus de ne point savoir laquelle domine l'autre et c'est donc à la guerre qu'il se faut résoudre. Non moins braves d'un côté que de l'autre c'est tout de même avec un lourd pincement au coeur que les combattants forment leurs rangs, découvrant dans la rangée d'en face un beau-frère, un cousin ou son meilleur ami.
Sur le point d'engager une lutte fratricide, il est finalement décidé qu'il n'était point besoin de verser tout ce sang, mais qu'on pouvait jouer le destin des deux fougueux voisins, non pas vraiment aux dés, mais à l'épée de certains. Trois chez les Romains, trois chez les Albains. Les rois respectifs et leurs états-majors doivent donc désigner lesquels parmi tant de vaillants soldats sont dignes de se battre pour la domination ou pour l'asservissement. L'issue du combat règlera le destin des deux états voisins.
Pour Rome, ce seront les trois frères Horace qui combattront, pour Albe, les trois frères Curiace. Horace et Curiace sont les meilleurs amis du monde, et plus encore, ils ont chacun une soeur qui est l'épouse de l'autre. Camille, soeur d'Horace, est l'épouse de Curiace et Sabine, soeur de Curiace est la femme d'Horace.
Corneille dresse un tableau parfaitement symétrique et croisé, mais applique à ses protagonistes des profils psychologiques variés qu'il est très intéressant de comparer. de force et de vaillance égale, Horace et Curiace diffèrent néanmoins sensiblement : Curiace est animé de sentiments humains et se retrouve en proie à des hésitations cruelles et à un cas de conscience par cette situation qu'il n'a pas voulu. Horace, lui, bien qu'embêté de devoir s'en prendre à Curiace place avant tout son devoir et sa mission vis-à-vis de sa cité.
Même chose pour les soeurs, qui dans le même cas devraient éprouver des sentiments comparables. Or, Sabine est toujours animée par un espoir d'arrangement tandis que Camille ne se fait aucune illusion et est déjà convaincue et résignée à son malheur.
Le message de l'auteur semble clair, celui qui vainc est l'inhumain, celle qui a raison est la désespérée. Outre ce constat, les ressorts de la tragédie sont étirés à bloc, comme aux plus belles heures des tragédiens grecs, et s'achèvent non sur le point d'orgue du quatrième acte mais sur la réflexion du cinquième.
Le mot de la fin du roi Tulle me laisse toujours assez songeuse. Quel est le sens profond de cette tragédie ? Est-ce que la mort et le sacrifice de soi pour son pays revêtent toujours un petit quelque chose d'inutile et de vain ? Est-ce que l'opinion publique est bien ingrate et qu'elle oublie trop vite les brillantes actions d'un homme pour se focaliser sur ses errances ? Est-ce que seuls les êtres supérieurs sont capables de juger des actes et des éventuels châtiments car la frénésie des foules ne lui dit rien qui vaille ? je me pose encore ces questions sans y trouver de réponse, si ce n'est un certain désabusement de l'auteur.
D'ailleurs est-ce vraiment d'Horace qu'il parle ou de lui-même, lorsqu'il met son héros aux prises avec les réactions de la foule et sous l'arbitrage royal ? il y a fort à parier que sous un habit romain se cache une petite corneille au noir plumage...
Il me reste encore à glisser deux ou trois mots sur ce qui fait le plus grand intérêt de cette tragédie, à savoir, la forme.
Quelle rythmique sensationnelle ! À quels plus hauts sommets a déjà été hissée la langue française qu'à ceux de la tragédie du XVIIè siècle sous la plume de Racine et Corneille ?
C'est un bonheur que de lire une telle écriture, une telle cadence magique, un grand moment, qui justifie presque de le lire à voix haute tellement c'est beau, tellement ça sonne bien et tellement cet homme-là maniait grand l'alexandrin.
Pour finir, comme Sabine, comme Camille, faites un choix cornélien, d'Horace, lire ou ne pas lire, et lui trouver sa place, au risque d'à jamais en porter les stigmates et les traces. En outre, d'un verbe sans pareil, vous n'en pouvez pâtir, mais c'est là mon avis, bien peu, à vrai dire.
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BazaR
  09 février 2014
Rome et Albe, les soeurs ennemies, sont en guerre pour décider laquelle est supérieure et maîtresse de l'autre. Alors qu'elles s'apprêtent pour la bataille finale qui engendrera morts et désespoir des deux côtés, le roi d'Albe propose de résoudre la question tout en limitant les dégâts : un affrontement de champions. Mais le tragique du carnage annoncé se métamorphose en tragique familial, car les champions choisis – les trois Horace pour Rome et les trois Curiace pour Albe – sont liés par des liens d'amour et de mariage : Horace est marié à Sabine, soeur de Curiace, et Curiace est fiancé à Camille, soeur d'Horace. Les règles de l'honneur et l'amour de la Patrie l'emporte chez les hommes au grand désespoir des femmes ; l'affrontement est sans pitié, indécis, avec rebondissement. Au final Horace, mari de Sabine, demeure seul en vie et Rome est vainqueur. Dominée par le chagrin et l'envie de vengeance, Camille rejette Rome qui la prive de son bonheur. Horace n'accepte pas cette trahison et la tue. le dernier acte conte le procès de cet homme qui apporte gloire à sa cité mais est aussi criminel. Son premier geste prévaut-il sur le second ? Tulle, le roi de Rome, décide que oui, car la raison de l'État ne peut que prévaloir devant l'injustice d'un crime de sang.
Il s'agit de la première vraie tragédie de Corneille, décrivant une situation qui justifie magnifiquement la création de l'adjectif « cornélien ». Les personnages sont déchirés entre amour et honneur, entre loyauté envers leur moitié et loyauté envers leur patrie. Chacun se détermine différemment devant ce choix. Horace est un bloc de gloire guerrière et de patriotisme à l'état brut, Curiace accepte aussi la primauté de l'honneur mais contraint et forcé, regrettant de devoir affronter son beau-frère. Camille n'a de cesse d'essayer de les dissuader et, quand son amour est détruit, rejette entièrement sa patrie. Sabine geint, dépassée par les évènements et la force de caractère des trois autres, elle tente à plusieurs reprises et sans succès d'élever son héroïsme au niveau de celui des autres.
L'édition du Livre de Poche est riche d'un commentaire détaillé sur la pièce. On apprend les diverses interprétations du comportement des acteurs qui ont dominé au cours des temps. Mais il ne faut pas le considérer comme un jugement définitivement cristallisé. L'apport majeur de cette pièce est en effet la réflexion qu'elle induit chez la personne qui la lit. Et cette réflexion ne peut être, ne doit être que multiforme. le meurtre de Camille par son frère Horace est probablement le sujet de réflexion le plus riche. Corneille n'a pas inventé cet acte, il s'est inspiré de l'histoire racontée par Tite-Live. Dès la sortie de la pièce les critiques ont désapprouvé ce geste qui tâche la gloire naissante du héros. Longtemps il a imposé Horace comme une simple brute. Alain Couprie, le commentateur de l'édition Livre de Poche, s'oppose à cette interprétation, note nombre d'interventions d'Horace qui traduisent sa douleur profonde de la situation mais aussi son comportement de samouraï qui efface tout hormis la gloire et le service à la patrie dans l'apparence qu'il présente aux autres. Pour Couprie, le meurtre de Camille n'est que le prolongement raisonné de l'élimination de toutes les menaces envers Rome, au nom de la Raison d'État (vision qui soit dit en passant a dû plaire au Cardinal de Richelieu à qui la pièce est dédiée). Je ne le suis pas entièrement sur ce terrain. Horace m'est apparu effectivement comme un samouraï soumis à l'honneur, mais je vois le meurtre de Camille comme un geste inspiré par l'émotion de l'instant. Il vient de faire triompher Rome, la gloire éternelle lui est acquise, il est dévoré par ce sentiment jouissif et il est certain d'incarner en cet instant la justice divine. En cet instant il est au-dessus du Roi, il n'est plus soumis aux lois des hommes. Camille a alors le malheur de menacer Rome. Dans son état d'esprit Horace ne voit plus sa soeur mais seulement un autre Curiace, un autre obstacle à Rome qu'il incarne et qu'en tant qu'incarnation de la Justice il élimine d'un geste.
Je m'arrête là. On pourrait écrire un livre avec les impressions et les réflexions que peuvent inspirer la pièce et ses commentaires mais vous devez déjà être lassés de mes élucubrations.
Lisez-là. Faites-vous votre propre opinion.
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5Arabella
  17 août 2017
La querelle du Cid, les attaques dont il a été victime et la condamnation de l'Académie ont ébranlé Corneille. Alors qu'il donnait une nouvelle pièce par an, il attendra 3 ans entre le Cid et cette pièce, Horace. Elle sera d'abord jouée devant le cardinal de Richelieu en mars 1641, avant d'être donnée au théâtre, deux mois plus tard.
Corneille a longuement consulté les textes, en particulier ceux d'Aristote, considéré à l'époque comme l'autorité absolue, il a aussi demandé les avis « des doctes » sur le manuscrit de sa pièce, même si final il semble ne pas vraiment les avoir écoutés. Ce qui n'a pas empêché sa pièce d'être aussi critiquée.
Il s'attaque dans cette pièce à l'histoire romaine, une histoire mythique de l'époque des rois, telle que l'a narrée Tite Live. C'est le sujet auquel on associe habituellement Corneille, la pièce à sujet historique romain, on peut quand même noter, qu'il a écrit avant neuf pièces avec des sujets très différents, et que par la suite il ne se limitera pas non plus à Rome et à son histoire ; au final seulement la moitié de ses pièces peut être rattachée à cette thématique.
Le récit qui fonde la pièce est très connu : Rome est en conflit avec Albe, la ville voisine et aussi la ville d'où elle est issue par Romulus. Pour régler le différent, il est convenu que trois champions représentant leur ville seront opposés aux trois champions représentant la ville rivale. Les trois frères Horace sont choisis par Rome, et les trois frères Curiace par Albe. Après la mort de deux Horaces, le troisième l'emporte par la ruse. Feignant la fuite, il affronte successivement les trois Curiaces et les tue. En rentrant, il est interpellé par sa soeur, Camille, fiancée à l'un des Curiaces. Ses plaintes l'indignent et il l'a tue. Il est absout par le roi, compte tenu de son exploit.
Corneille, qui suit ses sources de près, qui n'invente pas l'histoire, se verra reprocher le meurtre de Camille par son frère, au nom de la bienséance, ce qui est vraisemblable pour le public. Et un frère n'assassine pas sa soeur. L'absolution du héros a aussi été contestée. Les « doctes » auraient voulu que Camille se jette d'elle-même sur le glaive de son frère, provoquant son malheur, mais pas une faute impardonnable.
Or Corneille a trouvé chez Aristote des éléments lui permettant de formuler sa conception de la tragédie : passage du bonheur au malheur avec surgissement des violences au sein des alliances. Ce sont les conflits entre les personnes proches, qui provoquent de l'émotion, de la surprise, chez les spectateur. Une trahison ou un un meurtre, venant d'un ennemi, n'a que peu d'impact, il est dans l'ordre des choses. Horace illustre parfaitement cette conception, et Corneille se sent légitime pour proposer cette version des faits au public.
S'il n'est pas satisfit de sa pièce, c'est pour une autre raison, qu'il va développer entre autre dans l'Examen publié dans l'édition de 1660. Cette raison est la duplicité de l'action. le héros doit faire face à un seul péril, qui garantit l'unité d'action de la pièce. Or dans Horace, après un péril public au service de la patrie, un péril illustre (le combat contre les Curiaces) le héros tombe dans un autre péril, un péril d'ordre privé et qui plus un péril infâme, suite au meurtre qu'il commet sur sa soeur, et dont il ne peut sortir selon Corneille « sans tache ». Corneille est allée chercher chez Aristote l'idée qu'une tragédie doit avoir une seule action, avec un commencement, un milieu, une fin. le rôle du dramaturge est de construire ces différentes étapes de façon la plus logique possible. le reste vient après, les caractères des personnages, les beaux passages déclamatoires, les sentiments, les péripéties etc Cela sert à donner une cohérence à l'action principale, ce sont aussi « des broderies » qui agrémentent l'oeuvre pour le spectateur.
Le problème dans Horace, c'est que Corneille a procédé par réduction d'un sujet pré-existant et très dense, où il fallait résumer, faire tenir une action complexe dans une pièce en cinq actes. Ce qui ne permettait pas cette action principale unique, avec un commencement, un milieu, une fin. Dorénavant, il va procéder par déduction, en partant d'une trame simple, d'une fin parfois seulement, il va déduire le reste, imaginer les éléments qui vont permettre d'arriver à la conclusion prévue, la part des embellissements, « des broderies » étant inversement proportionnelle à la richesse de l'intrigue.
Pour donner une impression plus personnelle et totalement subjective, j'ai toujours eu un peu de mal avec cette pièce, le personnage de Horace m'horripile, et encore plus celui de son père, le vieil Horace. Ils sont tellement donneurs de leçons, sûrs d'eux-mêmes et de leur vision du monde, qu'on aimerait que quelque chose arrive à les faire vaciller. Or tout semble leur donner raison. Et les autres personnages, à part Camille semblent vraiment falots en face. Et les merveilleuses « broderies » que Corneille fait tellement chatoyer dans d'autres pièces, sont peu présentes ici, l'action en elle-même étant trop dense pour leur laisser de la place. Mais c'est évidemment une pièce essentielle dans l'évolution du théâtre de Corneille.
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KahlanAmnell
  27 juin 2014
Les pièces à sujets antiques sont légion dans le théâtre classique (essentiellement Corneille et Racine), mais je trouve assez rares celles qui plongent dans l'histoire elle-même. Ce sont généralement les mythes que l'on reprend! Mais l'Histoire d'Horace et du conflit avec Albe est issu de l'Histoire de Rome de Tite-Live (Les Origines de Rome, "Règne de Tullus Hostilius").
J'aime tout particulièrement la période royale de Rome, je ne saurais dire pourquoi (Le mythe de sa fondation? Les peintures?). L'histoire du combat quasi fratricide des Horaces et des Curiaces est une de mes préférées (la pièce de Corneille n'est pas étrangère à cet avis...).
L'un des frères Horaces a épousé Sabine, soeur des frères Curiace, à l'un desquels Camille, soeur d'Horace, est promise. Albe et Rome, pour départager définitivement leurs deux cités et gageant que la cité victorieuse dominera l'autre, sélectionnent leurs meilleurs guerriers pour s'affronter dans un combat à mort. Et c'est là que se noue la tragédie : les Horaces affronteront les Curiaces, leurs deux familles étant liées par l'hymen et l'amour (comme, il est dit, de nombreuses familles qui ont noué des liens de la même nature). Si pour les guerriers le choix se résume à l'honneur ou la mort, il n'en est pas de même pour les femmes - qui, rappelons-le, étaient le motif initial des conflits entre les deux cités. En effet, pour elles la question qui se pose est : "lequel, de notre frère ou de notre amant/mari nous faudra-t-il haïr ou pleurer?" quelle que soit l'issue du combat, Sabine et (surtout) Camille auront une raison de s'affliger, et c'est bien l'affliction et le chagrin qui prennent le pas sur le soulagement pour le survivant (Horace).
Ainsi Camille, pleurant son amant trop tôt perdu, maudissant Rome et son frère victorieux, est punie de sa "trahison" de la main même de son frère, qui devient la main de Rome.
A mon sens, Camille est la véritable héroïne tragique de cette pièce, elle expie son péché dans la mort comme Phèdre, mais son sort inspire la pitié car son chagrin est palpable et compris. L'honneur "vainc" la passion, en quelque sorte (je m'égare dans une analyse personnelle, en aucun cas je ne la pose comme absolue). le cas d'Horace est troublant : de héros il passe à meurtrier, et son jugement est difficile : sauveur de Rome et meurtrier de sa soeur. Au fond j'ai le sentiment que ce bilan est celui de son combat lui-même : en combattant pour sa cité, il combat contre ses frères par alliance, il est pris entre le crime et l'acte héroïque, et son honneur le condamne.
Je ne m'étends pas davantage, mes capacités de compréhension s'arrêtent là. Encore une fois, cet avis n'est que le mien, et j'ai adoré cette pièce. Je la recommande vivement!
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Chocolatiine
  24 décembre 2015
S'inspirant de Tite-Live, Pierre Corneille met en scène le conflit qui oppose Rome et Albe. Au lieu d'une bataille sanglante, les rois penchent pour un affrontement de champions ; Rome choisit les trois Horaces, Albe les trois Curiaces.
L'histoire tourne au drame familial. En effet, Sabine, l'épouse d'Horace, est la soeur de Curiace, lui-même fiancé à Camille, soeur d'Horace. Les héros se doivent, malgré les supplications des femmes, d'oublier les liens affectifs par devoir pour leur pays.
Qui sortira vivant de ce combat sans merci?
Corneille a publié Horace en 1640 dans un contexte particulier. La France et l'Espagne étaient alors en guerre, et Philippe IV d'Espagne n'était autre que le frère d'Anne d'Autriche, reine de France, et époux d'Elisabeth de France, soeur de Louis XIII. Vous suivez? Nous retrouvons la même configuration familiale dans la pièce.
Horace marque aussi le début d'une longue série de tragédie romaine. Corneille est en effet friand d'Histoire romaine.
Pour ce qui est de savoir comment j'ai personnellement trouvé la pièce, j'ai apprécie cette lecture mais on est loin du coup de coeur du Cid.
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Citations et extraits (54) Voir plus Ajouter une citation
InescobabInescobab   03 octobre 2019
Je crains notre victoire autant que notre perte.
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Nastasia-BNastasia-B   18 juillet 2012
CAMILLE :
Donne-moi donc, barbare, un cœur comme le tien ;
Et si tu veux enfin que je t’ouvre mon âme,
Rends-moi mon Curiace, ou laisse agir ma flamme :
Ma joie et mes douleurs dépendaient de son sort ;
Je l’adorais vivant, et je le pleure mort.
Ne cherche plus ta sœur où tu l’avais laissée ;
Tu ne revois en moi qu’une amante offensée,
Qui comme une furie attachée à tes pas,
Te veut incessamment reprocher son trépas.
Tigre altéré de sang, qui me défends les larmes,
Qui veux que dans sa mort je trouve encor des charmes,
Et que jusques au ciel élevant tes exploits,
Moi-même je le tue une seconde fois !
Puissent tant de malheurs accompagner ta vie,
Que tu tombes au point de me porter envie ;
Et toi, bientôt souiller par quelque lâcheté
Cette gloire si chère à ta brutalité !
HORACE :
Ô ciel ! Qui vit jamais une pareille rage !
Crois-tu donc que je sois insensible à l’outrage,
Que je souffre en mon sang ce mortel déshonneur ?
Aime, aime cette mort qui fait notre bonheur,
Et préfère du moins au souvenir d’un homme
Ce que doit ta naissance aux intérêts de Rome.
CAMILLE :
Rome, l’unique objet de mon ressentiment !
Rome, à qui vient ton bras d’immoler mon amant !
Rome qui t’a vu naître, et que ton cœur adore !
Rome enfin que je hais parce qu’elle t’honore !
Puissent tous ses voisins ensemble conjurés
Saper ses fondements encor mal assurés !
Et si ce n’est assez de toute l’Italie,
Que l’orient contre elle à l’occident s’allie ;
Que cent peuples unis des bouts de l’univers
Passent pour la détruire et les monts et les mers !
Qu’elle-même sur soi renverse ses murailles,
Et de ses propres mains déchire ses entrailles !
Que le courroux du ciel allumé par mes vœux
Fasse pleuvoir sur elle un déluge de feux !
Puissé-je de mes yeux y voir tomber ce foudre,
Voir ses maisons en cendre, et tes lauriers en poudre
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SZRAMOWOSZRAMOWO   08 janvier 2015
HORACE
Loin de trembler pour Albe, il vous faut plaindre Rome,
Voyant ceux qu'elle oublie, et les trois qu'elle nomme.
C'est un aveuglement pour elle bien fatal,
D'avoir tant à choisir, et de choisir si mal.
Mille de ses enfants beaucoup plus dignes d'elle
Pouvaient bien mieux que nous soutenir sa querelle ;
Mais quoique ce combat me promette un cercueil,
La gloire de ce choix m'enfle d'un juste orgueil ;
Mon esprit en conçoit une mâle assurance :
J'ose espérer beaucoup de mon peu de vaillance ;
Et du sort envieux quels que soient les projets,
Je ne me compte point pour un de vos sujets.
Rome a trop cru de moi ; mais mon âme ravie
Remplira son attente, ou quittera la vie.
Qui veut mourir, ou vaincre, est vaincu rarement :
Ce noble désespoir périt malaisément.
Rome, quoi qu'il en soit, ne sera point sujette,
Que mes derniers soupirs n'assurent ma défaite.
CURIACE
Hélas ! C'est bien ici que je dois être plaint.
Ce que veut mon pays, mon amitié le craint.
Dures extrémités, de voir Albe asservie,
Ou sa victoire au prix d'une si chère vie,
Et que l'unique bien où tendent ses désirs
S'achète seulement par vos derniers soupirs !
Quels voeux puis-je former, et quel bonheur attendre ?
De tous les deux côtés j'ai des pleurs à répandre ;
De tous les deux côtés mes désirs sont trahis.
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Nastasia-BNastasia-B   28 janvier 2013
Le peuple, qui voit tout seulement par l'écorce,
S'attache à son effet pour juger de sa force ;
Il veut que ses dehors gardent un même cours,
Qu'ayant fait un miracle, elle en fasse toujours.
Après une action pleine, haute, éclatante,
Tout ce qui brille moins remplit mal son attente ;
Il veut qu'on soit égal en tout temps, en tous lieux ;
Il n'examine point si lors on pouvait mieux,
Ni que, s'il ne voit pas sans cesse une merveille,
L'occasion est moindre et la vertu pareille.
+ Lire la suite
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KahlanAmnellKahlanAmnell   19 février 2015
CURIACE

Il est vrai que nos noms ne sauraient plus périr.
L'occasion est belle, il nous la faut chérir.
Nous serons les miroirs d'une vertu bien rare ;
Mais votre fermeté tient un peu du barbare :
Peu, même des grands coeurs, tireraient vanité
D'aller par ce chemin à l'immortalité.
À quelque prix qu'on mette une telle fumée,
L'obscurité vaut mieux que tant de renommée.
Pour moi, je l'ose dire, et vous l'avez pu voir,
Je n'ai point consulté pour suivre mon devoir ;
Notre longue amitié, l'amour, ni l'alliance,
N'ont pu mettre un moment mon esprit en balance ;
Et puisque par ce choix Albe montre en effet
Qu'elle m'estime autant que Rome vous a fait,
Je crois faire pour elle autant que vous pour Rome ;
J'ai le coeur aussi bon, mais enfin je suis homme :
Je vois que votre honneur demande tout mon sang,
Que tout le mien consiste à vous percer le flanc,
Près d'épouser la soeur, qu'il faut tuer le frère,
Et que pour mon pays j'ai le sort si contraire.
Encore qu'à mon devoir je coure sans terreur,
Mon coeur s'en effarouche, et j'en frémis d'horreur ;
J'ai pitié de moi-même, et jette un oeil d'envie
Sur ceux dont notre guerre a consumé la vie,
Sans souhait toutefois de pouvoir reculer.
Ce triste et fier honneur m'émeut sans m'ébranler :
J'aime ce qu'il me donne, et je plains ce qu'il m'ôte ;
Et si Rome demande une vertu plus haute,
Je rends grâces aux dieux de n'être pas romain,
Pour conserver encore quelque chose d'humain.
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Vidéo de Pierre Corneille
Parmi les écrivains les plus illustres du XVIIe siècle, Corneille, Racine, Molière, La Fontaine, Bossuet, Boileau, Mme de Sévigné, Mme de Lafayette, figure La Bruyère. Avec Les Caractères ou les Moeurs de ce siècle, il a tendu au public de son époque un miroir qui nous reflète toujours. Bien des comportements de la société de Louis XIV ressemblent aux nôtres. Les temps changent, pas le fond des hommes. Jean-Michel Delacomptée explore ce miroir et ce que ses reflets disent de nous. De La Bruyère lui-même, on sait fort peu de choses. Quels milieux fréquentait-il ? Était-il misanthrope, misogyne ? A-t-il aimé ? Était-ce un orgueil blessé ? Quelle était la morale de cet auteur si grave et pourtant si drôle ? Jean-Michel Delacomptée brosse le portrait captivant de ce classique de notre littérature. Il ouvre ainsi une porte dérobée dans les Caractères, dont il rappelle avec force l?intemporelle grandeur.
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