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Nathalie Lebailly (Éditeur scientifique)Matthieu Gamard (Éditeur scientifique)
ISBN : 2210755212
Éditeur : Magnard (16/06/2008)

Note moyenne : 3.71/5 (sur 163 notes)
Résumé :
" Ici vous trouverez le crime en son char de triomphe " (Corneille, Examen). Corneille met en scène en la personne de Médée une sorcière vindicative qui s'apprête à sacrifier ses enfants pour frapper l'homme qu'elle aime au plus intime de lui-même. Le génie et le souci de vérité de l'immense tragédien parviennent néanmoins à nous rendre humaine et quelquefois touchante cette " jalouse en fureur " inaccessible au remords. Injustement oubliée, cette magnifique réécrit... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (25) Voir plus Ajouter une critique
BazaR
  01 août 2017
Je n'ai pas encore lu les versions de Médée d'Euripide et de Sénèque ; je ne peux donc pas comparer. En lisant la préface et l'examen par l'auteur (c'est systématique dans mon intégrale) j'ai cependant compris que Corneille, situé plutôt dans le camp des « modernes » opposé aux « anciens », a été « obligé » d'écrire une pièce se référant à la mythologie. Mais il l'a fait en prenant le parti d'effacer ce qu'il estimait être les incohérences des textes antiques, en les rationalisant en quelque sorte.
Mais de quoi parlons-t-on ici ? Médée est une magicienne séduite par Jason lors de la quête de ce dernier à la recherche de la toison d'or. Elle l'aide grandement à atteindre son but, allant jusqu'à verser le sang de sa famille (elle découpe son frère en morceaux quand même).
Tous deux trouvent asile à Corinthe. Là, Jason ‒ chez qui le mot fidélité résonne dans un vide abyssal ‒ craque pour Créuse, la fille du roi Créon, et l'attirance est évidemment réciproque. Il faut « seulement » écarter Médée. Comme si celle-ci allait se laisser faire. Médée, c'est Attila en femme : là où elle passe, l'herbe ne repousse pas. Créon et Créuse sont détruits parce qu'ils touchent un manteau de Médée qui a baigné dans un cocktail empoisonné dont on a perdu la formule. Pour désespérer Jason encore plus, elle tue elle-même les enfants qu'elle a eu avec lui (ses propres enfants, donc). Puis elle s'en va. Jason hésite entre la poursuivre et se tuer et finit par opter pour la deuxième solution.
C'est une pièce puissante dont la mélodie des vers est vraiment agréable à lire. A l'époque (c'est sa première véritable tragédie si on oublie Clitandre) Corneille ne fait pas trop d'effort pour respecter les unités de lieu et d'action. Il n'hésite pas à montrer de l'action sur scène.
On voit effectivement que l'auteur a fait des efforts pour expliquer des comportements plutôt bizarres, même si parfois ça fait flop – par exemple quand il explique que Créuse porte le manteau dont Médée lui fait don. Créuse aurait eu une passion totale pour ce manteau et aurait d »mandé à Jason de le lui offrir.
Moi je me serai méfié, sachant à qui j'ai affaire. Et on tombe là sur le problème principal du scénario : à qui a-t-on vraiment affaire avec Médée ? Elle se vante plusieurs fois d'être capable de déchaîner les éléments au point de pouvoir annihiler Corinthe. Elle serait aussi dangereuse qu'une bombe atomique. Pourtant, ses adversaires n'hésitent pas à l'exiler sans craindre son courroux ; ils la prennent de haut, la sous-estiment carrément.
Mais si elle est si puissante, pourquoi préfère-t-elle employer des méthodes sournoises pour se venger, alors qu'elle pourrait, selon elle, tout anéantir d'un geste ? Pourquoi cherche-t-elle un nouvel asile en portant assistance à Égée, roi d'Athènes ? Que peut-elle craindre vraiment ?
Mais si elle n'est pas puissante, comment fait-elle pour quitter la scène sur un char volant tiré par des dragons ?
Vous voyez, il y a un problème quelque part.
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5Arabella
  27 juillet 2017
Pièce importante, car il s'agit de la première tragédie de Corneille. Elle n'arrive pas à ce moment-là par hasard : après six années pendant lesquelles aucune nouvelle tragédie n'est créée à Paris, la tragi-comédie étant le genre incontournable, la tragédie renaît de ses cendres. Une tragédie pleinement classique, attachée aux règles, mais ayant su tirer du genre concurrent de la tragi-comédie un certain nombre d'éléments qui faisaient son succès auprès du public, et en premier lieu une action plus soutenue. La saisons 1633-1634 deux tragédies marquent ce retour à un genre un moment abandonné : l'Hercule mourant de Rotrou et l'Hippolyte de la Pinelière. La saison suivante (1634-1635) les créations se multiplient. Il y a entre autres, La Sophonisbe de Mairet (considérée un peu comme la plus représentative de cette renaissance tragique), La mort de César de Scudéry et cette Médée de Corneille. La pièce a du succès, elle sera publiée en 1639, après le Cid et les remous qui ont suivis.
Il est probable que Corneille ait été inspiré, pour le choix du sujet et la façon de le traiter, par l'Hercule de Rotrou, auteur de la première tragédie régulière, et surtout auteur de grand talent, celui qui dans cette génération aurait pu être le plus grand rival de Corneille s'il n'était mort prématurément. Mais l'inspiration la plus directe de Corneille est la pièce de Sénèque, avec aussi de nombreux éléments empruntés aux Métamorphoses d'Ovide. La pièce emprunte peu à Euripide, le goût de l'époque n'étant pas très en phase avec les auteurs grecs.
Le sujet est connu. Médée a permis à Jason de conquérir la Toison d'Or, elle fuit avec lui, devient sa femme, ils ont deux enfants. Après la mort de Pélias (l'oncle de Jason) provoqué par les manigances de Médée, le couple est obligé de fuir et de se réfugier à Corinthe. La pièce de Corneille commece à ce moment. Jason a conquis le coeur de Créuse, la fille de Créon le roi de la ville. Jason veut donc répudier Médée pour convoler en secondes noces. Médée doit être bannie le lendemain. Les enfants du couple doivent rester avec leur père. Médée est ulcérée et décide de se venger. Au moyen d'une robe empoisonnée, elle va provoquer la mort de Créuse et de Créon, et va tuer ses enfants pour parfaire sa vengeance vis à vis de Jason. Elle va le narguer avant de s'envoler dans un char tiré par des dragons.
Le sujet de la pièce est tiré de la mythologie, et non pas de l'histoire, comme la plupart des pièces de Corneille qui vont suivre. La pièce, de part son sujet violent, et des éléments très paroxystiques qui s'y trouvent, s'apparente au tragique de la fureur, inspiré par Sénèque, et très présent dans le théâtre français au début du XVIIe siècle (Rotrou est l'un de ses plus notables représentants). Comme cette première tragédie de Corneille diffère de ses productions tragiques les plus célèbres, celles que l'on joue encore aujourd'hui, dans beaucoup de présentations elle est qualifiée de précornélienne. C'est tout de même un peu facile, si on regarde l'ensemble des pièces de l'auteur. Non seulement il va revenir plusieurs fois à des sujets mythologiques à grand spectacle, mais en 1661 il fera jouer La toison d'or, une tragédie qui va mettre en scène les mêmes personnages principaux que Médée. Encore une fois, il est difficile d'enfermer Corneille dans une seule typologie.
La pièce est très efficace et très bien conçue. Corneille s'en vante d'ailleurs dans les textes qui accompagnent la pièce. Jason ressemble pas mal aux personnages masculins de ses comédies, usant de ses charmes non pas pour épouser des riches héritières mais des filles de rois, cynique, pas très sympathique. Médée est une magicienne, une sorcière, qui a des pouvoirs puissants, presque sans limites, sa seule faiblesse étant son amour pour Jason, mais une fois trahie, elle n'a aucune difficulté à la vaincre. L'Asie, terre d'origine de Médée, était réputée comme le continent des magiciens. En plus de ses actions maléfiques avérées, Médée est l'étrangère, venue d'un continent ennemi, dont rien de bon ne peut venir. La situation dans laquelle elle est, lui laisse l'alternative d'être une victime ou un monstre. Être abandonnée par l'homme à qui elle a tout abandonné, et à qui elle a assuré un triomphe immortel, perdre ses enfants. Elle choisit de tuer ceux qui veulent la chasser honteusement et de tuer ses enfants pour mortifier Jason, qui de toutes les façons envisageait le même infanticide après la mort de Créuse. Au final, Corneille consacre peu de place au meurtre des enfants, qui est la partie du mythe de Médée la plus connue, la plus associée à son nom.
C'est vraiment une pièce très forte et très réussie, qui passe très bien sur la scène (pour l'avoir vue jouée), je regrette, comme pour les comédies, qu'elle n'ait pas davantage les faveurs des metteurs en scène.
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Chocolatiine
  03 août 2016
Epouse de Jason depuis qu'elle l'a aidé à dérober la Toison d'or, Médée, la magicienne petite-fille du soleil, n'a cessé de captiver l'imagination des écrivains. Corneille nous propose sa version du mythe.
Alors que le couple s'est réfugié à Corinthe, Jason tombe amoureux de Créuse, fille du roi Créon. le mariage s'apprête à être célébré, Médée sera bannie. La femme répudiée, furieuse et blessée, crie vengeance et entreprend de mettre en oeuvre ses sortilèges.
Pour être honnête, je m'attendais à plus d'émotion à la lecture de cette pièce. La violence de Médée m'a moins bouleversée que prévu, son chagrin moins fait compatir à ses malheurs. Jason m'est apparu relativement faible de caractère, bien loin du héros qui menait fièrement les Argonautes.
Cependant, on ne peut, une fois encore, qu'admirer la plume de Corneille. Les oeuvres en alexandrins n'en finiront jamais de me plaire !
Challenge Petits plaisirs 2016
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plumard
  02 septembre 2013
Le grand Corneille qui avait déjà su nous faire vibrer à travers le cid réitère une fois de plus son exploit !
Mais cette fois ci c est à travers une pièce mêlée à la mythologie et à la magie que nous redécouvrons le pouvoirs de ces alexandrins nets et lisses . Je n'aborderais pas le style pour cette pièce , il me semble en effet plus intéressant d'en observer le fond et de réserver l'écriture à d'autres oeuvres de cet auteur tel que le Cid ou L'illusion comique.
Grande tragédie que celle d'une femme abandonnée (Médée) par son mari (Jason) , las de la vie aventureuse et sanglante qu ils menaient ensemble.
En effet c'est bien cet homme qui conquis la toison d'or à la tête des célèbres argonautes, cet homme qui grâce à médée vengera son père, cet homme qui comme les autres héros grecs délaissera sa femme pour une autre !
Terrible injustice pour médée qui s'empresse de se venger en offrant à la nouvelle promise de Jason un terrible cadeau. Il lui permettra de voir les rêves de prospérité du traître envolés, pour, finalement le priver de leurs deux enfants derniers remparts contre le désespoir de Jason .
Mais plus qu'une simple histoire de jalousie contée de manière fantastique nous pouvons observer les conséquences d'un amour trop puissant, fondé sur un crime et une trahison. ( Médée éprise de Jason a trahi son père qui possédait la toison d'or en endormant le dragon qui la protégeait et en tuant son frère qui essaya de rattraper les argonautes )
La question que nous devons nous poser est celle de l'amour éternel si cet amour a nécessité des sacrifices. Jason après les sacrifices de Médée avait-il seulement le droit de la quitter ? Médée devait-elle aller jusqu'à l'infanticide après cette infidélité ? Elle qui avait tout quitté pour Jason !
Malheureusement c'est ici qu'agit la tragédie et il semble qu'aucune réponse n'existe. La sorcière Médée ne méritait pas cela mais le glorieux Jason ne méritait pas non plus la mort de ces deux enfants qui eux sont victimes d'une terrible injustice .
Ces questions peuvent cependant être personnelle et différentes pour chacun, mais il vaut parfois mieux ne pas y répondre et laissé couler notre incertitude à travers le sang de leurs malheur .

Ainsi j'espère vous retrouver prochainement pour discuter de ce livre .
Plumard
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badpx
  05 mai 2016
Découvrir qu'un texte écrit en alexandrins peut être aussi fluide à lire que de la prose : c'est très agréable.
Je ne vais pas redire ce qui est déjà dans les autres critiques.
Je ne connaissais pas le mythe antique... mais en lisant ce texte j'ai pu me rendre compte que de tout temps, si la séparation des parents se passe mal c'est les enfants qui trinquent.
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Citations et extraits (55) Voir plus Ajouter une citation
BazaRBazaR   31 juillet 2017
CRÉUSE (à Égée)
Souvent je ne sais quoi qu'on ne peut exprimer
Nous surprend, nous emporte, et nous force d'aimer;
Et souvent, sans raison, les objets de nos flammes
Frappent nos yeux ensemble et saisissent nos âmes.
Ainsi nous avons vu le souverain des dieux,
Au mépris de Junon, aimer en ces bas lieux,
Vénus quitter son Mars et négliger sa prise,
Tantôt pour Adonis, et tantôt pour Anchise;
Et c'est peut-être encore avec moins de raison
Que, bien que vous m'aimiez, je me donne à Jason.
D'abord dans mon esprit vous eûtes ce partage:
Je vous estimai plus, et l"aimai davantage.
(Acte II, scène 5)
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BazaRBazaR   30 juillet 2017
JASON
Depuis que mon esprit est capable de flamme,
Jamais un trouble égal n'a confondu mon âme.
Mon coeur qui se partage en deux affections,
Se laisse déchirer à mille passions.
Je dois tout à Médée, et je ne puis sans honte
Et d'elle et de ma foi tenir si peu de conte;
Je dois tout à Créon, et d'un si puissant roi
Je fais un ennemi, si je garde ma foi:
Je regrette Médée, et j'adore Créuse;
Je vois mon crime en l'une, en l'autre mon excuse;
(Acte I, scène 2)
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5Arabella5Arabella   24 juillet 2017
Malheureux instrument du malheur qui nous presse,
Que j'ai pitié de toi, déplorable princesse !
Avant que le soleil ait fait encore un tour
Ta perte inévitable achève ton amour.
Ton destin te trahit, et ta beauté fatale
Sous l'appas d'un hymen t'expose à ta rivale,
Ton sceptre est impuissant à vaincre son effort,
Et le jour de sa fuite est celui de ta mort.
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Pirouette0001Pirouette0001   02 janvier 2014
Quiconque sans l'ouïr condamne un criminel,
Bien qu'il eût mille fois mérité son supplice,
D'un juste châtiment il fait une injustice.
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ChocolatiineChocolatiine   04 août 2016
Qui peut sans s'émouvoir supporter une offense,
Peut mieux prendre à son point le temps de sa vengeance.
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Videos de Pierre Corneille (12) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Pierre Corneille
"Conseil et délibération dans le dernier acte d'Horace", conférence prononcée par Tony Gheeraert, le 17 mars 2015, enrigistrée à l'Université de Rouen, dans le cadre d'un colloque intitulé « Dramaturgies du conseil et de la délibération ».
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