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Critique de BazaR


BazaR
  01 août 2017
Je n'ai pas encore lu les versions de Médée d'Euripide et de Sénèque ; je ne peux donc pas comparer. En lisant la préface et l'examen par l'auteur (c'est systématique dans mon intégrale) j'ai cependant compris que Corneille, situé plutôt dans le camp des « modernes » opposé aux « anciens », a été « obligé » d'écrire une pièce se référant à la mythologie. Mais il l'a fait en prenant le parti d'effacer ce qu'il estimait être les incohérences des textes antiques, en les rationalisant en quelque sorte.

Mais de quoi parlons-t-on ici ? Médée est une magicienne séduite par Jason lors de la quête de ce dernier à la recherche de la toison d'or. Elle l'aide grandement à atteindre son but, allant jusqu'à verser le sang de sa famille (elle découpe son frère en morceaux quand même).
Tous deux trouvent asile à Corinthe. Là, Jason ‒ chez qui le mot fidélité résonne dans un vide abyssal ‒ craque pour Créuse, la fille du roi Créon, et l'attirance est évidemment réciproque. Il faut « seulement » écarter Médée. Comme si celle-ci allait se laisser faire. Médée, c'est Attila en femme : là où elle passe, l'herbe ne repousse pas. Créon et Créuse sont détruits parce qu'ils touchent un manteau de Médée qui a baigné dans un cocktail empoisonné dont on a perdu la formule. Pour désespérer Jason encore plus, elle tue elle-même les enfants qu'elle a eu avec lui (ses propres enfants, donc). Puis elle s'en va. Jason hésite entre la poursuivre et se tuer et finit par opter pour la deuxième solution.

C'est une pièce puissante dont la mélodie des vers est vraiment agréable à lire. A l'époque (c'est sa première véritable tragédie si on oublie Clitandre) Corneille ne fait pas trop d'effort pour respecter les unités de lieu et d'action. Il n'hésite pas à montrer de l'action sur scène.
On voit effectivement que l'auteur a fait des efforts pour expliquer des comportements plutôt bizarres, même si parfois ça fait flop – par exemple quand il explique que Créuse porte le manteau dont Médée lui fait don. Créuse aurait eu une passion totale pour ce manteau et aurait d »mandé à Jason de le lui offrir.
Moi je me serai méfié, sachant à qui j'ai affaire. Et on tombe là sur le problème principal du scénario : à qui a-t-on vraiment affaire avec Médée ? Elle se vante plusieurs fois d'être capable de déchaîner les éléments au point de pouvoir annihiler Corinthe. Elle serait aussi dangereuse qu'une bombe atomique. Pourtant, ses adversaires n'hésitent pas à l'exiler sans craindre son courroux ; ils la prennent de haut, la sous-estiment carrément.
Mais si elle est si puissante, pourquoi préfère-t-elle employer des méthodes sournoises pour se venger, alors qu'elle pourrait, selon elle, tout anéantir d'un geste ? Pourquoi cherche-t-elle un nouvel asile en portant assistance à Égée, roi d'Athènes ? Que peut-elle craindre vraiment ?
Mais si elle n'est pas puissante, comment fait-elle pour quitter la scène sur un char volant tiré par des dragons ?
Vous voyez, il y a un problème quelque part.
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