AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Jean Serroy (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070341641
208 pages
Éditeur : Gallimard (01/02/1982)

Note moyenne : 3.25/5 (sur 36 notes)
Résumé :
Cornélien, Nicomède. Cornélien, ce prince héritier du royaume de Bithynie qui, face à un père voulant l'écarter de la couronne et aux intrigues de Rome cherchant à le réduire, réussit à faire triompher tout à la fois la loyauté au pouvoir paternel et la résistance à l'ingérence romaine. Cornélien, et sans doute même un des plus cornéliens des héros de Corneille : "Généreux, intrépide, chevaleresque et absolument impeccable" comme le définissait Emile Faguet. Et pour... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Nastasia-B
  23 janvier 2017
Ce que j'aime chez Corneille, c'est de sentir toujours ce petit fond d'ironie, ce petit oeil pétillant, ce sourire en coin glissé au creux de quelques tirades. Car les tragiques grecs étaient des gens très sérieux ; l'ami Racine, malgré tous ses talents, n'était pas franchement un marrant non plus. Tandis que le regard facétieux de Pierre Corneille, on le retrouve jusque dans l'architecture de la pièce.
En tous points, on croirait dur comme fer assister à une tragédie : le ton, la grandiloquence, l'héroïsme, la trahison...
... mais tout se finit bien, le héros n'est pas lâchement assassiné par un fou démoniaque ou un calculateur politique et le sang brille même par son absence alors que du début à la fin on s'attend à s'en prendre des pleines giclées dans les yeux. Amateurs d'hémoglobine, passez votre chemin.
Outre cette entorse au canon de la tragédie, on retrouve quelques répliques qui, sans être de franche rigolade, dénote un fond d'humour, une saillie, une répartie comme Voltaire ne la dédaignait pas, lui qui a pourtant abondamment critiqué cette pièce. Serait-ce de la jalousie ? Allez savoir…
L'auteur s'inspire vaguement de l'histoire, et exhume de quelques lignes de Justin, d'Appien, de Diodore de Sicile ou encore de Plutarque, deux ou trois faits vraisemblables datant d'environ 200 ans avant JC qu'il badigeonne de sa peinture bien à lui pour en faire un tableau de l'Orient qui rappelle à s'y méprendre certains des événements de France contemporains de son écriture (1651).
Nous voilà donc au Proche-Orient, actuelle Turquie mais qui n'avait évidemment pas ce nom à l'époque, constellation de provinces et de petits royaumes qu'on nommait Bythynie, Cappadoce, Pont, Galatie, Phrygie, Lydie, Paphlagonie, etc.
Prusias est roi de Bythinie dont la capitale, Nicomédie (actuelle Izmit) n'est certainement pas étrangère au nom de son premier fils Nicomède, issu d'un premier mariage. Celui-ci est vaillant, noble et juste. Au demeurant, ce jeune prince est un chef de guerre étonnant qui a agrandi par ses conquêtes le royaume de son père de trois royaumes voisins.
Mais Prusias s'est remarié avec la belle et perfide Arsinoé dont il a un second fils, Attale. Arsinoé ne recule devant aucune vilenie et aucun complot pour favoriser son fils au détriment du légitime et populaire Nicomède. Attale, fraîchement arrivé dans le royaume de son père, a été élevé à Rome pour s'y imprégner des façons raffinées du grand terrifiant voisin SPQR.
Mais à la vérité, le problème n'est pas là. Ce qui coince de tous côtés, c'est la belle Laodice, héritière du trône d'Arménie, folle amoureuse de Nicomède. Rien ne semble contrecarrer ses projets puisque le noble héros brûle lui aussi d'une flamme sans égale pour Laodice.
Or, le hic de tout cela c'est que le jeune et inexpérimenté Attale s'est lui aussi piqué de la sublime Laodice et que Rome, dont la pesante tutelle sur Prusias se fait lourdement sentir verrait d'un très mauvais oeil qu'un conquérant tel que Nicomède augmente encore sa puissance en s'adjoignant l'Arménie par mariage.
L'ambassadeur romain Flaminius met donc toute son industrie et tout son savoir-faire à vouloir briser les ailes de Nicomède et faire capoter à tous prix son mariage avec Laodice. Sans compter sur le fait que la félonne Arsinoé oeuvre à qui mieux mieux dans ce sens, évidemment au bénéfice de son fils Attale.
À ce stade, on sent bien les ressorts classiques de la tragédie, on imagine l'injustice, la trahison, le bain de sang et... et... et bah... rien de tout ça mes pauvres enfants ! C'est pourquoi je m'en voudrais de vous gâcher la fin en vous la racontant platement tandis que le monsieur Corneille est si doué et qu'il fait sonner les vers comme personne.
Si l'on se demande maintenant pourquoi Corneille a refusé de faire mourir Nicomède, pourquoi la traitresse est incarnée par Arsinoé, pourquoi la révolte populaire est arrêtée de justesse, etc., etc., il faut probablement aller chercher l'explication dans le contexte politique français d'alors.
Quiconque voyait la pièce à l'époque ne pouvait s'empêcher de mettre Louis XIV sous la perruque de Nicomède, de même que les tractations troubles d'Arsinoé devaient évoquer, par certains aspects la cuisine d'Anne d'Autriche et la révolte populaire, la Fronde. On comprend mieux alors qu'il n'était pas vraiment possible à Pierre Corneille de faire mourir Nicomède, ni de faire s'écharper les grands du royaume dans un bain de sang frénétique, d'où cette construction surprenante, qui a la couleur d'une tragédie, l'odeur d'une tragédie, mais qui n'est nullement tragique.
En somme, une bonne tragi-comédie, probablement plus agréable à lire qu'à voir sur scène car elle repose davantage sur la réflexion et la parole que sur l'action. Je ne la trouve cependant pas du niveau des super tragédies ou tragi-comédies que nous a livré Corneille, mais ce n'est bien évidemment qu'un avis faiblement éclairé, qui n'engage que moi et qui, d'ailleurs, ne signifie pas grand-chose.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          1070
5Arabella
  25 octobre 2017
La pièce a été jouée la première fois et imprimée en 1651. Elle semble avoir connu du succès et a continué à être jouée. Pour les sources qui l'ont inspirée, Corneille évoque le seul Justin. Des parallèles dans l'intrigue et les thématiques peuvent être établies avec d'autres tragédies de l'époque, La mort de Mithridate de la Calprenède, et surtout Cosroès de Rotrou.
Justin fournit une trame forte pour une tragédie : Prusias, roi de Bithynie, projette d'assassiner son fils Nicomède, pour favoriser des enfants nés d'un second mariage. Le prince découvre les intentions de son père, se révolte, chasse son père du trône. Prusias finit tué par son fils, même si une incertitude sur les circonstances de la mort demeurent. Nous avons donc ces fameux surgissements des violences au sein des alliances, susceptibles d'éveiller la pitié et la terreur chez le spectateur.
Mais Corneille change très fortement le récit de Justin. Dans sa pièce, Prusias est certes monté contre Nicomède par sa femme, Arsinoé, et poussé à favoriser son propre fils, Attale. Ce dernier, élevé à Rome, est également appuyé par Flaminius, ambassadeur romain. Ce qui provoque le plus la discorde entre les deux frères est évidement une femme, Laodice, reine d'Arménie. Promise à Nicomède, elle est courtisée par Attale. Flaminius pousse à ce mariage, car ainsi les deux royaumes ne seront pas réunis, Attale régnant en Arménie et Nicomède en Bithynie. Suite aux menées d'Arsinoé et Flaminius, Prusias fait arrêter Nicomède, qu'il compte remettre aux Romains. Laodice pousse le peuple à se révolter, pour soutenir son prince. Attale comprend qu'il est le jouet des Romains ; en effet, s'il devient roi de Bithynie, Flaminius empêchera son mariage avec Laodice. Il aide donc Nicomède à s'échapper. le prince fait grâce à son père, et la pièce finit par une réconciliation familiale.
Corneille a au final éliminé les projets de meurtre chez Prusias, et leur réalisation chez Nicomède. Prusias est davantage un faible, qui a une peur du pouvoir romain, qu'un père dénaturé. Nicomède est la noblesse et la générosité personnifiées. En fait, depuis Horace, Corneille s'est donné comme contrainte que le premier personnage soit vertueux et innocent de crime. Nicomède ne pouvait donc tuer ou faire tuer son père. Ce dernier aurait pu se suicider, ou être tué par un tiers contre la volonté de Nicomède, mais dans des tragédies précédentes, Corneille avait déjà utilisé ces procédés. D'une certaine façon, il essaie donc autre chose, une trame dans laquelle personne n'est réellement mauvais, même Attale et Arsinoé, qui finissent par reconnaître la vertu de Nicomède.
Cette pièce pourrait appuyer l'analyse que Marc Fumaroli de certaines pièces de Corneille, en opposant son approche du théâtre à celui des « Anciens ». Corneille s'est prononcé très clairement en faveur des auteurs modernes, qu'il considérait comme finalement supérieurs aux antiques. Aux héros ni tout à fait bons, ni tout à fait méchants prônés par Aristote il préfère des hommes très vertueux ou très méchants dans le malheur. Il s'agit d'un choix moral, de principe, dicté par une vision du bien et du mal différent des auteurs antiques. le bien et le mal sont clairement différenciés, et le héros fait un choix entre les deux. Cette différenciation trouve sa source dans la religion, dans la morale chrétienne. Cette dernière permet à l'auteur chrétien d'imprimer à sa dramaturgie une éthique nette et efficace. L'intérêt dramatique va résider dans le conflit entre les tenant du bien et du mal. Le spectateur va espérer le succès du héros vertueux et attendre la punition des crimes. le dramaturge prend des risques à décevoir les attentes de ses spectateurs, car elles prennent leur source dans le dogme chrétien de la justice providentielle. Dieu prend fait et cause pour le juste, et punit le crime, même dans une situation à priori désespérée.
Nicomède est un cas limite (mais beaucoup des pièces de Corneille le sont, tant il s'ingénie à aborder la construction des intrigues sous un nouvel angle à chaque fois), car il n'y a pour ainsi dire plus de méchants, tout au moins à la fin de la pièce. La bienveillance divine est allée cette fois jusqu'à rendre leur bonté originelle à tous les personnages de la famille royale de Bithynie. Corneille ne va pas récidiver dans une optique si extrême par la suite, mais Nicodème est en quelque sorte une pièce qui fait triompher pleinement la providence bienveillante dans une situation qui aurait pu virer au drame le plus noir. Qui aurait été chez les anciens une tragédie sanglante, sous le regard ambigu des dieux antiques.
Challenge Théâtre 2017-2018
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          153
Chasto
  25 septembre 2016
Le Discours de la méthode est devenu orphelin depuis un an, Pascal illumine les salons d'alors et le roman comique se met en vente.
Cette pièce, vingt et unième du répertoire de son auteur ne rassemblera pas l'enthousiasme attendu.
Tragédie et comédie à la fois n'atteignant pas l'intérêt que l'on peut en attendre comme l'avait si justement constaté
Voltaire:" Ce genre de tragédie ne se soutenant point par un point par un sujet pathétique, par de grands tableaux, par les fureurs des passions [...]
Commenter  J’apprécie          40
Wyoming
  25 juillet 2018
Une tragédie qui finit bien et qui met en face de nombreux sentiments humains exprimés dans les actions des héros. Nicomède a le sens de l'honneur, il est courageux ("Et si Flaminius en est le capitaine, nous pourrons lui trouver un lac de Trasimène.") magnifique dans sa stature que Corneille a très bien soignée. C'est donc une belle pièce pleine de références historiques, un plaisir à savourer.
Commenter  J’apprécie          40
bfauriaux
  05 décembre 2019
Plongee dans l'antiquite pour cette piece du maitre qui comme toujours est superbement ecrite et realisée avec un suspense qui vous tiendra en haleine jusqu'à la fin bref une belle réussite !
Commenter  J’apprécie          10

Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   29 mai 2014
ARSINOÉ : Peut-on voir un orgueil à votre orgueil égal !
Vous, par qui seule ici tout ce désordre arrive ;
Vous, qui dans ce palais vous voyez ma captive ;
Vous, qui me répondrez au prix de votre sang
De tout ce qu’un tel crime attente sur mon rang,
Vous me parlez encore avec la même audace
Que si j’avais besoin de vous demander grâce !

LAODICE : Vous obstiner, madame, à me parler ainsi,
C’est ne vouloir pas voir que je commande ici,
Que, quand il me plaira, vous serez ma victime.
Et ne m’imputez point ce grand désordre à crime :
Votre peuple est coupable, et dans tous vos sujets
Ces cris séditieux sont autant de forfaits :
Mais pour moi, qui suis reine, et qui, dans nos querelles,
Pour triompher de vous, vous ai fait ces rebelles,
Par le droit de la guerre il fut toujours permis
D’allumer la révolte entre ses ennemis.

Acte V, Scène 6, (v. 1682-1698).
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          210
Nastasia-BNastasia-B   09 juin 2014
CLÉONE : Tout est perdu, madame, à moins d’un prompt remède :
Tout le peuple à grands cris demande Nicomède ;
Il commence lui-même à se faire raison,
Et vient de déchirer Métrobate et Zenon.
ARSINOÉ : Il n’est donc plus à craindre, il a pris ses victimes :
Sa fureur sur leur sang va consumer ses crimes ;
Elle s’applaudira de cet illustre effet,
Et croira Nicomède amplement satisfait.
FLAMINIUS : Si ce désordre était sans chefs et sans conduite,
Je voudrais, comme vous, en craindre moins la suite ;
Le peuple par leur mort pourrait s’être adouci :
Mais un dessein formé ne tombe pas ainsi ;
Et suit toujours son but jusqu’à ce qu’il l’emporte :
Le premier sang versé rend sa fureur plus forte :
Il l’amorce, il l’acharné ; il en éteint l’horreur,
Et ne lui laisse plus ni pitié ni terreur.

Acte V, Scène 4.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          151
Nastasia-BNastasia-B   05 juin 2014
PRUSIAS : Pour paraître à mes yeux son mérite est trop grand :
On n'aime point à voir ceux à qui l'on doit tant.
Tout ce qu'il a fait parle au moment qu'il m'approche ;
Et sa seule présence est un secret reproche.

Acte II, Scène 1, (v. 417-420).
Commenter  J’apprécie          361
Nastasia-BNastasia-B   03 juin 2014
PRUSIAS : Non, ne nous flattons point, il court à sa vengeance ;
Il en a le prétexte, il en a la puissance ;
Il est l'astre naissant qu'adorent mes États ;
Il est le dieu du peuple et celui des soldats.

Acte II, Scène 1, (v. 447-450).
Commenter  J’apprécie          340
Nastasia-BNastasia-B   13 juin 2014
ATTALE : Je sais par quels moyens sa sagesse profonde
S’achemine à grands pas à l’empire du monde :
Aussitôt qu’un État devient un peu trop grand,
Sa chute doit guérir l’ombrage qu’elle en prend.
C’est blesser les Romains que faire une conquête,
Que mettre trop de bras sous une seule tête ;
[...]
Eux qui pour gouverner sont les premiers des hommes
Veulent que sous leur ordre on soit ce que nous sommes,
Veulent sur tous les rois un si haut ascendant
Que leur empire seul demeure indépendant.

Acte V, Scène 1 (v. 1511-1516 ; 1519-1522).
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          140

Videos de Pierre Corneille (26) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Pierre Corneille
"L'art du comédien : Le Menteur de Pierre Corneille" par Madame Simone. Première diffusion le 30/10/1956 sur la Chaîne Nationale. Que faire des « e » muets ? S’ils sont muets, par définition, on ne les prononce pas ! Ou alors…à demi ? Voici une professeure de théâtre sympathique - Madame Simone - qui parle d’un personnage de théâtre sympathique, dont l’imagination est effervescente, qui lui-même est brillant, déconcertant. Il s’agit bien d’une leçon comme toute comédienne, comme tout comédien en rêverait… sans doute…. !
Source : France Culture
autres livres classés : théâtreVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox