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ISBN : B005R664CA
Éditeur : (30/09/2011)

Note moyenne : 3.55/5 (sur 21 notes)
Résumé :
Ce livre est une oeuvre du domaine public éditée au format numérique par Norph-Nop. L?achat de l?édition Kindle inclut le téléchargement via un réseau sans fil sur votre liseuse et vos applications de lecture Kindle
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
5Arabella
  30 octobre 2017
Après l'échec de Pertharite en 1651, Corneille avait fait ses adieux au théâtre. Mais au final, il ne peut s'empêcher d'y revenir. Dès 1656 il met en chantier La Toison d'or, une pièce à machines, qui compte tenu des difficultés et du coût pour mettre sur la scène ce genre de spectacle attendra 1661 pour être jouée. En attendant, Corneille se rapproche de Fouquet, qui prend la figure d'un grand mécène des arts. Il reçoit des subsides, et propose de mettre en pièce un sujet choisi par le surintendant. Celui-ci finira par proposer trois sujets, dont Camma, choisi par Thomas Corneille, et cet Oedipe, dont s'emparera Pierre. Il dit avoir mis deux mois pour écrire sa pièce. Qui sera jouée en 1659 et publiée la même année. Elle semble avoir eu beaucoup de succès, et a contribué à renforcer le prestige de Pierre Corneille.
Il s'est attaqué à un véritable monument : Oedipe roi de Sophocle était la pièce qu'Aristote, référence absolue, donnait comme l'exemple typique de la tragédie réussie dans La Poétique. Mais il va énormément changer la trame du récit, ajouter des éléments qui en changent le centre de gravité.
Dans la pièce de Corneille, Laïus, en plus d'Oedipe, a eu une fille Dircé. Cette dernière se considère comme l'héritière légitime de son père, et voit en Oedipe un usurpateur, qui a pris injustement son trône. Elle est aimée par Thésée, qui veut l'épouser. Mais Oedipe, inquiet du risque pour sa couronne, veut lui faire épouser Hémon, le neveu de Jocaste, sa femme (et sa mère ce qu'ils ignorent tous les deux). Dircé refuse ce mariage avec quelqu'un qui n'étant pas roi, la ferait déchoir de son rang. La peste fait rage à Corinthe, Oedipe essaie de faire parler les oracles qui se taisent. Le fantôme de Laïus apparaît, et réclame le sang de sa race pour apaiser le Ciel. Comme Dircé est la seule descendance connue du roi, tout le monde pense qu'elle est la victime désignée. Elle accepte de mourir. Thésée, pour la sauver, se prétend le fils de Laïus, exposé pour mourir mais heureusement sauvé, car des bruits sur la survie possible de ce fils commencent à circuler. Phorbas, le survivant du combat dans lequel Laïus a perdu la vie, reconnaît Oedipe comme son meurtrier. Dans un deuxième temps, il est reconnu comme fils de Laïus et de Jocaste. Cette dernière se tue, et Oedipe se crève les yeux. Dircé et Thésée peuvent se marier.
Au final Dircé est le personnage principal de la pièce. Entre ses prétentions à la couronne, le risque d'être immolée, et son histoire d'amour avec Thésée, dans le plus pur style amoureux et galant, elle occupe le devant de la scène. La terrible histoire d'Oedipe en devient l'arrière plan. La mort de Jocaste et la mutilation d'Oedipe se passent hors de scène, racontés brièvement, en essayant de diminuer l'horreur pour le spectateur.
Corneille était très fier de sa façon de raconter cette histoire, il pensait avoir en quelque sorte amélioré la trame dramatique originelle. Je le cite :
« Au reste, je ne vous dissimulerai point qu'après avoir arrêté mon choix sur ce sujet, dans la confiance que j'aurais pour moi les suffrages de tous les savants, qui l'ont regardé comme le chef-d'oeuvre de l'Antiquité, et que les pensées de ces grand génies qui l'ont traité en Grec et en Latin, ma faciliterait les moyens d'en venir à bout assez tôt pour le faire représenter pour le Carnaval, je n'ai pas laissé de trembler, quand je l'ai envisagé de près, et un peu plus à loisir que je n'avais fait en le choisissant. J'ai reconnu que ce qui avait passé pour miraculeux dans ce siècles éloignés, pourrait sembler horrible au nôtre, et que cette éloquente et curieuse description de la manière dont ce malheureux Prince se crève les yeux, et le spectacle de ces mêmes yeux crevés dont le sang lui distille sur le visage, qui occupe tout le cinquième acte chez ces incomparables originaux, ferait soulever la délicatesse de nos Dames qui composent la plus belle partie de notre auditoire, et dont le dégoût attire aisément la censure de ceux qui les accompagne ; et qu'enfin l'amour n'ayant point de part dans ce sujet, ni le femmes d'emploi, il était dénué des principaux ornements qui nous gagnent d'ordinaire la voix publique. »
Pour résumer, les actes de violences de la pièce originale contredisent les règles de bienséance en vigueur au XVIIe siècle, et cela manque d'intrigue amoureuse. Au final, le sujet même d'Oedipe était complètement étranger, d'une certaine façon incompréhensible pour Corneille. L'homme en proie à la fatalité, jouet de Dieux, qui ont fixé son sort criminel dès avant sa naissance, et alors même qu'il essaie de se comporter de la façon la plus exemplaire, faisant preuve de courage, d'intelligence, de générosité, commet sans la vouloir les pires des crimes est en contradiction totale avec la vision de Dieu de l'élève des Jésuites. Pour lui, le partage entre le bien et le mal est clairement défini, l'homme dispose d'une volonté libre de choisir entre l'un et l'autre, et la Providence divine, bienveillante, récompense, privilégie, clairement ceux qui font le bon choix. Rien ne pouvait être plus distant de sa conception du monde que ce mythe antique, qu'il transforme donc par une trame rajoutée, qui devient centrale.
Cela met bien en évidence, à quel point, le théâtre classique français, même s'il a puisé dans l'Antiquité des sujets, des sources d'inspiration, les transformait au point d'en faire tout autre chose. Il s'agissait d'une réécriture totale, d'une autre vision du monde.
Le succès de la pièce montre à quel point, les choix de Corneille correspondaient aux goûts et à la sensibilité de son époque. Mais c'est une pièce qui nous paraît sans doute parmi les plus datées maintenant, tant les adoucissements qu'il impose au sujet originel paraissent être des affadissements. Son génie s'épanouit bien mieux dans des trames plus personnelles, dans lesquelles il n'est pas obligé de tenir compte d'un canevas si opposé à sa façon de concevoir le théâtre et le monde. C'est au final un exercice de style, et comme beaucoup d'exercices de style, un peu vain.
Challenge Théâtre 2017-2018
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Virgule-Magazine
  22 mars 2016
En 1659, Pierre Corneille reprend le mythe d'Oedipe et fait jouer au théâtre, avec succès, Oedipe. Dans la pièce de Corneille, Oedipe, roi de Thèbes, a une soeur, Dircé, qui, ignorant leur lien de parenté, le considère comme un usurpateur, et refuse de se soumettre à son autorité. Il y a donc un conflit politique, auquel s'ajoute une intrigue sentimentale : Dircé est amoureuse du héros Thésée, et est aimée de lui. Cette histoire d'amour enjolive la tragédie. Corneille, dans cette pièce, se démarque des auteurs grecs, et défend la liberté humaine. On voit ainsi Thésée s'insurger contre les dieux qui gouvernent le destin des hommes, les privant ainsi de toute liberté, et donc de toute responsabilité et de tout mérite. Puis, on voit Oedipe choisir et assumer son destin : lorsqu'il découvre qu'il a épousé sa mère, il se saisit d'un poignard, et se tue, sans attendre de savoir ce que les oracles vont dire, sans demander aux dieux leur avis. Il décide lui-même, il se tue.
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cafeaulait
  13 décembre 2016
Tragédie grecque de Sophocle écrite vers 430.
C'est un grand classique qu'il faut connaître. Oedipe fait partie de nos analyses psychologiques, de nos symboliques, de notre inconscient collectif. Je préfère cette version initiale de Sophocle à celle de Jean Anouilh qui en deuxième lecture m'a paru détachée de sa vérité, de son essence. Cette tragédie est si prégnante qu'elle ne peut laisser indifférent.
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   03 juillet 2014
DIRCÉ : Ah ! Seigneur, quels que soient vos ennuis,
Que venez-vous me dire en l'état où je suis ?
THÉSÉE : Je viens prendre de vous l'ordre qu'il me faut suivre ;
Mourir, s'il faut mourir, et vivre, s'il faut vivre.
DIRCÉ : Ne perdez point d'efforts à m'arrêter au jour :
Laissez faire l'honneur.
THÉSÉE : Laissez agir l'amour.
DIRCÉ : Vivez, Prince ; vivez.
THÉSÉE : Vivez donc, ma princesse.
DIRCÉ : Ne me ravalez point jusqu'à cette bassesse.
Retarder mon trépas, c'est faire tout périr :
Tout meurt, si je meurs.
THÉSÉE : Laissez-moi donc mourir.

Acte II, Scène 4.
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5Arabella5Arabella   28 octobre 2017
Périsse l'univers, pourvu que Dircé vive !
Périsse le jour même avant qu'elle s'en prive !
Que m'importe la perte ou le salut de tous ?
Ai-je rien à sauver, rien à perdre que vous ?
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5Arabella5Arabella   28 octobre 2017
Je vois aux pieds du roi chaque jour des mourants ;
J'y vois tomber du ciel les oiseaux expirants ;
Je me vois exposée à ces vastes misères ;
J'y vois mes soeurs, la Reine, et les Princes mes frères :
Je sais qu'en ce moment je puis les perdre tous ;
Et mon coeur toutefois ne tremble que pour vous,
Tant de cette frayeur les profondes atteintes
Repoussent fortement toutes les autres craintes !
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OceaneVincentOceaneVincent   07 mai 2016
Je devrais bien plutôt, d'accord avec les dieux,
Chérir l'heureux bandeau qui me couvre les yeux.
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genougenou   23 avril 2016
C'est loin de ses parents qu'un homme apprend à vivre
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Videos de Pierre Corneille (13) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Pierre Corneille
Parmi les écrivains les plus illustres du XVIIe siècle, Corneille, Racine, Molière, La Fontaine, Bossuet, Boileau, Mme de Sévigné, Mme de Lafayette, figure La Bruyère. Avec Les Caractères ou les Moeurs de ce siècle, il a tendu au public de son époque un miroir qui nous reflète toujours. Bien des comportements de la société de Louis XIV ressemblent aux nôtres. Les temps changent, pas le fond des hommes. Jean-Michel Delacomptée explore ce miroir et ce que ses reflets disent de nous. De La Bruyère lui-même, on sait fort peu de choses. Quels milieux fréquentait-il ? Était-il misanthrope, misogyne ? A-t-il aimé ? Était-ce un orgueil blessé ? Quelle était la morale de cet auteur si grave et pourtant si drôle ? Jean-Michel Delacomptée brosse le portrait captivant de ce classique de notre littérature. Il ouvre ainsi une porte dérobée dans les Caractères, dont il rappelle avec force l?intemporelle grandeur.
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