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ISBN : 2877065448
Éditeur : Editions de Fallois (20/10/2004)

Note moyenne : 5/5 (sur 2 notes)
Résumé :
Les derniers soldats du roi sont les soldats italiens regroupés dans des unités régulières qui, après la chute du régime fasciste, ont combattu, de 1944 à 1945, aux côtés des troupes anglo-américaines et alliées, pour libérer le nord et le centre de l'Italie, occupés par les Allemands. Ce n'était pas la haine, mais le sens du devoir, l'amour de la patrie, le désir de terminer une guerre qui déchirait les corps et les consciences qui poussaient ces hommes à poursuivr... >Voir plus
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
PATissotPATissot   02 mai 2017
Nous nous accordâmes une trêve d'à peine une demi-heure, puis nous entreprîmes la descente. Nous étions en terre des Abruzzes : sans être capables de dire en quoi, nous sentions que le milieu avait changé.
C'était peut-être en raison du spectacle différent que nous offraient ces petits villages nichés dans la vallée, qui n'étaient pas semblables à ceux que nous avions rencontrés jusqu'alors, mais pleins d'intimité au long de leurs rues silencieuses. Lorsque vers la fin de la descente nous rencontrâmes pour la première fois des gens, nous fûmes surpris par la différence du parler, des traits, et encore plus de la mentalité des gens, à si faible distance du Latium.
Nous atteignîmes le fond de la vallée à midi passé. Dans les champs, une jeune fille chantait d'une voix harmonieuse une longue cantilène : la mélodie se répandait au-delà des rideaux d'arbres et des cultures, et se perdait dans la réverbération du soleil sur les chaumes, absorbée par le concert monotone des cigales.
Arrivés près de la source – invisible à nos yeux – de ce chant, nous nous arrêtâmes sur le sentier pour écouter, et je repensais aux fenêtres grandes ouvertes de ma maison, et à leurs appuis de pierre d'où, les jours de soleil, se déversait le chant de mes sœurs qui s'affairaient : éclatant, celui d'Angela, très doux, celui de Pina. Peut-être maintenant les fenêtres étaient-elles closes et leurs rebords sans joie. Lorsque la belle chanson s'éteignit et que le chœur envieux des cigales redoubla, nous nous dirigeâmes vers la ferme la plus proche ; elle était petite, avec un porche de bois, précédée par quelques amandiers. «L'hôte est l'envoyé de Jupiter», disait-on dans l'Antiquité, et de même le christianisme prescrit d' «héberger les pèlerins». Ces maximes sont profondément enracinées dans l'esprit des Abruzzais : nous fûmes accueillis comme des envoyés de Dieu ; d'ailleurs qui aurait pu dire si nous ne l'étions pas ?
L'un des fils de la maison – ils étaient deux, tous deux rentrés depuis quelques jours – se lança à la poursuite de l'unique coq du modeste poulailler, et le tua en lui lançant un bâton, puis il le prépara rapidement pour le faire cuire. La mère, interrompant toute autre occupation, se mit à pétrir une mesure de farine, et c'était un spectacle appétissant que celui de la pâte fine, entre les mains actives de la paysanne.
Il y avait aussi le père, un homme aux bras velus, qui nous invita à nous assoir en face de lui sur des escabeaux de bois. Il nous parla gravement :
– Ne soyez pas découragés, jeunes gens, nous dit-il à peu près, par la situation d'aujourd'hui. Ne soyez pas de ceux qui disent «Pour nous autres Italiens, maintenant c'est fini». Je ne connais l'histoire que par ce que j'entends dans les sermons à l'église, mais je sais que notre peuple a éprouvé au cours du temps toutes sortes de choses, et qu'il a toujours surmonté ses épreuves. Nous ne devons donc pas nous laisser abattre par le découragement qui menace également le paysan, alors qu'il est écrasé de dettes, et que l'année est mauvaise. Alors il lui vient l'envie d'abandonner le champ que son père lui a légué. Mais s'il persiste et tient bon, en homme, alors reviennent des jours meilleurs. Moi qui vous parle, j'en ai fait l'expérience.
Et après que, frappés par sa sagesse, nous eûmes approuvé :
– Comment pourrions-nous supposer que nous sommes finis, s'exclama-t-il, les mains sur les genoux, la tête en avant, nous regardant droit dans les yeux, si chacun de nous sent quant à lui son cœur plein de force ?
Après lui, parlèrent ses deux fils ; avec fougue, ils nous firent part de leurs expériences de voyages :
– Prenez le train, dirent-ils, n'ayez pas peur. Les Allemands ne font de rafles que dans les grandes gares, pas dans les gares secondaires.
L'un d'eux raconta :
– Je viens de Trieste. Là-haut, les Allemands ont fait prisonniers tous les officiers et aussi beaucoup de soldats, et ils sont en train de les déporter en Allemagne. Mais sur le Pô, ils creusent en toute hâte des tranchées : cela veut dire, je crois, que les Anglais atteindront bientôt le Pô.
Le père dit encore :
– Vous resterez vous reposer dans la maison autant de jours que vous voudrez.
Peu après, la mère nous appela à table et posa devant nous le plat fumant. Elle parla la dernière, tandis que nous mangions, assise sur son escabeau contre le mur, sous les images pieuses : avec une délicatesse instinctive, elle ne parla que de choses de tous les jours, sans grandes importance, qui ne nous feraient pas penser à notre situation. Le réconfort que nous recevions d'elle ressemblait à l'odeur du pain.
Après le repas, nous nous étendîmes pour dormir dans un «pailler» aéré où les fils du paysan avaient coutume de se reposer aux heures de trop grand soleil.
Je me demandais pourquoi, à l'école, personne ne nous avait parlé de ces endroits, de l'existence de telles gens. À ce qu'il paraissait, le monde classique, homérique – que nous rencontrions dans les livres et croyions évanoui depuis des millénaires – en réalité n'avait pas encore disparu, pas entièrement du moins… Cette découverte que je commençais à faire allait rester l'une des plus belles de toute ma vie.
– Nous commandions des soldats comme ceux-ci, et vois à quoi nous en sommes réduits, dis-je à Antonio, avant que nous nous assoupissions.
– En tous cas, il n'est pas concevable que des gens pareils contribuent à la victoire du nazisme, observa-t-il.
– Dans quoi nous nous sommes laissé entraîner ! murmurai-je.
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PATissotPATissot   27 juin 2017
Nous descendîmes du train au petit matin, au pied de l'énorme massif clair de la Maiella, que le train avait contourné aux premières lueurs de l'aube.
Tout alentour se trouvaient de grandes collines couvertes de chaumes d'or lumineux ; nous entreprîmes aussitôt de les remonter jusqu'au village de Pretoro, souhaitant intérieurement y trouver mon compagnon d'armes Virgilio De Marinis, à qui nous avions l'intention de demander l'hospitalité.
Sur les épaulements que nous parcourions lentement, croissaient bon nombre d'oliviers, et leurs vieux rameaux diffusaient une paisible sérénité dans laquelle nous baignions en marchant. Les événements de la nuit précédente semblaient déjà bien loin. Soudain, du sommet d'un coteau, nous aperçûmes au loin un ruban de mer:
– L'Adriatique ! regarde, nous sommes en vue de l'Adriatique ! disions-nous en nous la montrant.
C'est justement au bord de cette mer, à Riccione, que j'avais marché en compagnie de Margherita… En ce moment même aussi – commençai-je à rêver – Margherita marchait à nos côtés… oui, certainement, et le bleu ciel du bleuet qui là, un peu plus loin, avait échappé à la faux, me faisait imaginer ses pieds dans les chaumes… Peu à peu j'en vins à me représenter la jeune fille avec une telle force, qu'il me semblait presque qu'elle était vraiment là. Je saluai à nouveau avec joie sa tête juvénile, ses beaux cheveux bouclés, uniques au monde, me disais-je, ses yeux gris profonds.
Antonio restait silencieux, pénétré de la paix qui émanait du lieu. Dans le secret de mon cœur je conversais avec Margherita, et je lui adressais des phrases de poète courtois. Je l'appelais «tête d'alouette» et, aimablement plaisant, «nouvelle Mélisande»… (Cette heure aussi, comme toutes les autres de la vie, est passée, s'en est allée pour toujours. Jeunesse, amour de l'amour, collines tapissées d'or des Abruzzes enchanteresses d'alors, tête d'alouette de Margherita… que vous êtes loin, aujourd'hui, de moi qui me souviens !)
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CornelioCornelio   26 mars 2019
Ils moururent tous deux avant la tombée de la nuit. Mort, ce pauvre Jésus d'aumônier, avec sa mère qui l'attendait dans la campagne de Mantoue, scandant les heures interminables sur son chapelet. Il avait fini de se battre à sa manière têtue, la main dans la main du Seigneur, contre les autres et contre sa propre jeunesse. Plus jamais maintenant les femmes de Mantoue ne le tourmenteraient au confessionnal, parce qu'il était beau et fort ; il ne s'en plaindrait plus auprès de nous qui étions ses amis. Des choses dont un prêtre ne parle pas facilement, même au front.
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CornelioCornelio   26 mars 2019
Adieu maintenant Filottrano ; et adieu à toi aussi, cœur de notre jeunesse. Le temps passant, qui sait combien d'événements ont dû se succéder là-bas, et, bien sûr, au long des années de débat politique, le jugement porté sur notre action aura plus d'une fois changé (les rengaines habituelles pour ou contre l'armée...) Par la suite, et c'est bien naturel, les gens nous auront complètement oubliés. Seul le cœur de nos morts, là-bas, s'est arrêté à l'heure de leur jeunesse.
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