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ISBN : 1093606568
Éditeur : éditions de l'Ogre (02/03/2017)

Note moyenne : 3.83/5 (sur 6 notes)
Résumé :
Une femme tombe dans une grotte. Entre visions et hallucinations, elle se rêve en moineau, et assiste, par-delà le temps, au basculement de la vie de Bernadette Soubirous. « Elle voit, parfois aussi elle devient Bernadette, comme si tout enfant, toute fille en tout cas, pouvait l’être aussi. »
L’expérience surnaturelle ou mystique est avant tout une expérience du corps. Qu’ont-elles vu, exactement ? Peu importe, elles ont vu, ou cru voir.

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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
LucienRaphmaj
  07 avril 2017
Ce texte est si clair, d'une clarté qui invente quelque chose d'incroyable, d'incroyable comme le fait de délier de Bernadette Soubirous de son arrière-monde, de le mêler au monde, aux vérités du corps, de l'art, de l'invisible, esquissant ce qui pourrait être un « songe documentaire », mystique à l'envers, mais à l'endroit du monde.
Je ne sais pas comment dire ce texte, car il épuise ce que j'ai l'habitude de faire : lire au diapason de la réflexion, au diapason d'autres dimensions – lire comme on rêve les yeux ouverts, et traverser le texte en formant là aussi des grottes d'échos pour en faire entendre les communications improbables.
Marie Cosnay ne parle pas d'autres mondes. Elle parle de ce monde, ce monde abouché à la nuit des grottes depuis la nuit des temps. A la vision et à l'obscur, à la transparence du monde et à la clarté du ciel.
Alors mettons-nous à entendre ce cri – de chien ou de loup – et laissons-nous nous-mêmes tomber dans la grotte. Sans la sainte lumière du smartphone. Sans phalènes, sans aura.
Voir la nuit. Voir aussi, du fond de la grotte se dessiner la déchirure du ciel, cette déchirure par où nous atteint la lumière.
Rester voir son corps se ramifier dans la pierre. Ou s'envoler avec les moineaux. Destinées compossibles. Impossible réalisé.
Se ressouvenir de Marie Bernarde et de sa vision de « cette chose » aquerò, cette lumière d'avant la forme de demoiselle – aquèra. Cette chose, ce neutre, cet absolu de l'éblouissement
Ce qui balaye toutes les théologies, les mystifications sophistiquées de l'Immaculée Conception (tout un poème) et de la nature de la mystique et des miracles.
Le texte se dédouble à même la voix. Nous transporte dans ce temps de misère, de famine, de maladie, au mitan du XIXe siècle.
Ici oublié.
Tout cette réalité terrible. Ces violences, ces peurs, ces croyances, ces dogmes, ce choléra, toutes ces « vies minuscules » qui furent millions, qui furent peuple.
Ici, dans les Pyrénées, près de la grotte de Massabielle. Avec une enfant lourde, lourde comme une pierre enlevée au ciel. Avec d'autres gravités. Une enfant à qui on enlève la parole comme on enlève le silence, auquel on confisque les apparitions. Auquel l'apparition est retirée à même la langue. Aquerò – au neutre, « cette chose ».
Ici où proserpine. Ici où Eurydice. Et d'autres oubliées, aux enfers descendues et perdues.
Ici dans le neutre – sans le jour sans la nuit, ni vivant ni mort, traversant l'espace des années.
Ici toujours à recomposer l'ineffable. Cette chose. La parole. le silence. L'art. L'éblouissement.
Ici la nuit seconde, l'autre nuit, où apparaît ce qui a disparu. Dans la lumière.
Quoiquoiquoiquoi
folie des mots, de dire l'impossible, la clarté et la grâce.
Surtout quand elle n'est rien.
Bataille regarde en moi tout cela d'un oeil malicieux, voyant
La grotte et l'enfance de l'art
L'art et la mort
La mort et l'aveuglement
L'aveuglement et la littérature
La littérature et l'expérience-limite
L'expérience-limite et la souveraineté
Se joindre en une multitude de regards
« La littérature, je l'ai, lentement, voulu montrer, c'est l'enfance enfin retrouvée. » (La littérature et le mal, préface)
Une enfant, toujours, à préserver. Avec son silence. Avec son mot, aquerò, désignant autre chose. Un autre ciel, une autre nuit. Neutre.
Ici oublié.
Oh, se souvenir de ces grottes contre tous les « Châteaux intérieurs » d'Avila, contre tous ses diamants trop parfaits, contre tous les néants d'Angèle de Foligno, contre les migraines ophtalmiques d'Hildegarde de Bingen. Laisser d'autres cristaux se former. Bernadette forme une forme neutre, une forme de lumière.
Tandis qu'au fond de sa grotte une autre retrouve sur les murs les corps invisibles, fantômes de sexes, de bisons, de mouvements fantômes, eux aussi anges s'il le faut, de ces présences absolues au monde que Rilke nomme « ange », et qui sont des ombres consistantes de cette nuit seconde qui traverse le jour.
Parlons depuis nos grottes, au fond desquelles on peut voir – ou non – Aminadab, portier dément, lui aussi à la frontière des mondes enfoncé dans les grottes profondes, inferis :
« Là-bas les locataires cessent de dépendre du règlement dont la puissance, déjà affaiblie dès qu'on approche de la grande porte, est tout à fait suspendue quand on a franchi le seuil. Cette grande porte, contrairement à son nom, n'est qu'une barrière faite de quelques morceaux de bois et d'un peu de treillage. Mais c'est contre elle que vient se briser la force des coutumes, et l'imagination des locataires la voit comme une immense porte cochère, flanquée de part et d'autre de tours et de pont-levis et gardée par un homme qu'ils appellent Aminadab. En réalité, l'accès en est très facile, et seule une brusque déclivité de terrain apprend à ceux qui s'y engagent qu'ils sont maintenant sous la terre. »
Maurice Blanchot, Aminadab, p.271
Oh, et rester longtemps avec cette brisure de ciel au fond de la grotte, et écouter à nouveau la rumeur du monde accorder à la rumeur de la littérature :
« Restaient les grenouilles, ça m'allait mais ça m'allait un peu triste. »
Marie Cosnay, Aquerò, p.10
Lien : https://lucienraphmaj.wordpr..
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Elouan00
  22 octobre 2017
Une poésie des intervalles, des visions, du corps et d'une solitude extrême. Marie Cosnay défragmente si bien la narration qu'il reste au lecteur des images prégnantes, portées par un souffle furtif, dérobé. On en sort avec l'impression d'une traversée très rapide, mais ébouriffante.
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loudarsan
  20 octobre 2017
Marie Cosnay tisse avec une intelligence sensible L Histoire, la littérature, le politique et l'intime, et les circonvolutions étranges des motifs qu'elle nous livre fascinent et bouleversent comme un songe de fièvre qui échappe aux tentatives de le figer à l'éveil.
Lien : http://louetlesfeuillesvolan..
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Charybde2
  27 février 2017
« Voyants, vos papiers ! » – ou l'exceptionnel songe documentaire de la maîtrise politique et personnelle du corps interstitiel.
Sur mon blog : https://charybde2.wordpress.com/2017/02/27/note-de-lecture-aquero-marie-cosnay/
Lien : http://charybde2.wordpress.c..
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   27 février 2017
Au dernier moment, j’ai dégringolé. Rien de bon pour la migraine. Les forces manquent. Le bleu dans la fente s’éclaircit un peu, légèrement, je dirais qu’il jaunit, lumière, lumière, plein midi.
Bravo.
Je dirais que je suis à moitié de ma deuxième ascension, pieds sur les échelons grattés dans le pilier de glace, j’éclaire au-dessus et j’éclaire au-dessous, les souterrains et les lunes en quartier, je dégringole pour la deuxième fois.
Cette fois, ce n’est pas une dégringolade technique, c’est une dégringolade superémotive.
Ce que j’ai vu je l’ai vu.
J’ai cru le revoir et je le revois.
Le voir, donc. Le voir du fond du trou ou du sommeil ou de l’état hyperémotif de l’enfance ou adolescence.
Ce que j’ai cru voir je l’ai vu et je vais le revoir si je veux mais j’économise l’énergie du smartphone et l’économise la mienne, j’économise le tout et je ferme les yeux et je vois. J’ai vu de grandes bêtes. J’ai vu des monstres et j’ai vu des bisons.
Je n’en ai pas fini.
Je vois un jeune homme qui revient du passé, il conduit une mobylette, ses cheveux dans le vent sont tenus par un turban : c’est l’apparition au turban. Les miracles avaient lieu, des miracles coupés, des miracles à moitié – la moitié ne retirait rien au fait que c’était des sortes de miracles ou des chemins de miracles – ce qu’il faut pour donner l’aile, l’essor. Je rêvais de turban sur la route de l’église (puisque église il y avait) et le dimanche le rêve lui-même paraissait en turban, sur sa mobylette. Le rêve n’était pas de ceux qui communient mais sur la place il faisait tourner son moteur et regardait passer les filles qui allaient communier, le faisait en fumant, l’air de bien se marrer. Je crois alors maladivement aux rêves en turban et aux moteurs des églises, il me faut voir un médecin qui soigne le corps qui voit avec des aiguilles puis un autre qui soigne le corps qui voit avec de l’eau de mer puis un autre qui soigne le corps qui voit avec de l’énergie mais c’est une catastrophe, bref depuis le jour de l’église je vois bouger le rideau orangé de ma chambre où quelque chose appelle.
Un jeune homme en turban ?
J’ai peur.
Le rideau, derrière le rideau un picotement, un bec d’oiseau frappeur. C’est ça, peut-être, le manque de courage : je n’ai pas bougé, je n’ai pas posé de questions devant le rideau orangé.
Je ne veux pas savoir ce qui appelle.
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Elouan00Elouan00   22 octobre 2017
Année 1974, sœur Saint-François me donne des pastilles Pulmoll, de l'aspirine et à lire, la vie de Bernadette Soubirous. Dans un trou de grotte on voit ce qu'on voit une fois pour toutes et après, c'est fini. Comment fait-on pour bien tomber ? A-t-on une idée de ce qu'il faut déployer pour tomber sur quelqu'un ou quelque chose, de ce qu'il faut déployer d'infiniment ingénieux pour tomber sur quelqu'un ou sur quelque chose de bien, quand on tombe on tombe et c'est tout, c'est une affaire, une sale affaire, ces airs qui se déploient avec force mouettes dans la lumière et on dégringole, tombe sur le pire qui soit.
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Charybde2Charybde2   27 février 2017
J’étais au fond d’un trou, dans le noir et blessée.
J’avais fait une promenade sur la route de l’enfance aux pins maritimes, j’avais croisé une bâche impromptue qui m’avait bondi et ri au nez, je l’avais prise pour un chien, je m’étais abritée de l’orage et de la pluie battante, faufilée dans une crevasse que je ne connaissais pas, c’est là que ma vie (pensais-je pompeusement), ma vie avait basculé, la crevasse était un long entonnoir débouchant dans une cavité fraîche et obscure, je touchais terre, je touchais la terre, je touchais la mousse, je pensais : une source non loin – à tâtons, je découvrais les lieux.
Je ne pensais pas, pas tout de suite, à remonter.
Comme tout à l’heure, au moment du chien-biche, je préférais ne pas voir, ne pas savoir. La pièce était circulaire. Tentée de me rallonger dans le froid, sur la mousse. D’en rester là, je veux dire en rester là de ma vie, la vie. Tentée de ne pas chercher à aller plus loin. Ni à sortir de la grotte ni à comprendre les choses du passé ni à aimer celles du présent.
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Charybde2Charybde2   27 février 2017
Le premier bruit m’a terrifiée, celui d’un chien dans le fossé : il devait être pris dans un piège, à moins qu’il ne remue à dessein les herbes hautes avant de me bondir dessus, m’écorcher comme il faut qu’on le soit à la fin. Une scène comme ça dans mes scènes-bestiaires. Tout pour la panique, surtout le soir, soir du retour à l’enfance ou soir du retour sur la route d’enfance. Le bruit-chien me terrifiait si bien que je faisais semblant, en appelais gaiement à la largesse du ciel alors que le soir tombait, toujours pire je disais, je niais le chien et le bruit froissé dans le fossé, pire et pire le soir, je tournais la tête, si je devais finir écorchée eh bien je ne verrai ni la mort en face ni la peur, pas question.
Ce n’était pas un chien.
J’ai regardé l’écran du smartphone : il ne répondait plus.
J’ai voulu autre chose. C’était urgent, ça n’a rien donné. J’ai voulu parler à quelqu’un qui me reviendrait du passé mais ça n’a rien donné.
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Videos de Marie Cosnay (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Marie Cosnay
L'Escale du Livre est partie à la rencontre de Marie Cosnay, enseignante en lettres et traductrice. Sa traduction des Métamorphoses d'Ovide est mise en scène lors d'une lecture musicale. Celle-ci rassemble les générations autour de textes de l'antiquité remis au goût du jour.
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