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Critiques sur Outre-Mère (25)
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kielosa
  25 mars 2019

L'auteure, Dominique Costermans, a publié jusqu'à présent 8 recueils de nouvelles, 7 essais et une longue liste de nouvelles éparses. Ses essais s'adressent principalement aux enfants et portent des titres comme l'hôpital, le développement durable, l'environnement, l'aménagement du territoire etc. expliqué aux enfants. Elle a raflé 7 prix littéraires. "Outre-Mère" est le premier roman de cette écrivaine, née à Bruxelles en 1962.
C'est aussi le premier livre, qui est paru en 2017, que j'ai lu de ma compatriote dynamique.

La grande valeur de cette oeuvre réside dans l'approche de l'auteure des questions épineuses liées à la dernière guerre mondiale et qui confère à ce roman une dimension hautement littéraire.

Petit à petit, page par page, nous découvrons, ensemble avec son héroïne, la jeune Lucie van Dam, ce qui s'est passé au juste à différents membres de sa famille lors de ces sombres années de guerre et d'occupation.

Son grand-père, Charles Morgenstern, s'est-il porté volontaire pour le NSKK ("Nationalsozialistisches Kraftfahrkorps") ou le "Corps de transport" nazi en Allemagne ? Voilà, par exemple une énigme que notre Lucie essaie de résoudre.

Comme l'a noté l'éditeur Luc Wilquin sur la 4e page de couverture : "Le paradoxe de ce roman... c'est que le secret le plus crucial apparaît moins dans une révélation...que dans les moments anxieux, obstinés et rebondissants de son dévoilement tentaculaire".
Toute tentative de ma part, dès lors, de vouloir résumer cette histoire équivaudrait à un véritable crime.

S'il est vrai qu'au départ le lecteur pourrait se sentir un peu mal à l'aise avec une prolifération quasi inévitable de noms, prénoms et endroits, inhérent à cette façon de presenter une histoire, il convient de signaler que Dominique Costermans a eu l'amabilité de produire en fin de volume 2 petites annexes, à savoir : une liste des dates les plus importantes et un arbre généalogique des Morgenstern. Une aide évidemment très utile.

Ce qui m'a plu également c'est la façon de présenter le sort des Juifs, pratiquement à partir de leur expulsion de l'Espagne et du Portugal en 1492 (souvenez-vous de Spinoza) et leurs pérégrinations par Constantinople vers l'Europe de l'est, par petites touches ingénieusement placées çà et là. Donc, pas d'exposés historiques, mais au contraire, des petites phrases, comme à la page 30 : "Hélène Lambert est désormais une petite catholique cent pour cent casher".

Moi, qui me suis souvent plaint dans mes critiques de l'absence de traduction française d'ouvrages beaux ou intéressants, c'est maintenant les éditeurs néerlandais et flamands que j'invite à assurer au plus vite la traduction, dans ma langue maternelle, de "Outre-Mère", un livre qui le mérite royalement.

Je termine par une belle citation de ce roman : "La frontière est parfois mince entre ce qui fait qu'un homme devient un héros ou un traître" (page 64).
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isabroot
  27 février 2017
Mon dernier coup de coeur. Une enquête minutieuse menée par Lucie sur le passé de sa mère Hélène et surtout de son grand-père Charles, un passé dont les fêlures et les zones interdites pèsent douloureusement sur les générations suivantes. Le récit épouse les méandres des recherches de la narratrice, et évolue au gré des relations difficiles qu'elle entretient avec sa mère. Du grand-père juif, Charles Morgenstern, on sait peu de chose, si ce n'est qu'il a été condamné à mort par contumace pour "avoir, à Bruxelles et hors du Royaume, notamment en Allemagne, entre le 1er juin 1940 et le 8 mai 1945, porté les armes contre la Belgique, soit contre les Alliés de la Belgique (...), en accomplissant sciemment pour l'ennemi des tâches de combat, travail, transport, de surveillance". Au fil des patientes recherches de Lucie se dessine le portrait d'un homme dénué de sentiments pour autrui, multipliant les aventures et les rejetons au gré de ses pérégrinations dans l'Europe dévastée de l'après-guerre. Le puzzle se construit petit à petit, de manière souvent anarchique, au gré des trouvailles de Lucie, de ses hésitations, de son cheminement dans sa propre vie, et de ses relations complexes avec sa mère. Lorsque celle-ci, enfin, consent à lui donner les clés de son passé, comme une délivrance, le récit peut s'achever et les noeuds les plus serrés se défaire. Magnifique roman qui traite des secrets de famille, des silences qui meurtrissent et de la complexité des rapports mère-fille. Très beau, écriture simple, fluide, tout en délicatesse...
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hcdahlem
  16 avril 2017
Une fois n'est pas coutume, je commence cette chronique par un souvenir personnel. Au décès de mon père, mon frère aîné a voulu creuser la généalogie familiale. Il a parcouru les bureaux d'État-civil, enregistré des dizaines d'actes, interrogé les plus vieux avant de se heurter aux branches de l'arbre généalogique qui s'achevaient brusquement, faute de documents, faute de certitude. Avec l'arrivée des sites de généalogie en ligne, j'ai pris le relais et pu ainsi étoffer considérablement la base de données et trouvé quelquefois des connexions amusantes avec quelques célébrités. Mais j'ai surtout découvert une formidable façon d'étudier l'Histoire et la géographie ou encore la sociologie. Claude Lévi-Strauss avait bien raison de dire que « chercher ses racines, c'est au fond se chercher soi-même : qui suis-je ? Quels sont les ancêtres qui m'ont fait tel que je suis ? Des noms d'abord, des dates, quelques photos jaunies ou, avec plus de chance, un testament, une lettre. »
Aussi c'est avec un plaisir non-dissimulé que je me suis identifié à l'auteur dans sa quête et dans sa volonté de témoigner : « Pendant des années, j'ai accumulé les questions, les traces, les signes et les preuves. J'ai fréquenté les administrations, les archives, les palais de justice. J'ai envoyé des requêtes, interrogé des fichiers, rencontré des témoins. Pendant des années, j'ai pris des notes. le temps est venu de rassembler les fragments de cette histoire et de les articuler en un récit éclairant. »
Mais l'exercice n'a rien de facile, bien au contraire. Car pour la narratrice, il va falloir passer Outre-mère, pour reprendre le titre éclairant de ce récit qui est autant chargé de silences que de bruit et de fureur. Quand la petite Lucie découvre une image pieuse dans le missel de sa mère avec cette inscription : «Hélène Morgenstern, en souvenir de la première visite de Jésus dans mon coeur, le 30 mai 1946» et qu'elle demande qui est cette personne portant le même prénom que sa mère, on lui répond qu'il s'agit d'une amie de classe.
Lucie comprend très vite qu'on essaie de lui cacher quelque chose. Que poser des questions crée un malaise. « Ma mère use avec nous de ce procédé qui a muselé toute une génération après la guerre, celle des rescapés, celle des revenus de l'enfer, celle des enfants cachés, celle des survivants. de tous ceux qui tentaient de raconter leur épouvantable histoire et qu'on a fait taire d'un "Tu n'as pas à te plaindre; au moins, toi, tu es vivant". Ils avaient survécu, leur souffrance était inaudible: on les priva de parole. Ou ils se résignèrent d'eux-mêmes au silence. »
Sauf qu'ici, ce n'est pas la douleur qui empêche de parler, mais la noirceur des actions commises. Car il apparaît très vite que Charles Morgenstern, le grand-père, s'est enfui en Allemagne, condamné à la peine de mort par contumace l'année même où sa fille fait sa communion.
Bribe par bribe, les lourds secrets apparaissent. Les fils se tissent entre les différents membres de la famille. Très vite aussi les recherches vont scinder le clan entre ceux qui préfèrent ne rien savoir et ceux qui veulent comprendre. Il y a l'histoire de l'adoption de sa mère après la fuite de son père. Il y a ensuite la question de la religion et l'éventualité d'origines juives. Il y a les alliances et les origines des branches paternelles et maternelles. Il y a enfin les oncles et tantes et tous les descendants. Patiemment, l'auteur nous détaille son enquête : « Dans les caves de cette histoire dont personne ne m'a donné les clés, j'ai trouvé des cadavres et des monstres ; quelques trésors, aussi. J'ai trié, rangé, empaqueté, nettoyé les toiles d'araignée et chassé la poussière. »
On la suit tout au long d'un passionnant parcours, car elle ne nous cache rien de ses doutes, des éclats de voix qui émaillent certaines interrogations ou indignations, de la documentation qu'elle amasse, de sa volonté de comprendre combien « la frontière est parfois mince entre ce qui fait qu'un homme devient un héros ou un traître. Combien se sont retrouvés du côté des bons ou des méchants juste parce qu'ils avaient l'opportunité qui, en fin de compte, leur a ouvert le destin. »
Tout au long du livre, on admire ce cheminement toujours sur le fil du rasoir et on découvre derrière cette famille bruxelloise le destin de millions de personnes.
Lisez Dominique Costermans et vous comprendrez – pour peu que vous ne jugiez pas – le formidable paradoxe qui les unit toutes et sur lequel elles se sont construites : « oublie, n'oublie jamais. »
Mieux que des dizaines d'essais ou de documents historiques, ce roman nous apporte une preuve cinglante, parce qu'assumée jusque dans sa noirceur la plus extrême, du devoir de mémoire.

Lien : https://collectiondelivres.w..
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motspourmots
  21 février 2017
Combien de familles souffrent de ces zones blanches, ces non-dits qui entourent certains de leurs membres au moment de la seconde guerre mondiale ? Suffisamment pour faire le sel de nombreux romanciers qui puisent là matière à récit poignant. Encore faut-il parvenir à faire d'une quête personnelle un témoignage universel.
Dominique Costermans y parvient avec brio et permet au lecteur une empathie presque immédiate avec Lucie face au silence de sa mère, Hélène sur tout ce qui touche à sa famille paternelle. Une mère qui refuse farouchement d'expliquer ce silence et c'est malgré elle que Lucie effectuera cette quête pour reconstituer tout un pan de ses racines, de ses origines sans lequel elle ne peut pas elle-même transmettre son histoire. D'où ce superbe titre, "Outre-mère".
Aux côtés de Lucie nous découvrons donc le passé et la vie de Charles Morgenstern, le père d'Hélène qui avait choisi le mauvais côté pendant la guerre, ça, nous le savons très vite. Mais ce n'est que le point de départ car il y a de nombreuses questions à élucider de nombreux morceaux à rassembler pour que le puzzle prenne forme et que l'histoire puisse enfin être racontée.
Ce premier roman est à classer aux côtés de celui de Séverine Werba, le très beau "Appartenir", "Le Carré des Allemands" de Jacques Richard ou encore plus récemment "Nous, les passeurs" de Marie Barraud. Des histoires différentes mais une même quête, ce besoin de savoir d'où l'on vient pour pouvoir continuer. La génération précédente était peut-être encore trop proche des événements, celle-ci (les petits-enfants) prend donc l'initiative avec peut-être le recul nécessaire pour cette plongée en apnée dans un passé qu'il s'agit avant tout de connaître et d'accepter comme un élément qui les constitue.
L'auteure nous offre un texte fort et poignant et apporte avec talent sa pierre à l'édifice de la nécessaire compréhension d'une époque.
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adtraviata
  10 février 2017
Dominique Costermans signe ici son premier roman, après avoir publié plusieurs recueils de nouvelles chez Luce Wilquin et chez Quadrature. Je découvre sa plume avec ce texte et il me faut avouer que je suis sous le charme...

J'adore le thème des secrets de famille : celui dont il est question ici, c'est l'engagement pro-nazi d'un Juif bruxellois dont la femme et les deux jeunes enfants ont lourdement payé le prix de son arrogance, c'est la "collection" de demi-soeurs et de cousins dont Charles Morgenstern a parsemé son chemin après la guerre, comme autant de souffrances et de mystères infligés à ses "proches". Celle qui dévoile petit à petit ces secrets, c'est Lucie la bien nommée, la fille d'Hélène (fille aînée de Charles).C'est le décès de la mère biologique d'Hélène qui entrouvre la porte du secret à Lucie, cela commence à mettre des mots, des formes sur un ressenti confus et oppressant depuis son enfance. A force de recherches, de patience, de questions, de rencontres avec les différents protagonistes, Lucie reconstitue les pièces du puzzle et réussit à faire parler sa mère, levant un tant soit peu le lourd fardeau que "l'auteur de ses jours" lui fait porter depuis si longtemps.

L'auteure donne la parole tantôt à Lucie, tantôt à un narrateur externe qui s'attache principalement à la jeune femme. le récit est aussi émaillé de passages en "vous", dans un registre judiciaire, directement adressés à Charles Morgenstern. Si l'on est un peu perdu dans sa lecture, un tableau généalogique (signalé dès le début du livre) permet de se repérer entre les personnages. Ainsi ce n'est pas tant l'histoire complète de ce collabo qui importe mais la manière dont le secret se révèle progressivement, les implications qu'il porte sur plusieurs générations (principalement féminines), le questionnement de Lucie face à la "nécessité" de coucher son histoire familiale par écrit. J'ai trouvé le ton de Dominique Costermans particulièrement juste, à la fois lucide et sensible. L'écriture fluide accompagne bien cette forme de résilience vécue par ses personnages.

Ce premier roman est particulièrement réussi.

Merci à Babelio et à l'éditeur pour l'envoi de ce livre.
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Tlivrestarts
  09 mai 2017
Editions Luce Wilquin

Tout commence avec une citation de François EMMANUEL, "L'oeuvre, une ombre plus fidèle que la biographie." semant le doute entre la fiction et la réalité. Dominique COSTERMANS s'est effectivement inspirée de faits réels pour l'écrire...

Nous sommes en mai 1969, il y a tout juste 48 ans, une petite fille, Lucie, est convoquée par ses parents pour la préparation de sa première communion, cette "première visite de Jésus dans son coeur". Sa mère lui présente une image pieuse servant de modèle. Il s'agit de celle d'Hélène Morgenstern célébrée en mai 1946. Qui est Hélène Morgenstern ? Quels liens avec sa propre famille ? Quelle influence sur sa propre vie ? Lucie, interpellée, va partir en quête du passé de cette enfant dont les premières traces apparaissent il y a une bonne vingtaine d'années. Nous étions à la fin de la seconde guerre mondiale !

Je ne vous en dis pas plus car il s'agit du sujet même de ce roman.

Lucie est la narratrice. Elle explique sa démarche :

"Je l'écris pour Hélène. Je l'écrits contre son gré.

J'écris aussi cette histoire pour mes enfants. Je l'écris pour mettre à plat, comprendre, reconstituer, mettre de l'ordre. Pour transmettre." P. 19-20

Vous l'aurez compris, ce roman va alterner les passages dédiés aux recherches menées par Lucie et la vie d'Hélène découverte progressivement au gré des pièces qui vont lentement trouver leur place dans le grand puzzle familial. Il va y avoir une alternance aussi dans le temps, avec chaque fois une génération d'écart.

Et puis, il y a un mystère qui éveille tout de suite la curiosité de Lucie enfant, sa propre mère s'appelle Hélène. Y a-t-il un lien entre les deux femmes ? Un secret plutôt ? précieusement gardé ! Pourquoi cette intonation dans la voix de sa mère quand Lucie pose la question de qui est Hélène, ce ton employé comme voulant mettre un point final à l'échange, un ton qui ne semble pas laisser de discussion possible autour d'un passé de longue date resté caché. Il n'en faudra pas plus, bien sûr, pour susciter les convoitises de Lucie, les punitions dans la chambre de ses parents dont toute l'intimité semble servie sur un plateau doré ne feront que renforcer les velléités de l'enfant à découvrir l'histoire d'Hélène.

La grande Histoire va ponctuer l'itinéraire d'Hélène, voire de Lucie. Elle va laisser des traces plutôt inavouées vous l'aurez compris. Pendant la seconde guerre mondiale qui s'invite régulièrement maintenant dans la littérature contemporaine que l'action d'écrvain.e.s s'évertue à montrer, il y a eu des résistants à l'image de Jeanne Heon-Canone magnifiée sous la plume de Aude le Corff dans "L'importun", il ya eu des femmes dont l'amour supposé ou assumé pour des Allemands a été rappelé par Jacky DURAND avec "Marguerite", il y en a eu d'autres qui ont mené la vie d'ordinaires français percutée par les événements et le départ au front des maris comme Emélie et Muguette, les héroïnes du dernier roman de Valérie TONG CUONG "Par amour", il y a eu des structures pour emprisonner des êtres humains désignés comme les hommes et les femmes à exterminer comme le Camp de Gurs dénoncé par Diane DUCRET dans "Les indésirables", d'autres pour soigner comme le sanatorium d'Aincourt dont la mémoire est assurée par Valentine GOBY avec "Un paquebot dans les arbres", et puis, il y en a eu qui ont collaboré avec l'ennemi notamment dans le Nationalsozialistiche Kraftfahrkorps (NSKK), une organisation paramilitaire du parti nazi qui n'a pas recruté qu'en terres allemandes mais a aussi accueilli des volontaires étrangers.

Certains Belges y ont trouvé leur voie, c'est le cas de Charles Morgenstern. Comme d'autres juifs, il s'y est engagé pour servir l'occupant, celui dont les siens sont pourtant l'une de ses premières cibles. Mais pourquoi ?

Dominique COSTERMANS essaie d'en exposer les motifs :

"[...] par opportunisme, par naïveté, par jeunesse, pour sauver leur peau, pour manger." P. 66

Quel passé bien lourd à porter pour les générations suivantes, c'est ce que la famille de Lucie essaie de surmonter au quotidien.

"Ils savent cependant qu'ils avancent dans le passé comme des démineurs, les bras chargés de grenades dégoupillées." P. 100

La démarche de ce roman est à l'image de celle menée par Marie BARRAUD dans son 1er roman "Nous, les passeurs", publié également lors de cette rentrée littéraire de janvier 2017.

Il n'en a toutefois pas la même construction. J'avoue avoir été parfois désarçonnée par la multitude de personnages dont les destins individuels sont imbriqués les uns dans les autres. L'arbre généalogique des dernières pages est indispensable pour donner une vision globale de la famille. L'émotion y a été moins forte aussi mais il n'en reste pas moins un roman puissant.

Je voudrais saluer le devoir de mémoire auquel l'écrivaine concourt et pour cette voix donnée à

"toute une génération après la guerre, celle des rescapés, celle des revenus-de-l'enfer, celle des enfants cachés, celle des survivants. [...] Ils avaient survécu, leur souffrance était inaudible : on les priva de parole. Ou ils se résignèrent d'eux-mêmes au silence." P. 26

Avec ce roman, elle contribue aussi à offrir une certaine émancipation du passé à des générations qui en étaient privées :

"Je sais que les secrets de famille se nourrissent dans l'ombre de nos inconscients, restreignant la part de liberté de ceux qui les subissent." P. 110

Quant à la plume, le nombre de citations révèle une grande qualité, des mots justes. Je voudrais maintenant accéder au registre des nouvelles de Dominique COSTERMANS.
Lien : http://tlivrestarts.over-blo..
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july57
  03 mars 2017
Quel genre d'héritage un grand-père juif (collabo) peut-il laisser à sa famille? Comment vivre avec cet insoutenable secret? L'enfuir au plus profond de soi ou, au contraire, défaire ce noeud d'acier pour se délester d'un terrible fardeau?
C'est à ces questions que Dominique Costermans tente de répondre à travers son premier roman "Outre-Mère".

Dans cet ouvrage, l'auteur mêle habillement fiction et faits réels et livre un roman absolument passionnant et envoûtant qui happe littéralement le lecteur dans le tourbillon de ce passé trouble. Mais la lecture peut paraître aux premiers abords compliquée car Dominique Costermans explore un large pan de l'arbre généalogique de la famille Morgenstern. Pour le lecteur perdu dans les méandres de la généalogie, celle-ci est reprise à la fin de l'ouvrage afin de l'aider à s'y retrouver.

Pour le fond,"Outre-Mère" est donc l'histoire de Charles Morgenstern, un juif bruxellois, enrôlé dans l'armée allemande et qui devient un indic de la Gestapo, rôle qu'il prend visiblement à coeur. Mais "Outre-Mère" est aussi l'histoire de la descendance de cet homme et de ses actes effroyables. C'est donc Hélène, une des petites-filles de Charles, qui va mener son enquête sur ce douloureux passé et délivrer sa propre mère, par la parole, de ce tabou qui la hante depuis tellement d'années.

En ce concerne la forme, Dominique Costermans évoque des souvenirs (réels) de Charles au milieu de la trame du récit: comme autant de morceaux d'un puzzle, pour reconstituer ce terrible secret de famille, disséminés au fil des générations.

Un livre que l'on a du mal à lâcher et qui, une fois refermé, laisse comme une empreinte indélébile au fond de soi...
Une très belle découverte que je recommande absolument.
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nilebeh
  10 juin 2017
Charles Morgenstern, juif, refusé par l'armée belge au début de la guerre, devenu Charles Fumal, du nom de sa mère, au service des Allemands, d'abord comme traducteur, puis engagé dans le NSKK, organisation paramilitaire nazie en 1941. Condamné à mort par contumace en 1946 pour trahison, dénonciations, arrestations de juifs et de résistants dans sa propre ville.

Tel est le personnage dont Lucie raconte l'histoire, oscillant entre le récit d'un narrateur extérieur, le récit à la première personne de la jeune femme qu'elle est devenue mais aussi de l'enfant qu'elle fut. Puis par des adresses en italique à cet être complexe, haïssable qui fut la honte de la famille : son grand-père maternel.

Comme souvent dans ce type de parcours qui fait remonter le temps et se livrer à une véritable enquête pour reconstituer le puzzle de l'histoire familiale, c'est un deuil qui déclenche l'impulsion de la narratrice. Sa grand-mère, Suzy, est morte. Elle fera sa connaissance sur son lit de mort. Sa mère, Hélène, a manifestement tenté d'oublier, d'effacer le passé. Une photo d'elle en communiante, mains jointes, un chapelet enroulé autour des doigts, une grand-mère inconnue et sans vie : Lucie part à la rencontre des secrets de sa famille et se découvre une ascendance juive dont elle ne savait rien. Elle entraîne sa mère de 75 ans, aux souvenirs mis sous scellés depuis des années, à redécouvrir son quartier, juif hier, turc aujourd'hui. le regard de Lucie se fait double : il embrasse les rues où vivait sa mère juive et où son grand-père faisait arrêter les réfractaires au STO. Et redonne vie aux deux.

Alors commence pour elle un long chemin de reconstruction de sa propre histoire mais pas seulement. Elle interroge les petits-enfants de l'Holocauste : comment savoir, transmettre, être fidèle à sa lignée ? Comment appréhender ces faits rares mais réels : des juifs qui se sont mis au service du bourreau ?
Sur fond de musique klezmer, les enfants et petits-enfants des juifs des années 40  « avancent dans le passé, comme des démineurs, les bras chargés de grenades dégoupillées. »

Long parcours personnel, douloureux et éclairant, ce livre pose des questions auxquelles on ne s'attendait pas : quels aléas de la vie ont pu produire des Charles Morgenstern ? Les phrases résonnent douloureusement en moi, et font écho aux propos d'une amie juive dont le père s'est remarié après avoir perdu sa femme et ses deux enfants dans l'horreur des fours crématoires. Elle disait : « Je suis née sur des cadavres. » Quel livre pourrait écrire chaque enfant, chaque petit-enfant des victimes de la Shoah ?


Lu dans le cadre des 68 1ères fois.

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jg69
  21 avril 2017
"Cette histoire fait partie de mon histoire mais je ne suis pas cette histoire."

Ce roman est inspiré d'une histoire réelle, celle de Charles Morgenstern, un juif bruxellois qui s'est mis aux services de la Gestapo.
Lucie appartient à une famille où il convient de ne pas poser certaines questions, ainsi elle ne sait rien de ses origines et a l'impression d'être "née de rien". Décidée à percer le secret de sa mère Hélène qui refuse de parler de son passé, elle est bouleversée d'apprendre que sa mère est juive par les femmes de sa famille et Morgenstern par les hommes. Elle va patiemment, pendant une trentaine d'années, reconstituer le puzzle de l'histoire de sa mère. "J'écris aussi cette histoire pour mes enfants. Je l'écris pour mettre à plat, comprendre, reconstituer, mettre de l'ordre. Pour transmettre."
Lucie reconstitue l'histoire de Charles, son grand-père maternel, de 1940 à 1945 à partir de son dossier militaire qu'elle parvient à consulter et à partir de témoignages de personnes qui ont croisé son chemin. Elle apprend ainsi qu'il a été condamné à mort par contumace lors de son procès en 1946. Elle comprend pourquoi sa mère s'est emmurée dans son silence avec son secret, c'est le seul moyen de survie qu'elle a trouvé face à Charles qu'elle ne peut nommer que "l'auteur de mes jours".
Lucie obsédée par sa quête de vérité, par sa volonté de savoir d'où elle vient se retrouve bouleversée par ses recherches en se découvrant la petite fille d'un traître dans lequel elle cherche désespérément une lueur d'humanité. Elle va essayer de comprendre comment il est devenu ce monstre. "Je m'étais préparée au pire. Je n'ai pas été déçue."

Dans ce récit le secret est révélé très vite, le propos du roman est de raconter la quête de Lucie et sa lutte pour faire sortir sa mère de son silence, en ce sens le titre du roman a été judicieusement choisi.

J'ai trouvé ce roman compliqué à suivre malgré l'arbre généalogique inséré dans les dernières pages car la famille de Charles est tentaculaire, sur plusieurs générations on trouve des noms usurpés, des adoptions, des changements d'identité, de plus Charles a eu quatre filles de quatre femmes différentes... J'ai trouvé que l'auteure noyait le lecteur avec de multiples détails sur des personnages périphériques dont je n'ai pas toujours vu l'intérêt et j'ai souvent eu la tentation d'abandonner ma lecture.
De plus les éléments que Lucie découvre dans le dossier militaire de son grand-père sont relatés dans un style sec digne d'un rapport de police.
Heureusement la dernière partie, nommée "La délivrance", dans laquelle Hélène accepte de se livrer à sa fille m'a réconciliée avec ce roman mais pour cela il m'a fallu attendre les 2/3 du livre... Lucie pourra enfin dire "Je suis la petite-fille de cet homme-là. Ce destin me pèse depuis cinquante ans. Mais désormais je suis aussi la petite-fille de cette femme-là".

C'est donc avec un avis bien mitigé que j'ai refermé ce roman sur le poids de l'héritage familial, sur l'impact de la collaboration sur les générations à venir et sur le silence familial et ses conséquences. Ce roman aura eu le mérite de m'apprendre que des juifs avaient intégré la Gestapo, élément historique que j'ignorais complètement.
Au final, un sujet fort intéressant mais un traitement qui m'a gênée.




Lien : http://leslivresdejoelle.blo..
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Nathv
  30 janvier 2017
Merci à Babelio – via sa Masse Critique – et aux Editions Luce Wilquin de m'avoir permis de découvrir cette auteur ainsi que son livre « Outre-Mère » (en librairie dès le 10 février 2017).

Ce roman concerne donc Charles Morgenstern dont la petite-fille, Lucie, tente de dresser le portait – et son arbre généalogique – sur base des souvenirs et confidences de sa mère, Hélène – la fille donc de Charles Morgenstern.

L'auteur spécifie en début d'ouvrage que son récit est basé sur des faits réels mais qu'il s'agit, bel et bien, d'une fiction, principalement sur fond de seconde guerre mondiale en Belgique.

Si le lourd passé de Charles Morgenstern est vite révélé au lecteur (juif, bruxellois, enrôlé dans l'armée allemande puis indicateur au service de la Gestapo), celui-ci n'en saisit tous les tenants et aboutissants qu'au fil des révélations d'Hélène distillées au compte-goutte. Ces témoignages du passé, au départ, obtenus difficilement se révèlent être, plus tard, une réelle délivrance pour la femme qui arrive enfin à mettre des mots sur cette relation si compliquée qui la lie à, comme elle le nomme, « l'auteur de mes jours ».

Le récit est intelligent et dépeint parfaitement le poids de l'héritage familial, des secrets de famille et la difficulté de se créer une identité dans de telles conditions. "Je sais que les secrets de famille se nourrissent dans l'ombre de nos inconscients, restreignant la part de liberté de ceux qui les subissent" (page 110)

L'auteur choisit une composition architecturale du roman assez compliquée ; le tout étant basé sur des souvenirs, souvent peu chronologiques, et impliquant un nombre assez élevé de personnages.

Personnellement, bien qu'un arbre généalogique en fin de roman facilite la compréhension, je me suis, malgré une lecture attentive, plusieurs fois égarée dans la famille Morgenstern. Je comprends bien qu'il s'agit là d'un choix assumé de la part de l'auteur. Néanmoins, je ne le trouve donc que partiellement maîtrisé.

Mais force est de reconnaître que j'ai dévoré le livre de la première à la dernière page.

Outre-Mère est le premier roman – après une demi-douzaine de recueils de nouvelles – de Dominique Costermans et, à mes yeux, bien prometteur quant aux suivants !

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