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EAN : 9782878585841
136 pages
Viviane Hamy (22/08/2013)
3.36/5   225 notes
Résumé :
Une fable puissante où la société muselle la pensée par le divertissement et désigne la littérature comme ennemi public n°1. Le Rire du grand blessé est, entre autres, un hommage aux grands classiques de l'anticipation, comme 1984 de George Orwell, Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley, ou Fahrenheit 451 de Ray Bradbury...
Dans un pays inquiétant, le Service National a trouvé le moyen de garantir l'ordre social : les Lectures publiques ont été transformées e... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (66) Voir plus Ajouter une critique
3,36

sur 225 notes

J'ai lu avec intérêt cette dystopie, mais sans réel plaisir.

Sans doute me suis-je trop sentie enfermée dans cet univers froid de papier glacé, à l'écriture clinique.

Décor : Faire du livre ou de la lecture un élément de thérapie et faire disparaître ainsi toute addiction funeste pour la santé (drogue, alcool...) est une vraie gageure. Gageure réussie avec brio par Lucie Nox, bien au-dessus de toute attente.

Envers du décor : Contrôler tout débordement des dociles consommateurs en organisant des manifestations publiques de lecture, sous l'égide de solides agents de sécurité, recrutés pour leur analphabétisme et dressés aux ordres, dont le presque parfait numéro 1075.

Le meilleur des mondes ? Une illusion, encore. Car bien sûr les lectures sont ciblées et non libres de choix et les agents de sécurité quasi lobotisés pour faire régner l'ordre et la peur.

Et la faille dans le système bien sûr...

Un zeste d'humour noir avec l'industrie du livre, sauveur de l'humanité et garant de bénéfices considérables.

Une mise en garde sur un état totalitaire, avec en surimpression la célèbre maxime « Panem et circenses » : de quoi museler le peuple en lui offrant les divertissements qu'il croit avoir choisis lui-même.

Un air de déjà vu même s'il ne fait pas de mal de rester vigilant.

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Imaginez un monde...

...où les choix de nos lectures seraient contingentés, imposés, standardisés, classifiés en rayons thématiques, rationalisés par des fonctionnaires plumitifs au cahier des charges d'écriture au kilomètre.

...où nos échanges de compulsifs babéliotes seraient impossibles, car Babelio serait interdit (vision d'horreur!)

...où des grandes messes de lecture collective, tels des événements sportifs, déchaineraient des instincts primaires, avec service d'ordre musclé à neurone unique.(le livre à la place du ballon rond, un seul lecteur au milieu du terrain, jolie idée pourtant!)

Imaginez la frustration! Imaginez...

Bienvenue dans le monde de l'analphabête 1075, pur produit de masse anti émeute, prototype déshumanisé dans la société totalitaire surréaliste imaginée par Cécile Coulon.

Mais la révolte couve...

Un conte philosophique concis, froid et rude, où l'auteur ne lésine pas sur les superlatifs pour accentuer le trait.

D'autres critiques ont largement décortiqué avec talent le symbolisme du contexte. Je me bornerai à dire mon plaisir pour un moment de lecture originale, où la littérature tire son épingle du jeu.

(Bonne nouvelle: on a sauvé Babelio!)

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Quel avenir pour la littérature? Cécile Coulon nous soumet ici une hypothèse futuriste qui bouleverserait fort les échanges d'une plateforme comme Babelio : Masse critique sous contrôle, remaniement des critiques de lectures triées....en effet dans l'univers de l'auteur les livres sont conçus dans des usines à mots, et formatés par thème : chagrin, rire, frisson. Exit la littérature classique trop subversive. Et pour mieux contrôler les masses, des lectures publiques sont données dans des stades d'accès très réglementés. Au coeur de l'histoire, l'un des Agents officiels qui veillent au bon déroulement de ces messes à grande échelle. Condition essentielle de recrutement de ces vigiles : ils ne savent pas lire. Tout contrevenant est immédiatement expulsé, et renvoyé dans la zone suburbaine miséreuse où il vient.

Bien entendu 1075, notre héros, tombe dans le piège...

Suffit-il de faire un mix de Farenheit 451, de 1984, et d'Algernon pour faire un roman de SF qui se tient, le tout en moins de 150 pages? Par sûr. Pour ma part je reste sur ma faim. J'ai eu l'impression de parcourir un canevas, une ébauche de ce qui aurait pu être un vrai roman. Il manque une accroche pour le lecteur, des détails supplémentaires qui permettraient de s'attacher aux personnages, et de se faire vraiment peur.

Je n'ai pas compris non plus pourquoi les Agents doivent être illettrés...

L'écriture me paraît aussi très inégale : quelques belles formules côtoient des phrases alambiquées qui ôtent de la clarté au récit .

Il en ressort que l'on apprécie de vivre à notre époque où nous avons le choix de nos lectures et la liberté de soumettre nos appréciations en toute indépendance.


Lien : http://kittylamouette.blogsp..
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Dans un futur imaginaire, Cécile Coulon nous plonge dans un univers totalitaire d'où la littérature est bannie, les livres interdits. N'existent que les ouvrages faits par les « écriveurs » homologués par le gouvernement et formatés pour provoquer des émotions ciblées du « livre frisson », au «livre fou rire » en passant par « le livre tendresse » et « le livre haine ». C'est mieux que rien, me direz-vous, en bon « Babeliote » pour qui le manque de lecture équivaut à une lente agonie.

Pas si simple, car il est interdit de lire, ces trésors doivent être déclamés dans des stades immenses à une foule avide et impatiente par des liseurs surveillés par les Agents du Service National. Ces représentations qui déchaînent l'hystérie collective ont pour nom « Manifestation À Haut Risque », l'agent « 1075 » est chargé d'y assurer la sécurité, il applique docilement les ordres de sa hiérarchie. Il est analphabète, critère impérativement exigé lors de son embauche. La carrière de « 1075 » est sans anicroche jusqu'à ce qu'une blessure l'envoi à l'hôpital.

D'une plume ciselée, précise, incisive, Cécile Coulon fait de ce monde mécanique une angoisse permanente.

J'ai lu ce livre d'une traite, en ayant en permanence un oeil sur ma PAL.

Ouf ! me voilà sauvée.

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N°980– Octobre 2015

Le rire du grand blessé - Cécile Coulon -Éditions Libra diffusio.

Imaginez un pays imaginaire où le système social serait basé sur l'ignorance et le divertissement. En effet personne ne sait lire mais prend du plaisir à écouter en lecture publique un « livre-frisson ». Bien entendu tout cela est entièrement contrôlé par le pouvoir et se passe lors de manifestations que surveillent, dans des stades des gardes eux aussi illettrés. Cela a pour but non seulement de contrôler la production littéraire mais aussi de ménager pour le peuple des instants, assez courts d'ailleurs, de défoulement public. L'un d'eux, dont le nom est remplacé par un numéro (1075) vient de la campagne et souhaite intégrer cet organisme de surveillance. Il est costaud et parfaitement ignare ce qui fait de lui un candidat idéal. Effectivement, on le transforme en automate à condition qu'il n'apprenne jamais à lire. Il devient l'élite de cette garde prétorienne mais est un jour mordu gravement par un molosse qui accompagne les gardiens. A l’hôpital où il est soigné, le hasard le met en contact avec un groupe d'enfants et il entend pour la première fois le mots « alphabet » et « dictionnaire » qui font naître chez lui un désir d'apprendre. Lui qui était différent des autres, qui était le symbole parfait de cette société, en devient la déviance. Il apprend à lire et se cache même pour cela et Lucie Nox, qui ressemble à «Big Brother » qui sait tout et voit tout le perce à jour. La paix intérieure que pouvaient ressentir les analphabètes qui apprenaient à lire est insupportable pour le système mais c'est bien ce qu'il ressent. Lucie pourtant quelqu’un de compréhensif qui ne le dénoncera pas aux autorités parce qu'ainsi elle avouerait la faillite de son programme et peut-être aussi la fin de son parcours professionnel. Leurs carrières à tous les deux est assurée par cette sorte de secret. 1075 sera promu, deviendra tout puissant au sein du système.

C'est une fable, parfois grinçante parfois inquiétante qui décrit cette société très hiérarchisée et encore plus déshumanisée et on se dit qu'on a peut-être échappé à cela. Voire, cela peut ressembler par certains côtés à nos sociétés dites libres.

En lisant ce genre de roman on a imperceptiblement des références à « 1984 » de George Orwell, à « Fahrenheit 451 » de Ray Badbery et même du roman « Les hommes frénétiques » du très classique Ernest Perochon, autant de dystopies qui mettent en garde le lecteur contre les déviances possibles des régimes totalitaires gouvernant la société. Après tout, rien n'empêche un écrivain d'exprimer ainsi ses peurs, de les mettre en scène sous la forme d'un d'exorcisme. Ces romans sont parus au milieu de XX° siècle et ont eu des formes d'illustrations dans les années qui ont suivi. Je ne suis pas bien sûr que ce roman n’empreinte pas quelques-unes de ses scènes à notre société, moins dans le domaine de la lecture publique que dans celui du sport ou de certains spectacles par exemple. Quant à la destruction des livres anciens, je crois que nous l'avons déjà rencontrée dans les autodafés nazis qui brûlaient les ouvrages prohibés en favorisant ceux recommandés par le régime. C'est l'image de toutes les censures que nous avons connues, y compris en France, sans oublier « l'Index » longtemps en vogue dans l’Église catholique. Quant au matraquage publicitaire des nouveautés littéraires, et pas seulement, il génère souvent des scènes de « fièvre acheteuse » un peu délirantes chez nos concitoyens.

Le système d'espionnite et de délation, il me semble qu'il existe déjà et qu'il est même largement répandu notamment dans le monde du travail ou de surveillance sur la voie publique par le biais des caméras. La solitude des membres de cette société me paraît s'apparenter à celle que nous connaissons malgré les réseaux sociaux, les occasions de plus en plus nombreuses se rencontrer…Le fait que 1075 prenne conscience de la vacuité de son existence et la combatte par la lecture, je trouve cela plutôt bien et ce n'est pas moi qui dirait le contraire. La lecture a toujours correspondu à un éveil de la conscience. Son attitude est alternativement celle d'un homme qui veut tout faire pour réussir,

Le livre refermé, je suis perplexe autant par l'histoire racontée que par ce qui peut lui tenir lieu de morale. Un conte philosophique, oui peut-être ?

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critiques presse (4)
Actualitte
19 décembre 2013
Quelques maladresses, des passages attendus ou convenus parsèment néanmoins l'ouvrage. Il n'empêche, le Rire du grand blessé est un roman qui donne à réfléchir, notamment sur la place de la culture et de la littérature dans nos sociétés
Lire la critique sur le site : Actualitte
Lexpress
10 septembre 2013
Le dernier roman de Cécile Coulon, Le Rire du grand blessé, livre une parabole impeccable sur un totalitarisme sans mémoire.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Lhumanite
09 septembre 2013
La franche dénonciation d’une société exclusivement tournée vers le divertissement le plus bas jointe à la fermeté du style font de ce livre écrit par quelqu’un de jeune à l’œuvre déjà féconde (Méfiez-vous des enfants sages, Le roi n’a pas sommeil, qui a obtenu le prix Mauvais Genre 2012 et, en édition hors commerce, le Manifeste des enfants sauvages), l’une des découvertes heureuses de cette rentrée littéraire.
Lire la critique sur le site : Lhumanite
Lhumanite
02 septembre 2013
L’écriture, elliptique, est si vive que ça donne envie de lire.
Lire la critique sur le site : Lhumanite
Citations et extraits (55) Voir plus Ajouter une citation

Pendant son apprentissage, concentré sur l'enchaînement des syllabes, la fonction des terminaisons, les affres de la grammaire, il ne s'était pas autorisé à embrasser le texte comme un ensemble : seul le mot isolé lui procurait du plaisir, celui de la compréhension, de la construction. Mais, une fois intégrée la mécanique des phrases, il avait lu le texte comme tous les citoyens. Et l'évidence s'était vengée : il ne ressentait rien.

Pas le moindre tremblement. Son coeur restait sec comme une plage désertée par les vagues. L'imagination pédalait dans le vide. Plus il avançait dans le texte, plus l'ennui prenait du poids, l'écrasait sous des avalanches d'histoires improbables. Déçu 1075 se croyait inapte, incompétent. Les livres Frisson ne lui inspirait qu'un dégoût prononcé pour les scènes de meurtre et les courses-poursuites au fond des bois quinze fois revisitées par le même Ecriveur. Les mots tentaient, en vain, de percer les barricades. Vaincus, ils retombaient comme des billes de chewing-gum oubliées dans le distributeur d'une fête foraine. 1075 ne supportait pas l'dée d'être totalement indifférent aux sensations que le texte était censé transmettre : des femmes pleuraient, leurs enfants se blottissaient contre elles, ils n'avaient rien connu de meilleur. Chez lui, les mots ne dégageaient aucune complicité, leurs bras n'étreignaient jamais ses pensées profondes. 1075 avait l'impression d'être un enfant qu'on essaierait d'amadouer avec des peluches débiles aux oreilles décousues.

Tant d'efforts, pour un mensonge.

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La lecture produisait des effets spectaculaires : elle ne rendait les patients ni meilleurs ni pires, mais pour la première fois depuis qu’ils avaient arrêté de se piquer, de sniffer, de fumer tout ce qui leur passait sous la main, le corps, de nouveau actif, exultait. Les émotions montaient, ils se laissaient transporter, les mots avaient ressuscité l’objet de leurs addictions initiales : le livre n’avait rien d’illégal. Ils pouvaient donc s’en donner à coeur joie.

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Volontairement coupé des siens, il avait voulu ériger un empire dont il aurait été le roi. Son hospitalisation lui prouvait qu’il en était l’unique sujet. Personne n’avait assez d’affection, de patience pour l’écouter ruminer ses sombres perspectives : la morsure du chien réveillait ses démons endormis. 1075 ne se connaissait aucun ami. Prouver qu’il était le meilleur le détachait du monde, nourrissait son rêve d’avoir assez de force pour aller plus vite, plus loin, plus fort. Déshonorer le contrat qu’il avait signé avec lui-même était un aveu de faiblesse insupportable. Sa jambe ? Un détail ; il ne digérait pas sa défaite. Il se sentait comme un cheval de compétition enfermé dans son box avant la course. Son lit, prison de plume et de coton, l’empêchait d’accomplir sa mission : s’imposer. A l’hôpital, il ne pouvait plus puiser son énergie dans l’écusson flamboyant brodé sur son torse. Une blouse bleue nuit ouverte sur son postérieur nu le remplaçait.

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Les Agents ne perdaient rien, ils n'avaient pas le droit d'imaginer, de contourner la réalité pour l'exprimer par leurs propres moyens. Leurs capacités à intégrer le réel via des leçons et des images dépassaient l'imaginable. Ils récitaient des centaines de noms de rues, connaissaient le règlement intérieur des Manifestations, une bonne centaine de pages divisées en dix chapritres. Ils savaient tout, ils ne se demandaient jamais si les mots avaient un sens en dehors de ces préceptes. Le monde tournait autour des objets, de leurs fonctions, jamais de leur beauté. Ils apprenaient la force sans l'élan, l'action sans l'inspiration.

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L'Ecriveur s'orientait vers sa catégorie de prédilection : de nombreux candidats pour les Livres Frissons, très peu pour les Livres Fous Rires. Les Livres Haine ameutaient une palanquée de types capables de vomir sur commande un mépris abject, tandis que les Livres Tendresse étaient quasiment orphelins. Chaque exemplaire arborait sur sa couverture la catégorie émotionnelle à laquelle il appartenait, suivie d'un numéro correspondant à la date d'impression. Nul résumé, pas de biographie, ni de préface, encore moins de photo. Un texte seul. Les Maisons de mots ne perdaient pas de temps à inventer des phrases alléchantes : la mention de la sensation convoitée suffisait à assurer des ventes astronomiques.

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