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Critiques sur Une bête au paradis (67)
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Kirzy
  09 juillet 2019
°°° Rentrée littéraire 2019 #1 °°°

Le voilà, mon premier coup de coeur de la rentrée littéraire, de la trempe d'un Né d'aucune de femme de Franck Bouysse.

L'histoire d'une lignée de femmes ( la grand-mère et la petite-fille ) qui renoncent à leur vie pour une terre, celle de la ferme du Paradis, comme une malédiction. Quasiment une tragédie grecque, presque un conte intemporel sous forme d'un huis clos au Paradis. La tension gonfle, l'angoisse sourde monte. Il est difficile de savoir quelle forme le Mal prendra, mais on sent une sorte de fatalité implacable qui va le faire surgir.

Chaque chapitre porte le nom d'un verbe «  Faire mal », « protéger », « construire », «  surmonter », «  grandir » ... «  venger », « surgir », « mordre », «  vivre » ... ils remontent des tréfonds des âmes pour parler de liberté, de fatalité, de renoncements, de passions, de trahisons, de vengeance dans un mouvement organique d'une rare densité.

Il y a beaucoup de chair dans ces pages, celles des corps qui s'aiment, celles des êtres qui souffrent. Les personnages de Cécile Coulon sont remarquablement caractérisés, d'une terrible humanité, psychologiquement intenses. Leurs tourments et leurs excès s'entrechoquent :

- la vieille Emilienne, la matriarche qui tient ferme l'exploitation agricole, elle dont le corps était celui « d'une ogresse affamée, d'une rudesse et d'une solidité à toute épreuve, capable de douceur comme de violence, capable de caresse comme de gifle, et tous autour d'elle s'appuyaient sur ce corps pour rester debout »

- Blanche, « depuis la mort de ses parents, elle restait aux yeux des autres une enfant seule que l'absence avait frappée au moment des naïvetés normales et nécessaires. Ce chaos avait fait de Blanche une guerrière de cinq ans ». Elle qui lorsqu'elle aime, c'est à la vie à la mort, pour toujours, droite dans son amour. Une héroïne absolue.

- Louis, le commis d'Emilienne, qui aime passionnément Blanche alors que pour cette dernière, « il n'avait aucun charme, aucun pouvoir érotique, il occupait la place d'un animal domestique, intelligent et docile. »

- Alexandre, le premier amour de Blanche, qui rapidement comprit que «  ses parents redeviendraient vite des gens dont on ne retient pas le nom, des gens qu'on appelle ceux qui ont la petite maison oui mais laquelle, la troisième avec le pré derrière, mais le pré n'est pas à eux, c'est tout de même dommage », celui qui construit son ambition de s'extraire de ce milieu dès l'enfance.

- Gabriel, le frère de Blanche, hanté par la tristesse, «  aussi frêle dans sa peau que gigantesque dans son chagrin » avançant sur le bas côté dans l'ombre de sa soeur et de sa grand-mère.

Tous inoubliables. Cécile Coulon veut que le lecteur ressente des choses pour eux, soit habité par eux. Et cela fonctionne parfaitement car cette très jeune auteure ( 29 ans seulement ) déploie une virtuosité narrative rare avec une écriture qui m'a râpé la couenne au plus profond et a fait vibrer chacune de mes cellules. Je me suis délectée de ses mots si bien lâchés, entre poésie et rudesse, violence tapie et lyrisme. C'est exactement ce que je recherche lorsque je lis, de l'organique, du tellurique, du vital. On sent à quel point l'auteure doit aimer Steinbeck, Faulkner, Tennessee Williams.

Cécile Coulon a dit qu'avec ce roman elle voulait arrêter d'être l'auteur très sage qu'elle est depuis 12 ans. Elle y est parvenue tant ce roman est plus noir, plus violent, plus sexuel aussi que ces précédents romans.

Un roman empli d'un souffle puissant, profond, hypnotique, à l'empreinte singulière.

Disponible à partir du 21 août
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Kittiwake
  24 août 2019
Ne pas se fier au panneau à l'entrée du chemin qui dit : Bienvenue au Paradis. Car il a tout l'air d'un enfer ce paradis là, où Emilienne élève comme elle peut les deux enfants de sa fille, décédée avec son époux dans un accident de voiture, à quelques centaines de mètres de la ferme. Elle-même veuve, elle accepte de bonne grâce l'offre spontanée de Louis : tout le monde y trouve son compte. Emilienne profite d'une aide précieuse pour cette lourde tâche qu'est le travail dans une ferme à l'ancienne et Louis est à l'abri de la violence de son père. C'est aussi pour les deux enfants un repère stable dans l'univers chaotique des deux orphelins.

Le temps passe et les enfants grandissent. Blanche ne résiste pas au charme d'Alexandre, le beau garçon ambitieux que toutes les filles convoitent. Et cela est loin de plaire à Louis…

Dans ce roman aux allures de fable, les femmes sont fortes et indépendantes, affirmées dans leurs choix et leurs passions. Et au contraire l'image de l'homme est associée à la violence ou à la vénalité. Pas de cadeau pour la gente masculine.

Le cadre de la ferme avant que l'on parle d'exploitation agricole est bien représenté, avec ses rites immuables, comme la fête autour de l'abattage d'un cochon, ou les routines du soin aux animaux.

C'est avec une plume claire, solide, que Cécile Coulon narre cette histoire de drames et de passions, au coeur d'un décor suranné mais fondateur.

Qui est la bête dans l'histoire? Au lecteur d'en tirer des conclusions
Lien : https://kittylamouette.blogs..
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Afleurdelivres
  13 septembre 2019
Cécile Coulon n'a pas peur de trancher dans le vif et dans le lard. Son écriture est parfois sobre souvent vive toujours directe.
Dès les premières pages on devine un drame.
Le livre débute par une scène d'amour entremêlée avec une scène de tue-cochon. L'odeur de la peau, de la sueur, la confusion des premières fois se mêlent à l'odeur du sang et des cris de l'animal. Mauvais présage.
Malaise du lecteur qui d'emblée plonge dans une atmosphère fiévreuse à la fois empreinte de sensualité et de brutalité.
Blanche et son frère Gabriel perdent leurs parents très jeunes et sont recueillis par leur grand-mère Émilienne dans la grande ferme familiale « Paradis ». Les rejoindra le commis Louis secrètement amoureux de Blanche.
Solide et courageuse Blanche est perçue comme une guerrière le travail à la ferme et sa terre deviennent son tout.
Elle voue un attachement profond à ce domaine avec lequel elle fusionne et sur lequel elle veille viscéralement.
Puis vient la rencontre avec Alexandre entre eux, l'attirance est fatale, leur relation débute par une alliance avant de devenir passion amoureuse.
Ambitieux, promis à un bel avenir il décide de quitter cette vie étroite et abandonne Blanche.
Comment faire le deuil d'un « amour vivant »? Voie sans issue. Début de la transformation.
Cet abandon déclenche un désespoir et une rage incontrôlables. Blanche devient une ombre « elle se déplace dans sa vie comme un fantôme dans une forteresse ».
La bête, c'est elle.
Dévastée par le chagrin elle perd pied, devient fuyante et silencieuse. Inconsolable elle tente pourtant de reprendre le contrôle de son corps disloqué et est en proie à des réactions extrêmes.
Le Paradis devient un tombeau dans lequel on côtoie « plus de fantômes que de vivants ».
Le retour brutal d'Alexandre quelques années plus tard et son comportement vont relancer un rouage temporairement désactivé et conduire à la mise en place d'une mécanique implacable.
Dans cette histoire la trahison, la manipulation et le désir de vengeance réveillent une animalité chez Blanche, pourtant non dénuée d'humanité, et donne une tonalité intéressante au récit.
Un bon moment de lecture.



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isabelleisapure
  14 septembre 2019
Blanche vit « Au Paradis » avec sa grand-mère, Gabriel, son jeune frère et Louis, le garçon de ferme.
Après la mort de ses parents, l'exploitation agricole devient le domaine exclusif de Blanche.
Rien d'autre ne compte pour la jeune fille que sa terre qu'elle aime plus que tout, jusqu'au jour où l'amour s'invite au Paradis sous les traits d'Alexandre, le plus beau garçon du village.
Que peut-il advenir d'un couple si l'une rêve d'une vie calme rythmée par les saisons, les soins à donner aux bêtes, tandis que l'autre ne pense qu'à partir à la ville où tout est possible ?
Quelques années et beaucoup de larmes plus tard, Alexandre revient fier de sa réussite.

Avec « Une bête au Paradis », Cécile Coulon nous livre un roman passionnant, à la fois roman du terroir, roman social et roman noir où l'on retrouve les thèmes chers à l'auteure : la condition rurale, l'exode, la force des racines et l'attachement à la terre, la dureté de la vie à la campagne et le bonheur simple que l'on peut éprouver à oeuvrer au contact de de la nature.
Cécile Coulon explore aussi la complexité des sentiments humains, des meilleurs aux pires. Parce que l'amour peut devenir de la haine, parce qu'une preuve d'amour qui se fait attendre peut conduire au désir de vengeance, parce que le temps qui passe n'efface pas les erreurs commises.
J'ai retrouvé dans ce nouveau roman toute la force de l'écriture qui m'avait séduite dans les précédents ouvrages de l'auteure et cette capacité à exprimer la violence en donnant corps à des émotions et des sentiments exacerbés.
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alexb27
  28 juillet 2019
Après le dernier roman de Pete Fromm, encore une très belle lecture dans cette rentrée littéraire ! J'ai retrouvé dans ce récit l'ambiance des romans de Franck Bouysse, Glaise ou Grossir le ciel...Un vrai bonheur ! (Pour moi, pas pour nos héros !). Blanche vit avec son frère chez sa grand-mère, qui l'élève après la mort accidentelle de ses parents. Son univers est celui de sa famille proche, de Louis que sa grand-mère a recueilli, de la ferme où elle réside, de la nature, des grands espaces et des animaux. Sa rencontre avec Alexandre va bouleverser ce doux équilibre...Un texte construit intelligemment, sans mot superflu, où la tension monte au fil des pages. C'est un récit brutal, terrien, rondement mené, de passion et de trahison, avec un personnage de Blanche très émouvante dans sa manière d'être, forte et entière. Une vraie héroïne de tragédie grecque !
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hcdahlem
  28 août 2019
Si proche du Paradis, si proche de l'enfer
Cécile Coulon nous revient avec un roman âpre, au goût de terre et de vengeance. «Une bête au Paradis» est un petit bijou, qui pourrait fort bien être la belle surprise de cette rentrée.

Ne vous fiez pas à l'écriteau planté sur un pieux et sur lequel est marqué «Vous êtes arrivés au paradis». Car le Paradis en question est une grande ferme, de celle qui nécessitent des bras, de la force et du courage pour venir à bout du travail quotidien. C'est là que vit Émilienne avec son commis Louis et ses deux petits-enfants, Blanche et Gabriel. Elle «avait perdu sa fille, Marianne, et son gendre, Étienne, dans un accident de voiture».
Le roman s'ouvre au moment où tout le monde s'affaire, car on tue le cochon. L'occasion choisie par Blanche pour faire l'amour avec Alexandre. Si elle a choisi le fils de la femme de ménage de l'école du village et du guichetier à la gare de la ville voisine, c'est qu'elle s'imagine que ce beau garçon partagera sa vie et l'aidera à surmonter ses peurs. Car «même si Blanche aimait le Paradis, elle s'y sentait petite. Les fantômes qui peuplaient les lieux prenaient toute la place.»
Les fantômes, mais aussi les convoitises et les rivalités. Louis, par exemple, n'avait pas apprécié que «cette petite» avait choisi de ne pas assister «à la mort du cochon, pour s'enfoncer, à l'étage, dans la peau d'un autre garçon que lui.» Depuis son arrivée au Paradis, battu au sang par son père, il s'était fait une place au sein du domaine et était considéré comme un rouage essentiel de l'exploitation, ne rechignant pas à la tâche. Autant dire qu'il verra comme une bénédiction ce que Blanche verra comme une trahison, le départ d'Alexandre parti poursuivre des études et chercher fortune en ville. Qu'il s'imagine prendre la place de cet amant qui ne donne plus signe de vie.
Les années vont passer, Gabriel va trouver en Aurore la compagne idéale. Louis ronge son frein et Blanche va essayer de surmonter son chagrin. Mais douze ans après leur rupture, un nouveau coup de tonnerre s'abat sur le Paradis. Alexandre est de retour. On raconte qu'il a fait fortune en Nouvelle-Zélande et qu'il revient pour acheter des terres. «Entendre le prénom d'Alexandre avait réveillé chez elle une bête, créature de désir et de larmes. Blanche se préparait: elle patrouillait au Paradis sans relâche. Lorsqu'elle s'arrêtait, épuisée, il luio fallait s'endormir vite; la figure si belle, si douce d'Alexandre la hantait. Ce visage n'en finissait pas d'agiter en elle des flammes vacillantes.»
Cécile Coulon va alors réussir un épilogue qui vous laissera pantois, aussi me garderai-je bien de vous en dévoiler le moindre élément. S'élevant au niveau des tragédies antiques, elle va pousser les sentiments et les émotions à l'extrême, tout en nous livrant des fulgurances d'écriture, à l'image de cette comparaison entre le corps de la femme, une ville, et de l'homme, un village: «Les formes des femmes changeaient sans cesse, évoluaient, se répandaient à la vue des autres, la peau se gonflait en certains lieux et se creusait ailleurs, tandis que le corps des hommes, passé l'adolescence, gardait son aspect et sa taille initiale. L'âge et l'alcool pouvaient l'arrondir, mais il ne se métamorphosait pas.» Il se pourrait bien qu'avec ce sixième roman – et après avoir rejoint la maison d'édition d'Adeline DieudonnéCécile Coulon réussisse un grand coup! C'est tout le bonheur que je lui souhaite.

Lien : https://collectiondelivres.w..
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montmartin
  04 septembre 2019
Un roman de la terre où le sang du cochon égorgé se mélange à celui de la jeune fille qui vient de faire l'amour pour la première fois. Vous êtes arrivés au Paradis, une ferme tenue par Émilienne qui élève seule ses deux petits-enfants orphelins Blanche et Gabriel avec pour aide Louis le commis, un gamin battu par son père qu'elle a recueilli comme un oisillon blessé.

Cécile Coulon nous raconte une histoire dure et brutale comme peut être le travail de la terre. On ne ménage pas sa peine ni ses efforts. Son écriture, son style, ses mots collent parfaitement au récit, tout est d'un réalisme incroyable. Un roman d'une beauté sauvage, où la sensualité côtoie la rudesse, où le désir se mêle à la haine.
Deux mondes inconciliables qui s'affrontent le monde rural qui essaye de survivre et la ville véritable pieuvre qui étend ses tentacules.

Une construction originale, des chapitres courts dont les titres sont des verbes à l'infinitif. L'auteur nous emmène dans une intrigue qui va crescendo, une passion dévorante qui se transforme en vengeance et conduit le lecteur aux portes de la folie, un récit qui explose dans une fin inattendue.

Ce roman s'appuie sur des personnages totalement différents et criants de vérité:
Émilienne qui ressemble à sa terre, un arbre fort aux branches tordues. Prisonnière de ses quatre-vingts ans, elle s'économise en animal qui attend l'hiver.
« Parfois, le jeune couple s'autorisait à quitter les lieux pour manger au restaurant, mais Émilienne elle restait avec ses bêtes. Elle faisait partie du troupeau, même si elle marchait à l'avant. »

Blanche a hérité du bon sens de sa grand-mère : apprendre vite ou mourir. « Elle avait plus vite appris à marcher qu'à parler, débordante de mouvements, une enfant plus âgée était cachée en elle et attendait le moment d'éclore. » Enracinée dans sa terre, elle va être emportée par sa passion.

Louis le garçon de ferme, enfant battu et qui rêve de Blanche.
« Louis aurait adoré avoir Blanche pour soeur. Il l'aurait protégée, aimée, sans aucun doute grondée aussi, mais leur lien aurait été clair. Il en aurait compris les limites, les rives à ne pas franchir, les rivières dans lesquelles les garçons n'ont pas le droit de se baigner.
Pour la fille Emard, Louis n'avait aucun charme, aucun pouvoir érotique, il occupait la place d'un animal domestique, intelligent et docile. … Il ne faisait pas partie de la famille, il faisait partie de la ferme. »

Gabriel, un garçon naïf, cassé par la mort de ses parents, qui vit à travers les plaines de son chagrin.
« Aurore comprenait qu'elle ne soignerait pas Gabriel, qu'il y avait en lui un arbre noir depuis l'enfance, que la mort de ses parents avait arrosé de colère ; elle ne pouvait pas le tomber, cet arbre, seulement couper quelques branches quand elles devenaient trop encombrantes. Elle le rafraîchissait, le frictionnait de ses mots et de son sourire, elle le secouait pour que tombent de son âme des feuilles mortes et des fruits empoisonnés. »

Alexandre à l'ambition démesurée
« Alexandre n'était pas un garçon de grange, d'oeufs, de cornes. Alexandre n'était pas un garçon de marécage, de lisier, de grenouilles. Alexandre était un homme impatient dont les rêves dévorants dépassaient les contours du Paradis ».

Et puis le Paradis, personnage à part entière, terre difficile à apprivoiser pour laquelle deux femmes vont se battre. Une belle occasion de découvrir tout le talent de Cécile Coulon, si vous avez l'envie de connaître une autre facette de son écriture je vous conseille « Les Ronces » un recueil de poèmes en prose qui traitent du quotidien, magnifique !

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Litteraflure
  17 juillet 2019
Les histoires d'amour finissent mal en général, au Paradis, comme ailleurs. le paradis, c'est ainsi que se nomme la ferme où la famille Emard tue le cochon depuis toujours. Tout commence et tout finit dans l'arène, là où les porcs se repaissent des restes de nourriture que les hommes ont bien voulu leur céder. Avec « Une bête au paradis », Cécile Coulon s'affirme, définitivement, comme une des autrices les plus douées de sa génération. Sous sa plume, sauvage et poétique, l'homme et la femme sont tributaires de leur animalité, de leurs instincts, les plus bas comme les plus nobles. La passion coule dans leurs veines. Il n'y a pas de petits sentiments. Aux personnages de son roman, on promet le bonheur ou l'enfer. Il n'y a ni juste milieu, ni second rôle, ni rémission possible. Alexandre est l'archétype de l'homme qui part, de l'homme qui triche, de l'homme qui trompe la femme depuis la nuit des temps. Un irrésistible salaud que sa beauté absout – par définition. Blanche est pure, pleine de rêves et d'espoirs, comme son nom l'indique. Leur amour, digne d'une tragédie grecque, emporte tout sur son passage. Lire Cécile Coulon est une expérience éprouvante et magnifique. La tension est à son comble, la charge émotionnelle prête à exploser. D'autant plus violente que dans ce roman, les émotions les plus fortes sont confinées dans l'enceinte de la ferme. En sortir, c'est courir à la catastrophe, tenter le diable. J'ai été interpelée par les titres des chapitres, des verbes actifs, comme la liste des corvées du fermier, une manière de se remettre dans le droit chemin, de ne pas se laisser emporter par la fougue, de garder les pieds sur terre. Seule réserve, quelques facilités dramatiques : quand Fellini rencontre Argento, ça imprègne la rétine, mais la crédibilité du récit en pâtit un peu. Avec ce roman, j'ai retrouvé les sensations éprouvées en lisant « l'été meurtrier » ou « noces barbares ». L'amour à rendre fou. le seul vrai amour ?
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celine85
  02 juillet 2019
Cecile Coulon a déjà écrit 6 autres romans dont « Trois saisons d'orage » qui a reçu le prix des Libraires en 2017. Elle revient cette année avec un roman qui se déroule en huis clos dans une ferme isolée qui s'appelle le Paradis.
Emilienne élève seule ses deux petits enfants, Blanche et de son frère Gabriel car sa fille Marianne et son gendre Etienne sont mort dans un accident de voiture.
Elle a pris un commis (Louis) pour l'aider à la ferme. Celui-ci est amoureux de Blanche mais son coeur est pris par Alexandre. Leur histoire d'amour ne va pas être facile car Blanche se voue au travail de la ferme alors qu'Alexandre est ambitieux et attiré par la ville.
Cecile Coulon a un réel talent pour la description des scènes et des paysages. Elle arrive à mettre en parallèle des scènes violentes/puissantes avec des scènes plus poétiques et romantiques comme c'est le cas lorsque Blanche et Alexandre font l'amour pour la première fois pendant qu'on saignait le cochon dans la cour. Elle nous fait vibrer.
Elle met plusieurs choses en avant dans ce roman : l'attachement passionnel que les 2 femmes ont pour leur ferme, le sentiment de liberté qui s'en dégage mais aussi l'aspect destructeur, le poids cet héritage et la dureté de la vie dans ce lieu. Il s'y cache aussi une histoire de vengeance.
Ce roman sera disponible en librairie à partir du 21 aout 2019
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Killing79
  22 août 2019
Habitant vers Clermont-Ferrand, étant passionné de littérature, je ne peux passer à côté de Cécile Coulon, l'enfant prodige du pays. Je l'avais découverte et adorée avec son livre précédent et je me faisais une joie renouveler l'expérience.

Dans ce roman, Cécile Coulon nous parle d'amour. Mais attention, ne vous méprenez pas, il n'est pas du tout question de romance ou de bons sentiments. On est plutôt dans l'attraction instinctive qui bouleverse notre être et qui dirige notre destinée. La vie de Blanche va être conditionnée par l'ensemble de ses amours. En premier lieu, elle partage son coeur entre la tendresse qu'elle porte à sa grand-mère et à son frère, l'affection qu'elle a envers Louis, le commis et la passion débordante qu'elle voue à Alexandre. Elle n'aura de cesse de contenter tout ce petit monde.

Mais outre l'attachement à son entourage, Blanche porte un amour viscéral au Paradis. le lieu qui l'a vu naître, agit comme un aimant sur la jeune fille. C'est un endroit qu'elle possède autant qu'il la possède. Elle n'imagine pas un jour loin de cette terre natale, au point d'en être prisonnière.

Les décisions de Blanche vont donc être dépendantes de tous ces paramètres. Elle ne décidera rien qui pourrait déstabiliser ce modèle de vie. Seulement, en étant ainsi enfermée dans ses certitudes, elle s'expose aux déceptions et aux traitrises. Dès lors, au moindre accroc, le drame n'est jamais très loin…

Cécile Coulon nous offre un huis clos rural avec toute la dureté que peut entraîner ce milieu. Elle nous immisce dans le quotidien difficile de cette famille isolée, sur les traces tourmentées de cette fille passionnée. Sa maîtrise des descriptions rend parfaitement hommage à ces régions où la vie n'est pas simple. Avec son écriture poétique, elle raconte avec justesse la puissance de l'amour qui peut devenir une force dévastatrice. Elle réalise une nouvelle fois un roman âpre et profond qui vous hantera bien après sa fermeture.
Lien : http://leslivresdek79.com/20..
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