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EAN : 9782021053784
473 pages
Éditeur : Seuil (16/01/2014)

Note moyenne : 4.25/5 (sur 4 notes)
Résumé :
Au cours de l'histoire, on a toujours dénié aux fous la qualité d'êtres humains. On les a brûlés au Moyen Age, parqués dans l'hôpital général de Louis XIV, enfermés dans l'asile, on les a laissés mourir de faim durant l'Occupation, exterminés sous le régime nazi. Pourtant, la folie appartient à l'humanité : elle concerne l'existence même, et pas seulement des symptômes ou ce qui pourrait être leur fondement biologique. Oublier cela, c'est la condamner au rejet, à l'... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
virgidoc2
  13 juillet 2015
Un superbe ouvrage sur l'humanité de la folie. Une série de sources théoriques très clairement exposées aux Journées de Bonneval sur la psychiatrie désaliéniste née au cœur de la Résistance française : la pensée notamment d'Henri Ey pour qui la maladie mentale constitue "une pathologie de la liberté " - l' intervention de Lacan - celle de Julien Rouart qui remet en cause la thèse de la prédominance de l'organogenèse de Ey en cherchant à démontrer que la psychogenèse et parfois la sociogenèse peuvent être également des facteurs au moins aussi importants que l'organogenèse dans l'apparition de la maladie mentale. Les réflexions de Sven Follin et de Lucien Bonnafé pour constituer une psychiatrie luttant contre l'isolement en soi du malade et l'internement asilaire - nouant un lien ( ne plus être seulement un lieu ), une relation avec un sujet singulier, non pas avec une maladie - sont remarquables et contribueront à la création de la psychothérapie institutionnelle par François Tosquelles, relayée par Jean Oury - où les différents dispositifs permettent à l'équipe de se mettre au rythme du patient avec l'idée que l'institution que l'on va créer avec lui joue le rôle d'un "objet transitionnel" entre lui et les autres - suffisamment souple pour s'adapter à ses difficultés relationnelles et capable de lui fournir un point d'appui pérenne.
Un très joli chapitre sur la création artistique à travers Rimbaud, le surréalisme, Nerval, Van Gogh, Artaud, Strindberg et l'analyse de Karl Jaspers.
Enfin, des réflexions de l'auteur très intéressantes sur l'état actuel de la psychiatrie dans un monde néolibéral et individualiste où seules comptent des "ressources humaines" - les justifications idéologiques ( "croyance au pouvoir fétichisé des neurosciences et de la biologie, mais aussi dans certains courants issus du désaliénisme, en particulier celui de l'antipsychiatrie, dans sa version extrême, celle de la négation de la folie, et dans une certaine mesure, dans celle du secteur" ) au concept de "santé mentale" dominant - la négation de l'existence de la folie à laquelle on préfère le terme de handicap et "monter des projets de vie"
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Olivius
  04 septembre 2016
L'auteur s'est remarquablement bien documenté pour rédiger cet ouvrage fort et sensé ! Et le mot est approprié ! Car il s'agit d'abord de déconstruire une vieille croyance : la folie serait "inhumaine", extérieure à la raison, comme "étrangère" à l'être ; en réalité elle n'est rien de tout cela ! Elle serait plutôt l'expression sensée et idéale de la souffrance psychique la plus ostentatoire, mais aussi porteuse de la nécessité d'être définie, tâche ô combien ardue dès que l'on se penche sur le sujet. Et Patrick Coupechoux n'a pas fait dans la demi-mesure ! Il nous livre ici le fruit de son travail sérieux et intelligent, et si vous cherchez un livre traitant du thème de la "folie" examinée sous un angle nettement plus ouvert et documenté c'est certainement celui-ci que je vous conseillerai. Selon moi c'est un livre qui, in fine, nous parle d'humanité, de "normalité" et "d'anormalité", en bonne intelligence.
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critiques presse (1)
LaLibreBelgique   04 juillet 2014
Un magistral essai de Patrick Coupechoux sur "l’humanité de la folie".
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
virgidoc2virgidoc2   13 juillet 2015
...Lacan appelle la séparation. Elle va s'insérer dans une sorte d'entre-deux entre le sujet et l'autre. "Or c'est là que vient se glisser un manque". Il me dit ça mais qu'Est-ce qu'il veut ? Comme l'explique Lacan, cette interrogation typique dans l'expérience de l'enfant témoigne du fait que celui-ci, interpellé dans le discours de l'adulte, cherche dans les interstices de ce discours, à appréhender ce qui, "tel le furet", fuit dans les dessous, le désir de l'autre". Autrement dit, "parce qu'il lui apparaît sous la forme d'une énigme, le désir de la mère engendre le désir du sujet". "Le désir de l'homme, dit Lacan, c'est le désir de l'Autre", celui-ci entendu comme le lieu des mots, le lieu des signifiants. Ce désir est absolument vital, l'enfant, pour survivre, doit être l'objet du désir de l'autre, en l'occurrence la mère, et cela est spécifique au petit de l'homme puisque celui-ci ne naît pas fini, qu'il se trouve dans un état de dépendance absolu. Jean Oury "Si le désir la mère est uniquement centré sur l'enfant, c'est tragique, il n'y a plus de cheminement possible pour : inceste, régression, le môme est bouffé. A qu'on est bien ! Mais il n'y aura ni aliénation, ni séparation, ni désir, rien'
Ainsi pour parvenir à la séparation, "il faut avoir traversé l'épreuve du désir". Et cette épreuve, selon Lacan, on la traverse en prenant conscience que l'Autre n'existe pas, que cette femme ou cet homme ne peuvent en tenir lieu, qu'ils peuvent désirer ailleurs "mais s'ils désirent ailleurs, pourront-ils être encore le désirant de moi, l'enfant...?". Et c'est là que réside le manque, la béance parce qu'il faut renoncer à être le "désirant absolu", à être l'unique objet du désir de l'autre".
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virgidoc2virgidoc2   13 juillet 2015
Comment, alors que le sujet parle avec les mots de l'autre, dans la structure du langage de l'autre, va-t-il affirmer sa singularité ? Pourquoi ne reste-t-il pas totalement aliéné à l'autre ? Il va se distinguer, dit Lacan, parce qu'il manque toujours chez l'autre le mot qui va définir ce qu'il est réellement, lui, le sujet. "Il n'y a en effet aucune garantie qui, dans l'Autre, dira qui je suis". Cette absence de garantie peut donc conduire à la singularité - s'il n'en allait pas ainsi, il n'y aurait pas de liberté possible - car elle va permettre au sujet de faire sien ce "manque de l'autre", l'incapacité de celui-ci à le définir ; il va donc être obligé de tracer sa propre voie (...). Ce cheminement, pour Lacan, c'est la "subjectivation", c'est-à-dire, la constitution du sujet et de son inconscient. Celui-ci se réalise dans le système langagier, d'où sa célèbre formule, selon laquelle "l'inconscient est structuré comme un langage".
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virgidoc2virgidoc2   15 juillet 2015
Bonnafé n'a cessé de clamer que l'unique question était celle de la lutte contre les préjugés, les tabous, les comportements aliénants, qu'il s'agit de travailler "avec ardeur et persévérance le changement de regard sur la folie" et que par là, "on modifie très évidemment ses symptômes, sa forme, son destin". Cette conviction plonge ses racines dans les œuvres de ses chers poètes, dans le "Je est un autre" de Rimbaud ; dans cette idée que les hommes sont à la fois tous différents mais également tellement semblables, y compris le fou. Le problème avec la folie, ce n'est pas la différence mais la similitude. Lucien Bonnafé aimait à citer ce vers de son ami Paul Eluard : "Je suis la ressemblance. Tu es la ressemblance".
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virgidoc2virgidoc2   15 juillet 2015
Il n'est plus question de psycho-, d'organo-, ou de sociogenèse, mais de gènes ou de traceurs biologiques. Il n'est plus question de poésie ouvrant des chemins vers la rencontre, mais de "projet de vie" pour des citoyens qu'il faut responsabiliser. Il n'est plus question de soin, mais de traitement. Il n'est plus question d'humanité de la folie, mais de "troubles" du comportement qu'il faut traiter le plus efficacement. Il n'est plus question de relation mais de réhabilitation. Il n'est même plus question de folie du tout. Le fou n'existe plus, noyé dans l'immense cohorte des citoyens en souffrance dont il faut s'occuper afin de les rendre plus performants, dans une version positive de la santé mentale, source indispensable d'un bonheur préalablement codifié et normalisé. A moins qu'il ne soit dangereux, bien entendu, auquel cas il entre dans la catégorie des populations à risques qu'il faut savoir gérer. La situation du fou est donc, comme toujours, bien dans l'air du temps.
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virgidoc2virgidoc2   13 juillet 2015
Dans le langage, il y a donc nécessairement une perte que nous devons accepter et cela constitue la condition de notre survie. (...)Le linguiste Roman Jakobson avait noté que, dans toutes les langues du monde, en langage bébé, papa se dit avec des labiales et maman se dit avec des formes m-m, seules compatibles avec la succion. Maman peut se dire la bouche pleine, "mais pour dire papa, donc évoquer un tiers, pratiquer une différenciation signifiante, il faut qu'il y ait du manque, de l'absence, du vide". Le fait de parler est à ce prix. Le refuser, c'est rendre la parole impossible, et c'est là que nous retrouvons la question de l'aliénation.
(...) Lacan propose alors une troisième fonction, celle de l'aliénation, qui ne se situe plus dans le "ou", mais dans le ni-ni. (...) Ce "ni avec, ni sans " pourrait qualifier la situation du schizophrène, " ni avec les autres, ni seul, dit Jean Oury, nulle part'
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Vidéo de Patrick Coupechoux
Patrick Coupechoux : « la santé mentale ne soigne pas les psychotiques » .Dans « Un homme comme vous, Essai sur l'humanité de la folie », le journaliste Patrick Coupechoux démontre comment le concept de ?santé mentale? exclue les grands malades psychiatriques. Patrick Coupechoux poursuit là le travail entrepris lors de son premier ouvrage consacré à la psychiatre « Un monde de fou » (ed. Seuil). S'il s'était, en 2006, attaché à dresser un état des lieux et des impasses de la psychiatrie contemporaine, il explore, dans son dernier ouvrage les sources théoriques et cliniques, politiques et poétiques de cette psychiatrie du sujet qui visait à faire sortir les déments des vieux asiles.
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