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EAN : 9782370553546
Le Tripode (01/06/2023)
3.99/5   75 notes
Résumé :
Elisabeth a 20 ans quand elle rencontre à Paris Werner, lieutenant-poète et peintre allemand. Mais la Première Guerre Mondiale éclate...
Des décennies après, Elisabeth adresse une lettre à Werner, en réponse à celle, pleine d’idéal, qu’il lui avait envoyée du front juste avant de mourir. Elle y décrit ce que sa vie est devenue après leur rencontre et comment les épreuves ont fait d’elle une femme plusieurs fois aimante et aimée, traversée par le désir, le mi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
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Le geste créateur à l'origine de ce court roman est superbe ! Bérangère Cournut a choisi de répondre à son confrère Pierre Cendors qui a fait de son Minuit en mon silence la lettre posthume d'un soldat allemand en septembre 1914 à Elisabeth, une jeune Française mariée rencontrée à Paris quelques mois auparavant. Par-delà nos corps est donc la réponse d'Elisabeth vingt-cinq plus tard, elle a 45 ans, elle a été veuve, s'est remariée, a enfanté par deux fois, a beaucoup aimé.

Durant toute ma lecture, j'ai été en totale osmose avec les mots qui s'offraient à moi, comme un cadeau. L'écriture de l'auteure est magnifiquement ciselée, souvent poétique, convoquant tous les sens pour dire le transport amoureux. Car tout tourne autour de cela, l'amour ou comment une expérience amoureuse, même très courte, même non consommée, énigmatique n'importe comment, peut se muer en aventure fondamentale qui habite l'intimité d'un être à vie, et même après, par-delà les corps. le texte devient un écrin qui célèbre l'amour comme une puissance créatrice donnant l'énergie de vivre, comme une puissance consolatrice gardienne de l'âme de l'aimé.e. La narratrice en devient lumineuse et sereine lorsqu'elle avance dans la vie.

«  Vous me l'avez dit à votre façon : l'amour est un récif planté en mer. Aussi inaccessible qu'inattaquable. D'une certaine manière, même si ce n'est pas la plus éclatante, nous avons réussi, vous et moi, à nous rencontrer, à nous aimer par-delà nos corps, la guerre et la mort. Vous êtes une goutte d'eau dans ma vie, et c'est cette goutte-là qui, au fil du temps, a étanché ma soif, ma fièvre et mon tourment. J'ai trouvé en vous une ombre bienfaisante, où le fracas et le silence coexistent en une même région retirée. »

Je pense que cette lecture a été d'autant plus forte que je n'avais pas lu la lettre de 1914 présentée dans le roman de Pierre Cendors, mon esprit bercé par la beauté des mots a pu vagabonder et combler toutes les allusions à sa guise. Il n'empêche que je viens de le commander chez mon libraire.

Une auteure délicate et sensible à découvrir, d'autant plus que la maison d'édition le Tripode l'a choisie comme unique étendard pour sa rentrée de septembre : ce sera avec de Pierre et d'Os qui conte les aventures d'une extraordinaire femme inuite.
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Ce livre est une ode printanière, un hymne à la vie, une déclaration d'amour au temps des déclarations de guerre. Nous avions tous vibré sur la « Route de Madison », au souvenir de cet homme perdu qui aime éperdument, de cette femme qui raconte avec pudeur le plus légitime des adultères. Légitime parce que commis au nom d'un amour absolu, fulgurant, éphémère. le livre de Bérengère Cornut s'en approche. le roman « Par-delà nos corps » exhale un parfum de nostalgie, d'une époque où la prose transcendait le trouble des sens, où l'écriture était la douce messagère des passions. On ressent l'urgence des mots, l'émerveillement du premier émoi, l'étonnement du sentiment partagé. Sans remord ni culpabilité, parce que la mort est imminente et que nous sommes destinés, au mépris de la morale, à désirer souvent et donc, à rester vivants. En cela, ce récit est d'une réjouissante modernité. le récit de la « presque transgression » contraste avec le style, tout en douceur, tout en retenue. Parfois, il suffit de quelques mots, tout juste murmurés, pour parler de volupté. Installez-vous dans un jardin, sous un cerisier en fleur, écoutez la Pavane de Gabriel Fauré, sirotez un thé au jasmin et puis, lisez ! Voilà, vous accédez à la connaissance, au péché sublime que l'auteure de cette lettre, la mystérieuse Else, appellera bonheur. Je lui donne le dernier mot : « D'une certaine manière, même si cela n'est pas la plus éclatante, nous avons réussi, vous et moi, à nous rencontrer, à nous aimer par-delà nos corps, la guerre et la mort. Vous êtes une goutte d'eau dans ma vie, et c'est cette goutte-là qui, au fil du temps, a étanché ma soif, ma fièvre et mon tourment. J'ai trouvé en vous une ombre bienfaisante, où le fracas et le silence coexistent en une même région retirée ».
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"Saint-Malo, le 25 août 1939.

Cher Werner,
Il m'aura fallu du temps pour répondre à votre lettre
- quasiment vingt-cinq ans jour pour jour - mais me
voici enfin. Aussi brute que le granit de la maison depuis
laquelle je vous écris, quand je suis à peu près sûre que
vous m'imaginiez de marbre lisse dans ma jeunesse.
Quelle idée vous faisiez vous alors de moi ? Nous nous
étions rencontrés à Paris, vous vous appliquiez à dessi-
ner mon visage dans votre atelier de la rue d'Orsel. Vous
posiez sur moi des yeux pleins de solitude et de mélancolie".


C'est par ces mots qu'Elisabeth débute une longue lettre à Werner Heller, un jeune lieutenant de l'armée prussienne qu'elle avait rencontré en septembre 1914. Elle avait vingt ans alors, jeune épouse elle traversait les jours l'insouciance au coeur. Cette brève rencontre Elisabeth ne l'a pourtant jamais oubliée, malgré toutes les années écoulées. Son seul souvenir, son évocation fait naître encore en elle un sentiment doux et étrange. Elle se souvient encore de la personnalité attachante et discrète de Werner, poète et peintre, de l'instant où lui avait demandé la permission de peindre son portrait, du trouble qui fut le leur à ce moment là. le tableau juste esquissé, n'avait cependant pas été réalisé. La guerre faisait déjà des ravages et Werner avait subitement dû regagner son corps d'armée pour rejoindre le front. Il n'en reviendra pas.

Sous sa plume, l'écriture fait apparaître de nombreuses réminiscences. de ce tableau jamais peint par Werner, les mots, les sentiments d'Elisabeth sont comme les traits, les couleurs et les nuances de sa personne, de son visage, de sa vie qu'elle tend des années plus tard à l'être absent, à l'être disparu pour qu'il compose et achève enfin son portrait. Récit des années passées depuis ce jour de septembre 1914, récit de ses joies, de ses souffrances, de ce que la vie lui a donné et lui à repris de son enfance jusqu'à sa vie d'épouse et de mère mais aussi sur la nature immense et hostile (les flots marins) et protectrice (la terre), sur l'exil la disparition, les rencontres et l'amour. Par delà les corps, par delà le temps, Elisabeth confie à Werner que sa présence, que son esprit ne l'ont jamais quitté, comme une présence protectrice, comme un point d'ancrage auprès de qui elle sait pouvoir revenir et se ressourcer, notant qu'il est dans la vie des absences plus belles, plus importantes que les nombreuses présences.

Ce petit roman a une origine très particulière: c'est en débutant la lecture de Minuit en mon silence de l'écrivain Pierre Cendors qu'est venue une intuition à Berengère Cournut. le roman de Pierre Cendors (publié en 2017 lui aussi aux très belles éditions le Tripode), narre une histoire singulière, celle d'un jeune officier prussien qui, le temps d'un séjour en permission à Paris en septembre 1914, a fait la connaissance d'une jeune française prénommée Else. Poète et peintre, il souhaitait réaliser le portrait de la ravissante jeune femme quand la guerre... Ce jeune homme, c'est Werner Heller et Minuit en mon silence est toute son histoire.
Mais qui était Else ? Qui était cette jeune et belle inconnue ? Qu'est-elle devenue ? C'est ici que Bérengère Cournut décide de lui donner une apparence, une voix, une réalité. Et comme Pierre Cendors pour Werner Heller, c'est au travers d'une longue lettre, d'une réponse à celle que lui avait envoyée en 1914, qu'elle va se révéler. le projet soumis à l'éditeur puis à Pierre Cendors lui-même est accepté. Else devenue Elisabeth, Par-delà nos corps est son histoire.

Elisabeth / Bérengère Cournut qui répond à Werner Heller / Pierre Cendors, deux personnages / auteurs qui (s')écrivent, même si l'idée n'était pas intentionnelle, ce projet d'écriture ne manque pas d'une certaine originalité.

Deux personnages, deux lettres magnifiques, une très belle histoire.
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Quand Bérangère Cournut répond à Pierre Cendors, cela donne Par delà nos corps. Elle est belle cette démarche ! Elisabeth qui se décide à prendre la plume vingt-cinq ans plus tard, pour répondre enfin à Werner, son amant allemand. Une bouteille à la mer, jetée sans espoir de réponse ; le bilan d'une vie qu'on adresse aux flots à défaut de le crier au monde !

« L'amour est un récif planté en pleine mer. Aussi inaccessible qu'inattaquable ».

Et à ce récif, elle a arrimé sa vie…

L'idée est belle, mais l'intensité du récit ne m'a pas porté aussi loin que je l'aurai souhaité. Peut-être attendais-je trop de ce court roman ? Ou est-il justement ça : une fulgurance, « comme une simple vague – courant, grondant, puis s'évanouissant, ne laissant pas même une trace sur le sable. »

Mais une vague qui emporte…
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Ce n'est pas le premier ouvrage de Bérangère Cournut que je savoure.
Que je hume, vois et ressens.
Que je vis en le lisant avec tous mes sens.
Ce n'est pas le premier livre de Bérangère Cournut qui m'emporte en une vision du monde onirique, profondément entière :
À la fois dans les sensations et ancrée dans la vie, elle a un talent fou, unique et singulier qui sait relier les mondes et faire des histoires humaines, des récits plein de sens reliés à toutes les formes du vivant.
J'ai l'impression lorsque je la lis d'avoir plusieurs âges.

Celui où petite, j'allais dans des chemins et écoutais la voix des rochers et parlais aux vaches, celui ou plus grande je sentais en mon corps des vagues me traverser et parlais aux ruisseaux, celui où devant sortir de l'enfance je voulus secrètement enfanter écoutant la voix des sangs et cherchant mon jaillissement, celui où j'ai erré longtemps dans la trop grande absence de mon essentiel, celui où la vie m'a traversée pour toujours, celui où j'ai choisi de la suivre en couleurs, celui où j'ai voulu faire corps avec les printemps...


Il faut lire Bérangère Cournut, tout les livres de Bérangère Cournut.
Et s'il me faut être plus précise pour vous donner l'envie de lire celui-ci, je vous dirai que, dans cette lettre d'une femme qui répond 25 ans après, à un peintre allemand qui l'a peinte, il y a beaucoup plus qu'une lettre.

Il y a l'horreur de la guerre, il y a la force de vie qui est du côté de l'énergie des femmes, il y a l'histoire d'une femme libre, il y a beaucoup de résistance, il y a des histoires d'amour et une très belle histoire d'amour avec une autre, celle au delà des corps, qui est celle deu peintre

Il n'y a pas de haine, il y a la force des rêves, puissants, beaux, qui résonnent dans l'oreille et la narine, l'incroyable histoire des grossesses et des mises au monde des petits d'hommes, ( des passages sublimes et pourtant si humains) il y a aussi beaucoup d'éléments naturels.
Toujours des éléments naturels dans les livres de Bérangère Cournut.
Et c'est comme nourrissant.

J'ai profondément aimé le récit de la vie de cette femme née fille de marin, ses rapports avec la mort et la vie, ses liens avec les hommes qu'elle a aimé, j'ai absolument adoré les passages de ses moments de maternité, le côté animal parfois, et la force du désir plus forte que toutes les épreuves, l'écriture poétique et onirique pleine de sens de Bérangère Cournut est un miracle au milieu de ce monde bruyant et mercantile.
Lisez ce livre, lisez Bérangère Cournut.
Vous vous ferez un bien fou.
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
Je reste une fille de l’Ocean, et vous prie, ce soir, de m’accepter comme une simple vague - courant, grondant, puis s’évanouissant, ne laissant pas même une trace sur le sable.
La vie n’est rien de plus qu’une onde qui résonne d’un cœur à l’autre. Je suis heureuse que les deux nôtres, un jour, aient vibré à l’unisson.
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D’une certaine manière, même si cela n’est pas la plus éclatante, nous avons réussi, vous et moi, à nous rencontrer, à nous aimer par-delà nos corps, la guerre et la mort. Vous êtes une goutte d’eau dans ma vie, et c’est cette goutte-là qui, au fil du temps, a étanché ma soif, ma fièvre et mon tourment. J’ai trouvé en vous une ombre bienfaisante, où le fracas et le silence coexistent en une même région retirée.
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Parfois, les jours de grand vent, il me venait aussi d'autres visages; ceux d'hommes que j'avais aimés après vous, après Ronan - voire après Gorki lui-même. Car même depuis mon second mariage, il m'est arrivé, je le confesse, d'être happée par le regard intense, l'attitude altière, voire l'arrogance de très jeunes gens. Et plus j'avance en âge, plus je suis attentive aux beautés précoces. Elles sont souvent le signe d'une vie antérieure plus riche ou d'un lien bien établi avec d'autres mondes - ce qui revient au même, et me fascine.
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On dit que vingt ans est le bel âge. Avec le recul, je dirais plutôt que c'est celui de l'inconsistance. Les jeunes femmes ont la grâce des êtres qui avancent dans la brume et les jeunes hommes n'ont qu'une idée en tête: s'évaporer sur les lignes de front et les champs de bataille. Que peut-on envier à de telles créatures ?
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J’avais vécu les dernières semaines de ma grossesse dans un grand apaisement. Je passais mes nuits et mes journées à laisser mes chairs dialoguer avec le futur nouveau-né. Ce mouvement incessant en moi me remplissait de joie et je voulais garder dans mon corps le souvenir d’une vie qu’on sent tout en ne la voyant pas. Évidemment, j’aimais déjà cet enfant et j’avais hâte de le découvrir, mais j’étais un peu triste, aussi, de le voir quitter les rivages lointains où il avait trouvé son origine, pour entrer en notre monde des apparences.
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Videos de Bérengère Cournut (28) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Bérengère Cournut
À l'occasion de la 33ème édition du festival "Étonnants voyageurs" à St-Malo, Bérengère Cournut vous présente son ouvrage "Vövöl" aux éditions le Tripode.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2808096/berengere-cournut-vovol
Note de musique : © mollat Sous-titres générés automatiquement en français par YouTube.
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