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ISBN : 2080701061
Éditeur : Flammarion (07/01/1993)

Note moyenne : 3.68/5 (sur 46 notes)
Résumé :

La cigarette jaillie des dessous de la moustache et les cuisses baignées de pénombre, celui-ci semait des signatures, pour ampliations conformes, au bas d'arrêtés ministériels. De sa dextre bien soignée, il les étendait, griffes d'empereur, sur la demi-largeur du papier, puis immédiatement, les séchait, le bloc-buvard secoué, en sa main gauche, du tangage précipité d'un petit bateau qui va su... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
Eric76
  06 mars 2015
Un livre rafraîchissant à cette époque de rationalisation et de recherche effrénée de compétitivité…
Dans ce court roman composé de six tableaux, Courteline dresse une peinture satirique et caustique de ces fonctionnaires du XIXème siècle, communément nommés "ronds de cuir". Lui-même avant de vivre de sa plume, étaient l'un d'eux. Autant dire qu'il connaissait bien le milieu. Car tous ces fonctionnaires sont parfaitement inutiles, cachent cette inutilité derrière un monceau de paperasses, et créent des complications là où tout pourrait être si simple (pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, comme disaient les Shadoks).
J'ai beaucoup ri aux dépens de ce malheureux conservateur du musée de Vannes en Bresse, successible au legs Quibolle pour une paire de jumelles marines et deux chandeliers Louis XIII, qui, pour faire valoir ses droits auprès de l'administration des dons et legs, s'égare dans d'interminables couloirs, erre de bureaux poussiéreux en bureaux poussiéreux où il rencontre de drôles d'énergumènes, l'un en train de réparer des chapeaux, l'autre en train de conter fleurette à la fille du concierge, cet autre encore en train de s'exercer à l'escrime, etc… Lui qui de sa lointaine province avait une si haute idée de l'Administration Française…
Bien sûr le style très dix-neuvième est parfois un peu suranné, mais il n'en est que plus savoureux.
A bien y réfléchir, dans notre mode de fonctionnement actuel, nous aussi faisons plein de trucs qui ne servent absolument à rien. Ces tonnes d'émails qui nous polluent la vie… ces strates indigestes de process, de procédures, de démarches qualité (qui n'ont de qualité que le nom) qui nous bouffent la moitié de notre vie professionnelle. Et si on bazardait tous ces machins pour se remettre à réparer des chapeaux et à faire de l'escrime dans nos bureaux ?
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PiertyM
  24 février 2019
Les ronds de cuirs ne sont que des fonctionnaires farfelus, paresseux, haineux se faisant des coup bas entre eux. ils n'ont qu'un seul souhait ''bouffer'' de l'argent, j'entend par là piocher dans la caisse de l'État. Ils mijotent comment injecter les autres. Ils rêvent plus que de leur promotion alors qu'ils passent leur temps, à longueur de journée, à dormir sur leur fauteuil de bureau, à défaut de s'absenter régulièrement. Courteline nous en dépeint avec beaucoup d'humour et de subtilité, on y perçoit des dessous de table de comment se traitent des affaires extérieures, avec autant de négligence que d'indifférence. J'ai aimé le travail des personnages, en dehors de M letondu dont la folie s'est avéré une maladie réelle, qui d'ailleurs conduire à une tragédie dans ces bureaux de dons et legs, tous les autres personnages semblaient noyer dans leur propre folie, comme si l'oisiveté dans ces bureaux leur tapaient dans les nerfs!
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colimasson
  12 juillet 2013
Messieurs les ronds de cuir s'agitent, en précurseurs bien sentis d'une société de services qui prendra véritablement son essor huit décennies plus tard, dans le sillage d'une administration sans laquelle leur personnalité n'aurait pu se déployer avec panache. Qu'il s'agisse d'une nature contestataire, obséquieuse, gâteuse ou romantique, l'enfermement administratif exacerbera les tendances les plus fines ou grossières de chaque personnage.

George Courteline ne cherche pas à se montrer subtil : l'administration est un cirque qui ne s'assume pas, et plus la démonstration sera voyante, plus elle sera pertinente. Piochant parmi des journées aléatoires prises sur le courant de plusieurs mois afin de nous montrer la constance imperturbable des caractères les plus hétéroclites, George Courteline nous fait fanfaronner un patron gentillet, véritable figure d'avant-garde du paternalisme, pour lequel se dévoue un Saint-Homme éperdu, présent dans les bureaux de l'aube jusqu'à la nuit et allant même jusqu'à négliger ses jours fériés, au contraire d'un Lahrier qui enterre famille et amis pour justifier ses absences. Letondu, débile profond qui confond administration et centre thermal fait gigoter ses pieds dans une bassine d'eau chaude savonneuse, tandis que La Hourmerie, précis dans son travail comme dans ses détestations, aimerait licencier à tout va les incapables qui l'entourent, si Monsieur le Directeur voulait bien s'en donner la peine…

Comme il existe l'administration kafkaïenne, il devrait exister l'administration courtelienne. Plus du tout angoissante, car non offensive et débonnaire, l'administration courtelienne se contenterait d'être ce que ses employés ont bien voulu en faire : une inutilité qui se cache derrière la paperasse et l'immensité de son organisation :

« Les uns (ce sont les rédacteurs) rédigent des lettres qui ne signifient rien ; et les autres (ce sont les expéditionnaires) les recopient. Là-dessus arrivent les commis d'ordre, lesquels timbrent de bleu les pièces du dossier, enregistrent les expéditions, et envoient le tout à des gens qui n'en lisent pas le premier mot. Voilà. le personnel des bureaux coûte plusieurs centaines de millions à l'Etat. »

Contrairement à l'administration kafkaïenne, les employés ne sont pas piégés par un système aliénant en soi : ce sont les employés, par la somme de leurs défauts, piégés dans un individualisme exacerbé, qui rendent l'administration absurde pour qui n'en ferait pas partie. La force de l'écriture, bien que légèrement mordante, en perd un peu de son audace. Les blagues les plus virulentes restent seulement gentilles. Comment expliquer cela ? Sans doute George Courteline a-t-il été trop clairvoyant et a-t-il relevé trop précisément les limites de la bureaucratie telles que nous avons aujourd'hui l'habitude de les dénoncer. Et c'est dans ce style un peu discordant, entre forme datée et fond d'actualité, que George Courteline résumera tout cet absurde système :

« Voyons, raisonnablement, à quoi est-ce que nous sommes bons, vous, moi, et les milliers de messiers qui vivent du budget des administrations ? A rien du tout, vous le savez parfaitement, qu'à compliquer un tas d'affaires qui iraient toutes seules sans cela. Ne voilà-t-il pas de belle besogne ! »

Lien : http://colimasson.over-blog...
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GuillaumeTM
  21 juillet 2013
Georges Courteline se plait, dans cette satire, à évincer avec un humour caustique ces gens de la fonction administrative dont lui-même a déjà exercé le métier, dès lors on imagine bien qu'il sait de quoi il parle !
Dans ce roman très court, découpé en six tableaux, on entre dans l'univers de la Direction des Dons et Legs, une administration où chacun ou presque vient à l'heure qui lui plait, où les fonctionnaires ont l'air plus bêtes les uns que les autres, où ces travailleurs n'ont pas l'air d'être fatigués par un dur labeur.
Courteline, malgré la distance que nous sépare de son époque, nous conforte dans l'idée que l'on se fait de ce que sont les administrations en général. Il est plus que probable que la réalité de ces ronds-de-cuir soit poussé jusqu'à l'absurde afin de rendre plus percutant l'aspect comique de leurs comportements et des situations auxquelles ils se retrouvent confrontés.
En parcourant ce livre, on ne peut s'empêcher de penser et de comparer au passage dans le film d'animation « Les douze travaux d'Astérix », lorsque les deux héros doivent faire face à une administration les repoussant sans cesse d'un bureau à un autre et qui les font remplir formulaire après formulaire. On peut aussi penser à l'antihéros de Franquin, Gaston Lagaffe l'archétype même du fonctionnaire incompétent, parce que qui d'autre que lui serait capable de faire de l'haltérophilie dans un bureau et encore plus sur son lieu de travail.
Mais nous sommes très loin, ici, d'une administration dite « Kafkaïenne », où l'homme est soumis à des forces qui le dépassent. La différence étant que dans « Le procès » ou dans « Le château », le héros de ces deux livres se trouve à l'extérieur de cette administration à la logique nébuleuse. C'est là une différence de taille. Courteline est bien plus proche (même si quelques dissemblances demeurent) de la vision de Gogol qui décrit, dans ses « Nouvelles de Pétersbourg », des fonctionnaires attachés continuellement à la même tâche et qui sont d'ailleurs incapables de faire autre chose sous peine d'en ressentir une crispation cérébrale.
C'est, au final, un trop court roman rédigé dans la belle langue surannée du XIXème siècle d'un auteur presque oublié aujourd'hui et qui mérite pourtant qu'on le lise un peu plus.
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HORUSFONCK
  18 novembre 2016
D'abord je remercie ma maman, qui n'est plus, de m'avoir fait découvrir ce livre tellement drôle, léger et grave.
Je ne me lasse jamais de lire et relire cette "chronique de la vie de bureau" de la fin du dix-neuvième siècle.
Les personnages de ce livre, dans ce qu''ils ont de dérisoires, pathétiques, insupportables ou détestables, sont des archétypes que l'on retrouve encore de nos jours seulement modernisés en superficie.... Imaginons la situation actuelle, par exemple, d'un de la Hourmerie pris entre le marteau et l'enclume d'un chef de service qui s'en "lave les mains" et d'un subordonné atteint de troubles mentaux!
Le conservateur de Vannes-en-Bresse, n'a pas fini de tourner dans le labyrinthe administratif...
Là, réside le génie d'observation de Georges Courteline, allié à une plume exceptionnelle.
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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
Eric76Eric76   28 février 2015
Bourré de grec, bourré de latin, bourré d'anglais et d'allemand, ex-élève sorti de l'Ecole des langues orientales, et absolument incapable, avec ça, de mettre sur leurs pieds vingt lignes de français, Théodore Van der Hogen évoquait l'idée d'une insatiable éponge de laquelle rien n'eut rejailli. Tour à tour, il avait parcouru comme sous-chef de bureau chacun des huit bureaux de la Direction, sans que jamais on eût pu obtenir de lui autre chose qu'une activité désordonnée et folle, un sens du non-sens et de la mise au pillage qui lui faisait retourner comme un gant et rendre inextricable, du jour au lendemain, un fonctionnement consacré par de longues années de routine. Il s'abattait sur un bureau à la façon d'une nuée de sauterelle, et tout de suite c'était la fin, le carnage, la dévastation : la coulée limpide du ruisselet que la chute d'un pavé brutal a converti en un lit de boue.
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colimassoncolimasson   27 novembre 2013
- Tu vas voir, c’est très curieux. Les uns (ce sont les rédacteurs) rédigent des lettres qui ne signifient rien ; et les autres (ce sont les expéditionnaires) les recopient. Là-dessus arrivent les commis d’ordre, lesquels timbrent de bleu les pièces du dossier, enregistrent les expéditions, et envoient le tout à des gens qui n’en lisent pas le premier mot. Voilà. Le personnel des bureaux coûte plusieurs centaines de millions à l’Etat.
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colimassoncolimasson   29 novembre 2013
Au songe d’une telle grandeur d’âme, des pleurs, des pleurs véritables, humectaient son éloquence. Sa gratitude déborda dans un mot, qu’il répéta par deux fois :
Le pauvre enfant ! Le pauvre enfant !
Après quoi :
Oh ! s’exclama-t-il, que ne suis-je poète lyrique ! M’accompagnant d’un luth aux cordes bien tendues, en des vers dignes de celui qui me les aurait inspirées, je célébrerais ses mérites, et la noblesse de son cœur, et son fier désintéressement, et ses vertus au-dessus de tout éloge ! Pour glorifier son souvenir, que n’ai-je ton art infini, Banville, chantre aimé des dieux ! pour porter aux peuplades lointaines son nom cher à ma reconnaissance, que n’ai-je, petite oiseau, tes ailes ?... Et cet homme qui, seul entre tous, a respecté ma noire détresse, je l’irais chasser comme un laquais ?
- Pourtant…
Je l’irais flanquer à la porte parce qu’un jour, en son bureau, il a embrassé une femme qui était peut-être sa sœur ?
La Hourmerie bondit :
Sa sœur ? … Il ne manquerait plus que ça, par exemple ! 
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colimassoncolimasson   16 juillet 2013
- Alors, monsieur, c’est une affaire entendue ? un parti pris de ne plus mettre les pieds ici ? A cette heure vous avez perdu votre beau-frère, comme déjà, il y a huit jours, vous aviez perdu votre tante, comme vous aviez perdu votre oncle le mois dernier, votre père à la Trinité, votre mère à Pâques !... sans préjudice, naturellement, de tous les cousins, cousines et autres parents éloignés que vous n’avez cessé de mettre en terre à raison d’un au moins la semaine ! Quel massacre ! non, mais quel massacre ! A-t-on idée d’une famille pareille ?… Et je ne parle ici, notez bien, ni de la petite sœur qui se marie deux fois l’an, ni de la grande qui accouche tous les trois mois ! –Eh bien, monsieur, en voilà assez ; que vous vous moquiez du monde, soit ! mais il y a des limites à tout, et si vous supposez que l’administration vous donne deux mille quatre cents francs pour que vous passiez votre vie à enterrer les uns, à marier les autres, ou à tenir sur les fonts baptismaux, vous vous méprenez, si j’ose dire.
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DavalianDavalian   03 décembre 2011
C'était le conservateur du musée de Vanne-en-Bresse. Ce pauvre homme, qui ne trouvait plus la sortie, l'allait quêtant de porte en porte. Successivement il avait pénétré : chez le commis d'ordre Guitare, au même moment où cet ingénieux employé rafistolait son soulier avec un morceau de ficelle ; puis chez Van der Hogen, dont il n'avait vu que les jambes penchées au faîte d'une échelle (toute la partie supérieur du sous-chef disparue au fond d'un placard) ; puis chez Letondu, qu'il avait surpris presque à poil en train de faire de tours de force avec le panier à bois. Si bien que maintenant, habitué déjà, il contemplait sans trop de stupeur ce nouvel et extraordinaire aperçu d'un titulaire officiel dans l'exercice de ses fonctions.
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« ---- est un lieu où les gens qui arrivent en retard croisent dans l'escalier ceux qui partent en avance. »

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