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EAN : 9782080701060
182 pages
Flammarion (07/01/1993)
3.63/5   68 notes
Résumé :

La cigarette jaillie des dessous de la moustache et les cuisses baignées de pénombre, celui-ci semait des signatures, pour ampliations conformes, au bas d'arrêtés ministériels. De sa dextre bien soignée, il les étendait, griffes d'empereur, sur la demi-largeur du papier, puis immédiatement, les séchait, le bloc-buvard secoué, en sa main gauche, du tangage précipité d'un petit bateau qui va su... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
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Fabinou7
  07 janvier 2022
Diner de cons dans l'administration.
Le fonctionnaire n'a t-il pas toujours eu mauvaise presse ? paresse, privilège, bureaucratie, arbitraire sont autant d'épithètes lancés par des usagers exaspérés et avouons le, quelques jaloux mal informés, Michelet s'attachait déjà à démolir ces clichés au XIXème siècle…
Avec “Messieurs les ronds-de-cuir”, paru en 1893, Georges Courteline nous prouve qu'il n'y a rien de particulièrement privilégié dans l'Enfer de l'administration. Véritable Mouroir à ciel ouvert, la Direction des dons & des legs n'a rien à envier à la Branque de France ou la Caisse des vieux pots et consternations (ou tripots et malversations ?) !
Le roman de celui que la postérité retient d'abord comme une icône du vaudeville de la Belle Epoque, avec Labiche et Feydeau, se compose de plusieurs tableaux décrivant les mésaventures d'un sombre service placardisé, avec son sous-chef de service au bord de la crise de nerf, son jeune employé Lahrier, fainéant et adepte de l'école buissonnière, “Diable ! encore un jour où je n'arriverai pas à midi” culpabilise celui qui “en moyenne, faisait le mort une fois la semaine sans que l'Administration, bonne bête, eût l'air de s'en apercevoir,” ou encore le chef de service pour qui l'abnégation au profit de l'intérêt général des employés n'a pas de prix (ni d'augmentation de traitement…) : “cette fois encore – et pour me décider à cette pénible confession, il faut toute la confiance que j'ai en votre esprit de désintéressement – je vous accueille les mains vides…” et qui s'exprime, toute ressemblance avec nos contemporains fortuite : “dans un style agaçant et confitureux bourré toutefois des bienséances oratoires” et dont la “science était de dire comme personne des choses qui ne signifiaient rien.”
A Lahrier, encore absent et recyclant l'excuse du trépas d'une tante à une énième reprise, M. de la Hourmerie, le sous-chef de Service, “dressé sur ses ergots” rétorque ahuri : “Vous n'avez cessé de mettre en terre à raison d'un au moins la semaine ! Quel massacre ! non, mais quel massacre ! A-t-on idée d'une famille pareille ? Si vous supposez que l'Administration vous donne deux mille quatre cents francs pour que vous passiez votre vie à enterrer les uns, à marier les autres ou à tenir sur les fonts baptismaux, vous vous méprenez, j'ose le dire.”
Derrière les murs du ministère des invraisemblances telles que le bain de pied matinal du père Soupe ou la délectation de certains fétichistes de “la prose administrative du Conseil d'Etat”… enfin mais qui peut croire à de pareils spécimens ?!
Le jeune Lahrier veut témoigner de ces pépites dont il est le témoin et s'essaye même à l'imitation pour la jeune fille qu'il fréquente : “Et pour bien établir qu'il ne se moquait point, il se lança dans des imitations, d'ailleurs exquises de finesse et d'observation maligne, du père Soupe, de Letondu, du sous-chef van der Hogen et de M. de la Hourmerie, dont il singea jusqu'à la perfection la solennité pleine de tics.”
Facéties de glandeurs de compétition, de virtuoses de la mauvaise-foi, mais aussi misère des fonctionnaires, manque de considération, atrophie de la volonté d'agir, missions dénuées de sens, exaspération pouvant conduire au drame et couarde hypocrisie d'une hiérarchie stratifiée à l'excès voilà tant de nuances que Courteline, lui-même passé par la Direction générale des cultes, délivrent dans un tableau finalement bien plus sombre que les soties de ses personnages et qui aujourd'hui encore doit nous questionner.
Une langue très riche et un fil parfois décousu concourent à une expérience littéraire en demi-teinte, on glousse moins que promis, mais si l'ensemble est inégal, on tombe sans contredit sur des scènes d'anthologie.
Qu'en pensez-vous ?
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Eric76
  06 mars 2015
Un livre rafraîchissant à cette époque de rationalisation et de recherche effrénée de compétitivité…
Dans ce court roman composé de six tableaux, Courteline dresse une peinture satirique et caustique de ces fonctionnaires du XIXème siècle, communément nommés "ronds de cuir". Lui-même avant de vivre de sa plume, étaient l'un d'eux. Autant dire qu'il connaissait bien le milieu. Car tous ces fonctionnaires sont parfaitement inutiles, cachent cette inutilité derrière un monceau de paperasses, et créent des complications là où tout pourrait être si simple (pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, comme disaient les Shadoks).
J'ai beaucoup ri aux dépens de ce malheureux conservateur du musée de Vannes en Bresse, successible au legs Quibolle pour une paire de jumelles marines et deux chandeliers Louis XIII, qui, pour faire valoir ses droits auprès de l'administration des dons et legs, s'égare dans d'interminables couloirs, erre de bureaux poussiéreux en bureaux poussiéreux où il rencontre de drôles d'énergumènes, l'un en train de réparer des chapeaux, l'autre en train de conter fleurette à la fille du concierge, cet autre encore en train de s'exercer à l'escrime, etc… Lui qui de sa lointaine province avait une si haute idée de l'Administration Française…
Bien sûr le style très dix-neuvième est parfois un peu suranné, mais il n'en est que plus savoureux.
A bien y réfléchir, dans notre mode de fonctionnement actuel, nous aussi faisons plein de trucs qui ne servent absolument à rien. Ces tonnes d'émails qui nous polluent la vie… ces strates indigestes de process, de procédures, de démarches qualité (qui n'ont de qualité que le nom) qui nous bouffent la moitié de notre vie professionnelle. Et si on bazardait tous ces machins pour se remettre à réparer des chapeaux et à faire de l'escrime dans nos bureaux ?
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PiertyM
  24 février 2019
Les ronds de cuirs ne sont que des fonctionnaires farfelus, paresseux, haineux se faisant des coup bas entre eux. ils n'ont qu'un seul souhait ''bouffer'' de l'argent, j'entend par là piocher dans la caisse de l'État. Ils mijotent comment injecter les autres. Ils rêvent plus que de leur promotion alors qu'ils passent leur temps, à longueur de journée, à dormir sur leur fauteuil de bureau, à défaut de s'absenter régulièrement. Courteline nous en dépeint avec beaucoup d'humour et de subtilité, on y perçoit des dessous de table de comment se traitent des affaires extérieures, avec autant de négligence que d'indifférence. J'ai aimé le travail des personnages, en dehors de M letondu dont la folie s'est avéré une maladie réelle, qui d'ailleurs conduire à une tragédie dans ces bureaux de dons et legs, tous les autres personnages semblaient noyer dans leur propre folie, comme si l'oisiveté dans ces bureaux leur tapaient dans les nerfs!
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colimasson
  12 juillet 2013
Messieurs les ronds de cuir s'agitent, en précurseurs bien sentis d'une société de services qui prendra véritablement son essor huit décennies plus tard, dans le sillage d'une administration sans laquelle leur personnalité n'aurait pu se déployer avec panache. Qu'il s'agisse d'une nature contestataire, obséquieuse, gâteuse ou romantique, l'enfermement administratif exacerbera les tendances les plus fines ou grossières de chaque personnage.

George Courteline ne cherche pas à se montrer subtil : l'administration est un cirque qui ne s'assume pas, et plus la démonstration sera voyante, plus elle sera pertinente. Piochant parmi des journées aléatoires prises sur le courant de plusieurs mois afin de nous montrer la constance imperturbable des caractères les plus hétéroclites, George Courteline nous fait fanfaronner un patron gentillet, véritable figure d'avant-garde du paternalisme, pour lequel se dévoue un Saint-Homme éperdu, présent dans les bureaux de l'aube jusqu'à la nuit et allant même jusqu'à négliger ses jours fériés, au contraire d'un Lahrier qui enterre famille et amis pour justifier ses absences. Letondu, débile profond qui confond administration et centre thermal fait gigoter ses pieds dans une bassine d'eau chaude savonneuse, tandis que La Hourmerie, précis dans son travail comme dans ses détestations, aimerait licencier à tout va les incapables qui l'entourent, si Monsieur le Directeur voulait bien s'en donner la peine…

Comme il existe l'administration kafkaïenne, il devrait exister l'administration courtelienne. Plus du tout angoissante, car non offensive et débonnaire, l'administration courtelienne se contenterait d'être ce que ses employés ont bien voulu en faire : une inutilité qui se cache derrière la paperasse et l'immensité de son organisation :

« Les uns (ce sont les rédacteurs) rédigent des lettres qui ne signifient rien ; et les autres (ce sont les expéditionnaires) les recopient. Là-dessus arrivent les commis d'ordre, lesquels timbrent de bleu les pièces du dossier, enregistrent les expéditions, et envoient le tout à des gens qui n'en lisent pas le premier mot. Voilà. le personnel des bureaux coûte plusieurs centaines de millions à l'Etat. »

Contrairement à l'administration kafkaïenne, les employés ne sont pas piégés par un système aliénant en soi : ce sont les employés, par la somme de leurs défauts, piégés dans un individualisme exacerbé, qui rendent l'administration absurde pour qui n'en ferait pas partie. La force de l'écriture, bien que légèrement mordante, en perd un peu de son audace. Les blagues les plus virulentes restent seulement gentilles. Comment expliquer cela ? Sans doute George Courteline a-t-il été trop clairvoyant et a-t-il relevé trop précisément les limites de la bureaucratie telles que nous avons aujourd'hui l'habitude de les dénoncer. Et c'est dans ce style un peu discordant, entre forme datée et fond d'actualité, que George Courteline résumera tout cet absurde système :

« Voyons, raisonnablement, à quoi est-ce que nous sommes bons, vous, moi, et les milliers de messiers qui vivent du budget des administrations ? A rien du tout, vous le savez parfaitement, qu'à compliquer un tas d'affaires qui iraient toutes seules sans cela. Ne voilà-t-il pas de belle besogne ! »

Lien : http://colimasson.over-blog...
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HORUSFONCK
  18 novembre 2016
D'abord je remercie ma maman, qui n'est plus, de m'avoir fait découvrir ce livre tellement drôle, léger et grave.
Je ne me lasse jamais de lire et relire cette "chronique de la vie de bureau" de la fin du dix-neuvième siècle.
Les personnages de ce livre, dans ce qu''ils ont de dérisoires, pathétiques, insupportables ou détestables, sont des archétypes que l'on retrouve encore de nos jours seulement modernisés en superficie.... Imaginons la situation actuelle, par exemple, d'un de la Hourmerie pris entre le marteau et l'enclume d'un chef de service qui s'en "lave les mains" et d'un subordonné atteint de troubles mentaux!
Le conservateur de Vannes-en-Bresse, n'a pas fini de tourner dans le labyrinthe administratif...
Là, réside le génie d'observation de Georges Courteline, allié à une plume exceptionnelle.
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Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
LamifranzLamifranz   27 juin 2022
MESSIEURS LES RONDS DE CUIR
(1er tableau, chapitre II)

Plus vaste qu’une halle et plus haut qu’une nef, le cabinet de M. de La Hourmerie recevait, par trois croisées, le jour, douteux pourtant, de la cour intérieure qu’emprisonnaient les quatre ailes de la Direction. Derrière un revêtement de cartons verts, aux coins usés, aux ventres solennels et ronds des notaires aisés de province, les murs disparaissaient des plinthes aux corniches, et l’onctueux tapis qui couvrait le parquet d’un lit de mousse ras tondue, le bûcher qui flambait clair et la cheminée, l’ample chancelière où plongeaient, accotés, les pieds de M. de La Hourmerie, trahissaient les goûts de bien-être, toute la douilletterie frileuse du personnage.
Lahrier s’était avancé.
— Je vous demande pardon, monsieur, dit-il avec une déférence souriante ; il y a deux heures que je suis ici et cet imbécile d’Ovide songe seulement à m’avertir que vous m’avez fait demander.
Couché en avant sur sa table, consultant une demande d’avis qu’il écrasait de sa myopie, M. de La Hourmerie prit son temps. À la fin, mais sans que pour cela il s’interrompît dans sa tâche :
— Vous n’êtes pas venu hier ? dit-il négligemment.
— Non, monsieur, répondit Lahrier.
— Et pourquoi n’êtes-vous pas venu ?
L’autre n’hésita pas :
— J’ai perdu mon beau-frère.
Le chef, du coup, leva le nez :
— Encore !…
Et l’employé, la main sur le sein gauche, protestant bruyamment de sa sincérité :
— Non, pardon, voulez-vous me permettre, s’exclama M. de La Hourmerie.
Rageur, il avait déposé près de lui la plume d’oie qui, tout à l’heure, lui barrait les dents comme un mors. Il y eut un moment de silence, la brusque accalmie, grosse d’angoisse, préludant à l’exercice périlleux d’un gymnaste.
Tout à coup :
— Alors, monsieur, c’est une affaire entendue ? un parti pris de ne plus mettre les pieds ici ? À cette heure vous avez perdu votre beau-frère, comme déjà, il y a huit jours, vous aviez perdu votre tante, comme vous aviez perdu votre oncle le mois dernier, votre père à la Trinité, votre mère à Pâques !… sans préjudice, naturellement, de tous les cousins, cousines et autres parents éloignés que vous n’avez cessé de mettre en terre à raison d’un au moins la semaine ! Quel massacre ! non, mais quel massacre ! A-t-on idée d’une famille pareille ?… Et je ne parle ici, notez bien, ni de la petite sœur qui se marie deux fois l’an, ni de la grande qui accouche tous les trois mois ! – Et bien, monsieur, en voilà assez ; que vous vous moquiez du monde, soit ! mais il y a des limites à tout, et si vous supposez que l’Administration vous donne deux mille quatre cents francs pour que vous passiez votre vie à enterrer les uns, à marier les autres ou à tenir sur les fonts baptismaux, vous vous méprenez, j’ose le dire.
Il s’échauffait. Sur un mouvement de Lahrier il ébranla la table d’un furieux coup de poing :
— Sacredié, monsieur, oui ou non, voulez-vous me permettre de placer un mot ?
Là-dessus il repartit, il mit son cœur à nu, ouvrit l’écluse au flot amer de ses rancunes. Il flétrit l’improbité, « l’improbité, parfaitement, je maintiens le mot ! » des employés amateurs sacrifiant à leur coupable fainéantise la dignité de leurs fonctions, jusqu’à laisser choir dans la déconsidération publique et dans le mépris sarcastique de la foule l’antique prestige des administrations de l’État ! Il s’attendrit à exalter la Direction des Dons et Legs, la grande bonté du Directeur, les traditions quasi familiales de la maison ! Une phrase en amenait une autre. Il en vint à envisager le fonctionnement de son propre bureau :
— Vous êtes ici trois employés attachés à l’expédition : vous, M. Soupe et M. Letondu. M. Soupe en est aujourd’hui à sa trente-septième année de service, et il n’y a plus à attendre de lui que les preuves de sa vaine bonne volonté. Quant à M. Letondu, c’est bien simple : il donne depuis quelques semaines des signes indéniables d’aliénation mentale. Alors, quoi ? Car voilà pourtant où nous en sommes, et il est inouï de penser que sur trois expéditionnaires, l’un soit fou, le deuxième gâteux et le troisième à l’enterrement. Ça a l’air d’une plaisanterie ; nous nageons en pleine opérette !… Et naïvement vous vous êtes fait à l’idée que les choses pouvaient continuer de ce train ?
Le doigt secoué dans l’air il conclut :
— Non, monsieur ! J’en suis las, moi, des enterrements, et des catastrophes soudaines, et des ruptures d’anévrisme, et des gouttes qui remontent au cœur, et de toute cette turlupinade de laquelle on ne saurait dire si elle est plus grotesque que lugubre ou plus lugubre que grotesque ! C’en est assez, c’est assez, vous dis-je, je vous dis que c’en est assez sur ce sujet ; passons à d’autres exercices. Désormais c’est de deux choses l’une : la présence ou la démission, choisissez. Si c’est la démission, je l’accepte ; je l’accepte au nom du ministre et à mes risques et périls, est-ce clair ? Si c’est le contraire, vous voudrez bien me faire le plaisir d’être ici chaque jour sur le coup d’onze heures, à l’exemple de vos camarades, et ce à compter de demain, est-ce clair ? J’ajoute que le jour où la fatalité – cette fatalité odieuse qui vous poursuit, semble se faire un jeu de vous persécuter – viendra vous frapper de nouveau dans vos affections de famille, je vous ferai flanquer à la porte, est-ce clair ?
D’un ton dégagé où perçait une légère pointe de persiflage :
— Parfaitement clair, dit Lahrier.
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Eric76Eric76   28 février 2015
Bourré de grec, bourré de latin, bourré d'anglais et d'allemand, ex-élève sorti de l'Ecole des langues orientales, et absolument incapable, avec ça, de mettre sur leurs pieds vingt lignes de français, Théodore Van der Hogen évoquait l'idée d'une insatiable éponge de laquelle rien n'eut rejailli. Tour à tour, il avait parcouru comme sous-chef de bureau chacun des huit bureaux de la Direction, sans que jamais on eût pu obtenir de lui autre chose qu'une activité désordonnée et folle, un sens du non-sens et de la mise au pillage qui lui faisait retourner comme un gant et rendre inextricable, du jour au lendemain, un fonctionnement consacré par de longues années de routine. Il s'abattait sur un bureau à la façon d'une nuée de sauterelle, et tout de suite c'était la fin, le carnage, la dévastation : la coulée limpide du ruisselet que la chute d'un pavé brutal a converti en un lit de boue.
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colimassoncolimasson   27 novembre 2013
- Tu vas voir, c’est très curieux. Les uns (ce sont les rédacteurs) rédigent des lettres qui ne signifient rien ; et les autres (ce sont les expéditionnaires) les recopient. Là-dessus arrivent les commis d’ordre, lesquels timbrent de bleu les pièces du dossier, enregistrent les expéditions, et envoient le tout à des gens qui n’en lisent pas le premier mot. Voilà. Le personnel des bureaux coûte plusieurs centaines de millions à l’Etat.
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ChichiletalonChichiletalon   18 août 2021
– Alors, monsieur, c’est une affaire entendue ? un parti pris de ne plus mettre les pieds ici ? À cette heure vous avez perdu votre beau-frère, comme déjà, il y a huit jours, vous aviez perdu votre tante, comme vous aviez perdu votre oncle le mois der-nier, votre père à la Trinité, votre mère à Pâques !... sans préjudice, naturellement, de tous les cousins, cousines et autres parents éloignés que vous n’avez cessé de mettre en terre à raison d’un au moins la semaine ! Quel massacre ! non, mais quel mas-sacre ! A-t-on idée d’une famille pareille ?... Et je ne parle ici, notez bien, ni de la petite sœur qui se marie deux fois l’an, ni de la grande qui accouche tous les trois mois ! – Et bien, monsieur, en voilà assez ; que vous vous moquiez du monde, soit ! mais il y a des limites à tout, et si vous supposez que l’Administration vous donne deux mille quatre cents francs pour que vous passiez votre vie à enterrer les uns, à marier les autres ou à tenir sur les fonts baptismaux, vous vous méprenez, j’ose le dire
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colimassoncolimasson   29 novembre 2013
Au songe d’une telle grandeur d’âme, des pleurs, des pleurs véritables, humectaient son éloquence. Sa gratitude déborda dans un mot, qu’il répéta par deux fois :
Le pauvre enfant ! Le pauvre enfant !
Après quoi :
Oh ! s’exclama-t-il, que ne suis-je poète lyrique ! M’accompagnant d’un luth aux cordes bien tendues, en des vers dignes de celui qui me les aurait inspirées, je célébrerais ses mérites, et la noblesse de son cœur, et son fier désintéressement, et ses vertus au-dessus de tout éloge ! Pour glorifier son souvenir, que n’ai-je ton art infini, Banville, chantre aimé des dieux ! pour porter aux peuplades lointaines son nom cher à ma reconnaissance, que n’ai-je, petite oiseau, tes ailes ?... Et cet homme qui, seul entre tous, a respecté ma noire détresse, je l’irais chasser comme un laquais ?
- Pourtant…
Je l’irais flanquer à la porte parce qu’un jour, en son bureau, il a embrassé une femme qui était peut-être sa sœur ?
La Hourmerie bondit :
Sa sœur ? … Il ne manquerait plus que ça, par exemple ! 
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Vidéo de Georges Courteline
« Toutes les pensées et maximes qui ont quelque valeur sont fortement pessimistes. Quand on étudie ses semblables et soi-même avec quelque sincérité, on en rapporte rarement des observations avantageuses. »
Henry Maret (1837-1917)
« […] L'art des maximes est vieux comme l'homme. de tout temps […], l'homme aima ces formules, concises, abstraites peu ou prou, dans lesquelles il porte un jugement sur lui-même, sur ses semblables ou sur le monde. […] […] les Français, parmi les autres peuples, se sont signalés dès le XVIe siècle, par un goût très prononcé pour cette manière spéciale de s'exprimer qui, par ailleurs, trouvait sa formule naturelle dans les proverbes, manifestation générale de la pensée humaine qui est de toutes les époques, de tous les climats, de toutes les races. […] la profondeur, l'originalité De La Rochefoucauld, de Pascal ou… de l'Ecclésiaste ne seront vraisemblablement jamais dépassés ni même égalées. Mais, ce que ces penseurs de génie ont dit autrefois peut-être redit sous une forme nouvelle, à la mesure du temps présent. […] […] nous avons recueilli une grande quantité d'ouvrages de maximes, nous les avons lus attentivement et sans parti-pris et nous avons constaté […] qu'il en était très peu qui fussent absolument médiocres. Pas un où le lecteur ne pût découvrir une valeur, une note sérieuse, quelque observation typique. Pas un, surtout, qui ne décelât de la sincérité et quelque sensibilité. […] Près des héros, dans leur ombre parfois, se pressent des hommes qui les valent, qui valent mieux, souvent, et qui, cependant, par quelque défaut de caractère ou, simplement, par quelque cruauté des événements, demeurent voués aux seconds rôles. Philosophes par goût naturel ou par dépit, joyeux ou bien amers selon leur tempérament, ils se consolent de ne point agir en pensant ou en jouant au penseur : ainsi sont nées, naissent et naîtront encore bien des maximes ! [...] « L'homme est toujours le même ! » Tant qu'il sera nécessaire de proclamer cet axiome, le genre des maximes ne sera pas épuisé ! [...] »
0:00 - Remy de Gourmont 0:15 - Courteline 0:26 - Jules Laforgue 0:52 - Albert Guinon 1:08 - Louis Dumur 1:21 - Paul Brulat 1:34 - Princesse Karadja 1:44 - Aurel 1:54 - Georges Faillet 2:05 - Marcel-Lenoir 2:14 - Jeanne Landre 2:29 - Natalie Clifford Barney 2:42 - Charles Régismanset 2:51 - Étienne Rey 3:01 - Albert de Bersaucourt 3:10 - Henry Asselin 3:23 - Alain Chauvilliers 3:33 - Jean Ythier 3:45 - Lucie Paul-Margueritte 3:54 - Jeanne Broussan-Gaubert 4:12 - Pierre Aguétant 4:33 - Générique
Images d'illustration : Remy de Gourmont : https://leseditionsdeparis.com/collection/litterature/le-chateau-singulier-et-autres-textes-rares Georges Moinaux, dit Courteline : https://www.edition-originale.com/fr/litterature/envois-autographes-dauteurs-manuscrits/courteline-photographie-originale-dedicacee-de-1925-60004 Jules Laforgue : https://www.babelio.com/auteur/Jules-Laforgue/2537/photos Albert Guinon : https://www.abebooks.com/LILLUSTRATION-SUPPLEMENT-3119-SAMEDI-DECEMBRE-1902/30869087159/bd#&gid=1&pid=1 Louis Dumur : https://www.tdg.ch/societe/histoire/geneve-redecouvre-louis-dumur/story/25740549 Paul Brulat : https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Brulat#/media/Fichier:Paul_Brulat,_1918.jpg Princesse Mary Louise Smith Karadja : https://sv.wikipedia.org/wiki/Mary_Karadja#/media/Fil:Princesse_karadja_1899.png Aurélie Octavie Gabrielle Antoinette de Faucamberge, dit Aurel : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/35/Aurel_writer_photo.png Georges Faillet : https://www.youtube.com/watch?v=J2IrgM3yyms Jules Oury, dit Marcel-Lenoir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Marcel-Lenoir#/media/Fichier:Mrs._Julian_
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« ---- est un lieu où les gens qui arrivent en retard croisent dans l'escalier ceux qui partent en avance. »

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